VACCINE
Le mot vaccine est dérivé du latin vacca , et désigne une maladie propre à la vache ; le virus vaccin a été recueilli primitivement au pis de l'animal ; c'est en 1775 que ce virus fut découvert en Europe ; on reconnaît généralement que Jenner, médecin anglais , doit avoir l'honneur de cette découverte ; cependant la France pourrait revendiquer une partie de la gloire justement acquise à Jenner ; il est constant que c'est Rabant Pommier, ministre protestant à Montpellier, qui a le premier découvert le vaccin; il communiqua à M. Pew, docteur anglais , une observation qu'il devait, il est vrai, au hasard. M. Pew, de retour en Angleterre, en parla à Jenner; ce dernier a le mérite incontestable d'avoir, le premier, démontré la constante efficacité du virus vaccin.
Rabant Pommier avait remarqué , dans quelques laiteries de Montpellier, ce que plus tard on constata en Angleterre
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par les observations les plus décisives. On vit que les individus , chargés de traire les vaches atteintes du cowpox, ne contractaient pas la variole , même au milieu d'une épidémie variolique; l'idée d'inoculer le virus vaccin fut la conséquence des observations précédentes : on sut d'abord que le vaccin, recueilli au pis de l'animal , entraînait des accidens assez fréquens, et non toujours exempts de gravité ; il fut en même temps démontré que le vaccin , provenant de l'homme , était doué d'une vertu préservative constante , sans avoir aucun des inconvéniens de la vaccine primitive , c'est à dire celle qui résulte de l'inoculation pratiquée avec le cowpox même.
La vaccine est donc une éruption pustuleuse , appartenant à l'ordre des exanthèmes contagieux ; ses caractères sont les suivans : pustules larges, de couleur argentée, renfermant un liquide visqueux et transparent. Ces pustules , déprimées à leur centre comme celles de la variole, sont entourées d'une aréole inflammatoire généralement étendue et souvent accompagnée de gonflement du tissu cellulaire sous-jacent.
Il y a cette différence entre la vaccine et la variole inoculée : les boutons de la première se développent seulement dans les endroits où le virus a été déposé ; tandis que, dans la seconde , l'inoculation produit , sur toute la surface du corps , un nombre indéterminé de boutons. La vaccine n'est pas également, comme la variole, contagieuse par de simples émanations , ni même par le contact.
L'âge le plus favorable pour vacciner, a provoqué plusieurs questions d'un intérêt pratique assez grand. Sans reproduire les discussions élevées à ce sujet, je dirai seulement que c'est dans la première enfance qu'il faut en général vacciner. La première de toutes les raisons à donner en faveur de cette époque , est palpable; en vaccinant de bonne heure, on soustrait, dès ce moment, les individus aux dangers de la contagion variolique.
Il est rare que quelques circonstances puissent contr'indi-
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quer la vaccine. De nombreuses observations démontrent que le travail de la dentition , la grossesse , ne sont pas des obstacles à cette opération; on concevra, toutefois, qu'une maladie aiguë s'oppose nécessairement à la vaccination ; quant à l'âge , on peut vacciner dans les premiers trois mois ; M. Husson a vacciné ses deux enfans , l'un quatre heures après sa naissance , l'autre douze heures après : il n'est survenu aucun accident.
L'influence des saisons produit sur la vaccine des effets qui peuvent seulement ralentir ou accélérer sa marche ; mais non changer ou altérer ses propriétés intimes. Il y a des maladies qui reçoivent de la vaccine des modifications avantageuses ou nuisibles ; certaines névroses, les maladies chroniques en général , ont offert des exemples de ce genre.
Malgré que la vertu préservative de la vaccine soit aujourd'hui hors de toute discussion possible , il existe encore à cet égard des préjugés nuisibles à sa propagation; en France, en Allemagne, et dans beaucoup d'autres pays, on a employé le pouvoir de la loi pour détruire , sans retour, des croyances erronées et essentiellement nuisibles au bonheur des masses.
Les accidens, survenus à la suite de la vaccine, ont surtout servi à accréditer toutes les raisons absurdes, tant de fois répétées , contre une des plus belles découvertes. Les maladies , survenues à la suite de la vaccine , ne sont autre chose, pour l'observateur judicieux , qu'une coïncidence entre ces maladies à l'état latent et l'époque de la vaccination. Un individu , déjà prédisposé à une maladie, peut devoir au stimulus que la vaccine imprime à l'économie , le développement d'une affection qui, dans tous les cas , se serait inévitablement montrée plus tard.
Maintenant je dois m'occuper des varioles qui se sont montrées sur des personnes vaccinées. Ces faits sont rares sans doute ; mais ils n'ont pas peu contribué à entretenir les répugnances aveugles dont je viens de parler ; lorsque la
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vaccine n'a pas été préservative , il y a lieu de penser que l'absorption n'a pu s'opérer dans des conditions déterminées à cet effet ; nous ignorons pourquoi ce qu'on appelle fausse vaccine, possède quelquefois la vertu préservative, tandis que la vaccine légitime reste sans résultat ; les explications données pour expliquer ces phénomènes , sont en général plus ingénieuses que satisfaisantes. Doit-il y avoir une sorte de saturation dans l'économie après l'absorption du virus vaccin? Les divers degrés de cette absorption sont-ils déterminés par des lois inconnues, mais qui expliqueraient, dans certains cas, la nullité ou le succès de la vaccine? Ainsi qu'on l'a dit encore , l'inoculation vaccinale a-t-elle deux effets distincts : le premier local et le second gênerai*! Toutes ces questions, et beaucoup d'autres semblables, m'entraîneraient sur un terrain où je ne puis me placer à cause des bornes que je me suis imposées dans cet ouvrage.
Je ferai toutefois une remarque essentielle afin de répondre aux exigences de ce sujet. Il paraît probable que la fièvre , qui provoque le mouvement d'absorption après l'inoculation du virus vaccin , doit être l'agent immédiat de cette absorption complète ou incomplète. Dans le premier cas , la vaccine est entièrement préservative ; dans le second cas, ou elle échoue tout à fait , ou bien elle ne s'oppose pas au développement de la variole qui se montre alors constamment modifiée. La vaccine agit certainement à la manière des antidotes qui paralysent l'action d'un venin , mais à des doses voulues et selon des conditions propres à garantir leur effet.
Quoi qu'il en soit de ces réflexions , la vaccine n'est pas un modificateur identique , dans tous les cas où on l'emploie. Les varioles qui surviennent après une vaccination constatée, ne se comportent jamais comme celles qui sont dues à l'infection épidémique ; on les voit constamment être plus bénignes et ramenées à l'état de varioles discrètes. Les détails dans lesquels je viens d'entrer me paraissent de nature
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à bien établir l'opinion du lecteur sur l'action préservative ou non préservative de la vaccine ; j'arrive actuellement à la partie purement médicale de ce sujet.
Il y a plusieurs procédés opératoires pour vacciner; on a essayé l'inoculation par la méthode qui a reçu le nom d' endermique , c'est à dire qu'on a déposé le virus vaccin sur le derme dénudé par un vésicatoire ; on s'est servi ensuite de l'incision , en plaçant entre les lèvres d'une petite plaie , des fils imprégnés de vaccin ; enfin on a simplifié l'opération par un moyen aussi simple que fidèle , et aujourd'hui on vaccine seulement à l'aide de piqûres faites avec une aiguille ou la pointe d'une lancette.
Je ne passerai cependant pas sous silence la méthode dite par scarifications ; elle a été tour à tour reprise et abandonnée ; mais il ne peut être ici question que de la France. La vaccination, au moyen des scarifications, est encore en usage dans certaines parties de l'Allemagne, en Suisse surtout, en Sardaigne, et enfin dans le Piémont. Cette petite opération se pratique ainsi :
On embrasse avec la main gauche le bras sur lequel on veut agir, absolument de la même manière que pour la vaccination ordinaire; l'opérateur, armé d'une lancette, la tient comme une plume à écrire ; alors il trace , en effleurant légèrement la peau, de petites lignes parallèles et très rapprochées les unes des autres; cette manœuvre terminée, il trace de nouvelles lignes qui se croisent sur les premières ; c'est ainsi que les dessinateurs font ce qu'ils appellent des hachures ; on ne peut trouver une comparaison plus exacte pour indiquer le mode opératoire dont il s'agit ici.
La vaccination, faite à l'aide des scarifications, exige beaucoup de légèreté de la main ; la lancette doit seulement êrailler la peau, ne jamais amener de sang, et ne produire qu'une simple rougeur lorsque le travail des hachures est terminé. Les avantages de cette méthode consistent dans
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l'absence de toute espèce de douleur. En employant les piqûres, la plupart des enfans deviennent indociles, après avoir senti la première atteinte de la lancette ; avec les scarifications on est maître de leurs mouvemens jusqu'à la fin de l'opération. A mesure que chaque scarification est terminée, on essuie la lancette chargée de vaccin sur les surfaces scarifiées : c'est ainsi que l'on termine ce mode opératoire.
Les vaccinations , telles qu'on les pratique maintenant, se font par des piqûres. La lancette est l'instrument exclusivement réservé pour ce genre d'inoculation ; le vaccin , suffisamment délayé dans un peu d'eau , est introduit sous l'épi— derme à l'aide d'une piqûre faite obliquement ; la lancette , retirée du tissu où elle a pénétré , s'essuie naturellement sur la surface qu'elle touche. L'absorption se trouve ainsi favorisée par le nombre des points de contact entre le derme et le virus vaccin.
Du moment où la vaccination est effectuée , l'absorption commence ; les phénomènes qui en sont le résultat constituent les symptômes de la vaccine. Je vais les décrire dans l'ordre où ils apparaissent, afin que les idées du lecteur soient complètes à ce sujet : les descriptions de détail sont souvent un abus de la méthode et obscurcissent une matière au lieu de l'éclairer; il y a cependant certains cas où les détails sont indispensables à l'intelligence, qui s'y attache comme au guide le plus fidèle.
La vésicule , qui est le produit de la vaccine, offre les phases suivantes , depuis son apparition à la surface de la peau jusqu'à son entière disparition :
Du troisième au quatrième jour de la vaccination , induration, c'est à dire dureté circonscrite à l'endroit des piqûres et bientôt surmontée d'une petite saillie d'un rouge clair; le sixième jour, la petite saillie affecte déjà la forme d'une vésicule déprimée à son centre ; du sixième au huitième jour la couleur change progressivement ainsi que sa grosseur. C'est
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encore à partir du sixième jour que la base des pustules s'entoure d'une aréole inflammatoire; la teinte de cette aréole est d'un rose pâle au début et d'un rouge foncé vers le huitième jour. A cette époque les pustules ont acquis leur entier développement, leur forme est ronde ou ovalaire ; elles sont ombiliquées au centre et distendues par une matière limpide et visqueuse qui leur donne un aspect argenté. La dépression centrale donne nécessairement lieu à un bourrelet circulaire qui perd de sa proéminence à mesure qu'on avance vers le dixième jour.
C'est au huitième ou au neuvième jour que l'on doit recueillir le vaccin , comme étant arrivé à l'époque de sa complète maturité ; on est assuré alors qu'il possède au plus haut degré des propriétés contagieuses. ( Voir les figures 3 et 4, planche 1.)
Les phénomènes , propres à l'éruption , ne s'accomplissent pas sans que l'économie n'éprouve un trouble général plus ou moins sensible. C'est encore du huitième au neuvième jour que l'organisme semble prendre part à un travail pour lequel on l'avait vu jusque là absolument insensible.
Alors on voit survenir une fièvre plus ou moins forte , un sentiment de lassitude, des bâillemens, des pandiculations, les changemens de couleurs de la face, quelquefois l'engorgement des ganglions voisins : telle est la marche de la vaccine lorsqu'elle est exempte de complication , et qu'elle réunit toutes les conditions nécessaires pour posséder la vertu piéservative.
Après le huitième jour, les pustules éprouvent des changemens , et leur décroissement s'opère avec la gradation qui a présidé à leur développement. D'abord les vésicules diminuent de volume, étant moins distendues par le liquide qui s'épaissit et tend à se dessécher. Ce premier changement est précédé de la diminution de l'aréole qui pâlit et va bientôt disparaître , ainsi que la tuméfaction qui l'accompagnait.
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Les vésicules enfin se dessèchent à partir de leur centre qui devient noirâtre , et donne naissance à une croûte qui se détache du vingtième au vingt-cinquième jour de la vaccination. Lorsque la chute de la croûte a lieu , on remarque une rougeur de la peau qui doit s'effacer. Il y a , au centre de la place occupée parla pustule, des enfoncemens qui représentent le nombre de cellules existant à l'intérieur de la vésicule ; ces enfoncemens n'empêchent pas que, plus tard, le niveau de la peau ne se rétablisse ; mais il s'est formé là une indélébile cicatrice.
Espèces et variétés. — On n'admet que deux espèces de vaccine : la vaccine normale et la vaccine anormale ou fausse vaccine. Cette dernière parcourt toutes ses périodes en cinq jours ; on reconnaît la pustule qui lui est propre à l'élévation de son centre au dessus de la circonférence ; au cinquième jour, une croûte est déjà formée et tombée : aucune cicatrice ne subsiste après sa chute.
La fausse vaccine ne se comporte pas toujours de la même manière : des auteurs ont admis plusieurs fausses vaccines ; mais ces distinctions sont peu importantes, et je n'entrerai dans aucun détail à ce sujet ; je dirai toutefois que les causes de ce genre d'éruption s'expliquent différemment : l'inoculation du virus puisé dans une fausse vésicule , ou dans une véritable vésicule , à une époque tardive ; l'action du virus sur des personnes déjà vaccinées ou ayant eu la variole; les complications avec une autre maladie exanthémateuse : telles sont les circonstances qui favorisent le développement de la fausse vaccine. Je reviendrai sur ce sujet dans les considérations générales qui termineront ce chapitre.
Le diagnostic de la vaccine est facile à établir. Les éruptions qui peuvent présenter une sorte de similitude avec les pustules vaccinales en diffèrent cependant essentiellement ; la fausse vaccine ne pourra occasionner aucune méprise;
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quant à la variole , elle présenterait des rapprochemens plus marqués , si elle était purement locale.
Le pronostic offre d'importantes questions à traiter; celle qui domine les autres se rapporte aux revaccinations. Hors les exceptions dont je vais parler, la vaccine n'est qu'une affection très simple qui ne compromet jamais la vie des malades et influe à peine sur la santé ordinaire.
