CONSIDÉRÉE DANS SA TEXTURE ANATOMIQUE
Les mots derme et peau sont synonymes. On appelle système cutané ou système dermoïde, l'ensemble de l'enveloppe tégumentaire.
La face externe de la peau est recouverte par i'épiderme, auquel elle est partout contiguë. C'est à cette surface que sont implantés les poils, et où se voit l'humeur huileuse ou sébacée qui la lubrifie. C'est sur elle que se dépose la sueur, et c'est en elle que réside principalement le tact ou le sens du toucher. On y remarque des plis contournés de différentes manières. Ces plis dépendent de la contraction des mus»
des avec lesquels la peau se trouve en contact : ils sont de la même nature que ceux observés à la surface de la membrane muqueuse, et dus à la contraction de la couche fibreuse qui lui est contiguë.
Les rides du visage , chez les adultes , tiennent à la même cause : ce qui leur fait jouer un grand rôle dans l'expression de la figure. On conçoit, en effet, que le jeu des muscles de la face , aussi varié que les affections de l'âme, doit y laisser la trace des sentimens qu'ils expriment : aussi est-ce dans le regard et dans l'expression de la figure que viennent toujours se réfléchir les passions qui nous agitent. On a donc dit, avec beaucoup de vérité, que le visage était le miroir de l'âme.
Il existe une seconde espèce de plis , qui ne dépendent pas de l'action des muscles sous-cutanés ; ils résultent de la flexion et de l'extension qui s'opèrent dans le mouvement des articulations. Ils sont plus remarquables aux endroits où la peau se plisse habituellement dans la flexion, comme à la plante des pieds et à la paume des mains. Il en est aussi qui ne se manifestent que dans l'extension des articulations, et qui disparaissent dans la flexion : ceux-là sont dus à une disposition particulière de la peau, qui a plus de souplesse dans ces parties , et plus d'ampleur que n'en comportent les surfaces qu'elle recouvre.
Les rides de la vieillesse diffèrent de celles qu'on observe avant cette époque de la vie ; elles sont dues à l'absence de la graisse ; de telle sorte que la peau, n'ayant plus à recouvrir que des parties qui se sont affaissées après avoir été rebondies, se relâche et forme les plis séniies qui ne doivent plus s'effacer.
L'amaigrissement qui a lieu chez les jeunes gens n'occasionne pas de rides , parce qu'à cet âge la peau jouit d'une contractilité de tissus qui lui permet de revenir sur ellemême, comme par une sorte d'élasticité.
La surface interne du système dermaïde, excepté dans quelques régions où elle est contiguë à une couche charnue, ainsi qu'on l'observe principalement aux muscles occipitaux , frontaux , à la plupart de ceux de la face et à la couche fibreuse de la membrane muqueuse de l'estomac, presque partout elle est en contact avec une couche de tissu cellulaire , plus ou moins dense et plus relâché dans les parties saillantes et arrondies qu'il contribue à former , et où la peau devient flasque lorsqu'il y a affaissement de ce même tissu.
Dans la plupart des animaux , la surface interne de la peau se trouve contiguë à une couche fibreuse qu'on nomme pannicule charnu ; c'est la partie sur laquelle les bouchers de Paris s'attachent aujourd'hui à former des dessins, destinés en quelque sorte à leur servir d'enseigne , ainsi qu'on le voit principalement sur les moutons qu'ils mettent en étalage.
L'usage du pannicule charnu , dans les animaux , est de leur servir à secouer les corps étrangers incommodes, de même qu'à exprimer les agitations qu'ils éprouvent.
Rien de semblable n'existe chez l'homme, excepté dans les parties fibreuses dont j'ai parlé ; ce qui a fait dire à Bichatque «l'homme est d'autant plus inférieur sous ce rapport à la plupart des animaux , qu'il leur est supérieur par la disposition de ses muscles faciaux. Aussi remarquez que chez lui toutes les passions se peignent , pour ainsi dire , sur la surface, lorsque l'habitude extérieure du tronc, dans les orages de l'âme , reste calme et tranquille ; toute cette habitude est agitée chez l'animal. La crinière du lion se redresse, la peau du cheval frémit ; mille agitations diverses animent l'extérieur du tronc des animaux et en font un tableau général où la nature vient peindre tout ce qui se passe dans l'intérieur. Vous distinguerez, par derrière, sur beaucoup d'animaux , en voyant seulement leur corps , si les passions les agitent ; couvrez la face de l'homme, le rideau est tiré sur le miroir de son âme. » Ainsi, comme on le voit, tandis que
chez l'homme la physionomie seule exprime toutes sortes de sentimens , dans les animaux à pannicule charnu elle imprime ses traits sur la vaste étendue que présente leur enveloppe extérieure.
Mais si la surface interne du système dermoïde n'est en contact qu'avec une si faible quantité de muscles, aux mouvemens desquels elle obéit , elle se trouve contiguë aux membranes aponévrétiques extérieures et à d'autres muscles, principalement à ceux du tronc ; mais alors la peau ne reçoit de leurs mouvemens aucune influence remarquable.
En faisant connaître la disposition des surfaces de lapeau^ je n'ai fait qu'indiquer ses rapports de situation ; je n'ai rien dit de la texture intime ; cependant il importe d'autant plus de s'en faire une idée exacte , que la plupart des maladies cutanées offrent un caractère différent , paraissent se modifier en raison de la partie qui en est le siège et qui entre dans la composition de sa texture.
