‹ Étude et Traitement de la Méningite TuberculeuseChapitre 22 sur 66 · A. — TOPOGRAPHIE GÉNÉRALE DES LÉSIONS (MÉNINGE ET VAISSEAUX · texte numérisé non relu

A. — TOPOGRAPHIE GÉNÉRALE DES LÉSIONS (MÉNINGE ET VAISSEAUX

Cette étude est la plus facile, puisqu'elle peut être poursuivie avec diverses méthodes de coloration donnant des images d’ensemble. En dehors de la méthode de Nissl, nous avons surtout utilisé les coupes sur paraffine colorées à l’hématéine-éosine, et les colorations nucléaires au carbonate d'argent sur coupes à congélation (procédé Hortega, 1919).

Voici ce que nous avons observé :

Dès le premier jour commence la réaction méningée. A côté de parties absolument saines, on voit de petits infiltrats de cellules d'aspect lymphoïde. Au deuxième jour, la réaction est manifeste et déjà importante, atteignant aussi les ventricules. L’infilirat a gagné à la fois en surface et en épaisseur, et est surtout composé de cellules rondes. Dans les sillons, particulièrement dans la scissure inter-hémisphérique, l’afflux leucocytaire est nettement plus marqué, et la richesse en polynucléaires y paraît plus grande. Les vaisseaux commencent à s’entourer d’un manchon de cellules rondes.

Au sixième jour, l’épaississement méningé est déjà considérable, mais très inégal. Dans la masse des cellules lymphoïdes se voient de très nombreux polynucléaires, et de grands macrophages avec ou sans inclusions. Beaucoup de noyaux sont pycnotiques, mais on n’observe pas de figures achromatiques de caséification. On note une prolifération marquée des noyaux névrogliques dans la zone sous-méningée. D’autre part, l’infiltration périvasculaire va en s’accentuant, aussi bien en plein tissu cérébral que dans la méninge.

Au stade terminal, c’est-à-dire vers le dix-septième ou le dix-huitième jour de la maladie, les lésions sont beaucoup plus accentuées, mais sans changer de caractère.-Si la méninge est à peu près partout atteinte, elle l’est, même à cette période, d’une manière très inégale : tantôt infiltration de vingt rangs ou plus de cellules rondes, tantôt aspect presque normal, ainsi qu’on pourra s’en rendre compte sur notre figure n° 6. Ces amas leucocytaires, semblant pénétrer comme un coin dans la substance cérébrale, centrés par des vaisseaux, sont un des aspects les plus fréquents de la réaction méningée. Mais quelle que soit la diapédèse et la richesse cellulaire, l’infiltration demeure, comme dans cette figure 6, diffuse, homogène, sans ordination folliculaire, sans cellules géantes, sans trace d'organisation ou de nécrose. Quelques cellules prennent cependant un aspect allongé de tissu fixe.

Si tous les vaisseaux sont le siège d’une très grosse réaction cellulaire, leur perméabilité demeure toutefois à peu près constante, et nous n’avons observé qu’exceptionnellement quelques thromhoses veineuses. Les capillaires sont distendus, très augmentés de nombre et infiltrés. Les phénomènes congestifs sont d’ailleurs très accusés, spécialement au niveau de la base et des plexus choroïdes, ce qui va de pair avec la xanthochromie si fréquente du liquide céphalo-rachidien, ainsi qu'avec la présence de dépôts ocreux dans la pulpe cérébrale.

Nous avons noté par ailleurs que l’on pouvait trouver en plein cerveau des amas cellulaires indépendants, que ne centre en apparence aucun vaisseau, au milieu desquels sont éparpillées de grandes cellules neuroniques, avec les figures habituelles de dégénérescence plus où moins accentuée.

[Il n’y a pas lieu de s'étonner que le stade d'infiltration diffuse n'ait pas été dépassé sur la très grande majorité de nos coupes. Nos animaux sont tous morts, en effet, très rapidement, la graine bacillaire qu'ils avaient reçue étant hypervirulente. On peut supposer que si nos lapins avaient reçu des bacilles plus atténués, ils auraient survécu

Joussel. 6

beaucoup plus longtemps; tels ceux de L. Martin, mourant au bout de six semaines à deux mois, et qu’ils auraient, comme ces derniers, présenté des tubercules véritables. Le développement de la lésion est affaire de temps, mais celle-ci ne mesure pas tout de la gravité d’une atteinte bacillaire. Les lapins les plus sévèrement touchés, morts spontanément au huitième jour, présentaient moins d’altérations visibles que les lapins morts au dix-huitième jour. Ainsi donc, rien n’autorise à rendre les troubles vasculaires et mécaniques responsables du caractère mortel de la méningite tuberculeuse. L’explication doit être cherchée ailleurs.

