‹ Étude et traitement des maladies de la peau, précéd é d'une notice sur la méthode Boyveau-Laffecteur, du poëme de Barthélemy sur la syphilis, et terminé par un formulaireChapitre 59 sur 115 · LEPRE · texte numérisé non relu

LEPRE

Le mot lèpre est un de ceux qui, après avoir passé par le crible des traducteurs, n'a plus actuellement qu'un sens assez obscur. Il faut franchir plusieurs siècles pour arriver , à travers la science des commentateurs , à une étymologie à peu près certaine de ce mot lèpre. Comme il s'agit d'une maladie d'un grand intérêt , on ne peut négliger ici quelques unes de ces recherches laborieuses qui , à l'égard de beaucoup d'autres sujets , sont de véritables superfétations.

C'est dans la plus haute antiquité que se trouvent les irrécusables témoignages sur l'existence du fléau dont nous parlons. Le chef du peuple juif, Moïse, a donné, dans le Lévitique, des règlemens relatifs à la lèpre. Les Juifs ont-ils importé la lèpre en Egypte , ou la maladie existait-elle dans cette contrée avant leur arrivée? 11 est difficile de répondre à cette question ; mais est-il nécessaire d'aller au delà de ce que nous apprend le Lévitique , le plus ancien écrit que les

INFLAMMATIONS SQUAM3IEUSES. — LÈPRE. 485

hommes puissent invoquer? Ce qui est certain, c'est que les Juifs , en quittant l'Egypte , ne purent guérir de la lèpre , qu'ils emportèrent avec les dépouilles de leurs ennemis.

Cette affreuse maladie s'est entretenue au milieu de la nation juive , par suite des usages et des mœurs qui en furent les causes premières. Cependant les rois de Judas reproduisirent, suivant les époques, les lois destinées à arrêter les progrès de ce fléau. Les livres sacrés renferment , sur la lèpre , des documens bien précieux ; les descriptions qu'ils nous donnent révèlent sans doute une maladie qui nous est inconnue, mais qui, pendant des siècles, a désolé tant de nations. On sait avec quelle énergie effrayante le livre de Job nous parle de la lèpre.

Après avoir pris le peuple israélite comme point de départ pour l'histoire de la lèpre , il est utile néanmoins de remarquer qu'en suivant l'ordre chronologique , on pourrait assigner à cette maladie une origine plus ancienne : toujours est-il que le peuple juif peut seul nous donner à ce sujet une date certaine.

Les écrits des bonzes, des brames, etc., attestent que la lèpre existait chez eux depuis un temps immémorial ; les plus illustres auteurs ont parlé de cet horrible mal comme d'une des calamités qui doivent être enregistrées par l'histoire.

Xénophon nous apprend qu'il était extrêmement commun chez les Scythes ; Palîas a nommé la lèpre , en lui donnant le nom de mal de Crimée; on sait que la lèpre existait à Damas , capitale de la Syrie; Hérodote donne des détails sur le bannissement des lépreux ; Arisloie a désigné, sous le nom de saturia, une maladie que l'on croit identique à la lèpre : quelques savans commentateurs disent que cette affection était celle qu'on supposait exister chez les satyres.

Les traditions si anciennes de la Chine démontrent non seulement l'existence de la lèpre , mais font encore connaître la nature des remèdes destinés à la guérir.

486 INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — LÈPRE.

Si la lèpre a été observée en Afrique , à des époques assez rapprochée de nous , il faut nécessairement croire que cette maladie a toujours été connue dans cette vaste contrée , dont l'histoire est enveloppée de tant d'obscurité pour nous.

Il est bien plus facile de constater que la lèpre , retrouvée dans le nouveau monde , y serait un mal endémique. Colomb et Oviedo parlent de cette maladie de manière à justifier pleinement cette opinion.

