CHAPITRE IX
Souvenirs antiques de son voyage en Italie. Sa visite au Louvre éclairé aux flambeaux. — Privations pour un tableau. — Deux poètes épris de la Marguerite du Schefer. — Pensée de Caro sur ce type de candeur.
— Le goût de la peinture et le coloris en poésie. — Talent d'Alfred pour la caricature; ses inconvénients. La princesse Belgiojoso; sa beauté romantique. —Musset dessine sa caricature; échange de paroles mordantes. — Version de M. Chenavard; Musset et Mignet. — Idée de mariage avt.-c la fille de Melesville; Pétrarque et Laure. — Esprit cultivé de la princesse Belgiojoso; ses talents, ses excentricités, sa recherche de l'effet; son amour de la musique. Poursuivait avec son mari la pensée de l'affranchissement de l'Italie. Ses relations avec le parti libéral français. Le prince Belgiojoso musicien et conspirateur. — Lettre de Musset à Listz sur ce prince; leur intimité; funeste exemple d'intempérance. — Enthousiasme d'Henri Heine pour la princesse; sa décadence. — Les femmes politiques.
— M°* Jaubert, marraine de Musset; plaisantes lettres à elle adressées par le poète. — Morale facile, mais pratique.
Alfred de Musset était alors sous l'impression de ses souvenirs d'Italie. Il avait visité ce pays avec enthousiasme et dans des con-
ditions telles qu'il voyait tout à travers le prisme de la passion qui voyageait avec lui. Bien que cette passion eût pris fin, il voulut revoir au Louvre ces maîtres italiens qu'il avait tant admirés, mais, par une idée d'artiste, il désirait rester seul avec eux afin de ne pas être distrait dans sa contemplation. On se prêta à cette fantaisie, et, un soir, Musset fut introduit dans la galerie de peinture, armé d'une de ces grandes lampes qui servaient à la Cour pour les promenades aux flambeaux. Il y resta longtemps en méditation, et raconta ensuite qu'il avait cru voir les grands maîtres le pinceau à la main, et qu'il s'était offert à Raphaël pour broyer ses couleurs.
Dans un des moments assez fréquents où Musset se trouvait à court d'argent, il n'avait pu résister à la beauté d'un tableau de Rubens et il avait pris des arrangements avec le marchand pour le payer, mais il avait de
la peine à y arriver ; et comme M"^ Colin, sa ménagère, le grondait sur cette acquisition, il lui dit : « Réduisez mon dîner au strict né- « cessaire et mettez Je tableau en face de mon « couvert: le repas me paraîtra ainsi assez « bon. »
Il s'était épris de la Marguerite de Faust, interprétée par le peintre Ary Scbefer; il avait placé au fond de son alcôve une réduction de ce tableau et le regardait souvent avant de s'endormir, comme s'il cherchait dans l'histoire de cette victime de l'amour un apaisement dans la fièvre qui, par instant, le dévorait. Henri Heine, le grand sceptique, disait de cette peinture de Schefer : « Elle ne peut être décrite; elle est plus sen- » timent que figure. C'est une âme peinte. « Toutes les fois que je passais devant elle, a je ne pouvais m'empécher de lui dire à a voix basse : pauvre enfant ! )) — « C'est la
<t science du bien et du mal, a dit M. Caro,
« qui dégrade dans toute faute: une âme in- « consciente, comme celle de Marguerite, a est chose fragile et profonde à la fois, presa que irresponsable à force de candeur... Et « tel estl'art du poète que Marguerite, même a coupable, demeure dans nos souvenirs « comme un type de grâce et de pureté. » Alfred de Musset disait quelquefois qu'il aurait voulu être un grand peintre, et qu'il devait peut-être à son amour de la peinture le coloris brillant qu'on remarquait dans ses écrits. Ainsi Lamartine, dans un de ses entretiens, dressant la liste des grands écrivains de 1830, inscrit « Musset comme le Corrège « du coloris sur les dessins trop voluptueux « de l'Albane »» Si Musset n'était pas peintre, il dessinait du moins avec facilité, et il possédait le talent dangereux de la caricature, sûr moyen de se brouiller avec ses amis si l'on s'attaque â eux, car on ne s'anmse guère des railleries dont on est l'objet; les
femmes surtout sur ce point sont intraitables. Notre poète en fit Tépreuve, comme on va le voir.
