II. — LA PSEUDO-BACTÉRIOLYSE DU BACILLE DE KOCH PAR LE CERVEAU
Les autopsies précédentes, en montrant la généralisation des lésions tuberculeuses, apportent la preuve manifeste de la non-destruction du bacille de Koch par le tissu nerveux. Mais on pourrait nous objecter que la généralisation est le résultat d’une inoculation massive, au cours de laquelle le cerceau, en quelque sorte sursaturé de bacilles, aurait laissé échapper quelques unités, après en avoir détruit le plus grand nombre.
Pour répondre à cette critique, nous avons inoculé des cobayes en poussant à l’extrême notre dilution qui a atteint le chiffre fantastique d’un demi-milliard de mgr. de bacilles (0,000.000.000.5 milligramme). A en croire les numérations (numérations différentes d’ailleurs de celles du docteur Jousset) de Calmette, qui admet seulement 40 millions de bacilles de Koch par milligramme, les cobayes, à supposer l’émulsion bien homogène, devaient recevoir chacun un nombre de bacilles de Koch cinquante fois inférieur à l’unité; c’est dire que la plupart d’entre eux n’aurait pas dû se tuberculiser.
Or, voici le résultat de cette expérience de trépanation effectuée, il est vrai sur 6 animaux seulement :
1° cobaye. — Mort en 59 jours, avec des lésions de tuberculose généralisée prédominant à l’encéphale. Magma caséeux à la partie antérieure du lobe frontal gauche.
2° cobaye. — Mort en 153 jours, avec des lésions viscérales de même ordre, mais plus discrètes. Localement, pas de chancre. Oblitération parfaite de l’orifice de trépanation.
3 cobaye. — Mort au 255° jour. Hémorragie, méningée sans autre lésion visible.
4 cobaye. — Mort au 275° jour, avec peu de lésions, sauf de fortes adhé-
adhérences du cerveau à la calotte cranienne et un infiltrat granulique.
5° et 6° cobayes. — Sacrifiés après 15 mois. Pas de lésions perceptibles, mais anthracose marquée des poumons et du médiastin.
Ajoutons que chez les deux premiers animaux, les bacilles de Koch ont été facilement retrouvés dans les centres.
Ainsi donc, des doses infimes, où l’on peut parler d'unité bacillaire, ont résisté à toute action destructrice. Il faut bien admettre que l’en-
céphale constitue même un excellent milieu de prolifération, puisqu'il est le point de départ d’essaimages multiples, créant à distance d’importants foyers bacillaires.
Une autre preuve de la tendance généralisatrice remarquable de l’inoculation intra-cérébrale, nous a été fournie par l’examen des rates des animaux morts ou sacrifiés précocement. Elles se sont toutes avérées atteintes, soit par leur aspect macroscopique, soit surtout par la découverte du bacille de Koch sur frottis, et cela dès le huitième ou le dixième jour, alors que les manifestations spléniques constatables étaient plus tardives chez les animaux témoins inoculés sous la peau, avec la même dose du même bacille.
Nous avons encore cherché une autre démonstration de la dissémination rapide des bacilles inoculés dans le cerveau, en faisant l’étude comparative de la bacillémie chez des cobayes inoculés les uns par la voie cranienne, les autres par la voie sous-cutanée. Alors que le sang des premiers se montrait bacillifère dès les cinquième, septième, neuvième et douzième jours, le sang des autres cobayes se montrait absolument stérile dans les mêmes délais, ou beaucoup moins riche en bacilles.
En résumé, la constance des lésions rapidement mortelles, intra et extra-cérébrales, la tendance généralisalrice, même après injection de doses infimes, la bacillémie précoce, montrent bien que si la substance cérébrale d’un animal vivant a une action sur le bacille de Koch, celle-ci consiste à exalter la virulence et non à la détruire. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle exerce une action nulle.
Nous voici donc bien loin des conclusions des auteurs précédents.
Il serait d’ailleurs bien étonnant qu’un microbe aussi coriace que le bacille de Koch, dont on n’a jamais vu réellement la lvse phagocytaire, même dans les expériences destinées à mettre en évidence le phénomène de Bail, dont Auclair n’a jamais pu vaincre la résistance in vitro, résistant aux alcalis bouillants, pût être lysé comme un vulgaire pneumocoque l’est dans la bile.
