TECHNIQUE ET POSOLOGIE DES INJECTIONS
Ici, rien de mathématique, rien d’absolument régulier, pas plus que pour les thérapeutiques les mieux étudiées. L’allergine comporte une posologie individuelle, et son maniement demeure une question d’espèce, où interviennent le bon sens et le flair médical. Il ne faut pas plus imposer à un organisme si gravement atteint une réaction trop violente, qu’il ne faut, par une peur injustifiée d’effets fâcheux problématiques, rester en-dessous de la dose active et efficace. Nous reprendrons l’image du docteur Jousset : « Fouailler légèrement un cheval, c’est l'activer; le rouer de coups, c’est l’agenouiller. >» On nous dira que ce dernier risque ne compte guère au cours d’une affection aussi grave, où toutes les tentatives sont permises. Pourtant, ceci est affaire de conscience, et nous pensons qu'en France du moins, ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on affronterait ce danger.
La technique que nous allons indiquer ici n’est donc pas absolue. Mais elle s’appuie, malgré tout, sur l'étude synthétique et comparative de
plus de 200 cas, qui nous ont un peu éclairée sur la conduite générale du traitement. C’est ainsi que nous avons pu constater que la voie souscutanée est tout aussi efficace que la voie lombaire pour l'introduction de lallergine. Celle-ci va chercher le foyer où il se trouve, en dépit des barrières anatomiques que la théorie lui impose; la preuve en est donnée par l’accentuation des phénomènes cérébraux morbides, dans les heures qui suivent la piqûre. Il n’est pas plus expédient de faire une injection intra-lombaire, qu’il ne le serait de faire une injection intra-pleurale ou pulmonaire pour guérir une pleurésie. N'oublions pas, en effet, que la réaction curatrice est d’ordre général, et non focal. ;
Nous reprenons ici dans ses grandes lignes la technique préconisée actuellement par le docteur A. Jousset.
Premier jour. — Dès que le médecin a le pressentiment d'une méningite ltuberculeuse : injection sous-cutanée immédiate de 1 demi-centimètre cube d’allergine chez un adulte, de 1/4 de centimètre cube chez un enfant de deux à dix ans.
Cette dose sera suivie, dans les dix heures consécutives, d’une ponction lombaire décompressive, dont le but sera de diminuer l'hypertension momentanée causée par la réaction de foyer. Si cette réaction est violente (ce dont il faut plutôt se réjouir), ne pas hésiter à faire une injection de morphine, et même à la renouveler d’une manière quotidienne; elle ne fait courir aucun danger au malade, et nous croyons même qu’elle peut avoir une action bienfaisante, en dehors de la sédation des douleurs, réclamée par le sujet et par l’entourage.
Deuxième jour. — Le lendemain, sauf cas spéciaux, nous croyons préférable de laisser reposer le malade, sans nouvelle piqûre d’allergine.
Troisième jour. — Quarante-huit heures après la première piqûre, nouvelle injection identique ou inférieure à la première.
Attendre ensuite cinq jours pleins, sans autre traitement que les médications courantes, et, s’il est nécessaire, la répétition des ponctions lombaires. Pendant cette période, le diagnostic a été confirmé ou infirmé, et déjà le pronostic peut être fait en grande partie. Dans les cas heureux, en effet, l'amélioration se produit sans tarder, dès les premières piqûres, parfois après une réaction violente, qui constitue plutôt un indice favorable. L'expérience nous a appris, en effet, que les formes les plus rebelles étaient celles des sujets somnolents, « supportant » trop bien
les injections.
Si, ce délai critique passé, le malade est toujours dans le même état, ou a fortiori, s’il est amélioré, nous conseillons de pratiquer régulièrement, tous les cinq jours, une injection d’allergine de 1/4 ou 1 demicentimètre cube, jusqu’à disparition complète de tous signes méningés annonçant la convalescence. Mais nous recommandons tout spécialement de ne pas cesser les injections à cette période, sous prétexte que le sujet va bien et ne présente pas de séquelles. Ce qui est imprudent lorsqw’il s’agit d’une autre forme de tuberculose, devient ici coupable, car un retour offensif de la maladie est toujours à redouter, surtout au début, et il est indispensable de consolider la guérison par un traitement régulier, hebdomadaire, de plusieurs mois. Par la suite, les injections d’allergine pourront être espacées à quinzaine, et finalement supprimées, si tous les signes cliniques sont satisfaisants.
Nous rappelons que le test le plus sûr de la guérison est fourni par l'examen du liquide céphalo-rachidien. Tant que celui-ci n’est pas redevenu absolument normal, c’est-à-dire s’il contient plus de deux à trois lymphocytes par millimètre cube, le malade doit être considéré comme imparfaitement guéri, et soumis à un traitement régulier et fréquent par l’allergine.
+ Xe
Tel est le traitement de la méningite tuberculeuse, qui a déjà fait ses preuves par un minimum de quinze cas de guérison (1). Sans doute, la proportion de succès en est encore trop faible. Elle sera augmentée quand la nécessité d’une intervention précoce, limitée aux organismes résistants, sera connue de tous les médecins. Le pronostic de la méningite tuberculeuse, sans cesser d’être grave, va enfin perdre son caractère inexorable, et les faits, en se multipliant, entretiendront l’espérance que ces pages peuvent faire naître.
(1) Le docteur A. Jousset s’est. refusé à nous laisser publier les cas guéris
qui remontent à moins d’un an.