Je crois devoir faire ici une remarque sur les effets probables de l'action des muscles , considérée comme l'une des causes les plus propres à exercer de l'influence sur le caractère et le développement des maladies cutanées. C'est principalement sur le dos où , chez les animaux , le pannicule charnu est très prononcé , que l'on voit se manifester la plupart des maladies auxquelles ils sont sujets.
Si dans l'état normal la peau reçoit une influence remarquable de l'action des muscles, aux mouvemens desquels elle obéit , n'est-il pas très probable que là où se manifeste cette disposition , les maladies en subissent un caractère particulier?
J'ai connu un homme, d'une forte constitution et dans la vigueur de l'âge , dont le visage ruisselait de sueur toutes les fois qu'il prenait ses repas : ce qui démontre incontestablement l'influence que les muscles peuvent exercer sur la circulation des capillaires exhalans.
Un sujet cligne, ce me semble , cle recherches ultérieures, serait d'étudier les effets de l'action musculaire sur les fonctions du système cutané , et cle déterminer son influence sur le développement et la nature des maladies de ce système. Ce soin appartient aux médecins qui s'occupent de recherches physiologiques et à ceux des hôpitaux , ayant journellement sous les yeux une infinité de malades qui leur présentent les maladies de la peau sous toutes les formes qu'elles peuvent revêtir , et dans toutes les régions où elles sont susceptibles de se développer.
Déjà on a remarqué que l'acné, la couperose, le sycose (mentagre), affectent de préférence le visage et le menton; que le prurigo occupe la partie externe des membres ; que l'eczéma et les diverses espèces de teignes se manifestent au cuir chevelu ; le lupus sur les joues et aux ailes du nez , etc.
Dans l'étude des maladies cutanées qui se manifestent au visage , on doit tenir compte également de l'impression que l'air exerce continuellement sur cette région ; mais « ce n'est pas seulement , dit Bichat , l'irritation de la peau qui détermine le sang à passer dans le système capillaire extérieur. Toutes les fois que le cœur est vivement agité , qu'il précipite le cours de ce fluide , le passage tend à se faire ; c'est ce qu'on voit manifestement: 1° à la suite d'une course violente ; 2° dans la période de chaleur d'un accès de fièvre , etc.
»A cet égard je ferai une remarque qui me paraît très importante : c'est que le système capillaire de la face est , plus que celui de toutes les autres parties de la peau , exposé à se pénétrer ainsi de sang : 1° cela est évident dans les deux cas dont je viens de parler, et où l'action du cœur est augmentée ; 2° dans les passions, la peau reste la même dans tes autres parties du corps , tandis que celle-ci pâlit ou rougit subitement Dans les diverses asphyxies, celle surtout
produite par la submersion , la vapeur du charbon , la strangulation, etc., la face est constamment violette par le pas-
sage du sang noir dans son système capillaire extérieur. Souvent le cou et la partie supérieure de la poitrine sont aussi livides , mais jamais il n'y a coloration des parties inférieures. Il en est de même dans tous les cadavres , où la mort est produite par des maladies où le poumon s'est embarrassé le premier
»Les passions ont, à la face, un triple moyen d'expression : 1° le système capillaire, moyen absolument involontaire; 2° le mouvement musculaire qui, en fronçant , épanouissant les traits , exprime les passions tristes et sombres ou les passions gaies , et auxquelles appartiennent , comme effet , les rides diverses dont nous avons parlé ; 3° l'état de l'œil qui , d'après la remarque de Buffon, non seulement reçoit les sensations, mais encore exprime les passions. Les deux derniers moyens sont , jusqu'à un certain point , volontaires ; nous pouvons au moins les simuler , au lieu que nous ne saurions mentir par le premier. L'acteur joue la colère, la joie , etc., parce qu'on peut rendre ces passions en fronçant le sourcil, en dilatant la face par le rire , etc., mais c'est le rouge de l'actrice qui joue la modeste pudeur ; c'est en essuyant le rouge qu'elle prend la pâleur de la crainte , du saisissement, etc.
» J'ajouterai encore une observation essentielle à l'égard du système capillaire facial : c'est qu'il paraît que sa tendance à recevoir le sang , le dispose à devenir le siège plus fréquent d'une foule d'affections, etc. On sait, 1° que les érysipèles de cette région sont beaucoup plus fréquens que ceux des autres parties; 2° que les boutons varioiiques s'y manifestent surtout ; 3° qu'une foule d'éruptions y sont plus abondantes qu'ailleurs , etc. » Il aurait pu dire aussi , et beaucoup plus rebelles lorsqu'elles existent à l'état chronique.
La structure organique de la peau, considérée chez l'homme, offre d'abord : 1° le derme , à la surface extérieure duquel se présente le réseau vasculaire et des papilles;
DE LA TEXTURE ET DES FONCTIONS DE LÀ PEAU. m
2° une membrane épidermique profonde ( couche albide ) qui n'est pas aperce vable dans l'état sain de la peau ; 3° un pigment ou substance colorante disposée sur cette membrane ; 4° l'épiderme.
Le corion est le canevas , la charpente de l'organe cutané.