Alibert pense que la lèpre n'a été connue en Europe qu'à dater de l'époque où les armées romaines revinrent de leur expédition d'Asie ; on invoquerait à ce sujet les ouvrages de Celse, d'Arëtëe, à'Archigène, d'Aëtius, de Paul d'Egine, etc. Ce qui prouve évidemment que la lèpre était alors pour les Romains une maladie nouvelle, c'est que les médecins de cette époque la décrivirent avec l'exagération née d'une première impression.

Les communications qui s'établirent entre les peuples d'Orient et ceux d'Occident propagèrent une maladie , qui toutefois se montra assez rarement dans les premiers temps de la monarchie française. Des lois particulières furent rendues au sujet de la lèpre , et les fameuses Décrëtales grégoriennes furent de ce nombre.

Vers la fin du xne siècle , c'est à dire lorsqu'eut lieu le retour des croisés en Europe, la lèpre vint reprendre, dans cette partie du monde , son terrible droit de domicile. Depuis Charlemagne jusqu'à l'époque des premières croisades, ce fléau avait disparu au point que les auteurs de ce temps ne le décrivirent que sur la foi d'autrui. Le séjour des chrétiens dans la Terre-Sainte , les maux inouïs que souffrirent les armées dans ces contrées, engendrèrent plusieurs maladies terribles et firent revivre la lèpre : celle-ci se développa par les mêmes causes, qui, de nos jours, produisent sous le même ciel la même maladie.

Les auteurs les plus remarquables, qui à cette époque

INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — LÈPRE. 487

donnèrent des descriptions exactes de la lèpre, furent Hugues de Pise, Thëodoric de Cervia, Lanfranc, Bernard Gordon, etc.; à une époque un peu plus éloignée , on peut citer, comme ayant écrit sur le même sujet , les noms célèbres de Jean Vigo, de Paracelse, etc.

Cependant, du temps de Paracelse, la lèpre commençait à devenir plus rare sans avoir entièrement disparu. Il n'est peut-être pas sans intérêt de rappeler que ce fut à l'occasion des lépreux que s'éleva l'ordre si fameux de Saint- Jean de Jérusalem , et que Louis YIII en dota par testament deux mille qui se trouvaient en France à la mort de ce prince.

C'est à l'influence du climat de la France qu'on doit les changemens qui s'opérèrent dans le caractère de la lèpre. Les observations sur cette maladie devinrent constamment plus rares. Jean de Vigo, au xvie siècle , ne pouvait citer qu'un seul cas; Beniveni, de Florence, et Frascator regardaient la lèpre comme une maladie presque inconnue.

La lèpre , étant restée malheureusement endémique dans plusieurs contrées, reparut à des époques indéterminées. La nature du sol de l'Europe, les progrès de la civilisation, ceux des sciences médicales , ont singulièrement contribué à lui enlever de sa gravité. Les affections , décrites aujourd'hui sous le nom de lèpre, s'éloignent sans doute beaucoup de leur type primitif. Peut-être n'y a-t-il pas unité parfaite d'opinion sur les caractères pathologiques de la lèpre telle qu'on la connaît aujourd'hui ; cependant on ne peut méconnaître que les maladies désignées actuellement par le mot lèpre n'aient entre elles les plus grands rapports. Les affections appelées mal rouge doivent être rapportées à la lèpre. Il en est de même de la Pellagre des Milanais , ou de ce que les Islandais entendent par likrâa , ou encore du terme de radesyge, adopté par les Norwingiens.

