PUSTULES
Les éruptions pustuleuses sont produites par un épanchement purulent qui se forme à la surface du derme enflammé et qui soulève l'épiderme.
La variole, la vaccine, Vecthyma, l'impétigo, l'acné, la mentagre, leporrigo, et leurs variétés, forment le groupe des pustules. Cet ordre d'éruptions se divise en deux espèces, suivant qu'elles affectent une marche aiguë ou chronique.
La variole et la vaccine sont toujours des maladies aiguës; î'ecthyma peut être aigu ou chronique.
L'impétigo , l'acné, la mentagre, le porrigo, ont une durée toujours chronique.
On a donné, d'après Willan, le nom de pustules phlyzaciées à celles qui ont une base enflammée et sont plus volumineuses , comme dans la variole , la vaccine et I'ecthyma ; et celui de pustules psydraciées à celles dont la base ne présente au-
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eune inflammation et qui sont plus petites , telles que celles de l'impétigo, de l'acné, de la mentagre et du porrigo.
Les pustules , selon leur nature , suivent une marche différente dans leurs transformations ; les unes , comme celles de la variole , de la vaccine , de l'impétigo , se terminent par des croûtes qui se dessèchent, tombent et laissent à leur suite la peau saine ou des cicatrices ineffaçables , ou bien des taches qui durent plus ou moins long-temps ; quelques unes peuvent se transformer en ulcères, principalement Yecthyma; d'autres , telles que l'acné , la couperose , la mentagre , dégénèrent quelquefois en tubercules.
L'état des croûtes peut , comme signe secondaire , servir à distinguer plusieurs affections pustuleuses ; celles dujavus sont jaunes, sèches et disposées en godet ; celles de l'impétigo sont proéminentes , jaunâtres, verdâtres ou brunâtres, et granulées, lorsque l'éruption occupe toute autre partie que la tête ; lorsque le cuir chevelu en est le siège , les croûtes sont stalactiformes ou en mamelons.
L'état de la peau au dessous des croûtes étant également variable, suivant les espèces d'éruptions pustuleuses, doit être bien apprécié , soit comme moyen de diagnostic , soit pour y conformer les médications que peut présenter la maladie.
Les vésicules et les pustules ont des traits d'analogie qui pourraient les faire confondre , si on méconnaissait les caractères qui les distinguent; les pustules sont toujours plus enflammées et plus fréquemment suivies de cicatrices ou d'indurations tuberculeuses. Le fluide que présentent les vésicules à leur déclin , prend un aspect qui lui donne de la ressemblance avec le pus , mais il ne diffère pas par la transparence qu'il offre au commencement de l'éruption ; tandis que la matière qui fournit les pustules est du véritable pus , et qu'il en présente les caractères dès le commencement de sa formation ; c'est à dire qu'il est jaune et épais , au lieu que le
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fluide des vésicules est séro-purulent et d'une couleur lac-' tescente.
On distingue les pustules vénériennes des pustules ordinaires , à la teinte rouge et cuivrée qui leur est propre , et à leur concomitance avec d'autres symptômes de cette maladie.
Les maladies pustuleuses , si on en excepte la variole , ne sont jamais mortelles ; cependant , lorsque la maladie existe depuis long-temps et qu'elle a été traitée sans succès , soit que cela tienne à une disposition organique préexistante , soit que la constitution en ait été consécutivement altérée , le malade peut succomber, mais c'est moins à l'éruptioo considérée en elle-même qu'on doit attribuer ce résultat , qu'aux effets de la consomption.
Le traitement des pustules doit varier suivant qu'elles sont aiguës ou chroniques ; les premières réclament l'usage des anti-phlogistiques , qui consistent dans une sage combinaison du régime , des boissons adoucissantes et des émissions sanguines ; les secondes, qui sont toujours plus ou moins rebelles, exigent généralement une médication active , dirigée tout à la fois sur le système dermoïde et sur l'appareil intestinal , avec les modifications que peuvent réclamer la nature et le caractère de la maladie , c'est à dire suivant qu'il peut être nécessaire de faire prédominer la médication interne sur la médication externe , et vice versa.
VARIOLE. Petite vérole.
Le mot variole vient de variola des latins. Selon quelques auteurs , cette expression dérive de vari , boutons, taches du visage, ou de varius, varié, tacheté, bigarré. Sauvages et Boërhaave l'ont désignée sous le nom de variola; presque
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tous les médecins français la connaissent sous la dénomination de petite vérole.
Il est extrêmement difficile de déterminer l'origine de la variole. En consultant les traditions scientifiques des auteurs qui ont le plus anciennement écrit sur ce sujet , on verrait que la variole fit son invasion en 572 de notre ère : cette année serait précisément celle de la naissance de Mahomet. Un manuscrit arabe, trouvé dans la bibliothèque de Leyde , indique cette date de 572 , qu'il fait coïncider avec la première apparition de la variole.
Quoi qu'il en soit, les recherches à ce sujet sont plus curieuses que décisives pour la science. On a prétendu que la variole faisait partie des sept plaies d'Egypte ; mais si cette maladie avait une semblable antiquité , Moïse en eût certainement parlé. D'après l'autorité des écrivains les plus recommandables , la variole était inconnue aux Grecs et aux Romains. Hippocrate n'a point parlé de la variole.
Selon les uns elle serait originaire d'Afrique, et l'Ethiopie aurait été son berceau. D'autres prétendent que les Arabes la connaissaient depuis long-temps ; d'après cette donnée , c'est au commencement du septième siècle qu'il faut remonter , pour trouver la variole au nombre des maladies qui affligeaient l'espèce humaine.
