‹ Étude et traitement des maladies de la peau, précéd é d'une notice sur la méthode Boyveau-Laffecteur, du poëme de Barthélemy sur la syphilis, et terminé par un formulaireChapitre 52 sur 115 · INFLAMMATIONS VÉS1CULEUSES. — VARICELLE · texte numérisé non relu

INFLAMMATIONS VÉS1CULEUSES. — VARICELLE

gue était blanchâtre , le pouls fébrile , la face vultueuse. Cet état dura , avec la même intensité , pendant quarante-huit heures ; le troisième jour , de petites taches rouges , légèrement proéminentes , se développèrent d'abord au visage , ensuite sur le tronc ; le lendemain elles avaient une forme vésiculeuse bien prononcée ; elles contenaient un liquide d'une couleur perlée. Le cinquième jour , troisième de l'éruption , les vésicules avaient acquis le volume des boutons de la variole; elles étaient molles , et le fluide qu'elles contenaient avait une teinte plus laiteuse , c'est à dire plus blanche que celle de la variole ordinaire. Le sixième jour, les vésicules conservèrent le même aspect. Le docteur Gastellier, qui vit la malade ce jour-là, regarda cette éruption comme une petite vérole bien caractérisée , quoique les vésicules ne fussent pas ombiliquées ; le lendemain , cinquième jour de l'éruption, elles s'affaissèrent et formèrent des croûtes noirâtres lisses , qui se détachèrent la plupart dès le lendemain et le reste du jour suivant ; elles ne laissèrent d'autre trace qu'une faible rougeur, et de légères marques ayant une forme conoïde , d'une dimension qui pouvait être couverte par la tête d'une très petite épingle : la peau a conservé l'empreinte de ces marques.

Réflexions, — L'observation précédente a beaucoup d'analogie avec la varicelle , que les Anglais appellent ( swinpox). L'éruption s'étant développée, sans être due à une constitution épidémique , elle ne doit être considérée que comme une affection isolée , dépendante d'une disposition propre à l'individu. Dira-t-on que c'est une modification de la variole ( varioloïde ) produite par le vaccin? Je demanderai alors pourquoi , dans certains cas , la variole se reproduit chez les sujets vaccinés, avec tous les caractères d'invasion , de développement et de durée qui lui sont propres ; pourquoi , dans d'autres cas , comme dans le fait précédent ,

INFLAMMATIONS VESICULEUSES. — VARICELLE. 279

l'éruption parcourt toutes ses périodes d'une manière aussi rapide, six jours, au lieu de quatorze ou quinze jours, époque où les croûtes commencent à tomber , et dont la chute ne s'opère que graduellement ?

La distinction de la varicelle ressortira mieux encore de sa comparaison , avec les maladies qui ont avec elle quelque analogie.

Diagnostic. — Les caractères qui distinguent la varicelle de la variole légitime , sont assez tranchés pour qu'on ne les confonde pas , et qu'il soit permis de leur assigner une place distincte dans la classification des maladies cutanées. Les pustules varioliques contiennent une matière blanchâtre , comme couenneuse , qui se développe avant la suppuration , ainsi que l'a fait observer le premier, Ashburner, médecin anglais. Cela n'a pas lieu dans la varicelle , dont la période d'invasion , le développement et la durée de l'éruption ne dépassent jamais le septième ou le huitième ; tandis que , pour la variole , même la plus discrète , la durée est toujours au moins de deux septénaires ; ensuite la chute des croûtes s'opère beaucoup plus lentement.

La varicelle n'est pas moins facile à distinguer de la variole modifiée ( varioloïde ), dont les pustules sont plus petites et ordinairement déprimées au centre ( ombiliquëes ). La varicelle n'est pas contagieuse , tandis que la varioloïde , selon quelques auteurs, peut être transmise par inoculation : opinion qui ne manque pas de contradicteurs, et sur laquelle je dirai bientôt mon sentiment. Les symptômes précurseurs de la variole modifiée auraient en général , suivant quelques praticiens , une plus grande intensité que ceux de la varicelle. Je ferai remarquer, à ce sujet, que j'ai eu occasion d'observer mainte fois, chez des enfans, quelques mois après avoir été vaccinés , une éruption ombiliquée , ayant , dès le second jour de son apparition , la plus grande ressemblance

280 INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — TARICELLE.

avec le bouton du vaccin \ au septième jour de son développement ; que cette éruption , dont les boutons se manifestaient successivement , n'était accompagnée que d'un peu de soif et de chaleur à la peau , ne laissant aucune trace après le cinquième ou le sixième jour f je reviendrai sur cette affection lorsque je parlerai de vaccine.