On comprendra facilement que le traitement de la vaccine est à peu près nul : ce qui vient d'être dit précédemment l'indique suffisamment; cependant une inflammation vive du bras peut quelquefois exiger une diète légère et l'usage de boissons rafraîchissantes. Quant aux complications , elles réclament nécessairement le traitement qui appartient à la maladie qui s'est développée concurremment avec la vaccine.
Je vais maintenant m'occuper particulièrement de quelques points spéciaux appartenant à l'histoire de la vaccine. Ces sujets, traités ainsi séparément, n'offriront aucune difficulté à l'intelligence du lecteur, tandis qu'ils eussent peutêtre compliqué péniblement la description de la maladie. Ce que l'on va connaître , d'ailleurs , ne sera que le développement des choses qui précèdent , et sur lesquelles des idées exactes sont définitivement acquise.
On a vu à quel âge il convient de pratiquer la vaccine; j'ai cité l'exemple de M. Husson , qui a vacciné ses enfans quelques jours après la naissance. Il y a ici une remarque essentielle à faire : la variole est aussi rare avant l'âge de six mois qu'elle est commune de six mois à un an , deux , trois , quatre ou cinq ans; la conséquence de ce fait est que les six premiers mois de la vie sont le temps le plus favorable pour pratiquer la vaccination.
On ne doit redouter, dans aucun cas, les maladies qui pourraient survenir après la vaccine ; cette inoculation a toujours été supportée impunément, même dans l'âge le plus tendre. Il est important d'insister sur ces faits , afin d'aller au devant
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de toutes les allégations, tant de fois reproduites sur les nombreux inconvéniens de la vaccine. Il n'y a pas, ainsi que beaucoup de personnes le croient encore , une sorte de prescription pour la vaccine ; des octogénaires sont morts de la variole , et on a vacciné , avec succès , des adultes de tout âge.
Lorsqu'on a échoué en pratiquant la vaccine , ou que des accidens sont survenus après cette opération , l'explication de ces faits est des plus simples.
L'absorption du virus vaccin peut manquer d'avoir lieu par l'omission des règles de l'art. Il est évident que beaucoup d'individus ont été vaccinés dans le moment le plus inopportun pour le succès de l'opération ; quant aux accidens , j'ai dit que la prévision du médecin ne peut aller au delà du possible ; les coïncidences de maladies ne démontrent nullement qu'il y ait aucune relation entre ces maladies : le hasard seul préside à leur développement simultané.
Une des opinions les plus répandues, c'est que la vertu préservatrice de la vaccine est en raison du nombre des piqûres. D'après cette croyance , un seul bouton est généralement regardé, dans le monde, comme équivalant à une vaccination à peu près nulle : cette erreur doit être combattue ainsi que tant d'autres. Jenner vaccinait par une seule piqûre : l'absorption est identique dans ses effets. Le virus vaccin, introduit dans l'économie à l'aide de plusieurs piqûres ou d'une seule, ne reconnaît pas pour modificateur le nombre même de ces piqûres. On a tenté de paralyser l'absorption en lavant les piqûres avec une dissolution alcaline, et le résultat a été nul.
Il y a des bizarreries qui s'observent dans la marche de la vaccine; il est bon de les constater et de les faire connaître , afin de ne pas augmenter le nombre des raisonnemens absurdes auxquels elles ont donné lieu. Il est vrai que les anomalies, dans les maladies, tendent à fausser le jugement du vulgaire, et que , dans ce cas , les explications étant presque toujours
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hors de la portée , les erreurs deviennent plus pardonnables : c'est pour cela que je dirai un mot des irrégularités de la vaccine et des phénomènes bizarres qui peuvent souvent l'accompagner.
La période d'incubation se prolonge quelquefois au delà de son terme ordinaire ; dans ce cas, on a cru que l'absorption n'avait pas eu lieu ; de nouvelles piqûres ayant été pratiquées , des boutons appartenant aux premières se sont développés ainsi tardivement. On voit encore une partie de l'éruption seulement s'effectuer long-temps avant l'autre; on a aussi observé des boutons surnuméraires , c'est à dire développés loin des piqûres.
Enfin la vaccine et la variole ont quelquefois marché de concert ; on a vu naître des pustules de petite vérole à côté de pustules vaccinales. Dans les anomalies de tous genres que présentent les maladies , l'observation suivante sera un exemple remarquable :
Une jeune personne se fait vacciner, et l'opération échoue; quelques jours après la variole se manifeste dans la maison; la vaccine est alors pratiquée de nouveau; mais le soir même de l'opération la variole se déclare chez la jeune personne ; cependant la vaccine ne tarde pas à produire des boutons qui suivent leur marche régulière sans que la variole soit interrompue dans sa marche accoutumée. Le vaccin, recueilli sur cette demoiselle , a produit de bonnes vaccinations , et le virus de la variole de cette même demoiselle est resté sans effet après avoir été inoculé sur plusieurs sujets.
J'insisterai particulièrement sur un préjugé dont ne peuvent se défendre les personnes les plus judicieuses. Qui ne sait que la vertu préservative du vaccin est appréciée en raison de la santé des enfans qui le fournissent?
Lorsqu'il s'agit de vacciner, on s'informe, avec une sollicitude toute particulière , d'où provient le vaccin : le meilleur est sans contredit celui qui est recueilli sur le plus bel
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enfant. Quels que soient en effet les raisonnemens plus ou moins probables sur cette matière , ils sont cependant complètement erronés ; il n'y a qu'une seule qualité de vaccin ; la seule condition pour constater la bonté du vaccin consiste dans une vaccine régulière ; les propriétés du virus vaccin sont tellement indépendantes de la santé des sujets sur lesquels ce fluide est recueilli , que l'identité est la même , qu'il provienne d'un scrofuleux , d'un dartreux , etc.
La question la plus intéressante qui se soit élevée dans ces derniers temps , est relative à la dégénérescence du vaccin. Les argumens jugés les plus concluans à ce sujet, sont établis sur des comparaisons seulement spécieuses. Les phénomènes observés par Jenner, sur les symptômes et la marche delà vaccine, offrent aujourd'hui des différences assez essentielles pour indiquer l'altération du virus vaccin. On a répondu à ces objections en démontrant que les différences , dont il est ici question, portaient sur des choses illusoires.
Les varioles survenues après la vaccination n'ont aucun rapport avec la dégénérescence du vaccin. On a vu précédemment que l'explication de ces faits est des plus simples ; on a observé très judicieusement qu'il y a des récidives de la variole. Maintenant, en admettant que ces cas se soient présentés chez des individus vaccinés , la vaccine étant regardée comme équivalant à une variole , dans un semblable exemple , la variole survenue en dernier lieu et la vaccine seraient sans aucune relation entre elles.
Il était logique d'attribuer la dégénérescence du virus vaccin à l'épuisement résultant de ses innombrables transmissions : dès lors la question des revaccinations était à coup sûr du plus haut intérêt.
On s'est récemment beaucoup occupé de ce sujet. Des revaccinations opérées dans l'armée wurtemburgeoise sur un nombre considérable de sujets, sembleraient établir que la durée préservatrice du vaccin ne dépasse par dix-sept ans.
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D'autres expériences, tentées contradictoirement, laissent penser, de la manière la plus fondée , que le virus vaccin est identiquement ce qu'il était à son origine. La solution de cette question n'appartient pas encore à l'époque actuelle.
ECTHYMA.
Le mot ecthyma signifie simplement éruption ; l'expression phlyzacia regardée , comme synonyme , par plusieurs auteurs , indique bien une maladie pustuleuse , mais exprimerait encore la nature de l'éruption. D'après les différentes étymologies que l'on peut consulter à cet égard , ecthyma désigne une éruption qui se fait avec violence -, tandis que phlyzacia signifierait des pustules distendues par de l'eau ou de l'air, à l'instar des bulles.
Toutes ces distinctions tendent sans doute à donner au langage la précision indispensable pour établir les nomenclatures; or, lorsque cette précision est à peu près impossible, il suffit de s'entendre sur l'acception des termes, dont le sens s'éloigne plus ou moins de leur étymologie première.
L! ecthyma sera donc caractérisé par une inflammation superficielle du tissu cutané , non contagieuse et pouvant exister sans apporter un trouble sensible dans les fonctions de l'économie. Cette affection consiste dans des pustules dont le siège est quelquefois unique ; cependant elles peuvent s'élever sur différens points du corps , laissant entre elles des distances variables. Le liquide purulent qu'elles renferment, après avoir disparu , donne naissance à des croûtes brunes ou noirâtres , qui , une fois tombées , laissent de légères cicatrices.
Causes* — On peut les rapporter à l'action des agens
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extérieurs, agissant mécaniquement sur la peau, ou à des impressions morales.
Les corps qui exercent sur la peau une action immédiate , peuvent donner lieu aux pustules de l'ecthyma, tels que les frictions irritantes, le contact de substances métalliques, la malpropreté , les effets du froid et de l'humidité , les morsures de sangsues; d'autres causes matérielles donnent encore naissance à Yecthyma. Cette éruption peut se développer par l'abus des alcooliques , les fatigues , la misère , etc. Vecthyma se montre au milieu d'affections analogues , avec lesquelles il semble avoir une liaison particulière ; c'est ainsi qu'on le voit apparaître secondairement dans la variole , la rougeole , la scarlatine , et surtout dans la gale invétérée. L'ecthyma peut être spontané ou provoqué par un état d'irritation existant dans les viscères : la distinction de l'ecthyma idiopathique et de l'ecthyma symptomatique est donc fondée.
Cette seule division suffit pour une description [complète et exacte de la maladie : Bateman admet quatre variétés de l'ecthyma. Il est évident que les distinctions établies par cet auteur ne sont que des circonstances de la même affection , et qu'il y a une sorte d'abus dans certaines subdivisions systématiques. Je pense qu'il est plus rationnel de ramener, ainsi que je viens de le dire , l'histoire d'une maladie à ce que doit nécessairement comprendre l'idiopathie et la symptomatologie.
Ecthyma idiopathique.
Cette affection est caractérisée par des pustules à base dure, circonscrite par une teinte inflammatoire; or, cette rougeur n'a pas ici la forme d'une aréole comme dans d'autres éruptions : il semble que la pustule ait son siège sur une portion de la peau devenue érysipélateuse , et débordant la base de la pustule. Celle-ci est précédée de points rouges
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enflammés , qui se montrent successivement ou à la fois. Ce sont en quelque sorte les rudimens de la pustule qui , arrivée à son développement complet, renferme un liquide purulent dont le dessèchement arrive au bout de trois ou quatre jour . et forme des croûtes plus ou moins épaisses.
Si les pustules sont remplies d'un liquide plus séreux que purulent, alors elles changent de forme et ressemblent à des bulles. Cette circonstance seule a fait donner à l'ecthyma le nom de phlysacia; c'est ainsi qu'on trouve , dans certains auteurs, |la maladie dont nous parlons désignée sous deux noms différens.
L'éruption des pustules de l'ecthyma est quelquefois accompagnée de douleurs locales aiguës. L'état général des malades offre ordinairement les phénomènes suivans : langueur, anorexie, irrégularité dans les évacuations alvines, douleurs dans l'estomac ou les membres.
Maintenant, en examinant les symptômes de l'ecthyma chez les jeunes gens, les enfans et les adultes , on verra que l'éruption subit quelques modifications. Cependant je crois devoir faire observer que , l'identité de la maladie étant constante dans les cas précédens , il n'y a pas lieu à établir les variétés admises par Bateman. En effet , d'après ce principe , il y aurait une foule de maladies qui compteraient leurs variétés par le nombre de circonstances où on les rencontrerait.
Les pustules de l'ecthyma, qui se développent chez les enfans], sont en apparence les mêmes que celles de l'ecthyma vulgare , dit Bateman ; mais , dans cette éruption , de nouvelles pustules s'élèvent successivement en s' étendant davantage que dans l'ecthyma vulgare. La durée est plus longue que celle de l'espèce précédente ; cette maladie se prolonge quelquefois plusieurs mois
Eh bien ! ces prétendues différences sont à peu près illusoires. Il est évident que le développement des éruptions
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cutanées est subordonné à la constitution, à l'âge, au sexe, au climat , et enfin à l'état actuel du malade ; or , chez les jeunes enfans, une des causes déterminantes de l'ecthyma , c'est le manque de nourriture à l'époque de l'allaitement. Mais si, d'un autre côté, la misère, la malpropreté, le froid humide , etc. , et d'autres causes essentiellement débilitantes, peuvent modifier l'ecthyma, ce qui arrive chez les jeunes enfans rentre dans les généralités applicables à toutes les maladies.
Cependant, afin de ne laisser ici aucun sujet incomplet , j'examinerai rapidement les diverses formes de l'ecthyma d'après la division des auteurs.
Dans l'ecthyma infantile, j'ai déjà dit que l'éruption languit, mais en ce sens qu'elle ne s'effectue pas en une seule fois ; les pustules paraissent sur une surface plus étendue ; les extrémités et le tronc ne sont pas ici le siège exclusif; la face et le cuir chevelu se trouvent envahis ; l'éruption , sous l'influence d'une véritable asthénie , peut se prolonger plusieurs mois.
La fièvre est ordinairement nulle, mais la douleur locale , due à l'irritation des tégumens , devient parfois intense lorsque les pustules s'agrandissent , qu'elles arrivent à un état d'ulcération plus ou moins profonde. Il peut dans ce cas y avoir une petite cicatrice non durable.5*
L'ecthyma luridum offre des pustules dont la base est rude et saillante ; une teinte rouge , plus vive que dans les autres modifications de cette affection , caractérise principalement l'éruption de Yecthyma luridum. Une autre distinction est celle qui se tire de la largeur des pustules et de leur développement lent et successif.
Ces divers phénomènes s'expliquent par la nature même des causes qui les produisent. Ce que les auteurs entendent par ecthyma luridum , est une affection essentiellement dépendante de certains écarts de régime ; c'est d'ailleurs une
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éruption particulière aux personnes âgées débilitées par des travaux excessifs; les boissons alcooliques, prises avec excès, sont encore une des causes connues.
Ce qui démontre le caractère atonique de cette éruption , c'est la nature du liquide que renferment les pustules ; liquide déjà dépravé presqu' aussitôt qu'élaboré , et se présentant sous un aspect sanieux, sanguinolent dès qu'il trouve une issue. Des écailles dures et noires remplacent les pustules desséchées ; si des ulcérations ont eu lieu , on sent, à l'endroit qu'elles occupaient , une induration musculaire qui annonce une certaine profondeur. Les ulcérations dont je parle ne sont qu'une dégénérescence de l'éruption qui , par sa durée , affaiblit les tissus et y entretient un état inflammatoire chronique.