A cette époque du vne siècle les Sarrasins firent la conquête de l'Egypte et de la Syrie , et la variole, dont la contagion paraissait éteinte , se répandit avec fureur sur toutes les côtes asiatiques. Au viir siècle, elle ravagea tous les pays maritimes d'Afrique.
Déjà très répandue aux xr et xir siècles , dans le midi de l'Europe , la variole restait encore inconnue dans le nord. Les premiers germes en furent apportés lorsque les Croisés revinrent de la Terre-Sainte. Alors les. ravages de cette maladie furent affreux en Allemagne , en Angleterre, etc.; elle couvrit bientôt toute la surface de la terre, Les Européens
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rapportèrent aux Américains comme un des fruits les plus amères de la civilisation ; l'Amérique, par un cruel échange, a rendu à l'Europe fléau pour fléau.
Le caractère et la marche de la variole légitime sont aujourd'hui bien connus ; mais il n'en est pas de même des éruptions qui, par leur analogie, semblent appartenir au même genre , et qu'on a désignées sous les noms de varioloïde et de varicelle.
M. Rayer a classé, sous le nom de pustules varioliques , toutes les éruptions vésico-purulentes qui dépendent d'une même constitution médicale ; suivant cet auteur, elles peuvent se reproduire l'une par l'autre. Il a divisé en deux séries toutes les éruptions varioliques. La première comprend les varioles pures et légitimes qui constituent le type du genre ; la seconde embrasse celles qui n'en seraient que des modifications , dont il admet cinq variétés , en raison de la différence de leurs formes ; ce sont :
1° La varicelle pustuleuse ombiliquée ou varioloïde ;
2° La varicelle pustuleuse conoïde ;
3° La varicelle pustuleuse globuleuse ;
4° La varicelle papuleuse ;
6° La varicelle vésiculeuse.
L'identité générique de ces diverses éruptions serait démontrée , suivant le même auteur, par les épidémies de varicelle , dans lesquelles on observe toujours quelques individus atteints de la variole légitime ou de la varioloïde ; de même que par les épidémies de variole, on rencontre toujours aussi des varioloïdes et des varicelles.
M. Rayer a établi ce jugement, contradictoirement à l'opinion des auteurs ; il est vrai de dire qu'il a apporté dans la controverse beaucoup de logique. Toutefois la question me paraît loin d'être définitivement jugée ; mais ce qui est aujourd'hui bien démontré , c'est que toutes les éruptions varioliformes , qui se manifestent chez des sujets ayant eu
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la petite vérole, ou qui avaient été vaccinés , la maladie ne prend pas un caractère dangereux , et que sa durée est ordinairement moins longue que celle de la variole ordinaire. Il résulte de là qu'on peut diviser les éruptions varioliques suivant qu'elles sont primitives et normales , ou selon qu'elles sont secondaires ou modifiées.
La variole est une maladie inflammatoire aiguë , essentiellement contagieuse, et qui est toujours précédée et accompagnée d'accidens généraux plus ou moins graves. On la divise en naturelle et en inoculée , suivant qu'elle survient spontanément ou qu'elle se manifeste après l'inoculation. On la nomme discrète lorsque les pustules sont rares et disséminées sur la peau; cohérente, lorque les pustules sont très nombreuses et se touchent par leurs bords; confluente, lorsque les pustules sont agglomérées et comme confondues. Mais il n'arrive jamais que les pustules se présentent à l'état cohérent ou confluent sur toutes les parties du corps; elles ne se touchent ou se confondent, au contraire, que sur une région plus ou moins étendue , dont la différence détermine en général le plus ou moins de gravité de la maladie.
On divise la marche de la variole en plusieurs périodes , qui sont : l'incubation , l'invasion, l'éruption, la suppuration et la dessication.
Avant que de passer à la description des autres phénomènes qui se rattachent à la marche de la variole , je crois à propos de parler du siège de cette maladie.
Si ce qu'on appelle en médecine incubation désigne le temps qui s'écoule entre l'application des agens morbifiques, et spécialement du virus sur les corps vivans , il n'est pas , je le pense , sans intérêt de rechercher où réside la maladie, c'est à dire sur quel organe interne elle a son siège.
Le point de départ de la variole n'est pas à la peau, mais bien à l'intérieur des organes ; autrement il n'y aurait pas de travail d'incubation, mais une simple localisation de [la
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maladie sur le système dermoïde. L'observation rigoureuse démontre que le siège primitif est interne. L'éruption n'est vraiment qu'un symptôme consécutif; une preuve irréfragable de cette opinion s'établit, par l'exemple de varioles qui se consument tout entières sans apparaître au dehors, et cependant garantissent du retour de cette affection.
Maintenant le germe qui renferme la variole pénètre-t-il dans notre corps? Son absorption a-t-elle lieu par la peau ou par la membrane muqueuse? Il y a contre cette hypothèse de l'absorption , les expériences décisives de M. Magendie et celles de Bichat. N'est-il pas rationnel de regarder l'air comme le véhicule transmettant les miasmes aux poumons ? C'est dans cet atelier de la sanguification que nos humeurs s'altèrent primitivement, qu'un véritable empoisonnement s'accomplit.
On voit qu'en reproduisant la théorie qui se rattache à l'altération des humeurs, je fais une nouvelle application des opinions médicales que j'ai adoptées , et que j'ai souvent exprimées dans cet ouvrage , en donnant ma profession de foi scientifique.
L'incubation de la variole varie selon que l'éruption doit amener une quantité plus ou moins grande de pustules : ainsi, dans la variole discrète , le temps de l'incubation est en général moindre que dans la variole confluent e. On compte un espace de dix à vingt jours , à partir du moment où on admet que l'infection a lieu.