J'ai dit que la varicelle n'était pas contagieuse ; néanmoins Willan cite plusieurs observations qui démontrent que les deux variétés de la varicelle, désignées sous les noms de chicken-pox et de swin-pox , peuvent être transmises par inoculation : ce qui ne veut pas dire que cette éruption puise son principe dans la contagion atmosphérique, comme la variole, et, d'après cela, serve au contraire à faire distinguer les deux affections l'une de l'autre.

Quant à la varicelle observée par MM. Bérard et Delàvit , dans l'épidémie de Montpellier, cette maladie s'était manifestée en même temps que la variole ; mais , soit que toutes deux fussent réunies chez le même individu, soit que chacune d'elles existât isolément , n'est-il pas vraisemblable que, dans ce cas, la varicelle n'était qu'une variole modifiée? Cela n'exclurait pas l'existence d'une varicelle , indépendante de l'action contagieuse du virus variolique , dont la contagion ne se communique , comme cela a lieu pour le vaccin, que par l'inoculation chirurgicale.

Le lecteur voudra bien observer que je ne présente ici mon opinion que sous la forme du doute , et que , sur une question encore si obscure et pour laquelle les avis sont si partagés, il doit être permis d'asseoir son opinion sur de simples probabilités.

Symptômes de la varicelle. — La varicelle est une éruption vésiculeuse qui se reconnaît aux signes suivans : petites éminences rouges allongées , surface égale , vésicule transparente au centre.

INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — VARICELLE. 281

Cette éruption emploie cinq jours pour parvenir à son entier développement.

Premier jour : Eminence rouge, ayant une vésicule

transparente à son centre ;

Deuxième jour : Vésicule remplie de lymphe blanche;

Troisième jour : Fluide lactescent remplissant les vésicules qui commencent à s'effacer ;

Quatrième jour: Auréole rouge autour de quelques vésicules ;

Cinquième jour : Commencement de la dessication .

On reconnaît deux sortes de varicelles. L'éruption se montre alors avec quelques distinctions dans la forme des vésicules : elles sont lenticulaires ou globuleuses. De semblables différences ne changent guère le caractère de cette affection. En les comparant sur deux malades , elles seraient sans doute très appréciables; mais, observées isolément, la varicelle a un type assez remarquable pour que les méprises complètes ne puissent avoir lieu bien facilement.

Les vésicules , une fois affaissées , s'ouvrent vers le quatrième jour ; de petites croûtes brunâtres les remplacent bientôt. Ces croûtes se détachent le cinquième jour, et la place qu'elles occupaient est marquée par une tache rouge qui ne tarde pas à s'effacer.

Dans les formes diverses que la varicelle peut revêtir , j'ai dit que l'aspect des vésicules déterminait le nom imposé aux variétés de la maladie : ainsi certains auteurs en indiquent deux et d'autres trois. Willan, par exemple, admettant trois variétés, leur a assigné les noms suivans : lenticulaires , conoïdes et globuleuses.

Si l'on ne reconnaît que deux variétés de la varicelle , on doit les désigner par ces noms donnés par les médecins anglais ; chichen-pox et swin-pox.

282 INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — VARICELLE.

Dans ces variétés , l'aspect de la lymphe sera ou laiteux , ou jaunâtre , ou incolore ; les croûtes mettront plus de temps à tomber, et leur chute pourra se prolonger jusqu'au dixième jour. Mais ces modifications dans la forme des vésicules , ces croûtes qui se détachent avec plus ou moins de lenteur, ne sauraient déconcerter même un observateur peu habile.

