‹ Étude et Traitement de la Méningite TuberculeuseChapitre 18 sur 66 · EXAMENS ACCESSOIRES · texte numérisé non relu

EXAMENS ACCESSOIRES

Les divers examens chimiques pratiqués sur un liquide céphalo-rachidien nous semblent avoir une valeur diagnostique bien secondaire au cours d’une méningite présumée tuberculeuse. Ceci, contrairement à l'opinion de Mestrezat, pour lequel « les constituants du liquide céphalorachidien auraient, dans cette affection, une valeur tellement spéciale que le diagnostic chimique en serait particulièrément aisé ».

Nous avons constaté une diversité trop grande, aussi bien dans les résultats que nous avons observés nous-même au laboratoire Jousset, que dans ceux qui lui ont été soumis de toutes parts, pour oser donner une de ces affirmations catégoriques, dont il faut être bien parcimonieux en

médecine,

Nous dirons simplement que les examens chimiques présentent un certain intérêt, surtout dans les cas douteux, car ils peuvent apporter leur appoint de présomptions ; mais nous ne croyons pas qu’il faille leur demander davantage. C’est relativement peu, par consé-

quent.

CHLORURES. —— Le dosage en est facile, et sans grande cause d’erreur, surtout si le liquide est peu albumineux. Aussi voudrions-nous pouvoir souscrire aux conclusions de Mestrezat, pour lequel le taux des chlorures est pathognomonique dans la méningite tuberculeuse. Pour lui, les chiffres tombent de 7 gr. 30, chiffre normal, à 5 ou 6 grammes. La valeur de 6 gr. 10 serait exceptionnelle, à tel point que, nulle autre méningite (à part la méningite grippale) n’atteignant un taux aussi bas, on obtiendrait par un simple dosage « la signature indéniable de la nature tuberculeuse du processus méningé ».

Merklen attache lui aussi une telle importance à cet abaissement que, d’après un dosage indiquant une augmentation des chlorures, il abandonna chez deux malades le diagnostic de méningite tuberculeuse, pour celui d’encéphalite épidémique, confirmé d’ailleurs ultérieurement.

Nous n’oserions croire à une telle précision mathématique. D'une part, il suffit de relire maintes observations de méningites contrôlées pour voir que des chiffres supérieurs à 6 gr. 50, et dépassant même 7 grammes, sont loin d’être l’exception.

Dans notre statistique personnelle, sur 100 dosages, nous en trouvons plus du quart qui dépassent 7 grammes. Cela suffit pour qu’il soit impossible de parler de renseignements pathognomoniques. Mais il y a plus. Nous avons vu chez le même malade varier en quelques jours, dans des proportions notables, les chiffres trouvés au cours d’examens successifs. Nous avons vu, dans un cas relaté par A. Jousset, I. Bertrand et J. Veslot, à la Société médicale des Hôpitaux. le 27 mai 1932, la teneur en chlorures passer de 7 gr. 30 à 4 gr. 38 en quatre jours.

Nous estimons donc qu’une prudente réserve s'impose dans l’interprétation du dosage des chlorures. Si la diminution en est le plus souvent notée, elle n’ést pas constante, et elle peut être variable selon le moment du prélèvement du liquide céphalo-rachidien. I] n’y a donc aucun fond à tirer de cet examen.

SUCRE. — Il est généralement abaissé aux environs de 0 gr. 20, mais

ce serait une erreur de croire qu'il ne puisse jamais être augmenté.

Nous avons observé une glycorachie atteignant 0 gr. 60 dans plusieurs de nos cas (1).

C’est une proportion assurément peu significative, mais le fait a été également signalé par Minet et Porrez, pour 3 cas de méningite tuberculeuse, et les auteurs concluent que l’hyperglycorachie n’est pas l'apanage de l’encéphalite épidémique seule, mais de bien d’autres états.

ALBUMINE. — Elle est généralement augmentée dans la méningite tuberculeuse, mais les chiffres trouvés n’ont, bien entendu, de valeur que s'ils ont été mesurés sur un liquide céphalo-rachidien exempt de toute suffusion hémorragique due à la ponction lombaire, et bien centrifugé pour se débarrasser des cellules.

Nos chiffres extrêmes sont 0 gr. 47 et 7 gr. 10. Un tel écart prouve bien la contingence de cette recherche.

Il n’existé aucun rapport entre le nombre des cellules et le taux d’albumine. On peut, en effet, observer la dissociation albumino-cytologique dans les deux sens. C’est ainsi qu'aux sixième et septième ponctions lombaires, signalées par A. Jousset dans un des cas publiés à la Société médicale des Hôpitaux (2), un chiffre normal d’albumine coïncidait avec une leucocytose de 24 et 33 leucocytes. Inversement, Rénon et Tixier ont présenté une observation de malade dont le liquide céphalorachidien contenait deux grammes d’albumine sans aucune réaction cellulaire. On pourrait facilement multiplier les exemples. Tout se voit

par conséquent.

RÉACTIONS DIVERSES. — Nous serons à dessein très brève au sujet des diverses réactions, qui utilisent les propriétés floculantes du liquide céphalo-rachidien. Parmi elles, deux seulement nous semblent à retenir : le benjoin colloïdal et le Vernes à la résorcine. Cette dernière méthode, notamment, a été l’objet de récents travaux qui en soulignent l'intérêt.

Sans doute, en l’absence de constat bactériologique, toutes ces recherches secondaires sont précieuses pour le praticien. Mais nous n’oserions jamais faire état d’une observation de méningite guérie, dont le diagnostic n'aurait d'autre preuve que ces réactions diverses. Et nous continuons à n’admettre comme certains que les seuls cas où la bacilloscopie a été

positive.

(1) D'ailleurs, où commence exactement l’hyperglycorachie ? Nous avons entendu le professeur Baudouin, maître en la matière, affirmer que, physiologiquement, la glycorachie pouvait atteindre 0 gr. 90.

(2) Soc. méd. des Hôp., 24 juin 1932, p. 1113.

En résumé, nous concluons que :

L'examen du liquide céphalo-rachidien n’a de valeur que s’il est pratiqué suivant une technique rigoureuse et avec une longue patience.

Le seul examen capital, décisif, est la recherche du bacille de Koch. La cytologie n’a qu’une valeur accessoire, sauf du point de vue pronostic.

L’inoculation au cobaye est un test moins probant que la bacilloscopie, puisque des bacilles authentiques de culture peuvent ne pas être pathogènes pour le cobaye.

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