Les écailles qui recouvrent les pustules semblent enfoncées dans la peau , par la raison que les pustules tendent à l'ulcérer. En effet, lorsqu'on arrache ces écailles , il en résulte souvent de petits ulcères à bords calleux et fournissant une matière sanieuse.
Vecthyma vulgare , Yecthyma infantile et Yecthyma luridum, considérés comme des phases de la même affection, sont idiopathiques selon la division naturelle qu'on doit adopter. J'examinerai bientôt si le nom de maladie idiopathique convient réellement à l'ecthyma et aux variétés qu'on lui a reconnues.
Vecthyma cachecticum est la seule forme qui puisse être regardée comme symptomatique. En effet, Yecthyma cachecticum se montre chez les individus dont la constitution est profondément altérée par les maladies contagieuses.
L'ecthyma cachecticum se montre accompagné de prostration des forces musculaires, de douleurs dans les membres , de céphalalgie et d'un dérangement complet dans les fonctions digestives. Une tristesse profonde et une anxiété vive accablent le moral des malades.
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L'éruption se renouvelle successivement à mesure qu'elle a parcouru toutes les périodes. Les pustules sont bleues à leur base, et la couleur pourprée qui se montre au déclin de l'inflammation, décèle évidemment la nature cachectique de la maladie.
Diagnostic. — Dans les affections éruptives de la peau, le guide le plus Adèle du diagnostic, c'est la connaissance rigoureusement exacte de la forme de l'éruption. Alors les oppositions naissent d'elles-mêmes, aussitôt que l'on rapproche rapidement, par la pensée , les maladies semblables ; les erreurs sont impossibles si cette espèce d'épreuve analytique a été complète.
Cela posé, quelles seraient les maladies qu'on pourrait confondre avec l'ecthyma? Elles sont assez nombreuses d'après le sentiment des auteurs. L'acné, Y impétigo, la mentagre , le porrigo , la variole, le furoncle, la gale , les pustules syphilitiques , offriraient avec l'ecthyma des ressemblances plus ou moins trompeuses.
Je ferai remarquer, avant toutes choses, que l'ecthyma se développant concurremment avec d'autres maladies éruptives , le produit des deux affections offre à l'œil de l'observateur des distinctions forcées qu'il n'est pas possible de méconnaître. Quel que soit ensuite le point de similitude que l'on pense trouver entre des éruptions semblables , on ne peut faillir dans le diagnostic , si le jugement ne s'établit qu'après l'entier développement de ces éruptions. C'est ainsi que les identités présumées entre certaines maladies s'effacent d'elles-mêmes.
Traitement. — Le traitement de l'ecthyma présenterait une grande complication si on devait le rapporter à chacune des variétés admises par les auteurs. Cependant la thérapeutique d'une maladie ne peut changer que d'après des ir-
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dications particulières : ces modifications sont au traitement ce que les cas exceptionnels sont à une affection quelle qu'elle soit ; il est donc fort difficile d'établir une règle sur le traitement des cas particuliers. Ce traitement , selon moi , doit se trouver implicitement compris dans les règles de la thérapeutique spéciale de chaque maladie.
Je vais essayer une application immédiate de cette proposition , en indiquant à la fois le traitement général de l'ecthyma et les modifications qu'il peut subir dans les différentes formes que prend cette éruption.
Les boissons délayantes , les bains , un régime doux , sont les seuls moyens à employer lorsque l'ecthyma suit une marche régulière ; la saignée locale ou générale est motivée lorsque l'inflammation prend une certaine intensité.
Dans Yecthyma vulgare il est bon d'administrer des purgatifs doux au commencement de la maladie. Ce genre d'éruption se montre surtout chez les jeunes gens au commencement du printemps , ou dans l'été ; une révulsion modérée opérée sur le tube intestinal est souvent utile.
Lorsque Yecthyma existe chez les jeunes enfans , la première indication est de changer la nourrice; on a vu, en effet, que le manque d'allaitement est une des causes de Yecthyma infantile ; il faut donc relever les forces détériorées par un exercice modéré et une alimentation convenable : le quinquina et les préparations ferrugineuses ont sur l'économie la plus heureuse influence.
Mais c'est principalement dmsYecthyma cachecticum qu'il est indispensable de recourir aux toniques végétaux et aux succédanées du quinquina ; toutes les plantes qui peuvent favoriser les effets de l'écorce du Pérou doivent faire la base des médications propres à combattre l'état cachectique.
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IMPETIGO.
Il est rare que les noms imposés aux maladies en expriment fidèlement la nature , ou laissent dans la pensée un trait saillant qui les caractérise. Le plus souvent des termes vagues sont employés pour désigner des maladies qui semblent réclamer, pour les peindre, les expressions les plus pittoresques. Les auteurs cependant , esclaves de la tradition , n'osent répudier une foule de mots impropres , et l'on sait que la confusion des mots entraîne nécessairement celle des
idées.
L'impétigo est une affection dartreuse dont la forme élémentaire est pustuleuse ; cette maladie se montre en effet avec les caractères suivans : pustules agglomérées , petites , laissant suinter un liquide séro-purulent qui , en se concrétant rapidement , donne lieu, presqu'instantanément à des croûtes jaunâtres et melliformes ; c'est à cause de l'aspect que présentent ces croûtes, qu'Alibert avait donné à cette dermatose le nom de mélitagre, c'est à dire ressemblant à du miel desséché.
Le mot impétigo, dérivé du latin, exprimerait l'impétuosité avec laquelle une chose se fait ; or, pour la maladie dont il s'agit , le mot impétigo ne peut avoir rapport qu'à la concrétion rapide du liquide épanché des pustules et donnant lieu à ces croûtes de la mëlitagre , comme le disait Alibert. II est inutile de dire qu'ici les mots ne sont d'aucun secours pour remonter à l'origine première des maladies. Le médecin qui voudrait puiser quelques lumières dans les écrits des anciens , serait arrêté par d'insurmontables obstacles. Je citerai volontiers ce que dit M. Gïbert à ce sujet ; je ne puis fournir un exemple plus concluant à l'appui des propositions
INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — IMPÉTIGO. 427
que je viens d'énoncer. Je vais reproduire textuellement le passage que j'emprunte au livre de M. Gibert; voici ce que cet auteur dit de l'impétigo :
« Mercurialis croit que c'est la même espèce de maladie » cutanée qui a été décrite par les Grecs , sous le nom de li- » chen ; par Celse , sous celui de scabies ; et par Avicennes , » sous celui d'impétigo. Lorry s'écarte un peu de cette opiy> nion et fait remarquer d'ailleurs que ce terme est pure- » ment latin et ne peut correspondre qu'au lichen des Grecs : » toutefois il ajoute que Galien lui-même paraît avoir » confondu avec Yimpetigo ( terme des traducteurs ) la men- » tagre décrite par Pline. »
En citant un des dermatographes modernes les plus distingués , j'ai suffisamment démontré ce que l'on doit attendre des mots lorsqu'il s'agit de la classification des maladies de la peau en particulier. Quoi qu'il en soit, il y a certaines affections cutanées dont l'étude a été rendue plus facile à l'aide des diverses dénominations qu'on leur a imposées. C'est une sorte d'analyse naturelle destinée à favoriser le classement des idées. Lorsqu'une affection de la peau revêt des formes variées , le secours des épithètes devient utile , et c'est ainsi que l'impétigo a reçu des noms particuliers appliqués à chacune de ses variétés.
Alibert n'admet que deux espèces : la mélitagre aiguë et la mélitagre chronique. Bateman reconnaît cinq variétés : 1° V impétigo ftgurata; 2° l'impétigo par sa; 3° Vimpetigo erysipelatodes; 4° l'impétigo scubida; 5° T 'impétigo rodens. D'après l'opinion de M. Gibert on pourrait rapporter au genre impétigo \eporrigo larvalis de Willan. Je ferai toutefois remarquer à ce sujet que ces rapprochemens entre des affections jugées de même nature, sont loin d'être exacts. En effet , pour un ou deux rapports à peu près identiques , on trouve sur-le-champ une foule de symptômes opposés : le seul trait de ressemblance qui soit commun entre Yimpetigo et le por-
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rigo iarvalis de Willan, c'est la rapidité avec laquelle le fluide visqueux se concrète en Réchappant des pustules. Dans l'une et dans l'autre affection , les croûtes qui résultent de l'épanchement du pus, offrent quelques ressemblances pour la couleur et la forme ; on verra plus tard que ces ressemblances sont ensuite démenties par des différences assez notables dans l'ensemble des phénomènes propres à chaque maladie; je suivrai la division généralement admise pour l'impétigo, que j'examinerai dans les cinq variétés désignées par Bateman.
L'impétigo figurata. — Au début de la maladie on observe des taches dont la forme est ou circulaire ou ovale , selon le lieu qu'elles occupent; sur les extrémités supérieures, ces taches sont petites et à peu près rondes , tandis qu'aux extrémités inférieures on les voit larges , ovales , sans qu'elles affectent toutefois une configuration régulière.
Les tachés de Yimpetigo figurata ne sont pas dues à une simple coloration de la peau; en les examinant', on voit surle-champ qu'elles ne sont autre chose qu'un assemblage de pustules extrêmement rapprochées. La rougeur inflammatoire qui sert de limites à ces taches ; reconnaît pour cause la présence de plaques même.
Ces groupes de pustules qui paraissent se confondre dans leur étroit rapprochement , se rompent au bout de quelques jours ; le fluide qu'elles contiennent s'épanche , et ce symptôme constitue la dartre humide , dont Yimpetigo figurata n'est qu'une variété selon Willan.
Un liquide ichoreux suinte en abondance par les pores nombreux, qui font des surfaces malades un véritable crible. Des croûtes jaunes ou verdâtres se forment rapidement ; la dessication s'opère en trois ou quatre semaines ; l'épiderme éprouve une altération tellement sensible tant qu'il est recouvert par les croûtes, qu'à la chute de celles-ci on le retrouve dans l'état suivant : il est phlogosé , comme hy-
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pertrophié , très friable , ce qui le dispose nécessairement à s'excorier; c'est ainsi que la maladie se prolonge, parce qu'il survient une nouvelle exsudation de matière et ensuite de nouvelles croûtes.
La guérison de Yimpetigo est tellement soumise aune foule d'anomalies , qu'il est difficile de déterminer la marche que suit la nature en pareil cas. On ne peut guère comparer l'impétigo qu'à la gale et à l'eczéma, pour la variété des phénomènes qui caractérisent ces trois maladies.
Impétigos par sa. — Il est arrivé, pour cette variété de l'impétigo, une chose dont les exemples sont très communs dans les affections de la peau. Les formes diverses sous lesquelles se montre cette maladie , l'ont fait classer différemment par plusieurs pathologistes. On l'a confondue avec l'herpès, et le porrigo larvalis , désigné par Alibert sous le nom d'achor muciflus, a été reconnu pour l'impétigo même , lorsqu'il se trouve modifié par l'âge ou par d'autres circonstances particulières.
Quoi qu'il en soit , Yimpetigo sparsa ne diffère des autres variétés que par sa disposition à se montrer sur diverses régions du corps. On le voit encore ordinairement sur les extrémités inférieures , bien qu'il envahisse encore le cou , les épaules , la face , les oreilles , le cuir chevelu. Les pustules ne se montrent pas sous forme de groupes , elles sont au contraire irrégulièrement réparties , ce qui justifie l'épi— thète de sparsa donnée à cette variété.
C'est sous l'influence de certaines saisons que Yimpetigo sparsa se développe chez les individus disposés à ce genre de maladie ; ainsi, dans l'automne, on voit survenir Yimpetigo sparsa chez les enfans particulièrement ; le pli des grandes articulations est le lieu d'élection où on l'observe. L'époque de la première dentition , celle de la seconde , en réveillant l'irritabilité des jeunes sujets, sont une des causes qui tendent à reproduire la maladie ; ce qui le démontre , c'est que , passé la
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puberté , la disposition à contracter V impétigo sparsa cesse ordinairement.
Il ne faut pas oublier que plusieurs maladies de la peau ont reçu des noms particuliers d'après le siège qu'elles affectaient. Lorsque Yimpetigo sparsa survient par l'action immédiate de certains corps étrangers , et que des dartres en sont le résultat, si ces dartres se montrent aux mains et aux doigts, comme chez ceux qui manient le sucre et la chaux , ce sera la gale des épiciers, des maçons, etc. Cependant cette affection étant tantôt pustulente et tantôt vésiculaire , une distinction importante à établir à ce sujet, c'est que l'impétigo, se montrant sous forme vésiculaire, peut se rattachera l'eczéma; dans tous les cas , le nom de gale des épiciers ne doit faire supposer aucune propriété contagieuse , ce qui doit être noté soigneusement pour le diagnostic.
Je rappellerai ici ce que j'ai dit en parlant de la gale. Il est d'une grande importance de faire remarquer, dans les maladies de la peau , quels sont les symptômes qui semblent les rapprocher les unes des autres, ce qui contribue à établir ces trompeuses identités , source d'erreurs funestes pour le traitement. Lorsque j'ai traité de la gale, leporrigo et quelques variétés de l'impétigo ont été désignés comme pouvant être confondus avec cette première affection. Afin d'éviter les répétitions oiseuses , une seule remarque suffira ici : les taches ovales qui caractérisent l'impétigo figurata , peuvent jusqu'à un certain point être prises pour les cercles du porrigo ; la nature contagieuse du porrigo ne permet aucune méprise ; il est inutile de rappeler, en les comparant, les formes élémentaires de l'impétigo et de la gale : la contagion, comme dans le premier cas , prévient toute erreur possible de diagnostic.
Impétigo erysipelatodes. — Cette variété ne diffère réellement pas de l'érysipèle à son début. On trouvera un rapport d'autant plus étroit entre les deux maladies , que Tune et
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l'autre se montrent à la face. Dans Yimpetigo erysipelatodes il y a rougeur, gonflement et œdématie des paupières; ce n'est qu'au bout de deux ou trois jours que la surface de la peau présente au toucher une rugosité appréciable. Ce phénomène est dû à l'extrême ténuité de nombreux boutons psydraciés qui, ayant percé l'épiderme, commencent seulement à poindre ; à dater de ce moment toute ressemblance entre l'érysipèle et l'impétigo est démentie par la nature de l'éruption.
Les boutons de Yimpetigo erysipelatodes , une fois développés, présentent, dans le même ordre, les phénomènes que l'on connaît : dès lors il n'est plus possible de poursuivre le parallèle entre les deux maladies.