La princesse Belgiojoso, née Christine Trivulce, était une beauté venue juste à point pour la période romantique: grande, svelte, avec ses cheveux noirs et fins naturellement ondes, ses grands yeux, son nez de forme parfaite, ses sourcilsadmirablement dessinés, sa lèvre ardente, son délicieux sourire, telle que l'a représentée le peintre Lehmann, elle réalisait dans sa pâleur extrême le type som* bre et fatal que l'École affectionnait. Elle possédait en plus un son de voix enchanteur. Alfred de Musset l'aima un moment ou crut l'aimer. Or, un soir chez elle, au milieu d'un cercle intime dont il était, quelqu'un émit cette opinion attribuée à Léonard de Vinci que le plus beau visage pouvait être tourné en caricature. Chacun de se récrier, sauf Alfred, qui pendant ce temps dessina rapide-
ment le profil de la princesse, défiguré mais horriblement ressemblant, a Eh bien, lui ditce elle, vous pouvez garder ce prétendu por- « trait; c'est tout ce que vous aurez de moi. » Le poète riposta par les stances Sur une morte, qui se terminent ainsi:
Elle aurait aimé, si l'org-ueil.
Pareil à la lampe inutile Qu'on allume près d'un cercueil, N'eût veillé sur son cœur stérile.
Elle est morte et n'a pas vécu.
Elle faisait semblant de vivre.
De ses mains est tombé le livre Dans lequel elle n'a rien lu.
A peine ces vers étaient-ils imprimés qu'il 6n eut regret. Il faut dire qu'il avait été provoqué par un mot cruel de la princesse. Elle lui avait écrit : « Le châtiment des amours vulgaires est d'interdire à ceux qui s'y livrent l'aspiration aux nobles amours. » Elle le renvoyait aux succès faciles, et lui, se récriant sur C6'^ affreux mot de succès, prétendait que
oi^cL, ieO ^utimvU halUâ^j inJÀtA. tCmU iilr h'a,it^th {teultîLnt âuêuiuc lisL élL ai ijfcy. .
ALFRED DE MUSSET d8S
les uns n'étaient pas plus impossibles que les autres. Ce n'était plus le temps oij Alfred écrivait à M""® Jaubert, sous l'enchantement du sourire de la princesse : « Ce sont deux « petits boutons d'oranger blancs enchâssés « dans du satin groseille qui servent de dents « à cette belle personne. » Maintenant, il la voit avec d'autres yeux, et M'"^ Louise Collet rapporte ainsi ses paroles: « J'ai été huit € jours entre ses pattes de velours et j'en « garde encore les traces dans mon imagina- « tion, je ne dirai pas au cœur, la griû'e n'a « pas pénétré si avant... La beauté trop mai- « gre de la princesse me plaisait médiocre- « ment, mais ses grands yeux extatiques, et € ses provocations interrompues brusqueaï ment par quelque dissertation sur l'autre « monde me piquaient au jeu. » C'était le propos d'un revenu deCythère. Alfred avait entendu au sujet de la princesse un mot qui l'avait frappé : « Elle a dû être bien belle,
(lisait-on, lorsqu'elle était vivante î » Impressionnable comme TétaitMusset, il n'en fallait pas plus pour le désenchanter, et ce ne fut pas la seule fois oii une opinion exprimée par le premier venu fît évanouir son enthousiasme en pareille circonstance.
Le peintre Chenavard, qui a beaucoup connu Musset à cette époque, nous a donné la véritable version de cette brouille.
