‹ Étude et Traitement de la Méningite TuberculeuseChapitre 55 sur 66 · RU NP · texte numérisé non relu

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pulmonaires peu différenciés, et où peuvent jouer les suppléances, devient ici fort scabreux.

En outre, peut-être les toxines libérées par les foyers méningés vontelles contracter de nouvelles unions plus fâcheuses encore que celles des méninges, atteignant cette fois les cellules nerveuses elles-mêmes, surtout si les anticorps n’ont eu ni le temps ni la force (cachectiques) d’être élaborés. ;

Cette réaction de foyer peut donc, tout comme la langue d’Esope, devenir le meilleur ou le plus détestable des procédés, et l’allerginisation constituer une arme à deux tranchants.

Et pourtant, l’allergine a déjà guéri une quinzaine de malades. Les faits comptent plus que tous les discours...

Il est probable que chez eux, après la brève attaque des poisons focaux mobilisés, est venue la réponse générale, non moins rapide, de l’organisme (chez certains malades, l’amélioration se produit dès le lendemain). De la vigueur de cette réponse défensive, liée elle-même à la bonne résistance du sujet, dépend tout le pronostic.

Mais nous croyons, d’autre part, que le foyer méningé n’est pas le seul à susciter la réaction défensive. On sait, en effet, que toute méningite tuberculeuse est engendrée par des foyers extra-cérébraux. Ces foyers ne sont certainement pas sans intervenir dans la lutte, puisque, même spontanément, ce sont eux qui suscitent une allergie plus ou moins solide. Réveillés momentanément par l’allergine, ils déverseront de leur côté les antigènes recherchés, et transformeront une immunité humorale légère en une défense peut-être transitoire, mais intense.

La condition essentielle reste, bien entendu, la bonne résistance du sujet, facteur auquel il faut toujours revenir.

Quoi qu’il en soit de ces hypothèses, il est certain que les anciens tuberculeux résistants feront des méningites moins graves que les autres, de telle sorte que, si paradoxal que cela paraisse, les méningites cliniquement secondaires connaîtront une meilleure défense que les primitives (1).

En résumé, le grand principe de la méthode est une action générale sur tout l'organisme, et nous croyons que jl’allergine agit comme cause

(1) Rappelons à ce sujet que plusieurs auteurs ont désigné, sous le nom d”’ « états méningés curables », des poussées méningées survenant chez des tuberculeux, qui guériraient spontanément. Malheureusement, le constat bactériologique de ces épisodes manque complètement, aussi bien sur les coupes histologiques que du vivant du malade.

provocatrice d’une défense humorale, qui revient en fin de compte à une autosérothérapie.

Dans ces conditions, il est bien certain que l’allergine ne peut avoir d'action que sur les formes congestives diffuses de la méningite tuberculeuse. Elle ne peut prétendre agir, au moyen de simples antitoxines sur un placard méningé déjà constitué, ni sur un tuberculôme. Tout ce qu’elle pourra faire dans de tels cas, sera d'arrêter les « poussées » congestives de méningite additionnelle survenant autour de ces organisations tuberculeuses. Et c’est effectivement ce qui s’est produit chez les malades des observations I et III. On voit donc que le principe d’action de l’allerginothérapie est bien loin de celui de la méthode de von Bokay, qui elle, tout au contraire, trouve son indication dans les formes localisées. On pourrait même se demander si les deux méthodes ne pourraient pas se compléter heureusement dans certains cas.

Puisque nous avons parlé d’autosérothérapie, on pourrait nous demander pourquoi nous ne préconisons pas, dans une affection dont la gravité est surtout faite d'intoxication, la médication antitoxique par excellence, nous voulons parler du sérum de Jousset, sérum équin préparé, comme on le sait, à l’aide de poisons issus du bacille de Koch. Il semblerait en effet, a priori, que ce sérum, apportant tout préparés les anticorps aptes à lutter contre les toxines, devrait donner des résultats plus heureux que ceux de l’allergine.