Impétigo scabida. — Cette espèce d'impétigo présente à l'œil de l'observateur un appareil de symptômes tellement remarquables , que l'on conçoit comment Alibert avait adopté dans sa nomenclature un si pittoresque langage. Si toutes les variétés d'une maladie s'établissaient sur des distinctions saillantes , comme celles qui appartiennent à l'impétigo scabida, on ne verrait peut-être pas les auteurs admettre cette multiplicité de genres et d'espèces souvent si abusives, si peu philosophiques. Les variétés de la même maladie peuvent à leur début seulement être confondues avec d'autres affections ; mais ces méprises doivent avoir une courte durée , puisqu'elles n'ont pour point de départ que des symptômes éphémères.
Une foule de maladies peuvent être mises en parallèle pendant leur première période ; à cette époque les points de contact semblent se montrer de toutes parts; mais à quoi bon chercher tant de ressemblances illusoires qui doivent si vite s'effacer? Doit-on établir les classifications des maladies de la peau, d'après leurs formes élémentaires ou leurs formes acquises? Je n'ai certes pas l'intention de remettre en discussion une des questions les plus importantes de la pathologie
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des affections cutanées. Je me bornerai à cette seule réflexion : le diagnostic n'aurait jamais à rechercher des similitudes entre les maladies de la peau , si celles-ci ne recevaient leur nom de classification qu'au moment de leur parfait développement.
L'impétigo scabida offre à la description les formes dumaj le plus énergique. Sauvage avait donné à cette affection le nom de lèpre herpétique. Or, le hideux aspect de Yimpetigo scabida pouvait présenter, surtout aux yeux du vulgaire, une image assez fidèle de la lèpre.
Quel autre nom donner en effet à cette espèce de carapace dartreuse enveloppant tout un membre? Est-ce le bras qui est le siège du mal? Alors on voit, depuis le coude jusqu'au poignet , une croûte épaisse de couleur fauve , souvent interrompue dans sa continuité par de larges et profondes fissures, d'où filtre un ichor mince d'abord, ensuite concret jusqu'à la solidité ; élément régénérateur de croûtes nouvelles que l'on a comparées à l'écorce des arbres : sans doute lorsque cette écorce laisse pleurer, de la branche qu'elle recouvre , des sucs résineux qui l'épuisent , l'arbre est souillé aussi bien que le membre du corps où ruisselé l'ichor de Yimpetigo scabida.
Lorsque les croûtes occupent les extrémités inférieures , elles rendent la maladie plus opiniâtre , et l'anasarque la complique ordinairement ; des ulcérations s'établissent alors ; elles détruisent les ongles et donnent encore naissance à des croûtes de formes différentes. En un mot , la gravité du mal s'accroît, et il change de phases sans éprouver aucune amélioration.
Impétigo rodens. — Une distinction que l'on pourraitétablir au sujet de cette variété , serait prise dans la forme élémentaire même ; cependant, c'est à cause de la forme élémentaire que les auteurs ont cru devoir rapporter cette espèce au genre impétigo. Bateman dit toutefois que Yimpetigo
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rodens est caractérisé à son début par des pustules unies à des vésicules ; les unes et les autres , après s'être rompues , donnent issue à cette matière acre et corrosive, produit ordinaire de l'éruption dans l'impétigo.
La disposition cancéreuse se montre à un degré éminent dans Y impétigo rodens; la peau et le tissu cellulaire se désorganisent lentement , sous l'influence de l'humeur acrimonieuse fournie par les pustules; les douleurs sont vives , accompagnées d'une sensation brûlante particulière. C'est principalement sur les ailes du nez que cette dartre a son siège ; comme les cicatrices qu'elle laisse sont indélébiles , les difformités qui en résultent sont toujours hideuses.
Diagnostic. — Pour établir un diagnostic certain , il faut encore suivre ici la méthode analytique dont j'ai parlé précédemment, c'est à dire rapprocher, par la pensée, les maladies semblables à celles que l'on prend pour terme de comparaison ; l'on retirera des avantages d'autant plus marqués , en procédant ainsi, que les maladies seront séparées souvent par des nuances légères.
L'impétigo se distinguera en général de l'eczéma , parce que Jes pustules de la première affection donnent promptement lieu à des croûtes épaisses et jaunâtres; tandis que dans l'eczéma , les croûtes sont essentiellement minces et lameïleuses.
Les distinctions n'offrent de difficultés que pour les variétés de l'impétigo ; alors les traits généraux de la maladie se perdent, et il faut recourir à des symptômes spéciaux. Si on rencontre Yimpetigo figurata ayant son siège au menton , les rapports avec la mentagre deviendront assez frappans ; cependant une observation bien dirigée apprendra bientôt que les pustules de la mentagre fournissent une matière moins abondante ; que les croûtes sont nécessairement plus sèches et qu'il faut une nouvelle éruption pour les voir reparaître.
434 INFLAMMATIONS P1STULELSÉS. -*» IMPÉTIGO.
Le porrigo favosa peut être confondu avec Yimpëtigo du cuir chevelu ; la contagion seule lèverait tous les doutes et ferait reconnaître le porrigo. Si on rencontre l'impétigo développé concurremment avec la gale , en recherchant les vésicules de la gale on les reconnaît bientôt , et cela seul suffit pour juger la nature de la maladie.
Traitement. — Les deux premières variétés de Yimpëtigo présentent à peu près les mêmes indications pour le traitement; le soufre à l'intérieur, à des doses non purgatives, est un moyen préconisé par Bateman ; mais ce serait agir empiriquement que de confier ainsi à un seul agent , un mal qui résiste souvent à l'emploi de meilleures méthodes.
On devra , avant toutes choses , combattre la phlegmasie qui existe , surtout en raison des surfaces malades plus ou moins étendues. Bateman , que je viens de citer, avait parfaitement compris cela , malgré l'étrangeté du moyen qu'il propose dans ce cas. Si Vëpiderme est irrite et frappe d'une forte inflammation , dit-il , on peut combiner avec le soufre une partie de soude, de nitre ou de tartre cristallisé.
11 est sans doute plus rationnel de recourir à une médication franchement sédative. Or, après l'emploi des saignées locales ou générales , les boissons légèrement laxatives et les bains composeront le traitement; quant au soufre et aux douches de vapeur, ils peuvent être d'un heureux à propos , lorsque l'état d'irritation n'existe plus, et qu'il y a tendance à la chronicité ; les préparations sulfureuses réveillent alors la vitalité de la peau ; unefréaction inconnue s'opère et la guérison s'obtient.
Il y a des préceptes particuliers à suivre dans l'emploi des divers agens thérapeutiques qui concourent au traitement de l'impétigo ; mais chaque variété réclamant dans le traitement de puissantes modifications, j'indiquerai sommairement ce qui convient aux uns et aux autres.
INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — IMPÉTIGO. 435
Dans Yimpetigo erysipelatodes , les purgatifs, associés aux antiphlogistiques , apportent un amendement marqué dans les symptômes au moment où les croûtes se forment ; leur degré d'épaisseur est en raison de l'abondance de l'exsudation ; l'épuisement qui en résulte exige qu'on s'occupe de l'état d'asthénie où peuvent tomber les malades; dans ce cas, le quinquina a obtenu des succès remarquables ; on peut l'associer à la salsepareille et aux acides minéraux. Ces moyens généraux doivent être secondés par un traitement local ; on emploie les lotions adoucissantes et tièdes, les onguens sédatifs ; enfin, lorsque la maladie marche vers une guérison certaine, les eaux sulfureuses et les bains de mer, sont un complément de traitement des plus utiles.
C'est principalement pour Yimpetigo scabida que les eaux sulfureuses sont indiquées. Ces eaux agissent sur la peau, à l'aide de leurs propriétés spéciales ; elles modifient les fonctions du système capillaire ; sous leur influence , les tissus semblent revivre ; une vitalité nouvelle communiquée à la peau, fait tomber graduellement les incrustations qui la couvrent. Un moyen accessoire qu'on ne doit pas négliger , c'est de seconder l'action des eaux sulfureuses , par le dégagement de la vapeur provenant de l'eau chaude. Les croûtes, après avoir été ainsi ramollies, se trouvent hâtées dans leur chute. Lorsque la peau est enfin débarrassée, quelques onctions avec un onguent dont le zinc ferait partie , suffisent.
On a vu par la description de Yimpetigo rodens que cette forme de la maladie est aussi rare que grave ; les douleurs souvent intolérables qui surviennent , peuvent quelquefois être enchaînées par les narcotiques ; dans une affection aussi terrible, laseule indication thérapeutique réelle est peut-être celleci. Bateman n'a jamais vu aucun malade retirer le moindre avantage des secours de l'art. Pallier les souffrances et rendre ainsi moins cruel le dénoùment d'une maladie mortelle , c'est la seule chose qui demeure au pouvoir du médecin.
45ft INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — ACNÉ.
ACNE.
L'étymologie du mot acné est interprétée par les auteurs de la manière la plus opposée ; la plupart des racines auxquelles on rapporte cette expression , n'indiquent rien d'exact comme qualification de maladie ; on voit au contraire que le mot acné est pris dans les acceptions les plus vagues , ou dans un sens figuré qui ne va guère au langage sévère des sciences médicales. C'est ainsi qxïAlibert, toujours dominé par sa poétique imagination, regardait le mot acné comme équivalent de ces locutions latines : vigor flosjuventutis. Ce qui serait comparer les boutons de l'acné à des fleurs qui apparaissent chez la jeunesse au terme de la puberté.
Il est inutile de s'appesantir long-temps sur l'imperfection des différentes dénominations appliquées en général aux maladies de la peau. Ce qui intéresse toutefois vivement le pathologiste, c'est de donner à chaque maladie un nom de classification qui ne soit pas en opposition avec les bases de celle-ci. Je ferai remarquer, pour le mot acné en particulier, que Bateman range cette affection dans l'ordre des tubercules , tandis qu'elle figure dans celui des pustules , selon d'autres auteurs , MM. Biett , Gibert , etc.
Il est évident que Yacnepunctata, une des variétés admises par Bateman, doit appartenir réellement à l'ordre des tubercules; cependant les auteurs que je viens de citer rapportent également Y acné punctata à l'ordre des pustules. Je ferai voir qu'il y a là une contradiction palpable, et que d'ailleurs Y acné punctata en particulier , doit être considéré d'après des vues que je n'ai encore vues consignées nulle part.
Willan reconnaît trois variétés de l'acné , tandis que Bateman en admet quatre ; mais cette différence entre les deux
INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — ACNÉ. iôl
auteurs , porte précisément sur ce que Y acné punctata est regardé par Wiïïan comme une simple complication et non comme une espèce distincte , ainsi que l'entend Bateman.
L'acné est une affection dont la forme élémentaire doit être regardée comme mixte ; en effet, on peut définir l'acné une éruption pustuleuse , entée sur un noyau tuberculeux , ayant son siège dans les follicules sébacées de la peau. On conçoit d'après cela comment les classificateurs se sont trouvés, à l'égard de cette maladie, dans une contradiction aussi formelle.
Quoi qu'il en soit , l'acné étant considéré comme appartenant uniquement à l'ordre des pustules, celles-ci ont les caractères suivans : elles sont isolées; leur base n'est vraiment distincte que dans le cas où la pustule n'est pas trop fortement enchâssée dans l'épiderme ; alors elle est d'une dureté variable, d'un rouge violacé et d'une étendue indéterminée. Le siège spécial des pustules de l'acné est à la face et surtout au front ; le col , les épaules , quelquefois la partie supérieure de la poitrine , peuvent offrir des pustules qu'on ne voit jamais sur les parties inférieures du corps.
La chronicité est un caractère inhérent à cette maladie ; les individus d'un tempérament sanguin, sont presque exclusivement exposés à ce genre d'éruption ; mais les jeunes gens se trouvent surtout dans des conditions spéciales à cet égard. L'acné qui se développe à la puberté, peut se prolonger jusqu'à trente ou trente-cinq ans.
La classification de Willan étant celle que j'ai adoptée da»is cet ouvrage, je crois devoir suivre les divisions qu'il a établies pour l'acné. Je préviens toutefois le lecteur que je prendrai en général, dans l'auteur qui me sert de point de départ, les choses propres à répandre plus de clarté dans les descriptions; mais je rejeterai toute imitation servile , comme étant opposée à l'indépendance de mes vues et au but spécial de ce travail.
438 INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — ACNÉ.
Acne timplex. — C'est une éruption se présentant sous la forme de petits points , médiocrement enflammés à leur première apparition , irrégulièrement espacés entre eux , et se reproduisant souvent d'une manière indéfinie après leur entière disparition ; l'état chronique est le signe essentiellement caractéristique de l'acné.
Toutes les pustules que produit cette éruption présentent les phénomènes les plus variables dans leur marche : les uns ont la grosseur d'une petite tête d'épingle ; les autres acquièrent celle d'un petit pois. Il arrive fréquemment qu'à peine élevées au dessus du niveau delà peau, elles s'effacent plus ou moins lentement ; le plus souvent , après s'être montrées semblables à une petite tumeur dure, homogène, on voit les pustules s'élargir graduellement dans l'espace de trois ou quatre jours ; alors elles s'enflamment , sont luisantes , rouges et douloureuses au moindre contact ; le caractère inflammatoire qui leur est propre , existe toutefois à divers degrés d'intensité ; il y a des pustules qui restent quelque temps stationnaires , conservant une faible rougeur , surtout beaucoup de dureté , mais subsistant ainsi jusqu'à l'époque indéterminée de leur disparition. Lorsque le développement doit être complet, par suite du degré d'irritation locale de la peau , c'est du neuvième au dixième jour que les pustules arrivent à la suppuration ; celle-ci commence par le sommet, où on peut observer une matière jaune et terne ; d'ailleurs la matière toujours médiocrement abondante , n'est autre qu'un liquide peu consistant , dont l'élaboration trop récente se dessèche bientôt et donne heu à une croûte jaunâtre.
En général , la douleur occasionnée par la présence des pustules de Y acne simplex est à peu près nulle. Les pustules existent souvent à l'insu du malade , surtout lorsqu'elles ont leur siège aux épaules ou au dos ; aucuns symptômes généraux ne décèlent ce travail éruptif ; la nature semble faire naître cette éruption, afin d'éteindre, par une heureuse révulsion ,
INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — ACNÉ. 439
cet état d'orgasme auquel est livrée toute l'économie dans le moment de la puberté ; il est certain que les pustules de l'acné se montrent alors avec une ténacité appartenant moins à la maladie qu'à une crise favorable qui s'accomplit.