Dans la plupart des affections aiguës et chroniques de la peau , la surface fibreuse ou interne du derme ne participe pas à la maladie ; le réseau vasculaire , les papilles , les follicules sébacés et pileux , sont le siège le plus ordinaire des affections cutanées. «Cela est hors de doute, dit Bichat, pour la petite vérole , la gale et un grand nombre de dartres ; je m'en suis assuré pour les boutons de vaccine et les éruptions miliaires, etc., etc. Il est certain que dans l'érysipèle la surface externe seule du corion se colore par le sang qui pénètre dans les exhalans : aussi la pression la plus légère faisant refluer le sang , produit alors un blanc subit qui disparaît bientôt par le retour de ce liquide dans les exhalans. d'est même ce qui différencie l'érysipèle simple duphlegmoneux, où non seulement la face externe du corion, mais encore tout son tissu et le cellulaire subjacent sont enflammés.» Le furoncle, l'orgelet, l'anthrax, font une exception à la disposition anatomique , qui ne permet aux maladies de la peau de se manifester qu'en dehors de la surface interne du corion, c'est à dire que ces dernières affections embrassent, dans leur développement, la structure toute entière du derme et le tissu cellulaire sous-cutané.
Le réseau vasculaire est le siège de toutes les maladies exanthématiques , soit qu'elles proviennent d'une cause externe ou d'une cause interne. Les inflammations érythémateuses, l'érysipèle, la rougeole, la scarlatine, etc., sont dues à l'injection morbide du réseau vasculaire. Cette injection a lieu aussi d'une manière remarquable, dit M. Rayer, au dessous de l'épiderme soulevé, par un dépôt de sérosité ou de pus dans les inflammations vésiculeuses, huileuses et pus-
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tuleuses, et même en dessous des écailles des squammes. Elle n'est pas moins évidente dans les inflammations tuberculeuses, d'où il faut admettre, en principe , que toutes les maladies inflammatoires de la peau sont dues à l'injection morbide du réseau vasculaire.
Le derme est susceptible d'acquérir un surcroît d'épaisseur qui en constitue l'hypertrophie , ce qui peut arriver à la suite d'inflammations chroniques de la peau. Cette disposition se manifeste principalement dans le premier degré du cancer, à la suite du lichen, de la lèpre, etc.; mais, dans cette dernière affection, l'hypertrophie est due à une cause interne , au lieu d'être une altération simplement locale.
Les papilles sont de petites éminences qui s'élèvent de la surface externe du derme , pénètrent à travers le réseau vasculaire, et sont, par leurs extrémités, contiguës à l'épidémie. On doit les distinguer des saillies nombreuses, qui rendent la peau de certains individus extrêmement rugueuse.
On peut se former une idée des papilles du derme , par celles qui appartiennent à la membrane muqueuse , et qu'on observe très distinctement (ce que j'ai pu faire mainte fois) sur la langue , dans l'espèce de gastro-entérite que Pinel a désignée si pittoresquement sous le nom de fièvre adénoméningée.
Les papilles de la peau prennent quelquefois aussi un grand développement à la surface des vésicatoires , soit par une disposition particulière des individus , soit par le degré et le mode d'irritation que produisent les substances dont on se sert pour les pansemens. Alors la suppuration diminue, le vésicatoire devient très douloureux , une croûte comme lardacée en couvre la surface , et on est contraint à les supprimer. Les papilles paraissent principalement affectées dans les dartres squammeuses, l'icthyose, la syphilide végétante, etc.
Le pigment, sorte d'enduit déposé entre l'épidémie exté-
rieur et la couche qui recouvre les papilles , appelée couche épidermique profonde , est susceptible de s'altérer dans les inflammations de la peau ; le plus souvent on trouve du sang sous Vépiderme , et parfois le tissus dermoïde en est tout imbibé.
Les taches brunes, livides , jaunes, cuivreuses, etc., qu'on observe , et qui persistent plus ou moins long-temps dans beaucoup de maladies , sont dues à un épanchement de sang dans le tissu cutané.
Le pigment est-il susceptible de s'altérer primitivement, et de donner lieu à un état morbide spécial? Son altération ne serait-elle,* dans tous les cas, qu'un résultat secondaire et simplement passif? La première de ces questions ne peut être déterminée dans l'état actuel de la science ; la seconde serait résolue par l'affirmative, si les altérations , dont le pigment a été reconnu jusqu'ici pour en être le siège, suffisaient pour la décider.
Le corps muqueux ou réticulaire , regardé par Malpigki comme une substance interposée entre le corion et l'épiderme , et dont la couleur détermine celle de la peau, serait, selon Bichat, une nature essentiellement vasculaire. La ma* tière pigmentaire ou colorante serait contenue dans des vaisseaux capillaires de ce même corps muqueux; mais est-il permis de ne pas adopter cette opinion? Examinons :
Bichat se fonde sur l'observation qui démontre que les injections fines du système capillaire cutané , changent entièrement la couleur de la peau en dehors, sans l'altérer beaucoup en dedans... Selon le même auteur, ce système capillaire serait le siège principal des éruptions multipliées dont la plupart sont réellement étrangères au corion cutané. Ces faits sont incontestables ; il n'y a que l'opinion à laquelle Bichat veut les faire servir de fondement, qui ne le soit pas. Ce physiologiste d'ailleurs fournit lui-même , par une sorte d'antithèse, un appui à l'opinion contraire.
En effet , il dit avoir observé que la peau d'un nègre , dont toutes les parties paraissent teintes en noir, est susceptible de se décomposer par la macération , de manière à ce que la teinte noire se détache du corion et de l'épiderme , qui alors deviennent de la même couleur chez les noirs et chez les blancs : d'où il conclut que le pigment est manifestement étranger aux parties tégumentaires avec lesquelles il est en contact.