Les symptômes de la variole sont analogues à ceux des autres phlegmasies cutanées. Quelle que soit ia manière dont l'absorption miasmatique s'opère, le premier effet retenti! sur la muqueuse gastro-intestinale ; on observe bientôt les phénomènes suivans : inappétence et dégoût pour les alimens , surtout pour les substances animales. La région épigastrique est le siège d'une sensibilité plus exaltée, aussi voit-on survenir des nausées , quelquefois même des vomis-
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semens. L'haleine est fétide , la soif est intense : celle-ci inspire le désir des boissons froides et acidulés ; la langue est plus vivement colorée que dans l'état ordinaire vers ses bords et sa pointe ; un enduit blanc ou jaune recouvre sa surface.
L'état général du malade se décèle par une inaptitude remarquable pour les mouvemens. Des douleurs contutives des membres sont en même temps ressenties dans les articulations , le dos et les lombes ; la chaleur de la peau est halitueuse chez les adultes. Chez eux encore , la diminution de l'urine et la constipation semblent être la suite de ces symptômes , qui suivent jusqu'à la fin le trajet d'une muqueuse.
Les enfans présentent des phénomènes qui leur sont particuliers. Si on se rappelle ce que j'ai dit au commencement de ce sujet , on verra que , dans la période d'incubation , le système nerveux , frappé simultanément , fait retentir dans tout l'organisme l'impression qu'il a éprouvée dans les bronches au moment de l'infection, .C'est ce qui explique pourquoi les enfans dont le système nerveux est si impressionnable, ont de la tendance à l'assoupissement, quelquefois des attaques d'épilepsie , des convulsions , etc. Il y a toujours chez eux , fièvre , fréquence du pouls , ordinairement céphalalgie, étourdissement ; la face est plus ou moins animée.
Cet appareil maladif subsiste ainsi pendant plusieurs jours au même degré. Vers le troisième ou quatrième jour l'éruption apparaît : alors tous les symptômes précurseurs tombent à la fois, et il survient un calme remarquable. Mais il ne faut pas croire que la maladie suit constamment cette marche régulière ; il n'y a rien d'absolu à cet égard. Les symptômes qui semblaient avoir fui devant l'éruption , revienuent quelquefois à l'époque de la suppuration.
L'éruption de la variole se présente sous deux aspects re-
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marquables, selon l'intensité de la maladie : de là cette division en variole discrète et variole confluente. Je vais faire le rapprochement de l'éruption variolique dans les deux cas : de cette opposition apparaîtra , avec plus de clarté pour l'intelligence du lecteur , le tableau de la maladie considérée à la même époque , mais sous deux phases différentes.
Lorsque la variole est discrète^ l'éruption commence d'abord à la face , et c'est ordinairement aux lèvres qu'on peut l'observer sous la forme de petites taches rouges, analogues à des morsures de puces ; bientôt ces taches s'étendent au cou, à la poitrine , aux membres thoraciques et abdominaux.
Dans la variole confluente , l'éruption n'est autre chose qu'un assemblage de petits points rouges tellement rapprochés , que la peau paraît comme injectée. Sa couleur est d'un rouge violacé alors ; tandis que , dans la variole discrète , une teinte rosée dessine les taches ou morsures de puces, qui ressemblent à autant de petites papules.
Ce premier travail à peine effectué, les taches ou points rouges ont pris la forme de boutons qui se disséminent à l'intérieur de la bouche ; l'éruption ne respecte aucune partie : les tonsilles, le pharynx , l'entrée des fosses nasales et de l'œsophage , le larynx , la trachée artère , quelquefois même l'origine des bronches. Les conjonctives , c'est à dire la membrane qui recouvre le globe de l'œil , ne sont pas épargnées.
Malgré que l'éruption ait son siège sur des parties auxquelles il soit dévolu une sensibilité assez grande, la gêne ou la douleur sont peu développées s'il s'agit de la variole discrète; mais si l'éruption est confluente, la scène change, et les phénomènes pathologiques s'exagèrent rapidement ; la fièvre semble leur donner une impulsion violente ; toutes les parties envahies par l'éruption se tuméfient considérablement à cause de l'inflammation du tissu cellulaire. Les paupières , les lèvres, les narines, sont comme boursoufflées ; la face de-
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vient méconnaissable ; la salive coule de la bouche , et n'est plus qu'un liquide épais et visqueux.
Les boutons révèlent surtout leur caractère spécial dans la variole discrète. La dépression qui s'observe à leur centre, se trouve parfaitement expliquée par l'épithète à'ombiliquée. La distance qui sépare alors les pustules , met leur forme en relief et permet de suivre les changemens successifs qui s'opèrent depuis l'apparition des boutons jusqu'à leur dessication.
Il n'en est pas ainsi de la variole confluente, où l'éruption, principalement à la face , offre une masse de petits points papuleux tellement rapprochés sur une large surface rouge, qu'il semble qu'une explosion érysipélateuse couvre le visage. On ne peut donc observer, dans la variole confluente, cette gradation de phénomènes qui , dans la variole discrète , s'accomplit à la surface de la peau. Il y a des cas où l'éruption augmente au point que, selon la remarque de Tissot, la peau ne peut suffire au dépôt de tout le virus ; les boutons sont si confluens alors , que les derniers développés ne peuvent trouver place sur l'épiderme.
En admettant que la suppuration ait lieu sans excéder les forces vitales, elle doit arriver du cinquième au septième jour. Dans cette nouvelle phase de la maladie , on retrouve les nuances tranchées qui appartiennent à la variole , selon qu'elle est discrète ou confluente.
Le travail nécessaire à la sortie des pustules était accompagné d'une fièvre plus ou moins intense. L'éruption une fois complète , cette fièvre avait cessé ; c'est au moment de la suppuration que la circulation s'accélère de nouveau, et que la nature se prépare ainsi à reprendre une œuvre inachevée.