Il y a dans certaines maladies de la peau , et je prends la varicelle pour exemple, une sorte d'identité si évidente, qu'elle s'établit en quelque sorte à notre insu et à première vue : c'est ainsi que l'œil reconnaît une feuille d'arbre , avant qu'il ait été possible de détailler la grandeur, la forme de son contour et la disposition de ses nervures.

Les phénomènes qui précèdent en général la varicelle , se montrent pendant vingt-quatre , trente-six et quarantehuit heures. On remarque alors :

Abattement , malaise général , soif, anorexie (c'est à dire manque d'appétit), constipation. Il peut y avoir des nausées et même des vomissemens ; la peau est chaude , la face animée , le pouls accéléré ; on remarque assez ordinairement de la moiteur. J'indique ici l'ensemble des symptômes , tels qu'ils peuvent se rencontrer; mais je ferai observer qu'ils peuvent tous exister ensemble ou séparément , avec différens degrés d'intensité.

Tout ce travail inflammatoire tombe aussitôt que l'éruption apparaît. Celle-ci commence d'abord par la poitrine et le dos ; elle se répand ensuite sur la face et le cuir chevelu ; les extrémités sont atteintes en dernier. La démangeaison devient intolérable pour les enfans , qui sont incapables d'y résister ; ils déchirent avec leurs ongles le sommet des vésicules , et ils rendraient ainsi le caractère de la maladie méconnaissable , si cette action des ongles, seulement locale, ne laissait pas toujours d'autres parties intactes.

On a observé parfois que l'éruption était précédée , pendant plusieurs heures , d'une rougeur générale du corps.

INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — VARICELLE. 285

Ce symptôme annonce que les vésicules seront plus rapprochées ; la rougeur dont il est ici question ne peut jeter aucun doute sur le caractère de la maladie. D'abord elle précède l'éruption de quelques heures seulement; ensuite, dans les inflammations exantliémateuses , c'est l'éruption , quelle qu'elle soit, qu'il faut toujours attendre pour établir le diagnostic.

Traitement. Il est fort simple , mais il exige une attention soutenue , pour voir de quel côté la nature dirige ses efforts. La principale indication consiste à diriger le travail inflammatoire. On administrera des boissons émollientes et légèrement sudorifiques ; le malade les prendra tièdes. Je ferai remarquer à ce sujet que les boissons adoucissantes, prises trop abondamment, deviennent un des abus du traitement appelé délayant. On peut ainsi transformer une affection aiguë en affection chronique ; de longues convalescences sont le résultat de cette méthode exagérée. Il y aura donc une variété assez grande dans le choix des moyens , pour qu'on puisse éviter le danger dont je parle.

On donnera alternativement , et suivant des indications faciles à saisir , les fleurs dites pectorales , les tussilages , les mauves, les fleurs de violettes, celles de bourrache, de bouillon blanc. Les racines d'althsea et de grande consoude peuvent remplacer les fleurs. On les coupe en morceaux , et elles sont traitées par infusion et non par décoction ; il y a une raison assez importante sur laquelle est fondée la préférence donnée à l'infusion ; on sait maintenant que la racine d'aïthœa, en particulier, contient de Yasparagine; or, cette substance irrite les voies digestives au point de provoquer le vomissement. J'ai cru à propos de signaler cette particularité ; car les boissons faites avec la guimauve, et si souvent prodiguées, produisent, par la raison que je viens de donner, des effets contraires à ceux qu'on en attend.

284 INFLAMMATIONS YÉSICULEUSES. — ECZÉMA.

On surveillera l'état du tube intestinal , surtout chez les enfans. La diarrhée ou la constipation prolongée , méritent une égale attention.

La diète végétale est essentiellement indiquée lorsqu'on doit accorder des alimens aux malades.

ECZEMA.

Le mot grec eczéma correspond au mot latin effervescere, qui signifie bouillir , et indique que la maladie qu'il sert à désigner représente une sorte d'ébullition ou d'état inflammatoire. La maladie cutanée, appelée aujourd'hui eczéma, est la même que celle décrite par les auteurs, sous les noms de dartre vive, dartre miliaire, dartre squammeuse humide, etc. Alibert a réuni dans un même groupe , sous le nom de dermatoses eczémateuses ou inflammatoires , des affections essentiellement distinctes par leurs formes élémentaires : ou bien il a représenté la même maladie envisagée sous ses différens aspects. Willan a fixé l'acception du mot eczéma , en ne l'appliquant qu'à la maladie généralement connue sous le nom de dartre vive.