Cette teinte noire ne se reproduit pas lorsque la peau a été détruite par une cause quelconque. Les cicatrices qui succèdent aux plaies de cet organe , sont également blanches chez les individus de toutes les nuances de couleurs.
ce Au reste, dit encore Bichat, je crois qu'on n'a encore que très peu de données sur cette substance qui remplit une partie du système capillaire extérieur. Elle n'y circule point, mais paraît y séjourner jusqu'à ce qu'un autre la remplace. »
Gomment admettre , avec Bichat , que la matière pigmentaire soit contenue dans des vaisseaux extrêmement fins, dont se composerait le corps réticulaire ( réseau muqueux); que cette matière , incolore chez les Européens et noire chez les Africains, soit contenue dans des vaisseaux sans y circuler ?
Comment d'ailleurs expliquer la possibilité d'enlever cette teinte noire par la macération , de manière à ramener le corion et l'épiderme au même état de blancheur chez les noirs et chez les blancs , à moins d'admettre que le pigment est réellement interposé entre les surfaces où on l'observe , et qu'il est un produit de l'exhalation capillaire , servant à les lubrifier de la même manière que la synovie et le fluide muqueux lubrifient les surfaces articulaires et les surfaces muqueuses.
L'observation faite par Dœlinger, sur les muqueuses intestinales, qui, suivant lui , seraient recouvertes par l'épiderme
muqueux , viendrait appuyer mon opinion sur la nature du pigment. Ce dernier, en vertu de l'analogie , serait recouvert par l'épiderme cutané , et de cette manière soumis à l'action presque directe de l'action nigrifiante du soleil.
D'après de nouvelles recherches , M. Flourens a confirmé l'opinion de Ruysch , de Lieberliun, de Bœllinger, etc., qui avaient reconnu l'existence d'une couche épidermique, propre à la membrane muqueuse intestinale , de manière à la faire considérer comme ayant une texture analogue à celle de la peau.
Selon M. Flourens , le corps muqueux forme une membrane continue, interposée entre les papilles du derme et l'épiderme. Il sert à former la première gaîne des papilles , dont l'épiderme forme la seconde.
Lorsque les gaines du corps muqueux restent attachées aux papilles du derme , ce corps a toute l'apparence d'un réseau ; mais en réalité ce n'est qu'un réseau factice : ce qui peut servir à expliquer l'existence du réseau que Malpighi avait prétendu avoir observé.
L'observation faite par Dœllinger, sur les muqueuses intestinales, qui, suivant lui , seraient recouvertes par l'épiderme muqueux , viendrait à l'appui.
Le pigment est susceptible de se carboniser et de prendre une teinte plus ou moins noire , suivant l'intensité de l'ardeur solaire propre aux climats chauds ; ce qui confirmerait l'opinion qui admet que la blancheur de la peau est la couleur naturelle propre à l'espèce humaine en général ; qu'il n'y a qu'une race primitive , dont la dégénération s'est opérée en se modifiant suivant la nature des climats.
La formation du pigment et la cause de sa coloration étant présumées connues , il resterait à déterminer comment cette substance, devenue noire, a pu se transmettre parla voie de îa génération sans subir aucune altération. Cela n'est pas explicable d'une manière absolue , assurément ; mais il est
possible de juger par analogie. On peut invoquer la loi générale de la nature, qui dispose les animaux à transmettre, aux êtres qu'ils produisent , la couleur de leur plumage ou celle de leur enveloppe tégumentaire : disposition d'autant plus inexplicable qu'elle se manifeste chez les animaux d'une même espèce, dont la robe offre les nuances les plus variées.
Pour expliquer l'aspect entièrement noir que présente la peau d'un nègre ; la facilité de ramener à l'état blanc le corion et l'épiderme en démontrant en quelque sorte le contact immédiat du pigment avec leurs surfaces , il suffit de se représenter qu'une couche noire interposée entre deux surfaces diaphanes , telles que deux morceaux de verre réunis par un corps intermédiaire d'une teinte noire , absorbe la diaphanéité des corps transparens , et leur donne une apparence d'homogénéité avec la couche à laquelle ils adhèrent; comparaison que je crois parfaitement exacte.
Quant à l'observation faite par Bichat le premier , que le système capillaire extérieur est le siège de la plupart des éruptions cutanées, et que le corion y participe beaucoup moins , c'est une des nombreuses vérités dont il a enrichi la science, vérités si fécondes en grands résultats ! mais les injections dont il parle , et qui démontrent la ténuité infinie du système capillaire cutané , n'établissent pas d'une manière incontestable la présence du pigment dans leur intérieur.
Enfin les altérations dont cette substance est susceptible , et qui toutes sont accidentelles ou secondaires , sont les envies (nœvi) pigmentaires, les éphélides, les lentilles [lintigo)* les taches hépatiques ( chlosena ) , l'ictère , etc.
Les follicules ou glandes sébacées existent dans l'épaisseur de la peau ; ils ont beaucoup d'analogie avec ceux de la membrane muqueuse. Il en existe sur toute l'étendue de l'enveloppe cutanée , excepté à la paume des mains et à la plante des pieds. Ils sont toujours beaucoup plus nombreux dans le voisinage des ouvertures naturelles et dans les parties
où il vient du poil. On en voit principalement aux ailes du nez , où ils se présentent quelquefois sous l'aspect d'un point noir , qu'il suffit de comprimer pour en faire sortir , sous la forme d'un petit ver , la matière sébacée qu'ils contiennent. Les follicules fournissent la matière grasse qui salit et donne la couleur jaune au linge qui est porté trop long-temps.