Les personnes affectées de cette maladie jouissent de tous les attributs de la santé , et précisément à cause de ce qui vient d'être dit; on a recherché la cause de ce genre d'éruption , mais si l'on a égard au grand nombre d'individus qui en sont affectés , on regardera Y acné simplex comme essentiellement lié au tempérament sanguin et à l'époque de la puberté. Des jeunes gens des deux sexes portent sur le front et une partie de la face les pustules de l'acné dans un moment où l'état général de l'organisme est le même partout; ces pustules sont , pour le médecin physiologiste , le signe révélateur du mouvement auquel participent d'importantes fonctions.
D'après ces considérations , que doit-on penser de la question d'hérédité relative à Y amie simplex ? Plusieurs médecins auraient regardé ce genre d'éruption 'comme une des conséquences de certains tempéramens. Les explications données à ce sujet sont plutôt systématiques que conformes à une logique sévère. Je porterai le même jugement sur l'opinion de ceux qui comptent au nombre des causes de l'acné , les écarts de régime, l'excitation insolite de la circulation, les variations de la température , etc.
Je crois qu'il est possible d'affirmer que si l'acné s'est développé sous l'influence de causes semblables , elles ont été simplement occasionnelles; car il serait impossible de les considérer comme spécifiques. Il est peut-être rationnel de voir dans Vacne simplex un effort critique de la nature , qui n'a de la maladie que les formes extérieures. Cette proposition renferme implicitement une distinction fort importante, entre Vacne simplex et d'autres affections que l'on a confondues avec cette éruption.
440 INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — ACNÉ.
Ainsi la couperose ( gutta rosea ) est une maladie qui diffère de Vacne simplex; il en est de même des divers genres de couperose , puisque cette affection a été divisée en trois espèces. L'on verra, lorsqu'il sera question du traitement, la nécessité de poser des limites rigoureusement exactes dans les maladies de la peau ; une observation superficielle peut confondre bien facilement un grand nombre d'affections, que rapprochent en apparence des symptômes identiques , tandis qu'elles appartiennent aux formes élémentaires les plus opposées.
Acné indurata. La variété de l'acné , ainsi nommée , reçoit son nom du phénomène même qui sert à la caractériser, c'est à dire l'induration remarquable des pustules ou du tissu cellulaire sous-jacent. La forme des pustules est conique ; elles sont bien plus nombreuses que dans Y acné simplex : une fois développées, elles conservent une dureté assez grande , et il semble qu'elles ne doivent nullement arriver à l'état de suppuration ; aussi remarque-t-on qu'elles ont une couleur d'un rouge violacé , surtout à leur base. Cette couleur est d'autant plus sensible que le nombre des pustules est considérable; comme il arrive fréquemment que deux ou trois pustules se réunissent , alors elles forment une sorte de tubercule d'un aspect pourpré et même livide.
Les pustules existent toujours en assez grand nombre dans Vacne indurata; elles peuvent, lorsqu'elles se réunissent, avoir la grosseur d'une aveline. C'est ainsi que les individus affectés de cette maladie, éprouvent parfois un véritable bouleversement des traits de la face ; la dimension des pustules , leur nombre, le lieu qu'elles occupent, donnent infailliblement à la figure une expression plus ou moins hideuse, mais toujours étrange. Lorsque la lèvre supérieure et les ailes du nez sont occupés par des pustules assez volumineuses , la physionomie prend un caractère particulier , qui donne à tous les
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malades une sorte de ressemblance ; la rougeur spéciale de Vacne indurata contribue encore à établir un rapprochement sensible entre ces figures stygmatisées et teintées delà même manière.
On n'a point constaté que l'action de l'air extérieur eût quelqu'influence sur le développement de la maladie ; il arrive souvent que les parties cachées par les vêtemens sont couvertes de pustules , tandis que celles qui sont libres n'en présentent aucune.
La suppuration des pustules a lieu de la manière la plus irrégulière ; elle s'opère tantôt par le sommet et tantôt par la base; dans tous les cas, la suppuration s'établit avec lenteur, attendu qu'il faut plusieurs semaines pour que cette sécrétion soit complète ; le caractère de chronicité domine partout dans cette affection. On ne peut assigner aucun terme pour la guérison ; de quelque manière qu'elle s'accomplisse , les récidives sont toujours à craindre.
On ne peut déterminer les causes de Vacne indurata. On a cependant observé que certaines irritations des viscères abdominaux pouvaient avoir Vacne indurata au nombre de leurs symptômes. L'onanisme se révèle quelquefois par la présence des pustules de Y acné ; mais ce ne sont là que des faits isolés, et il est difficile de rien généraliser à cet égard.
11 est nécessaire de présenter ici quelques observations.
Dans la description de Y acné indurata, j'ai omis à dessein de parler de ces points noirs qui se trouvent disséminés entre les pustules , et dont les auteurs indiquent la présence comme une sorte de complication , sans l'exprimer toutefois formellement. Ces points noirs appartiennent à la variété appelée acné punctata, qui ne doit être confondue avec aucune autre.
J'ai adopté la division de Wïllan, précisément parce qu'il ne reconnaît que trois variétés de Y acné , et que d'autres auteurs admettent quatre variétés , lesquelles se rattachent en-
442 INFLAMMATIONS PUSTUIEUSJES. — ACNH.
core à des affections analogues. Ces complications rendent l'étude pénible , et jettent surtout une fâcheuse incertitude dans l'esprit , qui ne sait guère où se fixer. Il faut une grande habitude pour séparer, par voie analytique, tout ce qui n'est qu'accessoire à un sujet : c'est ce genre de difficulté que je chercherai à éviter au lecteur,
Batteman distingue quatre variétés du genre acné; il les désigne ainsi : acné simplex , acné punciata , acné indurata , acné rosacea. M. Gibert propose d'ajouter encore à ces variétés la mentagre , que Batteman a indiquée séparément sous le nom de syc.osis. D'un autre côté, Alibert a décrit une variété appelée acné disseminata , qu'il nomme dartre pustuleuse disséminée. Cette dartre figure, dans la classification de cet auteur , parmi les dermatoses dartreuses du quatrième groupe , sous le nom de parus, et se divise en six espèces.
J'ai voulu, par ces diverses citations, donner un exemple immédiat de cette multiplicité dans les genres et les espèces, et résoudre en même temps une question qui , au premier aspect, peut paraître épineuse lorsqu'elle est assez simple au fond.
Les trois variétés de l'acné admises par Willan me paraissent les seules qui offrent à l'observation rigoureuse des caractères spéciaux. Uacne disseminata ne diffère guère de Y acné simplex, et Y acné indurata n'est autre chose qu'une maladie identique aux deux premières, mais considérée dans un degré d'intensité remarquable. Les expressions sycosis et varus sont destinées à indiquer quelques phénomènes particuliers des variétés de l'acné, mais ne sauraient en augmenter le nombre.
Cela posé , à l'aide de cette méthode synthétique, on réduit sur-le-champ à sa plus simple expression ce que je crois devoir regarder comme les abstractions de la nomenclature ; j'essaierai de démontrer bientôt que Y acné punctata
INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — ACNE. 443
ou 'n'appartient pas au genre acné , ou plutôt ne constitue pas ( dans l'immense majorité des cas ) une affection cutanée ainsi que l'entendent les pathologistes en général.
Acné rosacea, — Cette variété est la couperose ou goutte rose des auteurs ; en consultant seulement le sens grammatical des mots, il est évident que l'épithète rosacea indique la couleur que prend la peau dans ce genre à'acnë; on a recherché les diverses étymologies des mots couperose et goutte rose. M. Gibert fait judicieusement observer que ces recherches sont sans importance , et je partage entièrement son avis. En général , les études étymologiques n'ont jamais indiqué avec certitude] l'identité entre les maladies connues des anciens, et celles que nous observons aujourd'hui: c'est cependant le seul service qu'elles pouvaient rendre.
Vacne rosacea se distingue des deux variétés précédentes par la couleur spéciale qu'il donne à la face , et surtout au nez , qui est le siège presqu' exclusif de cette affection. On pourrait rapprocher Yacne rosacea de Yèrysipèle à son début, mais seulement chez les jeunes gens qui ont une disposition héréditaire à cette maladie. Dans ce cas, Yacne rosacea se montre sous l'aspect de taches rouges et irrégulières ; il n'y a point de pustules ; la surface de la peau est lisse et s'exfolie parfois dans l'intervalle des taches rouges.
Ce n'est guère avant quarante ans que Yacne rosacea se montre chez certains sujets, et ce sont ceux qui font surtout abus de liqueurs spiritueuses. Cette variété de l'acné est fille de la civilisation, et les habitudes honteuses de la table, telle que la gloutonnerie et l'ivrognerie , l'ont propagée jusqu'à présent.
VAcne rosacea a la même forme élémentaire que celle des autres variétés. Le caractère saillant, c'est la rougeur. Cette teinte de la peau , si reconnaissable dans Yacne rosacea , semble due à une sorte d'injection du réseau capillaire
444 INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — ACNÉ.
plutôt qu'à la présence des pustules , qui sont petites et en général peu nombreuses.
La rougeur paraît d'abord au bout du nez, ensuite elle s'étend sur les côtés et couvre plus ou moins également une partie des joues. Cette coloration des tégumens prend de l'intensité après un exercice animé , ou à la suite des repas. L'épiderme acquiert de l'épaississement , est rugueux au toucher, et les écailles furfuracées qui se montrent en quelques endroits sont, comme dans toutes les affections dartreuses , un des signes pathognomoniques les plus fidèles.
Le nez est le siège de prédilection de Y acné rosacea. Cette circonstance peut-elle s'expliquer par la disposition anatomique de cette partie ? Quoi qu'il en soit , la face prend une expression particulière qui dégrade les traits les plus beaux et les plus réguliers , surtout chez les femmes. On voit souvent cette éruption, lorsqu'elle a son siège sur le nez, porter dans les tissus un degré d'irritation si intense , qu'un gonflement énorme en est le résultat. Les ailes du nez peuvent quelquefois se gercer et même se diviser en plusieurs lobes distincts. Chez les personnes âgées , et les exemples en sont fréquens , un semblable état constitue une des plus repoussantes infirmités. Lorsque le volume du nez prend un accroissement considérable , alors la difformité n'est pas seulement hideuse , mais elle met obstacle à des actes essentiels à l'existence morale des malades. Je vais rapporter ce que dit Sennert à ce sujet ; cette citation se trouve d'ailleurs dans l'ouvrage de Willan.
(.iSumunt tubercula ista interdum incrementum , ut fa- » des inœquaîis et horrida évadât, et noms valdé augeatur. » Vixit superiori adhuc anno, nonprocul à Dresdâ, vir cui, )) hoc malo affecto , nasus ita incrementum sumpsit ut eum » in legendoimpediret; quod malum ipsum eo adegit, ut anno » 1629 par ticulas quasdamde naso sibi amputari curaret.y)
Cette seule observation donne une idée exacte de Fin-
INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — ACNÉ. 445
croyable développement que peut acquérir le nez dans quelques cas. Le malade, dont parle ici Sennert, ne pouvait se livrer à la lecture, à cause du volume de son nez qui lui masquait les objets : la résection des parties, moyen extrême en pareil cas, ne présente-t-elle pas de graves dangers, et la dégénération cancéreuse ne peut-elle pas en être le funeste résultai ?
Avant de passer au traitement de l'acné , je présenterai quelques observations sur la variété appelée punctata. Cette forme de Y acné consiste dans une suite de petits points noirs , dont la dimension peut être assez remarquable , mais seulement par une véritable anomalie. En effet, chez les personnes qui portent évidemment les marques, souvent incalculables, de Y acné punctata, deux ou trois points noirs offrent une surface plus grande ; il peut même arriver que cette surface soit telle, qu'au lieu d'un point noir plus ou moins gros, on observe une couleur un peu bleuâtre.
L' acné punctata se trouve en quelque sorte mêlé avec toutes les autres variétés, disent les auteurs. Il semble se dessiner , en effet , sur la peau , dans les intervalles que laisseront entr'elles les pustules de Y acné simplex, de Y acné indurata, etc. ; mais la raison de ce phénomène est fort simple : c'est que Y acné punctata est indépendant des autres variétés et ne peut leur appartenir, selon la rigoureuse acception des termes. Bateman a rangé à juste titre Y acné punctata dans l'ordre des tubercules; la forme élémentaire de ce genre d'affection n'est nullement pustuleuse. Ces petits points noirs, dont le nez et une portion des joues se trouvent criblés chez un grand nombre de personnes , ne sont autre chose que ce qu'on appelle vulgairement des- tannes; or, les tannes sont formées par l'accumulation d'une matière sébacée, sécrétée par les follicules de la peau; cette matière se présente à leur orifice excréteur et reçoit ainsi l'impression de l'air extérieur ; alors l'extrémité de la tanne durcit et
IJSFLAMSATKKSS PUSTULErSSS. — AC>'É.
noircit. Si Ton presse les parties où résident les tannes , elles sortent alors sous la forme de petits vers blancs ou jaunâtres lorsqu'elles sont anciennes. Cette forme vermiculaire dépend uniquement de l'action mécanique qui résulte de la pression même. On conçoit que l'humeur sébacée , élément de la tanne , étant enfermée dans les parties extrêmement déliées que les pores établissent à l'intérieur de la peau, cette humeur, dis-je , obéissant à la pression , prend, en sortant, la forme que lui donne la filière par où elle passe. C'est ensuite à cause de sa solidité qu'elle conserve cette forme ; car l'humeur des tannes varie depuis la consistance la plus molle du suif , jusqu'à la dureté de la colle forte récemment refroidie.
Il est bien vrai que certaines tannes peuvent s'enflammer; mais alors il ne survient pas de pustules. Voici comme on peut définir ce genre d'inflammation : lorsqu'une tanne est soumise à la pression , les parois du follicule peuvent s'irriter par le contact forcé de la tanne même , qui devient , selon son degré de solidité , un corps plus ou moins contondant. L'orifice du follicule participe également à l'inflammation, et celle-ci se montre au dehors par la rougeur des parties environnantes , quelquefois le gonflement. Dans certains cas , il en résulte un petit abcès, comme je pourrais en citer des exemples. Or ici la cause est connue , parfaitement appréciable , et les pustules n'ont rien de commun avec les phénomènes précédens. L'inflammation peut encore se développer, sans qu'on puisse lui assigner aucune cause déterminante ; elle présente toutefois les mêmes résultats et suit une marche semblable.
Il y a des tannes qui acquièrent un développement vraiment hypertrophique. Si on les extrait par une pression méthodique , on amène au dehors un corps cylindrique d'une dureté variable , homogène , et dont la grosseur peut égaler celle d'un tuyau de plume de corbeau, et même au delà.
INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — ACNÉ. 447
Après l'issue de tannes semblables , on voit le follicule où elles étaient logées , rester béant , et présenter un véritable sinus , accessible à l'œil dans toute sa profondeur ; ce sinus s'oblitère néanmoins avec une grande rapidité.
Les tannes existent surtout en grand nombre au nez , aux joues et au front ; on peut les observer sur toutes les parties du corps. Si la face semble privilégiée en ce genre , cela tient sans doute à l'organisation de cette région , à son mode de vitalité , et , peut-être , à des causes inconnues. Je ferai observer cependant que l'usage des cosmétiques peut devenir une cause déterminante de cette affection. Le trouble apporté dans les fonctions perspiratoires de la peau , le séjour forcé des humeurs dans les mailles de ce tissu, peuvent expliquer la présence des tannes , surtout chez certains individus.
Mais ce qu'il y a d'évident et d'incontestable , c'est que les tannes ou l'acne punctata ( car je n'établis pour le moment aucune différence entre ces deux dénominations ) , ne sauraient constituer une maladie de la peau , tant qu'elles subsistent à l'état stationnaire, j'ai presque dit l'état normal.
En effet , il serait presqu'impossible de trouver un individu qui ne portât sur la face un certain nombre de tannes. Après cela, le nombre de ceux qui en présentent des quantités souvent inappréciables , ne peut vraiment se calculer. Tous les genres de tempéramens en offrent des exemples. Il est impossible de rapporter les tannes à l'âge , au sexe , aux professions, au climat, etc. , comme dans toutes les autres maladies. On peut encore moins démontrer, que jamais cette bizarre sécrétion soit liée à l'état général de la santé, ou puisse avoir la moindre influence dans une maladie donnée. Enfin la présence des tannes reste d'une nullité absolue , lorsqu'il existe d'autres affections de la peau : où donc retrouver à ce sujet le caractère pathologique que l'on cherche? N'ya-t-il pas là une superfétation réelle, et ne serait-il pas rationnel
448 INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — ACNÉ.
de rayer de toutes les nomenclatures cet acné punctata, véritable entité morbifique qui est partout comme produit organique , et nulle part comme maladie.
Traitement, — L'acne simplex réclame plutôt des soins hygiéniques que l'emploi des médicamens; la santé n'éprouvant ordinairement aucun trouble de la présence des pustules , elles exigent seulement un traitement local. Les anciens s'occupaient beaucoup de remédier aux inconvéniens que pouvaient avoir pour la peau le plus ou moins grand nombre de boutons. Les femmes ont porté à cette époque l'art de la toilette peut-être plus loin que les modernes ; non seulement elles cherchaient à faire disparaître ce qui devait nuire à la beauté ou à l'éclat de la peau , mais elles croyaient prévenir la plus simple éruption à l'aide de moyens tout à fait spécifiques.
Toutes les substances usitées en pareil cas étaient prises dans la classe des astringens. Dans la majorité des cas, les dangers d'une brusque répercussion étaient peu à craindre , et on doit seulement faire observer que la nature même des substances employées devenait plus nuisible qu'utile. L'action des résines, des vinaigres, de certains sels, tel que l'alun , enlevait à la peau la souplesse et le coloris qu'elle était destinée à lui rendre. D'autres substances agissaient plus heureusement, et dans ce nombre on citera les parfums, quelques racines pulvérisées, les émulsions d'amandes amères, etc.
On pourrait encore aujourd'hui conseiller, pour l'acne simplex, les applications locales émollientes ou très légèrement résolutives, selon le cas. Si les pustules sont grosses, dures, enflammées, et enfin douloureuses, on lotionnera avec les eaux de guimauve, de graines de lin, ou celle de sureau si l'on veut favoriser doucement la résorption. Les
INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — ACNÉ. M9
bains peuvent être employés utilement. Le traitement intérieur est nul, hors les cas de complication.
L'acne indurata , chez les personnes d'un tempérament sanguin, exige absolument l'emploi de la saignée si les pustules sont grosses , nombreuses et occasionnent une douleur intense. Les laxatifs légers, pris dans la classe des sels neutres , sont efficaces et modèrent cette espèce de mouvement fluxionnaire qui s'est fait vers la peau. Les moyens locaux doivent être également mis en usage , et c'est aux bains sulfureux qu'il faut avoir recours.
Bateman, ainsi que les médecins de son école, indique le régime tonique, dans de sages limites toutefois; chez les personnes faibles , certaines femmes par exemple , un régime fortifiant, un exercice modéré surtout, peuvent faire disparaître la maladie. Si on joint à ces moyens des applications locales et légèrement stimulantes , on doit attendre d'heureux effets de cet ensemble de traitement.
Dans Y acné rosacea, il faut moins compter sur les médicamens que sur l'emploi de tous les modificateurs des fonctions organiques. Le soin le plus important consiste dans une diététique appropriée à la constitution , aux habitudes, à l'âge du malade , et enfin à l'intensité de son mal. Le régime végétal convient essentiellement : les fruits mûrs , le laitage , dans certains cas , seront très convenablement indiqués. Une nourriture plus substantielle se composera de viandes blanches , de plantes potagères ; on ajoutera encore à ce genre d'alimentation quelques poissons , ou des coquillages tels que les huîtres. Les liqueurs fermentées seront proscrites , ainsi que toutes les boissons stimulantes : le café , le thé , le punch , etc. Le malade pourra boire un peu de vin pur, mais en petite quantité ; seulement comme tonique et pour prêter quelque énergie aux voies digestives.
On ne doit pas oublier que Y acné rosacea se lie dans quelques cas avec un état particulier de l'estomac et du foie ; i!
450 INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — MENTAGRE.
est indispensable alors de surveiller particulièrement le choix des substances alibiles.
Lorsque Yacne rosacea se montrera chez les personnes dont la constitution n'est nullement viciée, et que, attendu le peu d'intensité de la maladie , il sera permis de la regarder comme purement locale, alors on pourra employer extérieurement quelques astringens. C'est dans des cas semblables que des femmes, pour conserver leur beauté, ont mis impunément en usage des répercussifs assez énergiques ; mais l'emploi de ces moyens ne doit jamais être empirique ; il faut au contraire que , suivant les indications , un jugement éclairé dirige l'application des remèdes , surtout lorsqu'ils sont pris dans la classe des minéraux.
MENTAGRE.
La mentâgre appartient à l'ordre des pustules, si on a égard aux symptômes primitifs qui constituent saf orme élémentaire. Ge sont donc des pustules qui se montrent d'abord. Les tubercules que l'on observe dans la même affection ne sont peut-être qu'un état d'induration chronique de plusieurs boutons qui ne doivent suppurer que tardivement. C'est ainsi que les auteurs reconnaissent , dans la mentâgre , des tubercules consécutifs. Bateman range la mentâgre dans les tubercules , par suite de ces idées particulières qui , jusqu'ici , n'ont cessé de diviser les patliologistes dans la classification des affections cutanées.
Croyant devoir négliger une discussion qui serait assez stérile sur les différens noms donnés à la mentâgre, il me suffira de faire remarquer que cette épithète répond au siège de la maladie. L'éruption de la mentâgre occupe en général îa région sous-maxillaire , les parties latérales de la face , et principalement le menton. D'après cela , toute la surface eu-
INFLAMMATIONS FUSTULEUSES. — MENTAGRE. 451
tanéeque la barbe occupe, serait le siège spécial de ce genre de dartre.
Les premiers symptômes de la mentagre consistent dans de simples rougeurs , et une tension assez incommode de la peau. Bientôt elle devient rugueuse au toucher, et on peut alors reconnaître les points rouges dont elle est parsemée ; ces points ne tardent pas à revêtir la forme pustuleuse , et cela a lieu ordinairement dans l'espace de deux à trois jours.
Cette éruption n'a rien de régulier dans son développement : on voit des pustules suppurer lentement, tandis que d'autres laissent échapper immédiatement la matière qu'elles contiennent. Cette matière est peu abondante , se concrète facilement et donne lieu à un feutrage partiel des poils de la barbe. Les pustules de la mentagre occupent la lèvre inférieure et se montrent ensuite sur le menton , vers sa partie la plus saillante. Si l'éruption doit prendre de l'extension , elle envahit le col et les joues jusqu'aux oreilles.
J'ai fait remarquer qu'un assez grand nombre de pustules restent à l'état d'induration. Cette circonstance a déterminé l'opinion de quelques auteurs qui regardent la mentagre comme une affection tuberculeuse. Il est évident que la forme élémentaire est ici pustuleuse ; mais l'induration observée généralement dans cette éruption donne lieu aux résultats suivans :
La peau devient, dans quelques points isolés, comme épaissie, c'est à dire, que ce gonflement apparent tient à l'engorgement du tissu cellulaire sous-jacent, amené à cet état par une inflammation chronique. Cet engorgement du tissu cellulaire change les contours de la face, et lui donne un aspect étrange. Lorsque des croûtes se sont formées, après l'épanchement du pus , et qu'elles se trouvent sur les parties engorgées, elles en augmentent la saillie et constituent une véritable difformité.
452 INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — MENTAGRE.
Les pustules peuvent disparaître promptement après leur apparition , et être remplacées par d'autres. Cette mobilité dans l'éruption de la mentagre sert à la caractériser. Il est difficile d'expliquer pourquoi des pustules développées dans un espace peu étendu , prennent des formes si différentes. L'induration, par exemple, ne saurait être motivée par l'étendue des surfaces, l'abondance du tissu cellulaire ou le peu de richesse du système vasculaire. D'ailleurs, les pustules de la mentagre qui suppurent instantanément , touchent celles qui passent à l'état chronique, et, quant à l'engorgement du tissu cellulaire , il n'est que partiel : il y a donc dans les maladies de la peau une infinité de choses qui échappent aux explications.
Les poils de la barbe doivent nécessairement participer à la maladie, et c'est ce qui arrive. On remarquera, avant toutes choses , que la présence des poils sur une partie du corps , peut , dans quelques cas , devenir la cause déterminante de la mentagre. C'est ainsi qtiAlïbert avait déjà observé que la nouvelle coutume de laisser croître la barbe, donnait lieu à de fréquentes éruptions pustuleuses que les soins hygiéniques ne prévenaient pas toujours. Il est évident que la peau , masquée par une barbe plus ou moins touffue , se trouve modifiée dans ses fonctions d'exhalation. Lorsqu'au contraire elle est en quelque sorte à l'état glabre , son mode de vitalité est changé, et l'air extérieur agit surtout, dans ce cas , d'une manière spéciale ; ce qui n'a pas lieu lorsque presque toute la partie de la face , envahie par la barbe , se dérobe à l'action des agens extérieurs.
La texture des poils se trouve momentanément altérée par suite de la présence des pustules : c'est surtout lorsque l'induration se prolonge, et que les bulbes participent à l'inflammation. Alors les poils tombent, et des places assez grandes se trouvent entièrement dégarnies. Ce n'est là qu'une dépijation momentanée; les poils repoussent, mais plus grêles et en moins grande quantité que précédemment.
INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — MENTAGRE. 455
La nature de la mentagre échappe aux raisonnemens physiologiques les plus propres à l'expliquer. Ainsi la présence des poils^de la barbe, ne serait pas une des causes spéciales de ce genre de dartre. Les propriétés vitales de la peau ne recevraient pas une modification particulière du système pileux , puisque les femmes sont sujettes à la mentagre , malgré que chez elles cette maladie soit, en général, beaucoup plus légère ; dans les affections de la peau , on est souvent réduit à la seule constatation des faits.
Diagnostic. — La mentagre peut être confondue avec plusieurs autres maladies cutanées. Il y a trois signes principaux qui doivent servir à éviter toutes espèces de méprises :
1° Les pustules de la mentagre s'élèvent au dessus du niveau de la peau , sous forme conique; 2° les pustules ne s'ouvrent que du cinquième au septième jour, et les croûtes qui résultent de la matière épanchée, sont d'un brun foncé , minces et sèches ; 3° la mentagre offre des tubercules qu'on ne rencontre dans aucune éruption pustuleuse analogue.
Maintenant , si on se rappelle que les pustules syphilitiques n'ont point de saillie , se dessinent sur un fond cuivré , qu'enfin elles n'occasionnent jamais de douleur, alors on aura réuni tous les signes différentiels qui assurent , pour la mentagre, un diagnostic des plus fidèles.
La mentagre, hors des cas fort rares , ne présente aucun danger. Le temps nécessaire pour la guérison est extrêmement variable : on doit être très circonspect sur le pronostic à porter en cette circonstance.
Traitement. — Le traitement de la mentagre sera de deux natures, si on admet la division rationnelle suivante : traitement de l'état aigu , et traitement de l'état chronique.
454 INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — MÊNTAGRE.
Dans le premier cas , on dirige les moyens thérapeutiques contre la phlegmasie qui existe le plus souvent. On change l'état morbide de la peau , à l'aide des saignées locales d'abord, et ensuite par les applications émollientes. Les sangsues ne seront pas placées sur les parties vivement enflammées ; on devra au contraire les éloigner du siège de l'éruption , et les faire prendre sur un endroit de la peau parfaitement sain. Le dégorgement des vaisseaux se fera alors au moyen des anastomoses, si fréquentes dans le système vasculaire de la face. Un régime tempérant et quelques boissons sédatives, serviront de complément au traitement actif que réclame l'état aigu.
Les engorgemens chroniques , dont le siège est dans le tissu cellulaire sous-jacent ; la présence de ces tubercules, qui caractérisent si bien la mentagre ; le volume souvent remarquable de ces tubercules , sont autant de circonstances qui indiquent l'emploi d'une indication spéciale.
On a mis en usage, dans ce cas , les frictions dites résolutives , faites avec une pommade contenant des sels mercuriels. D'après les opinions que j'ai émises sur les préparations mercurielles quelles qu'elles soient, je pense qu'il y a d'autres médications préférables. L'action des douches sulfureuses , de celles faites avec la vapeur, me paraît d'autant plus utile qu'on peut invoquer à cet égard des observations décisives. Dans le cas d'induration opiniâtre , ou étendue, il serait peut-être convenable d'employer des frictions avec une pommade contenant de faibles proportions d'hydriodate de potasse.
Le muriate d'or en frictions sur la langue , l'eau de goudron à l'intérieur , les purgatifs répétés , comme médication révulsive, constituent divers genres de traitemens , dont les résultats doivent être vérifiés dans cette vaste pratique que présente la médecine des hôpitaux.
INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. «* PORRïGO. 455
PORRIGO.