Ils se trouvaient ensemble à la campagne quand M. Mignet, l'académicien, vint voir ]a princesse. Le poète, très jaloux à ses moments, demanda, vouUit môme exiger que Mignet fût congédié avant le dîner. Sur le refus formel de la princesse, Musset monta dans sa chambre, fit sa malle rageusement et partit. M. Chenavard décrit avec sincérité les inégalités du caractère d'Alfred de Musset et sa tendance à excuser la débauche. Cependant il s'intéressait à lui au point d'avoir voulu le marier, pensant que le ma-
rîage Tarracherait à ses entraînements. Il lui parla de >r'® Laure Mélesville, fllle de l'auteur dramatique collaborateur de Scribe. Cette idée lui plut beaucoup; la présentation eut lieu, sous le prétexte d'une collaboration à une pièce dont l'allusion était transparente, car il s'agissait d'un calife généreux qui donnait tout, jusqu'à sa dernière esclave, et Chenavard fit ensuite pour l'album de M"^ Mélesville un dessin représentant Pétrarque et Laure à la Fontaine de Vaucluse, sous les traits de Musset et de la jeune fille, avec ces vers de Pétrarque et leur traduction improvisée par Alfred :
Benedetto sià il giorno e il mese e Tanno E la stagione e il tempoe l'orae il punto, E il bel paese e il loco ov io fui g-iunto Da duo begli occhi che legato m'hanno.
Bénie soit la saison et l'heure le moment Et le jour et l'année et le mois et le temps, Et la place chérie où dans mon triste cœur Pénétra de vos veux la charmante douceur.
Malheureusement, M"* Mélesville n'avait pour le poète qu'une sympathie purement littéraire, et en même temps une inclination sérieuse pour un Belge qu'elle épousa peu de temps après.
Les relations d'Alfred de Musset avec la princesse Belgiojoso n'avaient pas été de longue durée ; elle l'avait pourtant arraché à une période de découragement et son influence l'aurait peut-être maintenu sur les hauteurs dignesde son génie.
Pour le dire en passant, c'est une chose étrange que ce goût de beaucoup de femmes d'un esprit cultivé et surtout des étrangères pour déraisonner à perte de vue sur le monde surnaturel. La princesse Belgiojoso, très instruite, d'un esprit très actif, ne se contentait pas de rêveries banales que tout le monde peut faire, elle étudiait, elle cherchait la vérité, et elle écrivit entre autres ouvrages quatre gros volumes de théologie sur la for-
mation du dogme catholique. Pour compléter ses études sur ces graves matières, elle avait fait un long voyage dans le pays qui fut le berceau de la chrétienté. Mais elle n'avait pas pour cela abdiqué les sentiments qui ressortent de l'humaine nature. Elle était exaltée en musique comme en toute chose : tout pour l'art et par l'art était sa devise. Le chant de Mario agissait sur elle d'une façon magnétique. Les fidèles survivants de l'ancien Théâtre Italien se souviennent encore qu'à l'apparition de Mario en scène, la belle Milanaise se levait toute droite dans sa loge, et retombait ensuite quand il cessait de chanter, assise, les yeux fermés comme en état de somnambulisme.
Elle avait elle-même soif dhommages et disait un jour : « Je ne saurais deviner quel « intérêt nous prenons à l'existence quand fi les yeux ne nous regardent plus avec
0 amour. »
d90 ALFRED DE MUSSET
La princesse Belgiojoso était toujours à la recherche de Veffet; elle y était artiste consommée. Sa passion démonstrative pour la musique, sa dévotion expansive, ses conférences avec les prédicateurs en vogue, ses idées lihéralesbruyamment professées, tout, jusqu'à son ameublement formant un contraste calculé entre les tentures du salon en velours 'noir à étoiles d'argent comme un catafalque et la chambre à coucher en satin blanc lamé d'argent avec un prie-Dieu surmonté d'une tête de mort, son domestique nègre en turban blanc auquel succédait un Arabe qu'elle voulait convertir..., tout était combiné par elle pour faire de reffet.