Ils sont susceptibles d'être le siège d'irritations inflammatoires très fréquentes. Les parties de la peau où on les trouve en plus grand nombre , sont celles effectivement où se manifestent les inflammations cutanées les plus intenses et les plus variées , comme le démontrent la couperose, l'acné, le sycosis, V eczéma, l 'impétigo, lefavus\ etc.
Les follicules pilifères , auxquels on a aussi donné le nom de bulbes , au lieu d'avoir leur siège , comme les follicules sébacés , dans l'épaisseur de la peau , existent dans le tissu graisseux sous-cutané. Leur forme est ovoïde et leur petite extrémité dirigée du côté de la peau , dans l'épaisseur de laquelle elle pénètre en certains endroits. Les bulbes sont formées de deux membranes , l'une externe qui a beaucoup de densité , l'autre interne qui est d'une extrême ténuité. La racine des poils tient au fond des follicules bulbeux et se dirige vers l'ouverture de la peau qui doit lui donner passage. Les deux membranes qui forment les bulbes , l'accompagnent dans un trajet très court. L'externe se- confond avec le derme , tandis que l'interne adhère étroitement au poil et lui sert de gaîne dans l'épaisseur de la peau. Arrivé jusqu'à l'épiderme , au lieu de le percer, le poil le soulève , le renverse et l'entraîne de manière à lui servir de seconde enveloppe, étant déjà renfermé dans celle qu'il reçoit de la membrane interne de la bulbe. La substance qui forme les poils , renfermée dans cette double enveloppe , est d'une nature inconnue ; mais on présume qu'elle contient des vaisseaux extrêmement fins , d'après ce qu'on observe pour la plique polonaise, maladie dans laquelle on a vu du sang cou
1er des cheveux. L'alopécie, lacanitie, la coloration accidentelle , le feutrage des cheveux , etc. , sont des accidens qui dépendent de l'altération des follicules pileux , que l'inflammation peut également atteindre.
L'épiderme recouvre la peau dans toute son étendue. Il est destiné , en raison de son insensibilité , à la garantir de l'impression des corps extérieurs. La face interne de l'épiderme adhère fortement à la peau. Les moyens par lesquels cette adhérence a lieu, sont les vaisseaux exhalans, les vaisseaux absorbans et les poils. On donne le nom de pores aux trous percés dans son épaisseur , pour donner passage aux vaisseaux et aux poils dont je viens de parler.
Les altérations que subit l'épiderme sont toutes secondaires et en quelque sorte mécaniques. Parmi les causes qui peuvent en rompre les adhérences et le soulever , sont principalement toutes les inflammations un peu vives , les phlegmasies cutanées , le phlegmon , le furoncle , les dartres , etc. Bans l'état inflammatoire aigu de la peau , aucun fluide ne soulève l'épiderme ; cela s'explique par l'injection sanguine des vaisseaux exhalans qui, par cette raison, ne sauraient produire de sérosité : circonstance morbide dont on peut tirer d'utiles inductions pour l'étiologie des éruptions huileuses , vésiculeuses , etc.
Lorsque, par l'application d'un vésicatoire, l'épiderme forme une poche qui se remplit de sérosité , cela arrive par le déchirement des exhalans , qui passent du corion à l'épiderme; d'où résulte alors l'épanchement qui s'établit.
L'épiderme est susceptible de se modifier dans sa texture, de manière à être plus ou moins épais , plus ou moins dense, plus ou moins transparent ; dispositions qui peuvent appartenir à l'idiosyncrasie de l'individu, et constituent le caractère de plusieurs espèces d'affections cutanées qu'il importe de prendre en considération , soit qu'il s'agisse de déterminer la nature de la maladie qui s'y rattache , soit qu'on se
propose d'en diriger le traitement , soit encore qu'on ait à y rapporter l'application extérieure des agens thérapeutiques. La coloration de l'épiderme peut être altérée de diverses manières. Il prend un blanc mat dans la lèpre , un blanc nacré dans quelques maladies du cuir chevelu ; il devient noir dans le pithyriasis niger , cuivreux dans quelques syphiïi— des, etc.
Quoique l'épiderme ne donne passage à aucun vaisseau absorbant, les médicamens administrés en friction peuvent être absorbés. Un écoulement fréquent de l'urine a lieu pendant la durée ordinaire d'un bain ; la transmission des maladies par un simple contact, soit qu'elles dépendent du virus d'une humeur viciée ou d'un principe délétère contenu dans l'atmosphère : ce qui tend à démontrer la perméabilité de l'épiderme , à moins qu'on admette , par supposition ( car l'anatomie ne le démontre aucunement ) que des vaisseaux absorbans vont s'ouvrir à la surface externe de l'épiderme.
Les nerfs du système cutané passent avec les artères et les veines, à travers les aréoles et les pores du corion; ils semblent destinés à former les papilles ; ce qui a paru vraisemblable à quelques physiologistes , par suite de la quantité plus considérable des nerfs sous-cutanés qui existent à la main , où les papilles sont plus nombreuses et plus sensibles. Toutefois, d'après de nouvelles recherches faites par M. Flourens sur la membrane muqueuse, dont l'organisation lui a paru en tout conforme à celle de la peau , il semblerait que les villosités des papilles ne sont partout que des productions du derme muqueux , et que partout elles appartiennent à sa texture intime.
Si cette disposition anatomique des membranes muqueuses était irrévocablement démontrée; que les papilles fussent réellement le siège de la sensibilité des dermes cutanés et muqueux, sans que les nerfs en fissent partie, la conséquence à en tirer serait d'admettre qu'il existe un ordre de sensibilité
où les nerfs ne prennent aucune part : ce que je suis fort disposé à croire; comme semble le confirmer d'ailleurs l'absence des nerfs dans les tendons et dans le péritoine.