Les pustules de la variole discrète renferment au septième jour, à partir de leur apparition, une matière complètement élaborée. Les boutons présentent au sommet une vésicule dont le centre déprimé est un des signes caractéristiques de la
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variole; cependant la distension des pustules leur donne bientôt une forme ronde et non plus ombiliquëe ; la peau s'enflamme ; elle est tendue , luisante ; il y a gonflement général des surfaces.
Les pustules ne tardent pas à donner issue à la matière qu'elles contiennent. La suppuration commence d'abord à la face ; elle arrive en dernier aux extrémités supérieures et inférieures.
Dans la variole confluente, l'énergie du travail inflammatoire exagère ou complique cette période de la maladie. Si la fièvre est intense, le ptyalisme, un des symptômes les plus incommodes, peut s'arrêter, et cette suppression amener de formidables accidens. Les urines qui, dans les mêmes circonstances, sont déjà rares, cessent complètement de couler. L'inflammation cutanée, par une réaction funeste sur d'importans organes , fait naître des pneumonies, des méningites, etc. Je ferai voir plus tardles résultats de ces redoutables complications. A mesure que la suppuration tend à s'achever, la peau devient âpre au toucher ; une croûte de couleur jaune primitivement, ensuite brunâtre, se forme et répond par sa situation à chaque pustule. Dans les varioles confluentes , on peut dire que la face se couvre d'un masque véritable, qui doit tomber vers le quinzième jour.
La dessication s'opère du moment que les croûtes, dépouillées de toute espèce d'humidité, perdent en quelque sorte les rapports d'adhérence qu'elles avaient avec la peau. Le pus , converti en une pâte épaisse , se dessèche et devient bientôt un corps étranger qui doit être éliminé. C'est à la face que les croûtes tombent les premières , et les autres ensuite, d'après l'ordre de leur apparition.
Dans la variole discrète, les plaques rouges , qui répondent au lieu occupé par les croûtes , sont espacées ; elles sont destinées à s'effacer complètement ; mais elles déguisent plus ou moins de temps les cicatrices qui doivent les remplacer ;
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ces cicatrices, par le peu d'espace qu'elles laissent entre elles, ou par leur réunion, donnent lieu, dans la variole confluente, à des difformités que l'observation la plus vulgaire a constatées tant de fois.
C'est à l'époque où la dessication s'opère que les malades exhalent une odeur particulière , qui s'imprègne au linge de corps et aux draps de lit.
Cela s'explique en partie par le suintement des matières purulentes que fournit la peau ; mais on peut ici remarquer que toutes les humeurs, quelles qu'elles soient, une fois hors du domaine vital , ont leur odeur sui genefis : ainsi le sang , l'urine , les lochies , la sueur , etc. , se reconnaissent à des émanations qu'on ne peut ordinairement comparer à aucune autre analogue.
Diagnostic. — C'est seulement au moment de l'éruption qu'on peut établir , d'une manière certaine , le diagnostic de la variole. Les symptômes qui précèdent cette maladie ressemblent tellement à ceux de toute autre phlegmasie , qu'on ne peut au début rien dire de positif. L'époque de l'éruption n'applanit pas encore les difficultés opposées au diagnostic ; on a quelquefois confondu la variole avec la rougeole , lorsque l'éruption existe seulement à l'état de taches rouges ; cependant les taches de la rougeole ne présentant aucune rugosité sous le doigt, il en sera autrement pour la variole.
Le diagnostic doit aussi déterminer la nature de la maladie quant à ses variétés : le médecin cherchera donc à connaître s'il a affaire à une variole discrète ou confluente , ou à une simple varioloïde; le jugement, à cet égard, se formera d'après la bénignité du début, la marche franche de la fièvre inflammatoire , le retard de l'éruption , enfin l'absence de symptômes graves , tels que les convulsions , par exemple.
Les symptômes de la varicelle sont ceux qui peuvent augmenter l'incertitude du diagnostic ; l'identité d'origine de la
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varicelle et de la varioloïde leur donne à peu près des caractères communs ; les nuances qui les séparent sont à peine marquées; d'ailleurs ces deux affections marchent souvent ensemble et d'une manière épidémique. Quant à la varicelle en particulier, on peut la considérer comme une modification de la variole ; cependant il y a une remarque fort importante à consigner ici : l'inoculation de la matière des boutons de la varicelle ne détermine pas de véritables varioles.
Lorsque l'issue de la variole doit être heureuse, la marche régulière de l'éruption, la bénignité des symptômes et l'absence de toutes complications , donnent le moyen de juger la maladie avec facilité. Une terminaison funeste s'annonce par l'intensité de la fièvre , surtout par l'aspect des pustules, qui peuvent devenir noires , s'affaisser ou disparaître tout à coup. Des symptômes adynamiques ou ataxiques ne laissent aucun doute sur la nature du danger que peuvent encourir les malades.
Le pronostic ne peut s'établir que d'après l'examen de tous les phénomènes qui forment l'ensemble d'une maladie ; au lieu d'énumérer, plus ou moins méthodiquement, les différentes phases de cette maladie, je pense qu'il vaut mieux en présenter le tableau , à l'aide d'observations particulières ; on met ainsi en scène la maladie même : or, l'énoncé d'un fait exerce mieux le jugement que des préceptes quels qu'ils soient.
Observation de variole discrète.
Un ouvrier mécanicien , âgé de 24 ans , fut pris , au mois de février, de douleur très vives dans les lombes ; ce malade , d'un tempérament lymphatique , avait été vacciné à l'âge de deux ans ; les cicatrices , très apparentes sur chaque bras, ne laissent aucun doute sur le succès de l'opération.