Elle s'était passionnée pour l'affranchissement de l'Italie. Sur ce point, l'accord subsistait entre elle et son mari, môme après le refroidissement qui suivit les premiers mois d'une union romanesque. Le prince Emilio Belgiojoso, beau cl joyaux, ne faisait pas
mentir son nom ; avec tous les dons delà nature, son absence de vanité lui permettait de plaire aux femmes sans blesser la jalousie des hommes. Excellent musicien, doué dune voix magnifique, — Rossini avait été son maître, — il égalait les plus grands chanteurs de son temps. Christine Trivulce, qu'on appelait la belle héritière Milanaise, âgée à peine de seize ans, s*éprit de lui et voulut l'épouser ; il ne se fit pas trop prier et se laissa faire. Compromis l'un et l'autre dans les mouvements insurrectionnels des Roma2:nes, ils étaient venus chercher un asile à Paris. La princesse, pendant les séjours qu'elle y fit à diverses reprises, recevait toutes les célébrités de l'époque, et principalement les notabilités du parti libéral : le général Lafayette malgré son grand âge, MM. de Tracy, Cousin, Mignet son préféré pendant plusieurs années, Augustin Tliierry qui demeurait chez
elle, Victor de Laprade, Ferdinand de Lasteyrie, Gontant-Biron, Ary Schefer, Listz et le pianiste Dohler, ces deux derniers en intime faveur.
Alfred de Musset écrivait àListz en novembre 1836: « Je voulais vous aller voir aujour- « d'iiui, mon cher Listz, et je n'ai pas pu. « J'avais cliargé l'autre jour à l'Opéra votre (( petit archidiacre d'une commission pour e vous, et je ne sais s'il s'en sera souvenu. « Je voudrais que vous fussiez assez aimable « pour me prévenir quand vous compterezvoir (( Belgiojoso. Le récit qu'il m'a fait de votre (( matinée chez lui m'a donné bien des re- « grets de ne pas m'y être trouvé. Mais je « ne manque que les bonnes choses. Si donc <i vous aviez le dessein de revoir bientôt il « noslro principe^ souvenez-vous en môme « temps d'un autre ami, je vous prie.
(( Vous trouverez peut-être dans la proii cliaine revue une lettre de Cotonet sur les
« humanitaires , J'espère que vous en rirez, a vous et vos amis, et que nous ne nous « brouillerons pas pour les boutades d'un (( provincial. Tout Français que je suis, je ne (( voudrais pas vous perdre pour un bon « mot, et si cette lettre vous fâche, je me a charge de répondre, en signant, au mau- « vais plaisant anonyme.
(( A vous de cœur.
« Alf. DE Musset. »
Il se forma bientôt une grande intimité entre le prince et le poète, et ce fut un malheur pour ce dernier. Le prince était très viveur en tout genre, et il conviait souvent ses amis à de gais soupers, oiisa robuste nature lui permettait des excès oii d'autres pouvaient difficilement le suivre. Alfred de Musset, en voulant l'imiter, prit des habitudes d'intempérance qui devinrent un besoin, et eurent plus tard des suites funestes pour lui.
Quant au prince Belgiojoso, ses galanteries tournèrent tout d'un coup au roman : une femme du monde quitta tout pour lui, et lui sacrifia sa destinée.
