OBSERVATION XI
(communiquée par le D' Berrer, d’Albertville).
M'e T.…, neuf ans, née de père et mère bien portants. Une sœur, morte en 1928, à l’âge de cinq ans, de méningite tuberculeuse. Elle-même fait, en 1928 une congestion pleuro-pulmonaire droite qui dure plusieurs mois et tait craindre une tuberculose pulmonaire évolutive, Après six mois de soins,
l'enfant guérit complètement. Il n’a pas été fait à ce moment d'analyse de crachats ni de sérothérapie antibacillaire.
La maladie actuelle débute le 6 juin 1931. L’enfant, qui était très intelligente et que son institutrice poussait, la trouvant très avancée, se met, aux environs du 20 mai, à devenir triste, à ne plus manger et à se plaindre constamment de la tête. Elle continue pourtant à aller en classe jusqu’à la fin du mois. Mais au début de juin, étant plus fatiguée, on la garde chez elle et elle s’alite. Elle se plaint surtout de la tête, vomit et a de la fièvre. On la traite par des remèdes de campagne, des vermifuges en particulier. Ce n’est que le 6 juin que le médecin la voit pour la première fois.
Ce jour-là, elle vient de vomir et demeure couchée, sans connaissance. Elle geint, mais présente des périodes de calme alternant avec des périodes d’excitation. De petites crises convulsives la prennent par instants, qui intéressent surtout le membre supérieur droit. À l’état de calme, elle est couchée en chien : de fusil, les yeux clos. Elle mâchonne et on la touche difficilement sans la faire souffrir. Le Kernig est positif, la nuque raide. Il existe de la photophobie et un pouls très ralenti en désaccord avec la température (pouls, 100 ; température, 39°4). La respiration comporte des pauses prolongées., Myosis et paresse pupillaire.
Le 7 juin, ponction lombaire où l’on voit le liquide céphalo-rachidien sortir en jet et fournir rapidement 20 centimètres cubes. Liquide absolument clair, eau de roche dont l’examen est confié à M. Rey, ex-interne en pharmacie de Paris et ex-stagiaire de lInstitut Pasteur. Sa réponse est la suivante :
« Formule cytologique impossible à donner, parce qu’il y a une goutte de sang dans les tubes. L’examen bactérioscopique du culot de centrifugation, pratiqué sur de nombreuses préparations, montre de rares, très rares DAS FU bacilles acido-résistants et fort nets. »
L’allergine est demandée par télégramme, et, le 10 juin, soit quatre jours après le début apparent, on en fait une injection sous-cutanée de 1/8° de milligramme suivie d’une seconde, identique, quarante-huit heures plus tard. D’autres injections, plus fortes (voir le tracé thermique), sont faites ultérieurement.
Dès le lendemain de la première piqûre, les symptômes s’amendent ; le malade souffre moins et s’étend sur son lit. Après la deuxième piqûre s’ébauche une descente thermique en lysis.
Le 12 juin, la raideur de la nuque et de la colonne vertébrale ont beaucoup diminué ; la connaissance est revenue entière. Le 14 juin, la température du soir est au-dessous de 38° et ne remontera plus. Le pouls devient plus régulier, plus ample et concorde avec la température.
Mais à ce moment, où tous les signes locaux sont en régression, où la céphalée a totalement disparu, l’état général fléchit brusquement et lon assiste à un amaigrissement rapide impressionnant. Cette fonte musculaire s'accompagne d’une anesthésie marquée et d’une photophobie inexplicables.
Pourtant, le 20 juin, il semble que la partie soit définitivement gagnée.
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La malade commence à s’alimenter. Le 10 juillet, elle peut se lever et reprend peu à peu son embonpoint de jadis, et progressivement sa vie et ses classes sans aucune séquelle.
Revue un an et demi plus tard, sa santé est excellente.
REMARQUES. — Noter ici la bonne descente du tracé fébrile, mais qui a exigé pour décliner des doses suffisantes. Ce n’est qu’à la troisième dose, totalisant un ensemble de 1 demi-milligramme, que la courbe s’est heureusement modifiée.