Les vaisseaux absorbant sont très nombreux à la surface interne de la peau. La plupart prennent leur origine dans le corion, et contribuent à former le réseau vasculaire extérieur par lequel s'opèrent les absorptions qui viennent du dehors.
J'ai dit que l'absorption pouvait s'opérer à travers l'épi— derme dans une infinité de cas ; mais pour les divers genres de maladies produites par l'inoculation , la couche épidermique a besoin d'être soulevée ou dilacérée ; de sorte que les absorptions cutanées , d'où naissent les maladies , peuvent se diviser en deux ordres.
1° Les unes, qui se font à travers l'épiderme par une action locale, produisent la teigne, les dartres, la gale, etc., et les maladies dont les effets sont généraux , comme les fièvres typhoïdes, la peste , le choléra , etc.;
2° Les autres, qui n'ont lieu qu'en soulevant l'épiderme et dont les effets sont locaux , comme la variole , la vaccine , la syphilis inoculée, etc., ou qui produisent des effets généraux, comme le venin de la vipère , celui de la rage. Les absorptions cutanées peuvent encore avoir lieu à l'aide de matières animales putréfiées dont sont imprégnés les instrumens avec lesquels on se coupe , etc.
L'absorption cutanée ne s'exerce pas d'une manière toujours régulière. Dans des circonstances identiques elle produit des effets remarquables chez les uns , tandis que chez les autres son action reste nulle ; c'est ainsi qu'il arrive parfois , chez quelques individus , que l'inoculation de la variole, de la vaccine , le contact syphilitique , etc., ne produit aucun résultat ; c'est aussi par la même raison que , dans les fièvres contagieuses, le choléra , etc., on voit beaucoup de personnes être atteintes , tandis que d'autres conservent leur santé.
La faculté d'action des vaisseaux absorbans est soumise à une mesure de sensibilité déterminée et relative à la substance offerte à l'absorption ; au dessus et au dessous de cette mesure les absorbans repoussent cette substance; ce qui rend bien importante l'apréciation du degré de la sensibilité , toutes les fois qu'il s'agit de prescrire des médicamens , soit qu'on les applique à la surface cutanée", soit qu'on les dirige sur la membrane muqueuse.
Les vaisseaux exhalans de la peau paraissent naître du système capillaire , qui rampe sur le corion et les papilles ; système qui est, comme je l'ai dit, la terminaison des artères aréolaires du derme, et où les exhalans puisent le fluide qu'ils rejettent à la surface extérieure de l'épiderme.
L'existence des exhalans cutanés , que l'anatomie ne démontre pas , est mise en évidence par la sueur, la transpiration et la transsudation à travers l'épiderme des fluides injectés.
L'exhalation cutanée est une fonction dont le trouble peut avoir beaucoup d'inconvéniens : aussi convient-il d'en régulariser l'exercice autant que cela est possible, soit dans l'état de santé , soit dans l'état de maladie.
L'exhalation est une voie ouverte à la nature pour se débarrasser des résidus de la nutrition. Plus elle est active à la surface cutanée , plus elle s'affaiblit à l'intérieur. La transpiration est généralement très active pendant l'été et dans les pays chauds ; le contraire a lieu dans l'hiver et dans les climats froids. Dans ce dernier cas , les urines et l'exhalation pulmonaire deviennent plus abondantes , en sorte que ces voies de déjections agissent toujours en sens inverses.
Le fluide exhalé parla transpiration pendant l'été, contient , une plus grande quantité des principes étrangers destinés à être rejetés , tandis que ce fluide est en partie dépouillé pendant l'hiver de ces mêmes principes qui refluent vers les émonctoires intérieurs : phénomènes qu'il est important
d'apprécier dans la recherche des causes propres à produire et à modifier les maladies en général ; ce qui peut servir à expliquer le développement plus fréquent des affections de la peau pendant l'été , et celui des maladies catarrhales dans les temps froids.
PRESÏS HISTORIQUE
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Les maladies cutanées ont du exister dans tous les temps et chez tous les peuples , sauf les modifications qu'elles ont pu subir par l'effet des changemens de la température relative à chaque pays, ou par suite des progrès de la civilisation ; cependant il en est à peine parlé dans les traditions qui nous viennent des temps les plus reculés. Il n'y a que la lèpre dont les Hébreux aient fait mention, mais qu'ils n'ont pas fait connaître distinctement quant à sa nature. Ils ont employé différens noms pour désigner cette maladie. Ces noms signifient qu'il s'agit d'une maladie grave , ce qui doit faire présumer qu'ils ont observé des maladies cutanées de diverses natures, toutes également dangereuses. Ils ont pu confondre avec la lèpre , les tumeurs et les ulcérations vénériennes qui, dans quelques circonstances , se sont manifestées avec la plus extrême intensité , comme on l'a observé au xve siècle , dans l'épidémie de Naples.
Les précautions hygiéniques recommandées par Moïse (1) contre la gonorrhée , permettent de croire qu'il regardait cette affection comme étant susceptible de produire les plus graves accidens ; cela semble confirmé d'ailleurs par l'opinion des médecins , qui ont vu dans la syphilis une dégénération de la lèpre.