L'eczéma est une éruption caractérisée par des vésicules , ordinairement très petites , rapprochées , ou agglomérées en grand nombre , et souvent accompagnées d'une rougeur superficielle de la peau. Ces vésicules se rompent , s'exfolient , et répandent une matière séreuse ou séro-purulente , qui, en se concrétant , forme des squammes d'une épaisseur et d'une étendue plus ou moins grande : état qui est assez bien caractérisé par la dénomination d'herpès squammosus medidans , qui lui a été donnée par Alibert.

Willan et Bateman ont admis trois variétés de Y eczéma : 1° Y eczéma solare , qui est dû à l'action des rayons solaires ;

INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — ECZÉMA. 285

2° Y eczéma impetiginodes, qui participe du caractère de l'impétigo , et dont l'inflammation est plus vive que celle de la variété précédente ; 3° Y eczéma rubrum , qui doit son nom à l'intensité de la rougeur de la peau, et dont l'état inflammatoire est plus prononcé que celui de Y eczéma impétigineux. MM. Biett, Cazenave et Schedel ne distinguent l'eczéma que par son état aigu ou chronique.

Causes. — La plupart des causes qui peuvent irriter directement la peau , sont susceptibles de déterminer Y eczéma. L'action prolongée du soleil, celle du feu chez les forgerons, les potiers, etc. ; un vésicatoire , des frictions mercurielles , un emplâtre de poix de Bourgogne , l'action du plâtre et de la chaux chez les individus qui , par état , manient journellement ces substances ; la gêne de la circulation, produite par l'habitude de rester debout , comme les imprimeurs, les cuisiniers , etc. ; les habitations malsaines , la négligence des soins de propreté; l'usage des alimens et des boissons échauffantes ; la vie sédentaire , les affections tristes , sont autant de causes qui peuvent l'occasionner. Les adultes , les vieillards , les femmes au retour d'âge , les sujets cachectiques, lymphatiques , bilieux , y sont particulièrement exposés. L'eczéma peut se développer dans toutes les saisons , mais plus ordinairement au printemps et pendant l'été. Ce n'est pas une affection contagieuse ; cependant le contact prolongé de deux surfaces muqueuses peut la produire dans certains cas. Biett cite plusieurs exemples d'eczéma transmis par le coït. L'énumération des causes qui produisent cette affection, fait voir qu'elle peut être accidentelle ou constitutionnelle.

Symptômes. — L'état élémentaire de Yeczéma consiste en de très petites vésicules remplies d'une sérosité d'abord limpide , transparente , et qui se trouble plus tard. Elles sont

286 INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — ECZÉMA.

susceptibles de se développer sur tous les points de la surface cutanée , mais surtout aux parties qui possèdent le plus de follicules et qui exhalent une odeur forte , comme aux aisselles , aux aines , à l'anus , aux oreilles , au scrotum chez l'homme , à la vulve et au mamelon chez la femme.

Le siège anatomique de l'eczéma n'est pas déterminé d'une manière absolue. Quelques auteurs le placent dans les follicules sébacées. Biett lui a donné pour siège probable la membrane vasculaire de Eichhorn ; ce qui n'est pas résoudre la question. (Dictionnaire Médical, 2e édition, article Eczéma. )

L'état le plus simple de la maladie a été désigné sous le nom d'eczéma simplex ; variété qui s'annonce sans aucun symptôme précurseur, et dont l'apparition est seulement accompagnée d'un léger prurit. Les vésicules restent petites et indolentes. Le liquide qu'elles contiennent, d'abord limpide , prend ensuite une teinte laiteuse. Lorsque la résorption a lieu , les vésicules se flétrissent et produisent une desquammation à peine sensible ; ou bien elles s'ouvrent , et la matière qui en suinte forme , en se desséchant , une petite lamelle squammeuse très mince, qui se détache promptement : ce qui n'empêche pas la maladie de se prolonger sous cette forme , deux ou trois septénaires , quelquefois davantage. U eczéma simple est rarement accompagné de la rougeur de la peau ; lorsqu'on l'observe dans cette variété il est toujours peu intense. C'est avec cet état de simplicité de la maladie , que la gale se complique ordinairement : ce qui avait fait admettre par Lorry une gale miliaire , scabies mi- Uaris.