Le porrigo est une des maladies de la peau pour lesquelles le pathologiste doit appeler à son aide la méthode analytique la plus sévère. En consultant les principaux auteurs qui ont écrit sur les dermatoses , l'esprit se perd au milieu de la confusion des noms imposés à la même maladie. On sait toutefois que ces noms représentent des espèces particulières , qui auraient leurs symptômes propres ; mais il faut opposer sur-le-champ à cette proposition les remarques suivantes :
Les dénominations si variables , si différentes , adoptées par les auteurs pour qualifier la même affection, démontrent sans réplique que toutes ces distinctions reposent souvent sur des idées purement systématiques. Quel système n'a pas donné des illusions à ses fauteurs? La division des maladies en genres, en espèces , n'est que l'expression particulière du sentiment d'un auteur , du moment qu'elle ne se rattache pas à des faits généraux. Des pathologistes très estimables voient les nuances de maladies , à l'instar des coloristes qui ont leur idiosyncrasie visuelle, si on veut accepter cette expression ; cependant les pathologistes et les coloristes ne se prononcent que sur des choses dont le modèle est dans la nature ; cependant la divergence des opinions est constante.
Avant d'énoncer les divers noms donnés au porrigo , je dirai que j'adopte exclusivement la modification apportée par Biett, c'est à dire que le porrigo favosa et le porrigo scutulata sont les deux seules variétés dont les phénomènes ne peuvent être rapportés à aucune autre espèce. On jugera, par la nomenclature suivante , jusqu'à quel point l'abus des mots peut enlever aux sciences naturelles la précision et la clarté qui leur sont si nécessaires.
436 INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — PORRIGO.
Willan reconnaît six variétés du porrigo : porrigo larvalis, porrigo fur fur ans, porrigo lupinosa , porrigo scutulata, porrigo decalvans, porrigo favosa.
Alibert a donné au porrigo les noms de favus vulgaris , dartre crustacée flavescente.
Quelques auteurs ont admis un porrigo granulata. D'autres ont encore désigné le porrigo par les noms de favus urceolaris » favus squarrosus , teigne lupinëe. Enfin le porrigo scutulata a été aussi appelé teigne nummulaire.
On pourrait étendre plus loin ces citations. Ce que je viens de rapporter suffit pour démontrer que les formes variées que peut revêtir le porrigo ont été traduites par autant de noms différens ; mais il y a une grande distance entre les simples nuances d'une maladie et les phénomènes particuliers qui servent à séparer les espèces.
Porrigo favosa. — L'on trouve une contradiction manifeste dans la description des formes élémentaires du porrigo, donnée par deux auteurs des plus recommandables, Bateman et Willan.
Le premier s'exprime ainsi : Porrigo favosa. Des pustules larges, molles, jaunes, appelées favi, se manifestent dans ce porrigo.
Selon Willan, le porrigo favosa débute par des pustules extrêmement petites ; à peine les aperçoit-on le premier jour. Elles apparaissent sous la forme de petits points jaunes, etc.
11 n'y a qu'une manière de ramener la description de Bateman à celle des autres auteurs. Bateman n'a certainement pas considéré les pustules à leur début , et on doit supposer qu'elles ont acquis un certain développement, lorsqu'il les définit des pustules larges, molles, jaunes.
Le caractère réel du porrigo favosa, d'après l'observation la plus exacte, consiste dans une éruption de pustules d'abord très petites , ordinairement élevées au dessus du niveau de la peau, et de couleur jaunâtre. Elles sont à peine
INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — POKRÏGO. 457
développées , que , donnant issue à la matière qu'elles renferment , une petite croûte déprimée à son centre les remplace. La réunion des croûtes s'opère aux endroits où les pustules sont confluentes. L'écoulement de la matière donne naissance à de nouvelles croûtes , qui remplissent successivement les intervalles qui les séparaient encore des premières formées. Il résulte de cette agglomération une masse irrégulière , à la surface de laquelle on observe encore la dépression particulière à chaque croûte isolément. L'ensemble de toutes les dépressions dites en godet , donne aux masses croûteuses l'aspect d'un rayon de miel.
Le siège ordinaire du porrigo favosa est au cuir chevelu , au front et aux tempes ; cependant le menton , le contour de la bouche , les joues , etc. , peuvent être atteints par l'éruption. Dans quelques cas , le tronc et les membres sont partiellement couverts de croûtes, et plus tard d'ulcérations.
Lorsqu'un traitement n'est pas opposé à la maladie , les croûtes deviennent blanchâtres et leur épaisseur augmente considérablement ; elles ont alors un aspect pulvérulent, et, par suite de leur sécheresse, de nombreux sillons affectant les directions les plus irrégulières , séparent les croûtes en une quantité de masses indéterminées. Quelques unes de ces portions, ou masses croûteuses, se détachent d'elles-mêmes et sont remplacées par d'autres. La maladie peut se prolonger ainsi pendant des années. C'est surtout pendant fa régénération des croûtes que la tête des malades exhale cette odeur spéciale, qu'on a comparée à celle de la souris. Un état chronique aussi prolongé finit presque toujours par amener de graves complications. La phlegmasie , qui s'est développée sur le cuir chevelu, se communique à d'autres organes. Les glandes sous- maxillaires , celles du cou, s'engorgent et se dessinent fortement sous la peau. Cet état tient sans doute à l'absorption d'une matière irritante par les vaisseaux lymphatiques : une véritable infection est alors
458 INFLAMMATIONS PUSTULEUSES. — PORRIGO.
communiquée à l'économie , et dans ce cas la constitution reçoit une altération plus ou moins profonde.
Lorsque l'éruption envahit les membres , cela a lieu au moyen d'une véritable inoculation qui se communique par le contact immédiat. Ainsi la matière contagieuse peut gagner la poitrine à l'aide du menton. Ensuite les vives démangeaisons qui provoquent l'action des ongles , forcent le malade à déchirer les croûtes. Les doigts imprégnés de sanie, achèvent de transporter à diverses parties du corps le germe d'une éruption nouvelle.
La contagion a été contestée par plusieurs auteurs et reconnue par d'autres. Lorsque des faits opposés semblent confirmer deux opinions contraires , cela dépend de l'interprétation donnée à ces faits. On ne peut nier l'inoculation dans certains cas ; ensuite les mêmes moyens de transmission n'ont pourtant pas amené des résultats identiques. Des enfans sains , revêtus des habits ou des coiffures provenant de teigneux , ont été soumis impunément à cette épreuve. La même expérience a échoué une autre fois , et la contagion a eu lieu. Le porrigo a été communiqué par l'action d'un rasoir qui avait servi à un individu malade. Feu le docteur Maygrier a conservé long-temps à la lèvre inférieure une véritable éruption faveuse , dont les croûtes sans cesse renaissantes déterminaient une insupportable incommodité. On attribuait à un rasoir malpropre la cause de cette éruption qui, dans des cas absolument semblables, ne s'est point développée.
La question sur la contagion est une vaste question qui s'applique à tous les virus, et aux divers principes miasmatiques quels qu'ils soient. Les interminables disputes sur ce sujet n'ont été entretenues que par les décisions dogmatiques des argumentateurs ; chacun s'est renfermé dans une solution absolue. On a admis la contagion avec une foi aveugle , ou on l'a niée , dans tous les cas , avec l'intrépidité
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d'un parti pris. Cependant des principes si opposés ont été conciliés , en reconnaissant que la contagion est un phénomène d'une nature relative, et non nécessairement invariable. Il y a des individus réfractaires à la contagion , et d'autres dont les organes semblent l'aspirer. Mais ce qui est éminemment remarquable, c'est que le même individu, selon les époques et quelques conditions particulières à déterminer, peut braver aujourd'hui la contagion dont il sera inévitablement victime demain.
Ces réflexions me paraissent utiles pour appeler l'attention sur certains points de médecine pratique. Un médecin est consulté tous les jours sur les inconvéniens que peuvent avoir les relations entre des enfans sains et des enfans atteints du porrigo. Il est certain qu'un médecin à idées exclusives sera entre deux écueils , s'il se prononce affirmativement pour ou contre. De sages précautions tiendront les personnes intéressées également éloignées d'une sécurité funeste, ou d'une crainte pusillanime.
Comme il ne sera question ici que du porrigo favosa et du porrigo scutulata , je donnerai seulement , après la description de ces deux variétés , une indication des principales synonymies du porrigo; j'interpréterai chacune de ces synonymies , en disant quelques mots du phénomène principal qui s'y rapporte : les élémens du diagnostic se trouveront dans le rapprochement des diverses espèces admises par les auteurs.
Traitement. — On ne peut se dissimuler que le porrigo favosa ne soit une maladie essentiellement locale ; cependant c'est une idée rationnelle que celle d'une médication interne. A toutes les époques, de grands praticiens ont proposé de modifier l'état de la peau , en agissant sur l'économie entière. De nos jours , c'est seulement dans quelques cas particuliers qu'un traitement général est jugé nécessaire.
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Hors de rares exceptions , l'expérience a démontré que les moyens externes doivent composer exclusivement le traitement du porrigo favosa.
Il est à remarquer que les affections locales revendiquent dans la thérapeutique un nombre de médicamens infiniment plus considérable que celui attribué aux maladies internes. Il semble que la richesse des agens curatifs soit en raison inverse de l'étendue des surfaces malades ; c'est à ce titre que, pour le porrigo favosa , on a épuisé toutes les ressources de la matière médicale.
Il n'existe pas encore un traitement spécifique pour la teigne; on peut seulement classer les médicamens nombreux employés dans cette maladie , d'après la nature de leurs succès. Il serait très difficile toutefois de déterminer par des chiffres, dans quelles proportions les uns et les autres guérissent plus promptement ou plus sûrement. L'expérimentation est la base du traitement dans le porrigo favosa. On n'arrive à une cure certaine qu'après avoir épuisé plusieurs méthodes. Les revers éprouvés avec une médication , quelque rationnelle qu'elle soit, conduisent à un succès réel en adoptant un moyen tout opposé.
Tous les traitemens employés contre le porrigo exigent les mêmes soins préparatoires. On doit recourir, avant toutes choses, à la plus rigoureuse propreté. Les cheveux seront coupés , et on nettoiera la tête avec une eau de savon légère , ou mieux , de l'eau tenant en dissolution un jaune d'œuf. Lorsque la tête est ainsi détergée, on essaiera de provoquer la chute des croûtes par des applications émolîientes. Toutes les croûtes ne tombent pas à l'aide d'un semblable moyen ; mais on juge, par le nombre de celles qui restent, de l'étendue réelle du favus, de son degré d'intensité, en un mot, de l'état exact du cuir chevelu. Un praticien exercé peut pronostiquer assez sûrement sur les chances favorables ou redoutables du porrigo , après la chute des
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croûtes. En effet , le nombre des parties ulcérées , celui des croûtes qui ont résisté à toutes les applications adoucissantes , le développement de l'odeur de souris plus ou moins pénétrante, l'aspect général des parties dénudées, qu'elles soient rouges , ridées , chatoyantes , humides , ou au contraire d'une sécheresse râpeuse, toutes ces observations servent d'abord à déterminer la nature du traitement.
Il y a des porrigo favosa qui offrent un amendement marqué dans leurs symptômes généraux , peu de temps après le nettoiement complet de la tête. On sait promptement alors, et à l'aide du moindre tâtonnement , quel est le genre de médication qu'il faut adopter. Lorsqu'au contraire la maladie est en quelque sorte démasquée par la chute des croûtes et la dépilation, on reconnaît facilement si on a affaire à un favus rebelle ; dès ce moment on pourra débuter par un remède énergique qui donne la mesure des obstacles à surmonter.
En général , le traitement du porrigo favosa est essentiellement local. Les moyens accessoires employés autrefois pour assurer le succès de la guénson étaient des plus illusoires. Dans le cas où on aurait affaire à une constitution débilitée et portant le cachet d'une véritable asthénie, il est évident qu'il faudrait , à l'aide des toniques ou des amers , rappeler l'énergie des propriétés vitales ; mais cette manière de procéder n'est que l'observation d'un précepte applicable à toutes les maladies , et non au porrigo en particulier.
Lorsque la tête est accessible à l'emploi des topiques par la chute des croûtes et l'action des pommades épilatoires, on commence le traitement projeté.
Une substance d'un emploi pour ainsi dire traditionnel, c'est le soufre et quelques unes de ses préparations. La pommade la plus vulgaire, est composée de soufre sublimé et de savon blanc,
L'iodure de soufre a eu de grands succès entre les mains
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de Biett. On a tenté l'emploi de différens sels en dissolution, tels que le sulfate de zinc, de cuivre, le nitrate d'ar-> gent fondu , le deuto-chlorure de mercure.
Dans ces derniers temps , on a préconisé la suie de bois en décoction. Les lotions faites avec cette eau ont été regardées d'abord comme un véritable spécifique. On peut dire à peu près la même chose du chlorure de chaux. Quelques substances alcalines ont été employées utilement ; elles forment la base de la préparation des frères Mahon. Enfin la cautérisation avec le nitrate d'argent a produit de bons résultats , mais dans les favus limités à un petit nombre de croûtes : peut-être ces succès n'ont-ils été obtenus que dans les pseudo-teignes, si souvent confondus avec le porrigo favosa.
Je ne rappellerai pas tous les médicamens divers, hautement préconisés , puis tombés dans un complet oubli. Depuis les anciens jusqu'à nos jours , c'est surtout le traitetement externe qui a fourni une liste effrayante de recettes, et de compositions les plus variées. On peut dire que certains médicamens ont eu leur règne , et que la puissance qui leur était attribuée n'est pas aujourd'hui sans intérêt comme recherches scientifiques. On ne saurait d'ailleurs réfuter ou mettre au néant toutes les observations recueillies par des hommes dignes de foi. Il existe dans les annales de l'art des faits qui méritent un sérieux examen , et sur lesquels il est fort peu philosophique de se prononcer légèrement ou avec prévention. Je choisirai un exemple entre mille. Le lecteur jugera, par la citation suivante, de la valeur réelle ou fictive des méthodes à toutes les époques.
On trouve dans les annales de l'institut médico-clinique de Wurtzbourg, publiées en 1801, plusieurs observations remarquables sur l'emploi du charbon dans la teigne. Ce genre de traitement était particulier à Thomann , professeur
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en médecine à Wurtzbourg. Je rapporterai seulement deux de ces observations.