B. — LA MICROGLIE

Ainsi que nous l’avons dit précédemment, nous avons dû renoncer à l’étude détaillée des lésions atteignant la névroglie, après maints essais infructueux, notamment avec la méthode de Holzer, et surtout avec celle de Cajal à l’or sublimé. Malgré les soins apportés aux diverses manipulations, nous n’avons obtenu que des imprégnations irrégulières, inégales, ne permettant pas de comparaison et de conclusions sérieuses. Il faut sans doute incriminer l’espèce animale que nous avions choisie, et l’étude de la névroglie au cours de la méningite tuberculeuse serait à reprendre sur d’autres cerveaux que ceux de lapin (1).

Par contre, nous avons pu étudier d’une manière aussi complète que possible les lésions atteignant la microglie.

On sait que, sous le nom de microglie, Rio del Hortega a décrit, en 1920, une névroglie spéciale, d’origine mésodermique, antérieurement désignée par Cajal sous le nom de « troisième élément ». Cette mésoglie, isolable par des méthodes spéciales d’imprégnation, jouit de deux propriétés essentielles, qui rendent son rôle physiologique particulièrement important : mobilité et fonction phagocytaire. Elle intervient donc activement dans tous les processus inflammatoires et nécrosants du tissu nerveux. Alors qu’à l’état de repos, elle apparaît comme un tissu fixe, étroitement associé à la trame nerveuse, dès qu’une menace destructive apparaît, grâce à des phénomènes amiboïdes, elle se mobilise, avance au travers de la trame, en même temps que s'effectue une prolifération marquée de nombre des éléments. Elle accomplit alors son travail de phagocytose, enfermant dans son protoplasma des inclusions granuleuses, des hématies, et même des polynucléaires. Sa fonction d’élimination des substances de déchet est donc considérable.

(1) La méthode de Penfield:ne nous a pas non plus donné de résultats.

La microglie existe dans tous les organes et toutes les régions du SYStème nerveux central, mais elle est particulièrement abondante dans la zone des petites et des grandes cellules pyramidales. Microglie et cellules neuro-ganglionnaires sont d’ailleurs liées si fortement entre elles que toute altération d’un système retentit fatalement sur l’autre : phénomène d’'interdépendance constant, bien mis en valeur par M. Ivan Bertrand, sous le nom de « loi de dualité neuro-interstitielle »: Pour toutes ces raisons, l’étude de la microglie au cours de la méningite tuberculeuse expérimentale nous a donc paru doublement importante.

La technique que nous avons employée est celle qui a été indiquée par Rio del Hortega lui-même, en 1921.

Nous avons eu la chance d’obtenir des coupes excellentes, à tel point que nous nous demandons si la fixation au formol bromuré n’a pas été rendue bien meilleure, du fait que nous avions, pour cette technique, sacrifié nos animaux par injection de deux centimètres cubes de formol pur dans la veine marginale de l’oreille. Nous avons, en effet, observé que l’imprégnation des cerveaux tués par saignée était beaucoup moins satisfaisante.

Afin d’avoir un point de comparaison absolument sûr, nous avons, bien entendu, examiné en premier lieu la microglie d’un lapin normal. Les microgliocytes, fortement imprégnés au carbonate d'argent, apparaissent avec un protoplasme peu abondant, présentant de multiples prolongements, porteurs eux-mêmes de ramifications secondaires inégales en nombre et en longueur. La caractéristique de ces expansions est la finesse, l'aspect épineux, velu ou penniforme, enserrant comme d’une pince dans leurs prolongements les éléments neuro-ganglionnaires, ainsi que l’on pourra s’en rendre compte sur notre figure 1.

Dès le quatrième jour après l’inoculation de bacilles de Koch vivants, les altérations de la microglie s’ébauchent, mais elles ne sont vraiment nettes et indiscutables qu’au sixième jour. On voit alors un afflux microglique à proximité de la méninge, et particulièrement dans les zones les plus infiltrées. D'autre part, les microgliocytes subissent déjà des altérations morphologiques, aussi bien celles du type satellite des éléments neuro-ganglionnaires, que celles du type satellite vasculaire. Ainsi que le montre notre figure 2, dès cette période, les corps cellulaires sont hypertrophiés, et les prolongements ont perdu leur finesse. Is sont épais, granuleux, certains renferment même des inclusions bulleuses, tandis

que d’autres sont rétractés. Ces altérations ne se produisent pas seulement

aux environs immédiats de la méninge, mais même à distance, puisque le point envisagé siège à 1 millimètre dans la profondeur.