Les médecins anciens , arabes , grecs et latins , paraissent avoir observé la plupart des maladies éruptives connues de nos jours, si on peut en juger parles dénominations sous lesquelles ils les désignaient et qu'ils nous ont transmises, comme l'attestent les mots scabies , psora, pruritus , papulœ, prurigo, tinea, lichen, impétigo, varus , ficus, herpès, pustulœ, lepra, elephantiasis , etc. Toutefois les dénominations adoptées par les anciens , n'ont pas toujours été appliquées à des maladies bien déterminées. Il existe même dans leurs écrits une telle confusion , qu'il serait fort difficile , peutêtre même impossible , de faire une application exacte et directe de chaque mot servant à désigner une maladie.
En effet, le même mot a souvent reçu une acception qui ne lui convenait pas , ou il a servi à désigner plusieurs maladies d'une nature différente. Le mot papulœ , par exemple , qui signifie germe , bourgeons ou boutons de plantes , a été souvent employé par les médecins ; ce mot sert encore aujourd'hui, parmi le peuple, à désigner, sous le nom générique de boutons, toutes les aspérités pustuleuses et autres qui viennent à la peau ; or, le mot papule ne doit s'appliquer qu'à des éruptions sèches ou ne contenant aucun liquide , et dont on ne compte , d'après Willan , que trois espèces : le strophulus , le prurigo et le lichen. Ces éruptions se réduiraient à deux seulement d'après M. Gibert : le lichen et le
(1) Les passages du chapitre XV du Lévi tique, où ces précautions sont indiquées, se trouvent reproduites dans mon Traité des Maladies syphilitiques , chapitre Ier.
prurigo; distinction que n'avait pas faite Cœlius-Àurelianus qui , le premier , a employé le mot papulœ ; ni Celse qui , parmi les anciens , a le mieux décrit les maladies de la peau.
Le mot scabies n'a pas également conservé son acception primitive. Les auteurs latins qui , les premiers , l'ont employé , n'ont pas entendu l'appliquer à la gale , telle que nous la concevons aujourd'hui , ils ne l'employaient que pour désigner la maladie du cuir chevelu, à laquelle ils ont donné le nom de scabies capitis ; ce qui doit paraître d'autant plus vraisemblable , que la gale proprement dite n'a été décrite exactement par aucun médecin de l'antiquité ; que la description soi-disant retrouvée dans Celse , écrivain si exact et si judicieux , se rapporte bien plus au scabies capitis qu'à la gale pruriteuse de la peau. La description suivante , donnée par cet auteur , l'indique suffisamment : « Scabies vero est durior cutis rubicunda, exquâpustulœ oriuntur quœdam humidiores, quœdam sicciores exit, ex quibusdam sanies, fit queexhis continualis exulceratio pruriens , serpit que in quibusdam cito... qui experior est, quoque prurit magis eo difficilius tollitur. » Description qui est , comme on le voit, bien plus applicable au porrigo qu'à la gale ordinaire.
Si les anciens ont observé la gale , telle qu'elle est connue de nos jours, ils l'ont probablement confondue parmi les affections désignées par les mots psora , pruritus, pru~ rigo, etc.
Hippocrate , qui a porté tant de sagacité et un jugement si sûr dans l'étude des maladies internes , paraissait attacher beaucoup moins d'importance à la description des éruptions cutanées, qu'à la connaissance de leur origine et de leurs résultats généraux sur l'économie , soit comme cause , soit comme effet. Aussi les maladies de la peau dont il parle , ne sont-elles pas désignées par leurs caractères extérieurs , avec
cet esprit d'observation , et ce soin exact qu'on remarque principalement dans le premier et le troisième livre des Épidémies.
Hippocrate n'a considéré les maladies de la peau que sous deux points de vue essentiels : 1° selon qu'elles affectent uniquement la texture cutanée, et qu'elles sont indépendantes de tout état morbide aigu ou chronique des autres organes , c'est à dire selon qu'elles existent par elles-mêmes; 2° suivant qu'elles dépendent d'une autre maladie de l'altération des humeurs : leprœ, prurigo, impetigines, vitiligo , strumœ, furunenîi , alopkiœ , etc. Ex pituitœ oriuntur. Hippocrate, de Âffecîionibus.
Les éruptions qui proviennent d'une cause interne étaient généralement regardées par Hippocrate , comme une crise favorable destinée à faire cesser le trouble ou la maladie dont elles dépendent. Il a réuni à la même catégorie , des accidens morbides survenant à la peau dans quelques maladies aiguës ; ces accidens morbides sont une crise de terminaison favorable , ayant lieu par des éruptions qui peuvent se manifester sans fièvre , suivre une marche chronique et constituer une affection essentiellement locale. C'est ainsi qu'Hippocrate a confondu la gale , les dartres , les pustules , les phlyctènes , les furoncles , les tumeurs , les dépôts , les abcès , etc. , affections diverses mal à propos réunies sans doute , si on a égard à leur principe , à leur nature , à leurs résultats , et au traitement qu'elles réclament ; mais considérées , comme le faisait Hippocrate , sous le rapport de leur effet dépuratif , elles peuvent fort bien être placées sur la même ligne.
Toutes les maladies cutanées ne sont pas dépuratives , en ce sens qu'elles sont le résultat d'une élimination humorale qui se fait à la peau; mais elles peuvent être regardées , en général, comme des affections qui , pendant qu'elles sont locales et se maintiennent à la surface tégumentaire, rendent
les organes intérieurs moins accessibles aux maladies : les cas exceptionnels sont fort rares.
Suivant Hippocrate , les maladies aiguës qui ne se terminent pas par une crise apparente , c'est à dire par des sueurs, des urines sédimenteuses ou toute autre évacuation , ou bien par une éruption à la peau , sont sujettes à de promptes et fréquentes récidives.