\! eczéma prend plus d'intensité lorsque l'inflammation est plus vive et plus profonde. La rougeur et le gonflement de la peau sont plus considérables. Une douleur et une chaleur assez fortes , accompagnées quelquefois d'un sentiment de battement, se manifestent dans la partie affectée. La fièvre

INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — ECZÉMA. 287

même parfois se déclare. Les points brillans, comme argentés , qu'on observe sur la surface enflammée, se développent peu à peu , prennent la forme de vésicules transparentes , du volume d'une petite tête d'épingle , et sont entourées d'une auréole inflammatoire. Au bout de sept à huit jours , quelquefois plus tôt , l'inflammation diminue ; le fluide est résorbé, les vésicules se dessèchent et se détachent par exfoliation. Tels sont les phénomènes qui caractérisent le premier degré de X eczéma rubrum.

Au lieu de diminuer du septième au huitième jour , l'inflammation continue , et même s'aggrave souvent. L'éruption devient confluente, les vésicules se déchirent, et le fluide qu'elles contiennent, devenu laiteux , de transparent qu'il était , s'épanche sur la peau enflammée qu'il irrite , et détermine des excoriations , d'où suinte une matière séreuse plus ou moins abondante. Cette matière humecte et tache le linge, et, en se concrétant, se transforme en squammes molles , minces , plus ou moins larges , qui tombent et se renouvellent souvent.

Lorsque l'inflammation devient moins abondante , la sérosité diminue; ce qui la dispose à s'épaissir. Alors les squammes sont plus sèches, plus adhérentes et tombent plus lentement. La guérison de la maladie s'opère à mesure que l'inflammation cesse et que l'exhalation séreuse se tarit. Sa durée ordinaire , dans l'état aigu , est de deux à trois ou quatre septénaires. Telle est la marche de Y eczéma rubrum de Willan, considéré comme le second degré d'intensité de cette affection.

L'eczéma impetiginodes présente la maladie à un degré plus intense encore. L'inflammation est beaucoup plus vive : les parties de la peau qui sont le siège de l'éruption , paraissent tuméfiées , comme dans la petite vérole ; les vésicules ont une apparence pustuleuse et contiennent un liquide séro-purulent ; agglomérées et confluentes , elles ne tardent

288 INFLAMMATIONS YÉSICULEUSES. — ECZÉMA.

pas à s'ouvrir; le liquide épanché se concrète promptement et produit des squammes jaunâtres ou verdâtres , plus ou moins molles , plus épaisses et moins larges que celles de

Y eczéma rubrum , avec lesquelles elles ont d'ailleurs beaucoup d'analogie. Quant à la manière de se succéder et de marcher à leur guérison , les vésicules , mises à nu par la chute des squammes, présentent une rougeur très vive, analogue à celle du carmin, et fournissent, comme dans Y eczéma rubrum, une sérosité roussâtre très abondante, mais d'une odeur plus nauséabonde , et qui se tarit à mesure que l'inflammation vient à cesser , et que les vésicules se reproduisent en moins grand nombre.

La durée de l'eczéma impétiginode est à peu près la même que celle de Y eczéma rubrum , c'est à dire de deux à quatre septénaires ; cependant il n'est pas rare , lorsque la maladie envahit toute la surface cutanée , qu'elle dure de six semaines à deux mois.

U eczéma solare de Willan , dû à l'action des rayons solaires, appartient, par l'ensemble de ses phénomènes, à Y eczéma simplex , dont il ne doit être regardé que comme une sous-variété.

J'ai admis comme distincts , Y eczéma simplex , Y eczéma rubrum et Y eczéma impetiginodes. Il m'a paru que chacune de ces trois variétés avait un caractère assez tranché pour en déterminer la nature particulière , envisagée sous ces trois états.