Tout ce que nous avons pu reproduire, par une expérience analogue à celle de Guy Laroche, est une cyanophilie spéciale survenant après broyage.
Quant aux expériences tendant à démontrer l’avirulence des bacilles après contact avec une bouillie cérébrale, elles nous paraîtraient attaquables même si les résultats étaient présentés comme constants. On sait,
en effet, que des substances organiques quelconques, et même de la simple
eau salée, peuvent stériliser une émulsion bacillaire après un contact prolongé.
Nous dirons, d’autre part, que le docteur Jousset a observé à tout coup une tuberculose Villemin chez les animaux qu’il a inoculés avec le mélange bacille de Koch + cerveau. Il est vrai que le mélange n’avait attendu que quarante-huit heures (au lieu des vingt jours dont parle Guy Laroche), dans la crainte que des infections secondaires, impossibles à éviter dans une expérience forcément septique, ne vinssent fausser le résultat final (1).
Ainsi donc, cette accumulation de preuves biologiques suffirait, nous semble-t-il, à prouver la résistance des bacilles de Koch à l’égard de la substance cérébrale. Celles-ci sont encore singulièrement renforcées par le témoignage optique, indiscutable, apporté par la découverte de bacilles sur coupes.
Les cerveaux, prélevés tout de suite après le sacrifice des animaux mourants, ont été fixés le plus souvent par l’alcool, quelquefois par le liquide de Bouin, selon les techniques courantes de tous les laboratoires. Inclusion à la paraffine. Les coupes, aussi fines que possible, ont été longuement colorées (une heure) par le Ziehl à froid, et décolorées ensuite par une alternance d’action du chlorhydrate d’aniline à 1 % et de l’alcool à 90° ; puis, après hydratation, colorées pour le fond par le bleu de méthylène en solution faible (0,50 %). Montage habituel au baume.
Nous ne parlerons pas ici des lésions bacillaires constantes, qui seront détaillées ailleurs. Nous dirons simplement que, sur toutes nos coupes, nous avons découvert, avec la plus grande facilité, des bacilles de Koch souvent nombreux, et en raison du mode d’inoculation, siégeant non seulement dans les infiltrats méningés, mais en plein tissu cérébral. Il ne s’agit pas de poussière bacillaire plus ou moins méconnaissable, mais de beaux bacilles rouges bien isolés, et parfaitement colorés.
Nous disons parfaitement colorés; mais cependant, ici, se place une remarque qui nous semble avoir une grosse importance.
(1) On mélange et on broie au mortier 3 gr. 6 de cerveau de cobaye neuf avec 2 mgr. 4 de bacilles bovins d’une culture sur pomme de terre de trente jours. Cette bouillie est maintenue à la glacière quarante-huit heures; après quoi, on l’inocule à 6 cobayes (soit 0 mgr. 4 de bacilles par animal) et ceci dans l’aine. On a d’autre part essayé la virulence de ces mêmes bacilles sur plusieurs témoins (6) à la même dose, mais sans le mélange cérébral. Enfin, on a fait des frottis de la pulpe bacillifère au début de l'expérience et après vingt-quatre heures de glacière.
Or voici les résultats : la virulenec (appréciée sur la survie et l’importance des lésions) paraît plus grande sur les animaux ayant reçu la bouillie.
En regardant, à quelques jours d’intervalle, des coupes sur lesquelles l'abondance des bacilles nous avait frappée, nous avons été bien étonnée de ne plus trouver qu'avec peine quelques unités bacillaires, et encore d’un rouge noirâtre. En étudiant la coupe avec la plus grande attention, nous avons aperçu des formes allongées, décolorées, d’un bleu violet, qui, à première vue, n’auraient jamais attiré l'attention. Or, ce fait de disparition des bacilles sur coupes ne se produit jamais aussi vite, ni aussi complètement, sur les coupes d’autres tissus. Les choses s'étaient donc passées comme si les bacilles de Koch avaient été détruits.
Un autre point nous avait également frappée : sur plusieurs coupés du même cerveau, traitées selon les mêmes techniques, tantôt apparaissaient de nombreux bacilles, tantôt on découvrait avec peine quelques germes erratiques.
Ainsi donc, suivant la coupe, suivant aussi la date de son examen, par rapport à sa date de coloration, nous avions des résultats très discordants qui eussent pu conduire à des conclusions diamétralement opposées : destruction ou conservation du bacille de Koch.