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La douleur des lombes s'accompagna d'insomnie; une céphalalgie intense mit le malade hors d'état de travailler; cependant il put sortir et aller voir un de ses amis atteint de variole depuis six jours. De retour chez lui, notre malade prend une boisson excitante, composée d'eau chaude et d'eaude-vie ; ce remède empirique allume une fièvre assez forte , et dans la nuit l'agitation est extrême.
Le troisième jour, à partir des premières douleurs lombaires , quelques taches rouges apparaissent sur la peau, qui est chaude et moite : c'est au visage seulement qu'on peut observer ces taches; mais le quatrième jour l'éruption s'étend aux bras , au tronc et aux cuisses ; la fièvre persiste ; il y a constipation.
Le cinquième jour, rémission des symptômes fébriles ; le sixième jour, la céphalalgie et la fréquence du pouls ont reparu ; sauf la largeur des taches, l'éruption n'a pas augmenté ; le septième jour, état stationnaire ; le huitième jour, il y a saillie des pustules qui s'élèvent au dessus du niveau de la peau , sous la forme d'un point diaphane ; le neuvième jour, aucun changement ; le dixième jour, les pustules ont blanchi à leur sommet et leur base est circonscrite par une aréole inflammatoire : la céphalalgie n'a pas cessé ; le onzième jour, la face est légèrement tuméfiée ; la couleur des pustules est d'un blanc jaunâtre. Il y a encore de la céphalalgie , et l'on peut en outre reconnaître une accélération notable dans le pouls ; le douzième jour, les pustules se vident et se dessèchent ; la dessication a lieu le quatorzième jour. Au dix-huitième jour, on reconnaît l'empreinte des boutons varioleùx ; la desquammation de la peau s'effectue les jours suivans.
Le traitement a été d'une grande simplicité : la diète, imposée les premiers jours seulement, et une tisane légèrement acidulée et gommée , ont suffi pour favoriser le dénouement de cette maladie.
Cette observation résume toutes les choses recherchées
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ordinairement par les investigations du médecin qui veut juger une maladie. J'ai choisi à dessein une variole survenue malgré la vaccine ; lorsque je traiterai ce dernier sujet , on verra à quelle importante question se rattache l'observation que je viens de citer.
Afin de compléter les idées du lecteur sur les variétés de la variole , je vais rapporter l'observation d'une variole confluente.
Un ouvrier charpentier éprouva tout à coup , sans causes connues , des douleurs dans la région lombaire ; c'était au 8 mars que le malade accusa un semblable état , auquel se joignirent des nausées , des vomissemens et une fièvre assez développée. Il y avait de la céphalalgie , et ce dernier symptôme étant plus incommode que tous les autres , le malade suspendit son travail le 9. A cette époque , il y a douleur pongitive à la région précordiale ; la peau est brûlante , le pouls dur et large; le 10, une sorte d'amendement s'opère, les symptômes perdent de leur intensité ; le 11 , le malade se rend au milieu d'une nombreuse réunion ; là , il éprouve une grande chaleur, suivie de sueur.
C'est en rentrant chez lui qu'il aperçoit que le visage est couvert de taches rouges ; le 12, le malade a tenté de se lever, mais le malaise qu'il éprouve ne le lui a pas permis. La céphalalgie et la fièvre semblent avoir acquis un nouveau développement ; il existe d'ailleurs une angine gutturale , et la douleur locale est des plus vives ; cette douleur s'explique parfaitement par la nature des symptômes , car il y a tension et rougeur des tonsilles , et la salivation est abondante.
La langue est rouge à son pourtour et humide ; la face offre un gonflement sensible et les pustules qui la couvrent sont abondantes.
On prescrit la diète ; le malade est mis à l'usage d'une boisson gommée , et un gargarisme adoucissant est prescrit
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pour l'angine ; des pédiluves sinapisés complètent ces premières prescriptions.
Le 15 , insomnie , mais toutefois la céphalalgie et l'angine sont moindres ; les pustules sont nombreuses ; la face devient vultueuse , surtout vers les paupières ; les yeux sont rouges et larmoyans ; la langue reste humide , mais elle est blanche et ses bords sont garnis de pustules. (Mêmes prescriptions.)
Le 16 , il y a amendement sensible dans les symptômes , excepté la céphalalgie qui reste aussi intense ; les pustules du visage prennent un plus grand développement; elles sont contiguës presque sur tous les points ; celles du tronc et des extrémités sont espacées , leur forme est acuminée et leur centre blanchâtre. (On ajoute à la prescription ordinaire, un collyre émollient. )
Le 17,1a céphalalgie est moindre ; des coliques se font sentir et s'expliquent par la constipation , qui date du commencement de la maladie ; dans plusieurs points de la face , les pustules sont réunies en groupes de trois ou quatre ; on en remarque sur la conjonctive, où elles causent une douleur assez intense ; les autres pustules, qui ont acquis une grosseur remarquable , sont entourées d'une aréole d'un rouge vif. ( Même prescription , plus un lavement. )
Le 18 , la tuméfaction de la face a encore augmenté ; la céphalalgie et l'angine ont repris de l'intensité ; la salivation est abondante , le pouls fort accéléré. ( On reprend la première médication : limonade gommeuse , gargarisme adoucissant, lavement, pédiluves.)
Le 19, la salivation augmente encore ; on insiste sur les mêmes moyens médicamenteux.
Le 20, on se rend enfin maître des symptômes les plus graves ; la salivation diminue ainsi que la tuméfaction de la face et des paupières ; mais les yeux sont toujours rouges et douloureux , les pustules sont en pleine suppuration.