Nous croyons que si le sérum n’a pas donné jusqu'ici dans les mépingites les résultats escomptés, c’est parce que les doses injectées demeurent insuffisantes pour agir contre les toxines bacillaires. On sait, en effet, combien le complexe toxine-cellule est difficilement dissociable, dès qu’il s’agit des centres nerveux, et cela pour tous les poisons, quels qu’ils soient. Nul ne conteste la puissance extraordinaire du sérum antitétanique (1), et cependant on sait quelles doses colossales sont nécessaires pour lutter avec quelque chance de succès contre un tétanos installé. Le fait est également vrai pour les paralysies diphtériques; d’ailleurs les résultats obtenus dans cette affection, par l’anatoxine (2), sont tout aussi paradoxaux que ceux de l’allergine et peuvent sans doute s'expliquer de la même manière.

Nous dirons aussi que non seulement la question de dose, mais aussi

() On sait, pour donner un exemple de cette puissance préventive, que pour protéger un cheval de 500 kilos contre le tétanos opératoire, 5 centimètres cubes de sérum antitétanique suffisent.

(2) Société médic. des Hôpitaux, 1933, p. 272.

celle de voie d’introduction, doit intervenir. Sans admettre l’indépendance absolue du cerveau par rapport au reste de l’économie, contraire au bon sens, nous croyons que la perméabilité des espaces sous-arachnoïdiens pour les albumines est difficile et limitée. Il faudrait donc que le sérum fut porté in situ en quantité suffisante, et non pas seulement par voie basse, comme on l’a déjà fait, c’est-à-dire loin des foyers et de leurs toxines, mais, au contraire, par voie haute. Ceci conduirait à reprendre l’expérience faite jadis par Roux et Borrel, à l’instigation de Chauffard, dans un cas de tétanos, et à introduire du sérum à la surface. de la pie-mère après trépanation minima. C’est uniquement parce que la méthode semble audacieuse qu’elle n’a pas été tentée, ce qui est peutêtre regrettable.

Nous devons ajouter toutefois que l’une de nos petites malades (obs. V) qui a guéri de sa méningite, avait reçu à la fois du sérum et de l’allergine. Peut-être cette méthode mixte a-t-elle eu, dans ce cas, une action particulière ?

Telles sont les explications que nous proposerions pour interpréter l’action de l’allergine dans les méningites. Nous n’y sommes d’ailleurs pas attachée et ne retenons que ce leitmotiv indiscutable : 15 malades ont été guéris après cette médication.

Quand on compare ces résultats aux résultats habituels, on les irouve splendides, si beaux même qu’ils se heurtent généralement à l’incrédulité absolue ; mais quand une telle voie est ouverte à l’espérance, notre devoir est de chercher à l’élargir, quels que soient les cris de la foule.

Puisque cette thérapeutique est indéniablement active, dans une affection jusqu'alors mortelle, pourquoi les succès demeurent-ils si rares ? Comment faire pour les multiplier ?

Ici se place une notion capitale qui est celle de la précocité de l’intervention.

Notre étude expérimentale nous a montré combien les lésions sont précoces et combien elles progressent rapidement. D'où la nécessité d’une thérapeutique aussi hâtive que possible. Chaque jour qui passe diminue largement les possibilités de guérison. Si notre pourcentage demeure si faible, c’est certainement au traitement tardif qu'il faut l’imputer : hésitations du diagnostic, oppositions à la ponction lombaire, retards dus à des causes matérielles, tel l'éloignement du laboratoire qui fait attendre sa réponse, autant de raisons dont l’accumulation finit par supprimer les quelques chances de succès qu’on pouvait avoir. C’est tous les jours que les médecins font part de l’arrivée tardive de l’aller-

gine et de son utilisation dans les heures qui ont précédé la mort, et uniquement pour satisfaire un besoin sentimental de la famille...

Il faut que le praticien sache bien que tout traitement tardif par l’allergine ne donne aucune chance de succès. L’abstention vaut infiniment mieux. Aussi, avant d’entrer dans le détail du traitement, tenonsnous à répéter cette loi formelle, qui est à la base de cette thérapeutique :

La méningite tuberculeuse n’a de chance de guérir que si elle est traitée à son début.

De la précocité du diagnostic peut dépendre la vie du malade.

LS

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