Je dois faire remarquer ici une contradiction qui existe entre quelques auteurs , dans la manière de coordonner les variétés de l'eczéma. M. Gibert , d'après Willan , considère

Y eczéma impetiginodes comme étant moins intense que Yeczema rubrum; tandis que MM. Rayer, Cazenave et Schedel, regardent au contraire Y eczéma rubrum comme étant le résultat d'une inflammation moins vive, et moins profonde que celle produite par Yeczema impetiginodes. J'ai adopté l'avis

INFLAMMATIONS VÉSICCLEUSES. -— ECZÉMA. 289

de ces derniers , parce que le caractère séro-purulent , plus marqué dans les vésicules de Y eczéma impetiginodes, est l'indice d'un état inflammatoire plus intense. Toutefois il semblerait que la rougeur carminée , que présentent les surfaces dépouillées de squammes dans Y eczéma impetiginodes , aurait dû être le motif de la dénomination adoptée par Willan, d'eczéma rubrum. On voit par là combien sont équivoques les signes sur lesquels on se fonde quelquefois pour classer les maladies de la peau.

Lorsque l'éruption occupe une grande partie de l'enveloppe tégumentaire , on observe quelquefois chez le même individu les divers degrés d'inflammation qui sont propres à l'eczéma; ce qui arrive sans doute par suite de l'aptitude, soit physiologique , soit accidentelle , de chaque partie affectée : c'est plus particulièrement dans les circonstances où Y eczéma est dû à une cause irritante extérieure, que le phénomène a lieu. Je cite plus loin un exemple de cette maladie , occasionnée par des frictions mercurielles.

L'eczéma aigu n'est accompagné ordinairement de symptômes généraux que dans le cas où la maladie occupe toute l'étendue tégumentaire , ou bien lorsque , ayant une surface limitée , l'inflammation qui l'accompagne présente une certaine intensité. Alors le pouls se développe, le malade a soif, il perd l'appétit , se plaint de lassitude , etc. Mais ces symptômes ne prennent jamais assez de gravité pour changer le caractère de la maladie et en troubler la marche.

J'ai dit que Y eczéma pouvait se développer sur tous les points de la surface cutanée ; néanmoins il y a des parties où il peut se fixer et prendre un caractère particulier, dépendant de la disposition organique du point affecté : tels sont principalement le cuir chevelu , les oreilles, le scrotum, le pénis , etc. , où la maladie se produit avec des accidens particuliers et se montre souvent rebelle. Elle peut même occuper , dans certains organes , l'épitélium ou la partie qui

290 INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — ECZÉMA.

aboutit à l'issue extérieure des membranes muqueuses, comme l'entrée du rectum , celle du vagin , la face interne du prépuce , et même l'orifice de l'urètre. Dans ces diverses parties , il n'est pas rare de rencontrer un état dartreux , qui cause de vives souffrances et affecte une grande disposition à la chronicité.

Beaucoup d'ophtalmies , désignées , à cause de leur chronicité, sous le nom $ ophtalmies dartreuses, se développent sous la forme élémentaire de Y eczéma ou de l'impétigo.

La dartre fixée à l'oreille est ordinairement très difficile à guérir ; ce qui paraît tenir à la nature cartilagineuse de cette partie ; mais ce qui la rend encore plus redoutable , c'est la surdité qu'elle peut occasionner , soit par le rétrécissement du conduit auditif, soit par l'altération de la membrane du tympan. Je cite, parmi les cas d'eczéma que j'ai observés, l'histoire d'une malade devenue sourde, et dont la guérison s'est opérée à l'aide d'applications locales émollientes et de purgatifs.

Chez les personnes atteintes d'affections dartreuses intenses , invétérées et dépendantes de la constitution générale du sujet , la maladie peut s'étendre à la membrane muqueuse digestive, produire des affections gastriques et intestinales, existant, le plus ordinairement, sans troubler l'ordre des fonctions ; mais susceptible , dans quelques cas , d'amener une altération de viscères , de produire l'hydropisie ou la fièvre hectique , et conduire ainsi les malades au tombeau.