La réaction atteint aussi bien le cervelet que le cerveau. Sur le même

FiG. 1. — Lapin normal. Ecorce pariétale. Région des cellules pyramidales moyennes. Imprégnation de la microglie, procédé Hortega 1921. Les éléments neuro-ganglionnaires se détachent en gris pâle sur un fond presque incolore. Les noyaux apparaissent en quelque sorte en négatif. Quelquefois, le nucléole seul apparaît. Les microgliocytes sont au contraire fortement imprégnés par le carbonate d'argent, surtout au niveau de leurs ramifications. Le type de microglie, visible sur cette préparation, correspond au type de corpuscules satellites, enserrant dans leurs prolongements les éléments neuro-ganglionnaires. On remarquera la finesse des prolongements et de leurs ramifications, aspect habituel à l’état normal.

cerveau de lapin que la coupe précédente, nous avons pratiqué une coupe transversale de lhémisphère cérébelleux, au niveau d’un sillon

interlamellaire. Ce sillon est occupé par un vaisseau, dont on aperçoit

la lumière, et tout autour de lui une accumulation de cellules rondes, lymphocytes et mononueléaires, disposition constamment observée. On reconnait, sur notre figure 3, les trois couches classiques du cervelet :

q P B a CC .CONSTANTIN.

FiG. 2. — Lapin au sixième jour d'inoculatlion. Imprégnation de la micro-

alie, procédé Horlega 1921. Circonvolution frontale interne. Le capillaire (ec) sépare la couche granuleuse externe (g) de la couche pyramidale moyenne (p). La méninge esl à gauche, à 1 millimètre environ, hors du dessin. Hypertrophie notable des microgliocytes; protoplasme augmenté de volume. Prolongements épais, granuleux, renfermant des inclusions bulleuses; certains sont rétractés. On voit, dans la préparation, deux types de microgliocytes : le type satellile des éléments neuro-ganglionnaires (en A) et le type satellite vasculaire (en B).

1° l’une claire, couche plexiforme; 2° la ligne discontinue des cellules de Purkinje; 3° la couche des grains. On est tout de suite frappé par l’abondance extraordinaire des microgliocytes périvasculaires, qui entourent la plupart des capillaires d’un véritable feutrage. S'il est indéniable que le segment réactionnel de la couche plexiforme suit exac-

tement en intensité et en topographie les réactions méningées, il y a lieu également de remarquer que cette hyperplasie de la microglie, surtout

du type périvaseulaire, n’est pas plus marquée dans les régions super-

ozn

st.

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NILNY

FiG. 3. — Lapin au sixième jour d’inoculation. Imprégnation de la microglie, procédé Hortega 1921. Coupe transversale de l'hémisphère cérébelleux, au niveau d'un sillon interlamellaire, dont le centre est occupé par un vaisseau, entouré d’une accumulation de cellules rondes, lymphocytes et mononucléaires.

a, couche plexiforme. b, ligne discontinue des cellules de Purkinje. ce, couche des grains. Abondance extraordinaire de microgliocytes périvasculaires, entourant la plupart des capillaires d'un véritable feutrage, même dans la portion profonde de la couche plexiforme.

ficielles du voisinage de la méninge, que dans les portions plus profondes de la couche plexiforme. Il ne semble donc pas que l’on puisse invoquer ici une migration des éléments issus de la méninge enflammée.

Les images pathologiques deviennent de plus en plus typiques à

Fi. 4, — Lapin au onzième jour d’inoculation. Imprégration de la microglie. procédé Hortega 1921. Ecorce pariélale. La figure représente les réactions microgliques de la couche moléculaire et de la couche granuleuse externe (couches I et II de Broadman). La microglie anormalement abondante présente deux caractéristiques : 1° sa tendance à former des cellules en bâtonnetl, perpendiculaires à la méninge ; 2° ressemblance au voisinage de la méninge avec des histiocytes migrateurs.

On est surpris aussi de voir quelques astrocytes fibreux, en connexion avec les parois vasculaires, que l’imprégnation d'Hortega au carbonate d'argent ne montre pas normalement.

mesure que l’on s'éloigne de la date d’inoculation. L’afflux microglique

augmente d’une manière progressive, et les microgliocytes prennent des caractères nouveaux. Ils ont une tendance très nette à former des cellules en bâtonnets. On les voit généralement orientés parallèlement à l’axe de la circonvolution, c’est-à-dire perpendiculairement à la méninge. Il est plus rare d’en découvrir orientés obliquement, généralement au voisinage

des vaisseaux (fig. 4). Il ne s’agit pas de cellules en bâtonnets à caractère

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