QUELQUES SYMPTOMES DE LA PÉRIODE D'ÉTAT
L'étude synthétique de nos observations ne nous a rien montré de particulier quant aux signes cliniques observés à la période d'état de la méningite tuberculeuse. Le seul intérêt que nous ayons trouvé à collationner ces faits est un renseignement de fréquence à l'égard de chacun des symptômes habituellement décrits.
La céphalée nous a paru le signe le plus fidèle, le plus constant. Elle ne diffère d’un sujet à l’autre que par son degré d'intensité et de fixité.
La constipation est loin d’être la règle. Elle manque très souvent et ne peut réellement servir à orienter un diagnostic.
Les vomissements, habituels au début de l'affection, surtout chez l’enfant, deviennent inconstants à mesure que progresse la maladie. S'ils sont parfois tenaces, ils peuvent, par contre, manquer totalement, même à la phase initiale, particulièrement chez l’adulte, en sorte que lappréciation de Filatow, qui insiste sur la constance de ce signe, nous parait un peu trop absolue.
La raideur de la nuque peut manquer, mais à titre tout à fait exceptionnel. Elle est généralement de règle, toutefois à un degré moindre que dans les méningites aiguës, et se limite à la flexion. Il est bien à noter en tout cas, ainsi que nous l’avons vu signaler par divers auteurs, que le signe de Kernig est relativement effacé dans la pie-mérite bacillaire,
et ceci pourrait même constituer un élément de diagnostic différentiel,
dans les cas difficiles. II n’est en tout cas jamais comparable à la raideur de la méningite cérébro-spinale.
La température n’a qu’une valeur bien réduite au cours de la maladie. Toutes les courbes thermiques peuvent se voir, depuis les plus anarchiques jusqu'aux plus régulières, et la formule classique, selon laquelle « la méningite tuberculeuse est une apyrexie entre deux pyrexies », est loin d’être vraie.
Beaucoup plus importante est l’étude du pouls. On recherchera avec soin, outre son ralentissement, ses irrégularités et ses achoppements. Ces signes demeurent capitaux.
Quand aux troubles paralytiques, ils-peuvent, comme on le sait, s’observer à toutes les périodes, être transitoires ou permanents et acquérir ainsi une valeur partout décrite. Nous n’y insisterons donc point.
Nous avons pourtant été frappée par la fréquence de l’hémiplégie gauche, et ceci à tout âge. Nous n’en pouvons fournir aucune explication.
Les paralysies oculaires constituent un des signes les plus importants de la méningite tuberculeuse. Notre statistique les mentionne dans les quatre cinquièmes des cas : paralysies du globe surtout, car les modifications pupillaires ne consistent qu’en parésies beaucoup moins complètes que dans la syphilis. Retenons, à ce sujet, la fréquence remarquable de la paralysie de la VI° paire et spécialement /de la gauche.
Reste la durée de la méningite. Il nous paraît bien difficile d’y apporter de grandes précisions, puisque le début nous échappe. Seules les formes à début brusque peuvent à cet égard nous guider quelque peu. La moyenne de nos observations nous a donné une durée dé seize à vingt jours. Quelques cas foudroyants ont évolué à peine en une semaine.
La mort est annoncée par une somnolence progressive et un coma plus ou moins profond. La conjonctivite, le croisement du pouls et de la température, la dilatation pupillaire, sont des signes avant-coureurs qui trompent rarement et sont d’ailleurs connus.