Si Hippocrate négligea de décrire la forme des maladies cutanées , il en fut autrement de Celse , qui porta l'esprit d'observation le plus exact dans le tableau qu'il a tracé de ces maladies. Les affections du cuir chevelu , le furoncle , les engelures , le sycosis, le cancer, la pustule maligne, etc., en sont le témoignage.
On peut dire de Celse , en le comparant à Hippocrate , que celui-ci a négligé l'appréciation des formes extérieures pour ne s'occuper que de leur origine et de leurs résultats sur l'économie ; tandis que Celse s'est moins attaché à connaître la cause d'où elles proviennent, qu'à les décrire d'une manière exacte et précise.
S'il était permis de comparer le corps humain à un édifice , on pourrait dire qu'Hippocrate s'est attaché à en connaître l'intérieur principalement, tandis que Celse n'a mis d'importance qu'à la description du frontispice.
Galien est le premier qui ait divisé les maladies de la peau en affections de la tête , et en celles qui se manifestent sur les autres parties du corps. Il croyait que beaucoup d'affections cutanées dépendent d'une mauvaise disposition des humeurs , et qu'elles n'ont lieu que par un besoin de la nature qui se purifie à l'aide de ce genre d'excrétions : «Magna tamen ex parte cutis , quoniam in hanc excrementa in habitum corporis colliguntur , natura expellit. » Il considérait moins qu'Hippocrate, ainsi qu'on le voit, les maladies de la peau comme une solution favorable d'une affection préexistante , que comme un effet de l'accumulation des hu-
meurs. Il n'a pas borné l'étude des maladies de la tête aux éruptions ulcérées du cuir chevelu ; il a renfermé , dans la même catégorie, le mélicéris, l'athérome, la mentagre, etc., aachores, pityriasis, meliceris, atheroma et favus. Porrô eam partent quœ capillo tegitur, et mentum occupant... » Il a aussi observé , ainsi que l'expérience le démontre journellement , la connexité des maladies de la peau avec la goutte et le rhumatisme, ce Quœdam liorum expodagra, et articulari morbo, quœdam ex sese oriuntur. »
On observe surtout, entre les maladies vénériennes et les affections arthritiques , comme je l'ai démontré dans mon Traité des maladies syphilitiques , des rapports qui ne permettent pas de douter de l'influence des maladies de la peau sur les affections goutteuses et rhumatismales.
Depuis Galien jusqu'à Mercurialis, médecin du xvie siècle , la plupart des auteurs qui ont écrit sur la médecine en général , présentent des aperçus plus ou moins exacts sur l'étiologie des maladies cutanées. Les observations isolées publiées par eux , ont puissamment contribué aux progrès de la pathologie tégumentaire , observations recueillies dans les meilleurs traités sur les maladies de la peau , et qu'on ne saurait se dispenser de reproduire dans les ouvrages classiques ou élémentaires. Ces observations seraient introduites sans utilité dans un livre destiné aux médecins praticiens , ceux-ci ne cherchant que les leçons de l'expérience : quant au public , il n'a besoin de trouver dans les livres de médecine que ce qu'il doit savoir et peut comprendre.
Turner a publié , en 1714, un Traité des affections de la peau , où les maladies sont classées d'après la méthode de Mercurialis , et où l'on trouve une description bien faite des diverses espèces de dartres, herpès circinatus, herpès phlyctœnodis, herpès zoster, herpès depascecu ■$ (lupus ou dartres ronseantes).
Comme tous les ouvrages des praticiens instruits et judicieux, le traité de Turner sera toujours lu avec fruit.
De 1714 il faut se transporter aux années 1776 et 1777, où Plenck et lorry publièrent leurs travaux. Le premier s'attacha à classer les maladies de la peau en vue d'en déterminer le caractère , et de les distinguer les unes des autres ; tentative d'autant plus louable que la classification des maladies en général , est indispensable pour en suivre l'étude d'une manière plus exacte et plus facile.
Lorry a reconnu la difficulté de coordonner d'une manière absolue et rigoureuse les affections cutanées, il les classe en partie d'après la méthode de Turner ; mais son ouvrage porte le cachet des médecins les plus versés dans la connaissance de l'économie animale, dans l'habitude de bien observer la marche des maladies, et de saisir les indications de leur traitement, avec le tact et la précision qui distinguent les plus grands praticiens. Il a le premier senti l'importance de baser l'étude des maladies de la peau, sur la connaissance exacte de la texture et des fonctions du système dermoïde. Ses travaux , sur ce point , sont d'autant plus remarquables , que les médecins de son époque s'occupèrent généralement fort peu de recherches anatomiques. De même qu'Hippocrate , Lorry a distingué ainsi les maladies de la peau : celles qui dépendent d'une affection interne, et celles qui sont essentiellement locales, il insiste sur le danger de leur répercussion , sur la nécessité de les considérer selon qu'elles sont critiques , dépuratoires ou dangereuses à guérir.
Le traité de Lorry se distingue , d'un bout à l'autre , par les vues les plus élevées , et par l'esprit d'observation le plus rare. En un mot , c'est un des ouvrages qui honorent le plus la médecine française.
J'ai seulement cité les auteurs qu'on peut regarder comme ayant placé les premiers jalons destinés à signaler les pro-
grès de la médecine tégumentaire. Le chapitre suivant , où sont exposés les principes qui servent de base aux principales classifications des maladies de la peau , complète ce qu'il m'a paru indispensable de dire sur l'histoire progressive de ces mêmes maladies.