Premier cas. — Barbara Metz, âgée de treize ans , orpheline dès son bas âge , n'avait vécu dès lors que de charités ; son corps par conséquent avait été fort négligé , et quoiqu'elle eût soutenu les maladies ordinaires de l'enfance, elle était restée petite, pâle, cachectique, et elle avait à supporter toutes les privations de la pauvreté. Elle fut admise à l'institut clinique le 1er février, sans autre maladie que ces indices de faiblesse générale , et une teigne qui lui couvrait la tête. Cette affection ne paraissait pas tenir à aucun vice particulier de sa constitution , mais seulement à un vice local , effet de la malpropreté et du manque de soins qu'entraîne pour l'ordinaire une extrême indigence.
Les tégumens de la tête , dans toute leur étendue , mais surtout le cuir chevelu, étaient rongés par une multitude de petits ulcères, qui versaient une humeur ichoreuse tellement fétide qu'on pouvait difficilement en supporter l'odeur. Les cheveux collés ensemble formaient des masses sous lesquelles habitait une effroyable vermine : toute cette figure était horrible à voir. La considération des causes et des circonstances qui avaient précédé cette maladie, engagea à la traiter simplement comme locale. On coupa du mieux que l'on put tous les cheveux , et vers le soir on couvrit toute la partie de la tête qui était ulcérée avec de la poudre de charbon, que l'on maintint sur la peau au moyen d'un bandeau convenable.
Le lendemain matin , ayant bien dormi et ne se plaignant de rien, on lui lava la tête avec de l'eau tiède et un peu de savon ; ensuite on répéta l'application de la poudre de charbon , et l'on continua le même traitement jusqu'à l'entière guérison de la teigne. L'effet du charbon fut si manifeste , que déjà au troisième jour la fétidité était absolument dissi-
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pée ; que les ulcères ne donnaient plus qu'un pus de très bonne qualité, et qu'ils paraissaient tendre à l'état de guérison , et toutes ses fonctions se faisaient parfaitement.
Le cinquième jour, tous les ulcères étaient cicatrisés ; les tégumens étaient comme dans l'état de santé; ils ne présentaient nulle part ni gonflement , ni induration quelconque. Dans ces circonstances, la malade ne se plaignant de rien, et sa place dans l'hôpital étant devenue nécessaire, on la renvoya le 7 février, sans néanmoins la perdre de vue : l'on eut la satisfaction de s'assurer par la suite qu'elle n'avait éprouvé aucun retour de sa maladie.
Deuxième cas. — Michel Trost , étudiant , âgé de quatorze ans, avait toujours joui d'une bonne santé, quoique d'une constitution délicate. L'automne dernier , voyageant de MeUrichstadt à Wurtzbourg , où il se proposait de continuer ses études , la nécessité l'obligea, dans sa route, à se nourrir d'alimens grossiers ; souvent même elle le contraignit à supporter la faim. Son domicile, son lit, ses vêtemens, son linge, tout fut ensuite proportionné à son peu de moyens. Il négligea tout à fait le soin de son corps, s'a santé se dérangea, et il finit par contracter la teigne, maladie dont il n'avait jamais eu la moindre atteinte, tant qu'il avait vécu chez ses parens.
Le 12 juin , il fut admis à l'hospice de l'Institut pour en être traité. Il avait tout le cuir chevelu parsemé d'ulcères qUi fournissaient une humeur ichoreuse très fétide, et de tubercules douloureux, de différentes grandeurs , dont les uns étaient durs et sans ulcérations ; les autres , du sommet desquels suintait une humeur épaisse et collante , étaient couverts de croûtes dans lesquelles les cheveux agglutinés formaient des masses qui donnaient asile à beaucoup de vermine. Sa santé, d'ailleurs, ne paraissait pis affectîe, quoiqu'il fût pâle et maigre, et sa teign: fut ragardée comme une
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affection purement locale. On commença , ainsi que dans le cas précédent , par couper les cheveux , et tous les soirs on couvrit la tête de charbon pulvérisé, qu'on enlevait chaque matin avec de l'eau de savon. On mit le malade à la diète.
Le 13 juin , la matière fournie par les ulcères était beaucoup moins abondante , et sa puanteur était fort diminuée.
Le 14, elle n'avait plus d'odeur.
Le 15, les ulcères étaient presque entièrement desséchés.
Le 16, toutes les croûtes , qui précédemment recouvraient les ulcères , avaient disparu , et la peau se montrait à découvert. Les petits ulcères étaient cicatrisés, et les tubercules durs étaient affaissés ou du moins ramollis.
Le 18, la tête se trouva parfaitement nettoyée. On continua néanmoins les mêmes moyens pendant quelques jours encore. De meilleurs alimens ramenèrent les fonctions comme dans la plus parfaite santé. Le 30 juin , le malade sortit de l'hôpital très bien portant.
Ces deux observations sont à coup sûr fort intéressantes. Les caractères du porrigo favosa ne se trouvent peut-être pas aussi exactement indiqués dans le premier cas que dans le second, mais on ne peut toutefois les méconnaître. Quant à la seconde observation, la constatation seule des tubercules douloureux et de différentes grandeurs démontre sans réplique qu'il s'agit bien d'un porrigo favosa. Les annales de l'institut médico-clinique de Wurtzbourg renferment d'autres observations de teignes guéries par l'emploi du charbon. Les réflexions que suggèrent de pareils faits doivent être, pour tous les praticiens, d'un assez haut intérêt.
Porrigo scutulata. Bateman dit que le nom vulgaire de cette maladie est celui de ver en forme d'anneau. On ne retrouve pas là l'exactitude que renferment ordinairement les expressions populaires. Ainsi il n'y a qu'une analogie forcée entre ce que les Allemands appellent ver en forme d'anneau,
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et les taches rouges circulaires qui paraissent au début du porrigo scutidata.
À peine les taches rouges circulaires sont devenues apparentes, qu'il s'élève de leur centre de petites pustules jaunes. Ces pustules peuvent être comparées à une sorte d'incrustation de l'épiderme, car elles n'interrompent pas le niveau de la peau. Elles ne tardent pas à se confondre et à se dessécher immédiatement. C'est ainsi que des écailles se forment sur chaque tache, et que leur accumulation est l'élément de croûte plus ou moins épaisse et saillante.
Lorsque les écailles tombent, on voit qu'elles cachaient une peau rouge et parsemée de petits boutons , qui ne sont autres que de nouvelles pustules se présentant sous une forme globuleuse. Le pus qu'elles contiennent donne lieu à des croûtes qui augmentent l'étendue des taches, attendu que l'éruption se fait à leur circonférence.
Maintenant, si on admet que l'éruption s'étend ainsi sans être paralysée par aucun traitement, elle envahit toute la tète, qui semble coiffée par une seule et vaste croûte. En effet, l'aspect du porrigo scutidata, arrivé à son plus haut point de développement, offre une des images le plus hideusement pittoresques.
Les croûtes , par leur réunion successive et leur épaississement gradué, forment en définitive une masse compacte, uniforme , qui , en se moulant sur tout le crâne , l'embrasse à la manière d'une calotte. Cette calotte est débordée à peu près de tous côtés par une sorte de couronne de cheveux grêles et lanugineux. C'est seulement à ces limites, c'est-àdire à la circonférence de la calotte , qu'on retrouve la forme caractéristique du porrigo scutidata. Les contours de cette vaste croûte ou calotte, se dessinent par des segmens de cercles de diverses grandeurs qui reproduisent le type de l'éruption. Enfin ce qui achève de donner m porrigo scutu'ata son cachet spécial , c'est la couleur des croûtes sèches , friables ,
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qu'on a comparées au plâtre tombé des murs. Ce qn'Alïbert appelle teigne granulée donne une idée exacte de la maladie , à l'aide d'une expression heureuse.
Dans le porrigo scutulata, on ne Voit aucune dépression centrale ou en godet, comme dans le porrigo favosa, de sorte qu'il est difficile de voir deux variétés de la même maladie mieux séparées par des caractères absolument spéciaux.
Le porrigo scutulata est essentiellement contagieux. Il peut se prolonger pendant plusieurs années; et, s'il existe chez des enfans de trois ou quatre ans , le traitement est épineux. La reproduction des pustules , celle des écailles et des ulcérations , constituent une des phases de la maladie que l'on observe souvent plusieurs fois , à des distances indéterminées. Dans ce cas la guérison est éloignée; mais lorsque les exfoliations ne récidivent pas, et que surtout les cheveux reviennent à leur état normal , alors on peut regarder la maladie près de son terme.
Traitement. Il est presque identique à celui du porrigo favosa, et il ne présente aucune indication particulière digne de remarque. Uiodure de soufre paraît avoir eu un succès assez grand dans les cas de porrigo scutulata rebelles.
On ne voit pas que les auteurs les plus distingués aient rien ajouté à la thérapeutique de cette affection qu'on ne retrouve dans le traitement du porrigo favosa. Bateman, tout en répétant ce qu'il dit précédemment pour le porrigo favosa , donne une assez longue énumération des médicamens qu'il croit propres à combattre le porrigo scutulata. On peut seulement voir en cela la tendance ordinaire des médecins allemands vers la polypharmacie. Cependant Bateman se loue beaucoup de l'emploi d'un moyen accessoire et dont il a vu souvent de bons eifets. Lorsque les taches, dit-il, sont frappées d'une sécheresse et d'une inertie très
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fortes, des remèdes plus caustiques (1) sont souvent très utiles. Ainsi, j'ai vu concourir d'une manière très efficace à ta guèrison, une lotion contenant depuis trois jusqu'à six grains de nitrate d'argent dans une once d'eau distillée.
Enoncé sommaire des diverses espèces de porrigo, pour servir de base au diagnostic de cette affection.
Dans cet énoncé extrêmement succinct des différentes espèces de porrigo, je ne m'occuperai que de celles admises par Willan. J'indiquerai quelques synonymies, c'est-à-dire que je prendrai parmi les dénominations imposées à la teigne, celles qui répondent à une des six variétés de Willan, Ces indications suffiront pour avoir une idée exacte de tous les genres de porrigo et pour éviter toutes méprises grossières.
Porrigo larvalis : Croûtes épaisses voilant les traits de
(Teigne muqueuse d'AuiBERT.) la face. Affection presque exclusivement réservée aux enfans.
Porrigo fur fur ans : Dessication rapide d'un fluide pro-
( Teigne furfuracée.) duisant de nombreuses écailles la-
melleuses , feutrant les cheveux qui offrent une couleur grisâtre et chatoyante.
Porrigo lupinosa : Croûtes sèches, circulaires, d'un
(Favus squarrosus, Alibert.) jaune blanc, ayant h leur centre
une dépression semblable aux semences du lupin.
Porrigo scutulata : A été décrit.
( Teigne granulée d'A liberté
(1) Bateman, dans ce qui précède ce passage, parle de lotions contenant les sulfates de zinc et de cuivre , ou Toximuriate de mercure.
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Porrigo decalvans : Taches plus ou moins circulaires
rendant chauve la partie sur laquelle elles ont leur siège. La surface dénudée est unie, brillante et d'une blancheur remarquable.
Porrigo favosa : A été décrit.
Maintenant je n'établirai pas, selon la méthode de beaucoup d'auteurs, une comparaison entre chaque espèce de porrigo et les maladies analogues avec lesquelles on peut les confondre. Ces redites continuelles, sur des sujets déjà traités , nuisent essentiellement à la clarté d'un ouvrage et en rendent la lecture pénible. Il y a sans doute des circonstances où le diagnostic ne peut s'établir que par le rapprochement des affections qui semblent se confondre au milieu d& caractères communs. Hors ces cas, il suffit de mettre en opposition les variétés d'une seule et même maladie , et non toutes celles de Y ordre entier où cette maladie se trouve* classée.
ORDRE V
INFLAMMATIONS PAPULEUSES.
PAPULES.
Cet ordre se distingue par l'extrême simplicité des phénomènes qui le caractérisent, et par le petit nombre de maladies qu'il comprend, Les papules , en effet, ne diffèrent entre elles que par la grosseur. On les retrouve partout identiques à elles-mêmes , ce qui ne se rencontre pas dans les autres ordres. Afin de donner à cette remarque toute la précision nécessaire, j'opposerai le caractère souvent complexe des pustules à celui des papules, dont l'uniformité est palpable.
Les pustules sont phlymciëes, psydraciëes, selon que leur base est ou non enflammée. On les appelle favi, achores, lorsqu'elles ont un siège spécial ou un caractère unique.
Les papules s'offrent sous la forme de petites saillies presque toujours sphériques, uniformément résistantes sous le doigt. Elles ne changent pas ordinairement la couleur de la
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peau, qu'elles rendent quelquefois d'un blanc mat. Elles peuvent cependant se montrer à leur début comme de petits points rouges. Un prurit, plus ou moins intense, les accompagne constamment. Elles affectent essentiellement une marche chronique, et ne sont jamais contagieuses.
Les papules, d'après le sentiment commun des auteurs, paraissent dues à un état morbide des papilles; alors leur forme s'exagère, et les phénomènes qui viennent d'être décrits sont très appréciables.
Bateman dit qu'un épanchement léger de lymphe a lieu, ce qui donne une apparence vésiculeuse aux papules : il ajoute toutefois que le liquide est résorbé sans rupture de l'épiderme.
Willan affirme au contraire que les papules ne contiennent jamais ni sérosité ni pus. L'opinion de Willan me paraît moins fondée que celle de Bateman , d'accord avec les lois de la physiologie. Si on convient que les papules ne sont qu'un état morbide des papilles , ayant pour cause l'inflammation, il est difficile d'admettre que ces papules ne contiennent pas , au moins quelquefois , la lymphe dont parle Bateman. Il n'y a sans doute aucun épanchement au dehors, et tel est le caractère de cette éruption. Mais la cause secrète qui préside à la forme élémentaire des affections cutanées échappant aux explications, il faut s'en tenir aux faits. Or ces élevures de la peau , ces éminences résistances ne sont certes pas un simple épaississementde l'épiderme. La forme sphérique des papules décèle le travail particulier dont les papilles sont le siège. L'apparition et la disparition des papules dépendent d'un mouvement manifeste d'exhalation et d'absorption. Ce qui établit une distinction bien tranchée entre les pustules et les papules , c'est que la matière des premières s'épanche toujours au dehors , et que celle des secondes ne saurait franchir la résistance que lui présente l'épiderme : peut-être y a-t-il là un ordre de phé-
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nomènes identiques, les uns occultes, les autres appareils.
Le siège ordinaire des papules est principalement aux membres, et en général dans le sens de l'extension. L'éruption , le plus souvent locale , est quelquefois répandue sur tout le corps. Elles laissent ordinairement sur la peau , dont elles changent la couleur, des traces de leur existence.
Les maladies papuleuses sont au nombre de deux : le lichen et le prurigo,