Je demande ici la permission de présenter quelques observations , à propos d'une locution de M. Gibert , relative à la durée de X eczéma, « En général, la durée de cette affection, dit cet auteur, est de deux ou trois septénaires lorsqu'il est très aigu, et de six à huit lorsqu'il l'est moins. » Je sais que par l'acception actuelle de ce mot, on entend une maladie de peu de durée , par opposition à la durée plus longue

INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — ECZÉMA. 291

des maladies chroniques. Mais ce mot m'a toujours paru peu convenir à l'application qu'on s'en fait. Si on peut dire d'une maladie de deux ou trois septénaires , qu'elle est très aiguë, comment désignera-t-on celles qui se terminent dès le septième jour? Si les maladies de six à huit septénaires sont également aiguës , ne doit-on pas convenir que le mot aigu, employé comme mesure du temps, manque d'exactitude? Ceci vient de ce qu'on a détourné ce mot de son acception primitive.

En effet, si on remonte à la signification de ses dérivés latins, qui sont formés de deux mots : acumen, aiguillon, et acuere , qui signifie exciter, irriter , on est conduit à reconnaître que le mot aigu a dû être employé pour désigner les maladies caractérisées par l'excitation ou l'irritation qui les accompagne , et qui , en raison de leur intensité , tendent à se terminer promptement par la guérison ou par la mort ; ce qui fait qu'on a appliqué le mot aigu à la durée des maladies. Ce mot a donc été employé comme mesure de temps, tandis qu'il aurait dû seulement servir à exprimer la gravité des maladies , comme l'exige sa signification grammaticale.

Si j'avais assez d'autorité pour faire accepter mon opinion sur ce point, je proposerais de désigner, sous le nom de maladies septénaires , celles qui , par leur moindre durée , doivent se distinguer des maladies chroniques. J'ai été amené à cette discussion par la nécessité qui veut que dans les sciences exactes , et surtout en médecine , les mots aient un sens bien déterminé. J'aime à croire qu'on me pardonnera cette digression en faveur de son motif.

Eczéma chronique. — Toutes les variétés de Y eczéma sont susceptibles de passer à l'état chronique. L'aptitude à la chronicité est indépendante de la gravité de la maladie. Les affections dartreuses peuvent se prolonger indéfiniment, soit qu'elles paraissent et disparaissent alternativement dans la

292 INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — ECZÉMA.

partie , soit que , guéries sur un point , elles se manifestent sur un autre. La tendance à la chronicité résulte de la disposition de la peau à être irritée par la matière séreuse , produit des éruptions successives qui enflamme de plus en plus la surface malade , et finit par l'excorier. Une exhalation continuelle et abondante , ayant toujours lieu dans ces cas , pénètre et raidit les linges adhérens plus ou moins à la surface enflammée; ce qui oblige à les renouveler souvent avec une précaution convenable, afin d'éviter le déchirement de la peau , ordinairement accompagné d'eflusion de sang et de vive douleur.

L'éruption peut durer plusieurs mois avec le même degré d'intensité; d'autres fois, et plus promptement, le fluide exhalé devient moins abondant, s'épaissit, forme, comme dans l'état aigu , de petites squammes molles , jaunâtres , dont la chute laisse voir une surface moins enflammée et moins humectée que dans le premier cas. On pourrait regarder cela comme un acheminement à la guérison , lorsque tout à coup , sans motif appréciable , l'inflammation devient plus intense , les surfaces prennent une rougeur plus vive , se couvrent de vésicules qui ne tardent pas à se rompre, et, par une recrudescence survenant de la même manière , à des intervalles plus ou moins éloignés , la maladie peut durer un temps indéfini.

Quelle que soit la variété qui est suivie de l'état chronique, l'éruption montre toujours à peu près le même caractère , c'est à dire que les vésicules n'ont plus l'apparence pustuleuse que présente ordinairement Y eczéma impetiginodes.

