DEUXIÈME PARTIE
SOMMAIRE. — Utilité de l'examen du liquide céphalo-rachidien.
Sa valeur se limite à certains examens : numération cellulaire, bacilloscopie, coagulation.
Notre technique de recherches. Elle réussit presque toujours.
Supériorité de la bacilloscopie sur l’inoculation. La bacilloscopie est la base du diagnostic.
Les bacilles de Koch avirulents.
Examens accessoires.
L'étude du liquide céphalo-rachidien est le pivot du diagnostic de la méningite tuberculeuse. Cette affection est tellement protéiforme qu’elle est capable de dérouter les meilleurs cliniciens. Sans la précision de cette biopsie facile et répétée qu'est l’analyse du liquide céphalo-rachidien, on ignorerait ce qu’on sait aujourd’hui des anomalies, des surprises apportées par la méningite tuberculeuse, anomalies qui avaient échappé forcément aux vieux auteurs. Ce sont là notions toutes modernes.
On doit aux recherches de Widal, Ravaut, Sicard, Monod, etc. l’idée première de soumettre à l’étude le liquide soustrait par la ponction lombaire, que Quincke avait, quelques années avant eux, préconisée pour en faire un mode de traitement. Ils voulurent faire de ce moyen un procédé de diagnostic.
L'idée, par elle-même excellente, à fait son chemin; mais l’enthou-
siasme qu’elle a suscité, dû en partie à la facilité de cet examen, a fait dépasser la limite des conclusions et des certitudes qu’elle autorisait. Pour qu’elle permit de faire un véritable cyto-diagnostic, c’est-à-dire pour que la découverte d’une réaction cellulaire déterminée permit à coup sûr de la rattacher à telle espèce microbienne, il eût fallu que cette réaction eût un caractère indéniable de spécificité. Or, il a bien fallu constater qu’elle pouvait être sous la dépendance de maints facteurs, et, chaque jour, la découverte de méningites nouvelles se charge de démontrer l’imprécision scientifique de la méthode.
On oublie trop, en effet, que si les infections, les espèces microbiennes, sont en nombre immense, les modes de réaction de l’organisme sont, par contre, limités. Ce n’est pas sur une réaction cellulaire qu’on peut déterminer la nature d’une infection, qu’il s’agisse du liquide céphalorachidien, du sang, des épanchements des séreuses, qu’il s’agisse même des tissus fixes. Par conséquent, ce qu’on appelait le cyto-diagnostic ne pouvait être qu’une approximation, une cyto-présomption, de même que la leucocytose sanguine, qu’elle soit à polynucléaires ou à éosinophiles, n’est qu'une orientation vers l'infection microbienne ou la verminose. Mais on ne peut aller plus loin.
Tout au plus est-il permis de demander à l’examen cellulaire la mesure de l’acuité d’un processus infectieux et, par conséquent, de l’ancienneté du mal, qui, en principe, doit aller en s’atténuant avec le temps. On pourrait donc, à la rigueur, par la constatation de nombreux lymphocytes, lesquels sont les derniers occupants d’un exsudat, juger de l'allure trainante d’un processus inflammatoire et dire l’âge d’un épanchement, mais nullement sa nature.
Il est probable que la tuberculose, par sa chronicité, suscite plus souvent la lymphocytose que la polynucléose, et c’est ainsi que le lymphocyte est si souvent en majorité dans les liquides en question; mais, nous ne saurions trop le répéter, souvent ne veut pas dire toujours, ni surtout exclusivement, et quand on veut établir un diagnostic de cause, le seul qui ait, en définitive, un intérêt primordial, c’est à la bactériologie qu’il faut obligatoirement avoir recours. D’ailleurs personne, aujourd’hui, n’oserait plus affirmer un diagnostic de tuberculose uniquement basé sur le cyto-diagnostic, et on convient généralement que ce mode de recherche a vécu.
L'intérêt de l'étude celiulaire, qui n’est pas pour cela négligeable, est tout autre.
Dans les pages qui vont suivre, nous allons successivement étudier :
La technique des examens d’un liquide céphalo-rachidien présumé bacillaire ; Les caractères physiques, biologiques, cytologiques et bactériologiques essentiels d’un tel liquide.
Nous n’accorderons que quelques lignes aux examens indirects que nous considérons tous comme étant de second plan.