Une étude plus méthodique nous a montré que ces contradictions n'étaient qu’apparentes : d’une part, il nous a suffi de recolorer au Ziehl, pendant un temps très long (trente-six heures), les coupes d’où les bacilles de Koch avaient disparu, pour en faire réapparaître le plus grand nombre. Ils étaient, il est vrai, moins colorés que la première fois, et surtout ils étaient d’un rouge violet particulier, mais comme ils avaient été repérés avant ces diverses manipulations, nul doute ne persistait sur leur nature. De même, par une surcoloration prolongée de trente-six heures, nous avons vu apparaître des bacilles de Koch, là où ils étaient invisibles au premier examen.
Ainsi donc, les bacilles étaient bien présents, mais avec des variabi-
lités chromatiques bien particulières.
Une dernière recherche s’imposait : celle de la destruction in vitro par la bouillie cérébrale.
Avec le docteur Jousset, nous avons réédité l’expérience de Guy Laroche, en faisant l’examen de la bouillie cérébrale additionnée de bacilles, afin, si possible, d’assister à leur disparition. Nous avons donc procédé à l’examen bactériologique du mélange pulpe + bacilles, préparé selon la technique plus haut décrite. Des lames ont été faites tout de suite après le broyage, d’autres après vingt-quatre heures. Or, nous avons observé que, là où les premières lames montraient 100 bacilles de Koch,
nous n’en trouvions plus que 80 sur les autres, avec tendance à la cyanophilie des plus nettes.
Que conclure de toutes ces observations ?
Deux points sont à envisager : les faits, leur théorie.
Les faits sont indiscutables : difficulté spéciale de coloration des bacilles de Koch inclus dans le cerveau, ou incorporés à de la pulpe nerveuse broyée. Tendance à la décoloration et cyanophilie.
L'interprétation de ces phénomènes varie du tout au tout suivant le point de départ envisagé. Les auteurs précédents n’ayant trouvé de bacilles de Koch, ni dans le cerveau des animaux inoculés, ni dans la bouillie de pulpe cérébrale, ont conclu qu’ils avaient été détruits. Or, nous en avons découvert sur chaque cerveau, sur chaque coupe, sans exception. Comment expliquer ce désaccord ? Il tient évidemment non au déterminisme des faits, toujours rigoureux, mais aux méthodes d’investigation. Un résultat négatif a la valeur de tous les examens négatifs, il ne prouve pas l’impossibilité de réussir, et nous en avons comme preuve nos propres insuccès que nous avons toujours pu rectifier, en y mettant le temps et la patience. Il nous paraît certain que la lyse bacillaire n'existe pas. Partout où nous avons injecté des bacilles de Koch, nous les avons retrouvés. Quand notre premier examen était négatif, c’est que notre coloration au Ziehl était insuffisante, et le deuxième examen était toujours positif.
Tout se passe done comme si les lipoiïdes du cerveau empêchaient la coloration du bacille de Koch ou, tout au moins, la rendaient plus difficile, de sorte qu’il faudrait peut-être avoir recours à des procédés spéciaux de coloration pour échapper à ces difficultés. C’est d’ailleurs ce que M. I. Bertrand a signalé au début de son travail sur les tuberculoses cérébro-méningées.
Quant à l’existence de bacilles de Koch cyanophiles là où on s’attendait généralement à trouver des bacilles de Koch fuchsinophiles, elle n’est pas pour nous étonner, puisque suivant l’ancienneté de la culture, suivant la durée plus ou moins longue du simple broyage, elle peut aussi s’observer. On sait d’ailleurs que ces modifications tinctoriales n’ont rien à voir avec la virulence des germes, et qu’on peut observer dans les cultures les plus virulentes, des bacilles de Koch bleus ou rouges, ou même des granulations fuchsinophiles ou cyanophiles. Cette colorabilité est donc tout à fait accessoire.
Ainsi donc, nos conclusions seront les suivantes :
Ni la vitalité, ni la morphologie du bacille de Koch ne sont modifiées
par son contact avec la substance cérébrale. II ne faut pas confondre invisibilité et inexistence. La prétendue lyse du bacille de Koch n'est en réalité qu'une dyschromatophilte.
Il ne nous reste plus qu’à étudier les lésions produites par les bacilles de Koch introduits dans la cavité sous-arachnoïdienne chez le lapin.