Le 21, tous les symptômes diminuent; les plaques formées
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par la réunion des pustules commencent à sécher ; les boutons du corps jaunissent. D'après ce changement favorable , on accorde quelques potages légers au malade.
Le 22 et le 23 la dessication continue, l'appétit se fait vivement sentir. Le 24 , tous les symptômes généraux ont disparu ; les endroits occupés par les plaques les plus étendues , sont restés à nu, et il en résulte une douleur très vive : des onctions faites avec le cérat deviennent nécessaires.
Les jours suivans , le mieux se soutient , les croûtes tombent, on voit un grand nombre de cicatrices profondes. Le 30, la guérison est complète.
Je viens de présenter, dans ces deux observations , la variole , abstraction faite des complications , qu'elle soit discrète ou confluente. Les accidens nombreux qui peuvent changer le caractère de cette maladie, doivent être indiqués séparément. Ainsi la variole se compliquera parfois avec des symptômes adynamiques ou ataxiques ; elle pourra encore survenir chez une femme enceinte. La rougeole, la scarlatine, l'érysipèle, sont des affections qu'on voit fréquemment coïncider avec la variole ; quant aux maladies qui peuvent persister plus ou moins de temps après la guérison de cette.dernière , on ne doit les considérer que comme des accidens. Telles sont les luxations spontanées , les ophthalmies rebelles, l'épiphora, l'éraillement ou le renversement en dehors des bords libres des paupières , les taies de la cornée, le staphylôme, les amauroses, la cécité, les fistules lacrymales , la surdité , enfin les cicatrices difformes qui détruisent la régularité de la face et lui impriment souvent une laideur repoussante.
Traitement. — Le traitement de la variole se divise en préservatif et en curatif. La vaccine est un moyen préservatif, confirmé par une irrécusable expérience; je ne dirai rien ici sur ce sujet , puisqu'un des chapitres de cet ouvrage
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doit lui être consacré; je vais exposer sur le champ quels sont les moyens curatifs qui forment l'ensemble du traitement de la variole ; ce traitement ne peut guère s'entendre que des médications applicables à la variole confluente. S'il n'est question que de la variole discrète , et que rien ne doive lui faire perdre cette acception , la médecine expectante est uniquement mise en usage : lorsqu'une maladie se trouve réduite au plus grand état de simplicité possible , le traitement est à peu près nul , et le médecin n'est plus que le spectateur vigilant des seuls efforts de la nature.
Afin de donner à la description du traitement de la variole toute la lucidité convenable, je diviserai le traitement d'après les différentes phases de la maladie.
Invasion. — Les phénomènes de l'inflammation sont les premiers qui apparaissent au début de la variole confluente. Leur intensité varie sans doute, selon les formes diverses que revêt la maladie , mais ils se montrent si constamment, que les premiers médecins qui ont écrit sur la variole , employaient tous un traitement anti-phlogistique; la saignée et les boissons délayantes furent donc habituellement prescrites.
Cependant Paracelse et son école méconnurent ces indications de traitement anti-phlogistique , malgré qu'au début de la variole tous les symptômes accusassent si visiblement l'inflammation. C'est à dater de cette époque que les maladies aiguës , surtout celles appelées éruptives , furent traitées parles diaphorétiques irritans; cette médication était fondée sur une idée systématique, qui supposait dans les maladies un principe vénéneux qu'il fallait expulser par la peau.
On convient généralement qu'on doit accorder à Sydenham l'honneur d'avoir ramené sur ce point la médecine à des principes d'accord avec l'observation. Boërhaave enseigna que la variole réclamait d'abord les rafraîchissans ; aujourd'hui le
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traitement le plus rationnel de la variole , est encore basé d'après les préceptes de ces deux grands hommes. Mais comme la médecine pratique a fait d'incontestables progrès, il faut se hâter de dire que le traitement anti-phlogistique doit recevoir de nombreuses modifications. Il sera donc subordonné à l'âge , au sexe , au climat, et surtout au degré d'intensité des symptômes inflammatoires. Un des plus graves inconvéniens du traitement anti-phlogistique porté trop loin , est d'amener une dégénérescence de la maladie , qui alors peut tendre vers l'adynamie. En écartant une chance aussi fâcheuse , l'abus des saignées, par exemple, prolonge indéfiniment les convalescences et amène souvent d'incurables affections chroniques.
Je me crois autorisé à penser que les saignées générales doivent être employées seulement dans les cas de pléthore sanguine bien prononcée. On devra d'ailleurs les remplacer par des saignées locales , toutes les fois que les symptômes indiqueront la phlegmasie d'un organe déterminé ; dans le cas contraire , les boissons rafraîchissantes suffiront ; le petit lait, l'eau d'orge gommée, etc., sont ordinairement employés.
S'il survient un état adynamique ou ataxique , il deviendra indispensable de recourir aux toniques , même dans le stade d'invasion. L'emploi des vomitifs a été un point de controverse ; il en est de ce moyen comme de tous les autres, c'est à dire que l'abus seul doit être évité. Voltaire dit, dans sa correspondance, que, pendant le cours de sa variole , on lui administra huit fois l'émétique !
Il est évident que chez les personnes molles , blanches , peu excitables , les vomitifs peuvent être utiles en évacuant un liquide dont la quantité ne séjournera pas impunément dans les intestins , qui peut y contracter des qualités plus ou moins irritantes.
Les convulsions qui surviennent chez les enfans, récla-
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ment l'emploi des caïmans. Les douleurs vives auxquelles les adultes sont souvent sujets i dans la période d'invasion , se traitent à l'aide des mêmes moyens.