Parmi les admirateurs de la princesse, nous devons inscrire Henri Heine, qui disait dans ses mémoires en parlant de l'Italie: « Ce noble pays qui est la patrie de la beauté et qui a produit Raphaël, Rossini et la princesse Christiana Belgiojoso. »
Mais, hélas I que les gloires mondaines durent peu I Nous lisons dans le Journal d'un diplomate, "^^x M. d'Ideville, qu'en 1862 la princesse Belgiojoso vivait fort retirée à Milan, « sa taille courbée avant l'âge, l'œil a d'une expression un peu sombre, le geste a impérieux, la parole incisive, originale, a tout en elle dénotait une volonté de fer et « une nature passionnée toujours en proie à « la politique ; elle m'a serré les mains en me « disant : au revoir, mais ailleurs que dans
(L ce monde. » L'àme, chez elle, avait usé le corps. Elle eut le bonheur de saluer l'indépendance de l'Italie à son aurore, avec l'illusion de croire qu'elle y était pour quelque chose. Il est vrai qu'elle avait sacrifié pour sa cause des sommes considérables, mais on a pu voir par de récents exemples qu'on ne peut savoir avec certitude à qui profitent les millions aventurés dans ces sortes d'entreprises. On peut dire qu'en général la politique a rarement porté bonheur aux femmes. Abstraction faite de ses tendances bonnes ou mauvaises, cette science exige des qualités d'observation, de suite et de discrétion qui paraissent peu compatibles avec le caractèrede la française. Savoir se taire est souventdifficile pour la femme de ce pays, et c'est pourquoi ses combinaisons politiques ne peuventlongtemps rester secrètes; elle se passionne, embrouille et compromet. L'histoire de France est remplie de faits d'ingérence malheureuse
de reines, régentes, princesses ou favorites dans le gouvernement; et, chose bizarre, sous l'influence du terroir et au contact des femmes françaises, les étrangères transplantées changent de nature, et perdent quelque chose de leurs aptitudes sérieuses, sans acquérir toujours cette gracieuse légèreté qui fait en France le charme de la vie sociale et du foyer domestique. Si l'ingérence des femmes dans les affaires n'est pas toujours heureuse, elles trouvent du moins une grande satisfaction personnelle dans le triomphe de la grâce sur la force et la puissance. Par malheur, leur imagination les emporte droit devant elles sans leur laisser soupçonner les trahisons, les écueils oii leur fortune se brise. On comprend qu'une grande dame portant le nom du premier duc et pair de l'ancienne monarchie ait rêvé de faire à elle seule une restauration royahste. Il appartenait en quelque sorte à cette mère suppléant
son fils encore mineur de préparer la solennité 011 le grand-maître de la Maison du Roi, renouantla chaîne du temps, devait prononcer les paroles sacramentelles : i Le Roi est mort ! Vive le Roi ! » Il est présumable qu'à ce rêve généreux se mêlait l'image des héroïnes du temps de la Fronde : Mi'* deMontpensier. les duchesses de Chevreuse, de Bouillon, de Longueville, qui jouèrent les rôles les plus importants dans cette guerre frivole; car, en dépit de la loi Salique, les Français ont bien souvent admis tacitement la prépondérance des femmes dans les affaires publiques comme dans les affaires privées. Pour que l'analogie avec la Fronde fût complète, le duc de Beaufort, le roi des Halles, se trouvait représenté aujourd'hui par un général devenu en très peu de temps, on ne sait trop pourquoi, extrêmement populaire. Quelle en a été la conséquence? Moins que rien, une action sans résultat. Mazarin.
pour choisir un général d'armée, ne demandait pas s'il était brave, habile, mais « estil heureux ?» La duchesse X..., malgré l'esprit traditionnel de sa race, s'est trompée aux apparences. Le héros a perdu pied et s'est noyé ; — l'héroïne seule est restée.
La princesse Belgiojoso elle-même n*a vu que bien tard la réalisation de son rêve. Elle avait pu rester attrayante, chose rare chez une femme politique. Elle avait connu Musset par suite d'une amitié commune avec M™^ Jaubert qui a donné dans ses mémoires beaucoup de détails sur cette phase de la vie d'Alfred, avec des lettres familières qui n'étaient pas destinées à être publiées. On y voit le poète comme en robe de [chambre, parlant de ses tribulations amoureuses delà manière la plus plaisante, avec des expressions dont la négligence voulue s'explique par une ancienne et très grande i ntimité avec sa correspondante. M*"" Jaubert, née d'Aï-
ton-Sliée, avait beaucoup d'esprit, et chercliait à en montrer davantage. Elle était blonde, de très petite taille, et son pied était si petit et si bien fait que Musset, dans ses lettres, en rabâchait sans cesse. Henri Heine faisait de même. Par une habitude dont le sel nous échappe, Alfred appelait M"*' Jaubert « ma marraine »,bien qu elle fût aussi jeune que lui ; il voulait ainsi rendre hommage à la sagesse de ses conseils qui, d'ailleurs, n'avaient rien d'austère, car ce rôle de Mentor tel que le comprenait 31""^ Jaubert reposait sur une morale fort indulgente.