II. — ÉTUDE DES LÉSIONS NERVEUSES DANS LA MÉNINGITE TUBERCULEUSE EXPÉRIMENTALE
Les lésions produites par la méningite, tuberculeuse ne sont plus niées à l’heure actuelle. Jakob, Kirschbaum, Wohlwill, Ivan Bertrand et Médakovitch, entre autres, en ont donné des descriptions fort intéressantes. Mais si remarquable que puisse être une étude faite sur un cerveau humain, elle n’échappe pas a certaines critiques. Tout d’abord, même si le cerveau a été préparé, comme il convient, par formolage in situ, le plus tôt posible après la mort, on n’est jamais absolument sûr d'éviter les lésions cadavériques, d'autant plus précoces que le tissu nerveux est plus fragile. D’autre part, certains auteurs, tel Laignel-Lavastine, se sont demandé si les lésions constatées chez les sujets morts de méningite tuberculeuse n’étaient pas influencées par d’autres facteurs : éthylisme, hépatisme, troubles endocriniens, spécificité, etc...
Enfin, et surtout, non seulement on ne connait ni la race, ni la virulence du bacille de Koch causal, mais encore on ignore la date d’ancienneté de la maladie, que l’on ne peut étudier anatomiquement qu’au stade ultime. Il est donc impossible, en ne s'adressant qu'aux autopsies humaines, d'étudier les lésions dans leur développement progressif, afin d'en comprendre le mécanisme. Seule lexpérimentation, au cours de laquelle on est maître d’arrêter la lésion quand on le veut, permet une étude cinématique de l'affection, sans laquelle un processus, quel qu'il soit, demeure insaisissable. Or, nous avons vainement cherché, dans toute la littérature, un travail expérimental suffisamment poussé, concernant la méningite tuberculeuse; aussi avons-nous entrepris toute une série d’inoculations, qui nous ont fourni des renseignements d’un intérêt
“apital.
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Jousse/
Notre animal de choix pour étudier les lésions fut le lapin. Le cobaye ne pouvait nous servir, l’inoculation par trépanation, la seule possible, étant par elle-même traumatisante pour le cortex cérébral. Le lapin, inoculé par voie occipito-atloïdienne, échappe à ce reproche. C'est d’autre part un animal réceptif à la tuberculose bovine, et facile à manier. Il présente toutefois un inconvénient regrettable, celui d’avoir une névroglie qui se colore mal, comme nous le verrons plus loin. Nous avons choisi des animaux adultes pesant environ 2 kil. 500. Chacun a reçu un dixième de milligramme de bacilles de Koch essorés, en émulsion fine dans l’eau distillée. Bien que le volume injecté n’ait pas dépassé 1/30° de centimètre cube, nous estimons qu’à chaque fois il s’est perdu un peu de liquide, de sorte que chaque lapin n’a pas effectivement reçu plus d’1/20° de milligramme de bacilles de Koch essorés. Nous avons employé la même souche de bacilles que pour nos cobayes, souche bovine de virulence éprouvée sur animaux témoins.
Technique d’inoculation au lapin. — L'animal est attaché sur le ventre, sur une planche, la tête restant libre. Les poils de la région occipitale sont soigneusement enlevés, et la peau est désinfectée à l’alcool. La tête étant mise en hyperflexion, on introduit, juste au-dessous de la protubérance occipitale, une aiguille spéciale recourbée, à biseau court, de 1 mm. 2 de diamètre extérieur et de 40 millimètres de longueur. La direction à donner à l’aiguille est fournie par l’occipital lui-même, qu’il faut raser, et avec lequel l’aiguille doit rester en contact permanent. Il faut piquer doucement, pour ne pas atteindre le bulbe, et par conséquent ne pas tuer l’animal. On est sûr d’être dans la cavité sous-arachnoïdienne quand apparaît dans le canon de l’aiguille un peu de liquide céphalo-rachidien. A ce moment, il suffit d'adapter une seringue préparée d’avance avec la dose voulue d’émulsion, et de l’injecter aussi lentement que le permettent les mouvements de défense de l’animal.
Avec un peu d’habitude, cette technique est somme toute facile. Nous lPavons employée pour inoculer 78 lapins, sur lesquels nous n’avons enregistré que 3 échecs.