Eruption. — La tête , étant dans la variole , la partie vers laquelle le mouvement fluctionnaire s'opère avec le plus de violence , une des principales indications consiste à favoriser l'éruption des pustules et à empêcher qu'elles ne soient trop abondantes. Le ramollissement de la peau, au moyen des bains , favorise le résultat qu'on veut obtenir ; la vapeur d'eau, dont l'action est plus puissante, est souvent nécessaire, surtout chez les adultes , qui ont la peau dure et bien moins perméable.
Suppuration. — Lorsque la fièvre et la chaleur dominent, qu'il y a anxiété remarquable , c'est encore à la saignée qu'il faut recourir. Sydenham, qu'il faut toujours citer en pareil cas , veut que les malades soient tenus hors du lit. Quant à la saignée , elle a converti en varioles discrètes , celles qui menaçaient de devenir confluentes. Van Swiéten,Mead, etc., ont constaté des faits semblables.
Les révulsifs sont ensuite les moyens les plus convenables pour attirer l'éruption vers les parties inférieures. Les boissons délayantes et rafraîchissantes doivent être administrées en même temps. Lorsque la fièvre secondaire est violente, faut-il administrer les narcotiques? Cette question a été débattue par des hommes d'un grand mérite. Il y a des médecins qui ont reconnu la nécessité des narcotiques égale à celte du quina dans les fièvres intermittentes; d'autres ont vu que l'opium, par exemple, exaspérait tous les symptômes de la fièvre secondaire : la différence des climats peut sans doute expliquer ce point de dissidence.
J'ai parlé des accidens graves qui peuvent survenir par la suppression de la salivation. Il est donc d'une haute im-
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portance de chercher à entretenir la salivation , dans des limites toutefois convenables. Dans cette intention, on se servira degargarismes acidulés ou autres. S'il y avait suppression duptyalisme, et qu'une autre évacuation ne vînt pas le remplacer, on appliquerait des vésicatoires aux jambes et à la nuque. Sydenham, qui se servait de ce moyen, avait remarqué que la salivation diminuait ou se supprimait vers le onzième jour. On a vu en effet qu'à cette époque la fièvre reprend souvent son intensité première, et tend à ramener l'irritation de la périphérie du corps à l'intérieur.
Les purgatifs conviennent lorsqu'on a à redouter une métastase funeste ; que, par exemple, la tuméfaction des extrémités supérieures et inférieures ne viendrait pas remplacer celle de la face qui aurait disparu tout à coup , ainsi que le ptyalisme. Les médecins qui ont employé les purgatifs systématiquement, ont eu, en agissant ainsi, l'intention d'imiter la nature , qui termine quelquefois une maladie par une évacuation critique.
Quoi qu'il en soit , en reconnaissant que les purgatifs peuvent être employés heureusement dans certaines circonstances , il faut s'expliquer à ce sujet. C'est seulement dans la classe des minoratifs qu'il convient, de choisir les évacuans; car il est important de ne pas augmenter l'érétisme et la fièvre. C'est dans cette période de la variole que les lavemens secondent parfaitement l'effet des purgatifs doux.
La diarrhée doit être respectée, surtout chez les enfans. Hoffman disait à ce sujet : « C'est un moyen salutaire qui purge merveilleusement les humeurs excrémentitielles et malignes. La diarrhée ne doit être combattue que lorsqu'elle amène la prostration des forces. Les filles de Louis XV, atteintes de la variole , furent débarrassées d'une diarrhée opiniâtre en buvant une infusion de persil. Lassone , qui rapporte ce fait, attribue à cette médication la guérison survenue peu de temps après.
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Une indication qui doit absorber toute l'attention du médecin , pendant la période de suppuration , c'est de prévenir la putréfaction. On donne d'abord les acides dans des proportions convenables, et si leur effet ne paraît pas atteindre le but proposé, on emploie les cordiaux. Ainsi , après les boissons acidulées avec l'acide sulfurique, etc., on administrera le quinquina, l'acétate d'ammoniaque, etc. On ne négligera pas les soins hygiéniques , tels que le renouvellement de l'air , le changement de linge, etc., surtout dans le temps de la maturité des pustules.
Les alimens que l'on peut accorder , pendant les trois périodes que je viens de désigner, doivent être fort légers. En admettant qu'il faille fournir quelque chose à l'alimentation, et que la diète absolue ne puisse pas être prolongée , comme chez les enfans , par exemple , alors on permettra des crèmes de riz , de gruau , des fruits cuits , surtout ceux qui sont aigrelets et fondans.
Dessication. — Pendant cette période , on recommandera les bains , les fomentations , les onctions avec certains corps gras, tels que l'huile d'amandes douces, la pommade de concombres , etc. On favorise ainsi la chute des croûtes, et, ce qui est fort important , on empêche que le pus , alors sans issue , ne creuse des enfoncemens plus ou moins profonds.
Après avoir indiqué le traitement de la variole dans ses différentes phases , je ne puis passer sous silence l'emploi de la cautérisation.
M. Bretonneau de Tours est le premier qui ait eu l'idée de cautériser les pustules de la variole naissante ; mais comme le lecteur pourrait supposer qu'il s'agit ici d'un procédé purement local , les développemens suivans sont indispensables.
Presqu'à toutes les époques , les médecins ont fait résider le danger de la variole dans la rapidité de l'éruption.
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Cette quantité , souvent considérable , de pustules se portant aux parties supérieures , paraissait un des plus formidables accidens que l'on eût à combattre. On conçut donc Fidée de ralentir la période de l'éruption. Cela posé, le génie des médecins s'exerça sur le choix des moyens à employer. Rhasis prescrivait les bains froids ; Sydenham, ainsi que je l'ai dit plus haut, voulait que les malades se tinssent hors de leur lit , exposés à un air frais. Tissot , Lacondamine et autres , proposèrent des moyens analogues ; mais quels que fussent les divers procédés mis en usage , ils reposaient tous sur la même idée théorique : on cherchait à paralyser f éruption , à la faire avorter.