L' eczéma chronique peut, dans certains cas, cesser de produire la moindre exhalation ; les squammes alors n'étant plus humectées deviennent plus sèches , plus adhérentes et plus jaunes; d'autres fois les squammes semblent ne plus être produites par la concrétion d'un fluide exhalé; elles ont l'apparence des lamelles sèches , minces , blanchâtres , qui sont

INFLAMMATIONS VÉSICCLELSES. — ECZÉMA. 293

propres aux éruptions squammeuses proprement dites , formées seulement par des couches superposées de l'épiderme ; tandis que les squammes de l'eczéma sont toujours le produit d'un fluide exhalé et épaissi.

Toutefois , l'absence de l'exhalation dans Y eczéma et l'aspect que prennent alors les squammes sembleraient faire croire que cette affection est susceptible de se transformer en une véritable maladie squammeuse. Dans ce cas, le diagnostic ne peut être bien établi que par la recherche des antécédens, et par l'existence de petites vésicules qui se reproduisent dans le voisinage de la partie affectée.

\J eczéma chronique , ordinairement borné à un petit espace, peut s'étendre plus ou moins , et même, dans certains cas ,, occuper toute la surface d'un membre ; mais l'un des caractères qui le distinguent le plus de X eczéma aigu , c'est la démangeaison qui l'accompagne , et parfois si intense , qu'elle peut occasionner l'insomnie , la fièvre , et tourmenter le malade jusqu'au désespoir. « Les démangeaisons , disent MM. Cazenave et Schedel , sont surtout intolérables , et jettent les malades dans des angoisses vraiment dignes de pitié , quand Y eczéma est fixé sur certaines parties. Quand il a son siège à la partie interne et supérieure de la cuisse , il y est souvent entretenu chez les femmes par un écoulement chronique , alors il s'étend jusqu'à l'anus et à la vulve; là il détermine un prurit qui gagne quelquefois le vagin, et devient pour les malades un supplice affreux. »

La dartre eczémateuse, fixée à l'oreille, dont je donne plus loin l'histoire , faisait éprouver une telle démangeaison à la malade qu'elle en avait perdu le sommeil, l'appétit et l'embonpoint.

Diagnostic. — Il est peu de maladies dont le diagnostic soit plus important que celui de l'eczéma , à cause de son analogie avec beaucoup d'autres affections dans la distinction

294 INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — ECZÉMA.

qu'on doit en faire. Après s'être manifesté , avec ses caractères primitifs, au cuir chevelu, au scrotum, etc., Y eczéma peut se présenter sous l'aspect d'une desquammation sèche , qui en rend le diagnostic difficile. Alors on peut le confondre avec le pithyriasis ou le psoriasis. L'eczéma simple , qui se développe sans inflammation comme la gale , a été souvent confondu avec cette affection ; ce qui a dû arriver d'autant plus facilement, que l'une et l'autre maladie peuvent occuper le même siège, c'est à dire le poignet et la partie latérale des doigts : toutes deux occasionnent de la démangeaison; néanmoins chacune a ses caractères distinctifs. L'eczéma n'est pas contagieux , tandis que la gale se communique par le contact. Les vésicules de l'eczéma sont aplaties et presque toujours agglomérées; celles de la gale sont pointues et généralement isolées. La démangeaison de la première affection est moins vive que celle de la seconde ; une sorte de cuisson douloureuse l'accompagne dans la gale ; et dans cette dernière, le prurit, qui est apaisé par le frottement, est plus agréable que douloureux.

L'eczéma peut être confondu avec la miliaire , si on méconnaît les signes qui peuvent les faire distinguer. Les vésicules de la miliaire sont généralement plus volumineuses que celles de Y eczéma ; elles ne sont jamais confluentes et sont disséminées sur diverses parties du corps , tandis que celles de Y eczéma sont ordinairement réunies et agglomérées sur un petit espace.

Les symptômes généraux de la miliaire ont , en général , de l'intensité ; ceux de Y eczéma , au contraire , sont à peine sensibles. Toutefois la miliaire , non fébrile , qui se manifeste pendant les fortes chaleurs de l'été , à la suite d'un exercice pénible , pourrait imposer si on n'avait égard à la dissémination des vésicules et à la moindre durée de la maladie.

M. Gibert parle d'une éruption vésiculaire qu'il a observée;

Page 1