Le but que nous avons spécialement poursuivi est une étude cinématique des lésions. A cet effet, nous avons systématiquement sacrifié des animaux, soit par saignée, soit par injection de formol dans les veines, de deux en deux jours, à dater de l’inoculation, et nous en avons également laissé évoluer jusqu’à la mort spontanée. Nous n’avons fait d'étude histologique que sur le cerveau d'animaux sacrifiés. Le prélèvement du cerveau et sa mise dans le liquide fixateur suivant la mort de quelques minutes, nous avons le maximum de garantie que les lésions constatées sont bien le fait de la maladie elle-même, et non d'ordre cadavérique.
Les lapins que nous avons laissé évoluer spontanément sont tous morts
et dans des délais assez réguliers. Les décès se sont échelonnés entre le huitième et le dix-huitième jour. Les animaux étaient pour la plupart paraplégiques, et présentaient un amaigrissement considérable. A l’autopsie, nous avons régulièrement obervé chez tous un épaississement diffus très important de la dure-mère. Le cerveau était toujours fortement congestionné, les veines turgescentes, dilatées en cordon. Le plus souvent se voyait un exsudat blanchâtre, quelquefois consistant, siégeant surtout à la base, Nous n’avons observé que rarement des tubercules véritables, ce qui ne saurait nous étonner en raison de la rapidité du processus morbide. Les ventricules étaient toujours fortement dilatés et remplis de liquide.
Ce qui nous à le plus frappée, chez les animaux mourant les derniers de nos séries, vers le dix-septième ou le dix-huitième jour, c’est une grosse diminution de consistance du cerveau, qui devenait mou, presque gélatiniforme, chez certains lapins, ainsi que nous l’avions déjà observé sur cobayes. Il s’agit évidemment d’une encéphalomalacie bien spéciale, due soit à une nécrose cellulaire directe, soit à une nécrose ischémique. La première hypothèse nous paraît d’ailleurs beaucoup plus vraisemblable en raison des observations que la suite de nos travaux nous a permis de faire.
Toute notre étude histologique a été faite sous la direction de M. Ivan Bertrand, auquel nous exprimons ici notre profonde reconnaissance. Ses conseils nous ont été particulièrement précieux, puisque nous lui devons non seulement notre plan de travail, mais encore tout un enseignement technique, que nous nous sommes efforcée d’appliquer minutieusement. On sait, en effet, combien il est nécessaire de se plier à une discipline rigoureuse dans la réalisation des nouvelles méthodes d’imprégnation métalliques, si l’on veut éviter de prendre pour des aspects pathologiques ce qui n’est qu’artifice de préparation.
Afin de nous mettre, dans toute la mesure du possible, à l’abri d'erreurs d'interprétation, nous avons toujours opéré, pour chaque méthode de coloration et pour chaque âge de lésions, sur plusieurs animaux. De plus, nous avons, à maintes reprises, examiné le même cerveau selon plusieurs méthodes destinées à se servir entre elles de recoupement. Nous divisions à cet effet certains cerveaux en 2 ou même 4 fragments, fixés chacun et traités en vue d’une étude différente. Nous espérons ainsi avoir traraillé dans les conditions les meilleures.
Nous répétons que nous avons eu spécialement en vue l'étude de la progression des lésions causées par le bacille de Koch lui-même, bien
vivant, introduit à une date connue dans la méninge. S'il est intéressant de connaître l'intensité des lésions maxima, il est autrement important de préciser leur date d'apparition et leur rapidité de progression, puisque de ces notions découle tout un enseignement thérapeutique, relatif à la nécessité d’un traitement précoce, précédant les désordres irréparables. Nous avons donc eu pour bases, d’une part les coupes d’un cerveau de lapin normal, d’autre part celles d’un cerveau d’animal inoculé et sacrifié mourant à la période ultime de sa maladie. Grâce à un nombre suffisant d'animaux intermédiaires, nous avons suivi pas à pas le développement graduel des lésions.
Notre travail histologique comprendra quatre parties :
Nous étudierons successivement :
A) La topographie générale des lésions : méninge et vaisseaux (méthodes générales de coloration).
B) Ta micioglie (procédé Hortega, 1921).
c) Les cellules neuro-ganglionnaires (méthodes de Nissl et de Bielschowsky).
D) La recherche des bacilles de Koch sur coupes.