M. Ejretonneau de Tours , et depuis M. Serres , médecin delà Pitié, pratiquèrent la cautérisation des pustules, à l'aide du nitrate d'argent. Le mode opératoire varia selon les vues particulières du médecin. Le nitrate d'argent fut donc employé en dissolution , à la dose de trente ou quarante grains dans une once d'eau; ou on s'en servit à l'état solide , après Favoir préalablement taillé en crayon. Dans le premier cas , on se sert d'un pinceau de charpie pour toucher les surfaces qu'on veut cautériser ; dans le second , on ouvre chaque pustule avec la pointe d'une lancette, et on y introduit le nitrate d'argent solide, taillé en crayon.
Ce procédé a eu des succès , mais il a produit également d'assez graves accidens inflammatoires. De nombreux essais doivent être encore tentés à ce sujet , avec toutes les modifications que réclame une sage expérimentation ; en médecine les faits seuls peuvent conduire à la vérité : ce que ne feront jamais les plus brillantes théories.
Réflexions. — La variole est une affection trop grave dans ses résultats , pour qu'une sorte d'analyse physiologique des principaux symptômes qui la caractérisent , ne présente pas un haut intérêt.
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On a considéré les premiers phénomènes de la variole , comme une sorte de crise tendant à expulser le virus varielique. En effet, nous avons vu que la variole existe déjà sous les tissus, avant que Féruption la produise à la superficie de la peau. Les pustules ne seraient donc qu'une suite de petits abcès , destinés à servir d'émonctoires pour la matière morbide, si on veut me passer cette expression. Cela posét
est évident que la variole est confluente , si l'irritation va au delà des limites que la nature lui avait imposées.
La fièvre d'invasion a ici un caractère spécial, et elle doit certainement être rapportée à un sang empoisonné. J'ai déjà exprimé, dans le cours de cet ouvrage , quelle était ma foi scientifique sur l'altération des humeurs , considérée selon les diverses maladies. Je ne puis faire une application plus directe de mes principes. La fièvre d'invasion de la variole est .donc le produit du sang modifié par l'action d'un virus ; on sait que ce mot représente un agent morbifique inconnu, et que nous ne le connaissons que par ses effets. Lorsque la variole donne lieu à cet état d'adynamie, que les anciens appelaient putriditê, est-ce qu'il répugne à la raison de voir là un des effets délétères du virus porté au plus haut degré d'intensité.
Les convulsions, chez les enfans, sont-elles un signe de gravité pour l'issue de la maladie, ou annoncent-elles au contraire un dénouement favorable ? Ces deux opinions ont été adoptées par deshommes également célèbres. Sydenham, Stoll et Bordeu, regardaient les convulsions comme un présage heureux. Cependant Stoll avait remarqué que l'irritation sympathique de l'encéphale persiste quelquefois et devient la maladie principale, même après que l'éruption est accomplie. On peut se rendre compte du phénomène qui produit les convulsions , en se rappelant que les pustules ont leur siège sur le corps réticulaire ou muqueux ; que là aboutissent les nerfs cérébraux. Il est facile de concevoir alors
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comment les extrémités nerveuses se trouvent excitées par un travail inflammatoire, tel que celui de la variole ; la réaction vers le cerveau , surtout chez les enfans , est souvent un résultat inévitable.
Dans les traitemens basés sur une saine physiologie, le praticien ne fait autre chose que de rallier à une même cause des symptômes souvent fort opposés ; c'est ainsi qu'il ne faut pas s'attacher exclusivement à combattre tel ou tel symptôme , ou on commettrait alors d'étranges erreurs. Je développerai cette remarque importante par un exemple frappant.
La constipation et la diarrhée sont assurément deux phénomènes absolument différens ; cependant ils tendent au même résultat, et doivent être bien compris relativement à leurs effets. La constipation n'est pas dans la variole, comme dans les maladies du canal intestinal, due à l'irritation; mais dépend au contraire d'une atonie réelle; il semble que la nature réserve ainsi l'énergie que lui demandait le travail de la digestion , afin de reporter toutes ses forces vers la peau.
Quant à la diarrhée , elle paraît dans les varioles confluentes remplacer le ptyalisme observé chez les adultes. Cette diarrhée doit être respectée , à moins que l'irritation de la muqueuse intestinale ne présente des indications 'particulières. Si on cherche en quoi la diarrhée peut être utile dans le cas dont je parle ici, on répondra à la question faite à ce sujet, que la matière variolique ne pouvant être entièrement expulsée par les pustules , se porte sur les intestins, afin de trouver une complète issue.
Afin d'achever cette revue rapide des principaux phénomènes de la variole , je terminerai les explications physiologiques qui s'y rattachent en disant quelques mots sur la fièvre secondaire , l'enflure et la salivation. Ces phénomènes sont un véritable produit de la suppuration. Lorsque l'en-
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flammation nécessaire à la formation du pus , s'est développée sur la peau , une portion de ce pus est résorbée ; or, la circulation se trouve chargée d'un principe étranger qui se mêle aux humeurs. Halle prétendait que la fièvre secondaire et l'enflure concouraient à une seconde dépuration; il la regardait comme aussi essentielle que celle qui s'opère au moyen de l'éruption.
En suivant les voies d'analyse dont je viens de donner un simple aperçu, j'ai cherché à démontrer cette proposition: dans toutes les maladies , celui qui guérit le mieux est aussi celui qui a la meilleure manière de philosopher sur tous les phénomènes pathologiques. Pour les affections de la peau, on doit faire l'application de ce principe selon la plus rigoureuse exactitude.