Maintenant les plus grands dermatologistes français ou étrangers s'accordent à reconnaître que la lèpre est une dar-

433 INFLAMMATIONS SQLAMMEUSES. — LÈPRE.

ire de l'ordre des squammes. Cette dartre est caractérisée par une forme spéciale , et présente diverses variétés d'un intérêt d'autant plus puissant pour l'observateur, qu'elles sont en quelque sorte les derniers vestiges de la lèpre ancienne. La définition de la lèpre, d'après Wiïïan, étant généralement adoptée, je la reproduirai textuellement. Cet auteur s'exprime ainsi :

« La lèpre est caractérisée par des plaques écailleuses, de v différentes dimensions , mais qui ont presque toujours une » forme circulaire. »

On distingue , dans cette maladie, plusieurs variétés : la lèpre vulgaire , lepra vulgaris , lepra alphoïdes et lepra nigricans. Alibert a compris, dans le sixième groupe de sa classification , les dermatoses lépreuses sous les dénominations suivantes : lence, sjriloplaxie , élëpkanliasis , radesyge. A l'imitation de Wïllan, je ne m'occuperai que de la variété appelée lepra vulgaris, dartre furfuracée arrondie d' Alibert. Quelques mots suffiront pour faire connaître les autres espèces de lèpre, ou les maladies qui s'y trouvent liées étroitement par la similitude de leurs caractères.

Lepra vulgaris. — C'est la lèpre proprement dite , telle qu'on l'observe actuellement , indépendamment des variétés dont j'ai parlé. Cette maladie s'annonce par de petites variations rougeâtres , arrondies, saisissantes à la peau, qui est Luisante dans les intervalles. Cette éruption à peine accomplie, de légères écailles blanches apparaissent au sommet des petites élévations; on les voit alors se dilater progressivement et prendre, dès ce moment, cette forme circulaire qui distingue la lèpre.

Les écailles, qui , à leur première apparition , sont si minces et si peu durables , se trouvent immédiatement remplacées par des squammes plus épaisses , dont les bords sont rouges et légèrement tuméfiés. Il s'opère dans la superposition des écailles un arrangement tel, que c'est par les

INFLAMMATIONS SQUAMMELSES. — LÈPRE. 489

bords que les plaques de la lèpre s'épaississent ; le centre reste libre, et cette forme arrondie, type de l'éruption, s'étend quelquefois jusqu'à un ou plusieurs pouces de diamètre.

Le siège de la lèpre peut exister sur tous les corps ; mais c'est aux membres qu'est le lieu d'élection de la maladie. Bateman remarque que la lèpre commence le plus ordinairement sur les extrémités , partout où les os sont les plus rapprochés de la surface , principalement au dessous du coude et du genou , et communément sur les deux bras et les deux jambes dans le même moment. Les plaques squammeuses de la lèpre, à partir de ce premier point de développement, s'étendent vers d'autres régions du corps. La poitrine, les épaules , les lombes , et surtout la partie inférieure du basventre , dit Baleman , sont successivement envahis par l'éruption ; les mains deviennent aussi malades, quelquefois le cuir chevelu , mais rarement la face , qui , dans ce cas , offre des écailles aux angles externes des yeux, au front et aux tempes. Dans quelques cas, les ongles des doigts et des orteils offrent un état morbide remarquable : leur couleur devient opaque, ils épaississent , et, s'altérant dans leurs formes , présentent une courbure marquée.

La lèpre est en général de longue durée, et offre dans sa marche de fréquentes récidives ; on l'a vue se prolonger des mois et même des années. Les fonctions générales se trouvent peu altérées, et c'est seulement lorsque les plaques ont acquis un certain degré d'épaisseur que les mouvemens sont gênés dans le voisinage des articulation. Les symptômes de la lèpre, portés à un degré élevé d'intensité, s'annoncent par l'inflammation violente de la peau , des douleurs excessives, qui, en ébranlant vivement la sensibilité, jettent les malades dans le trouble et l'anxiété.

Les causes de la lèpre sont à peu près inconnues; je pense que , pour des maladies semblables , il est sage de ne pas chercher à poser des préceptes qui seraient démentis par

490 INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — LÈPRE.

l'expérience. Bateman reconnaît qu'il n'est pas aisé de remonter aux causes de la lèpre ; il cite toutefois quelques cas de lèpre survenus immédiatement après l'ingestion de certains alimens, tels que des potages épicés, le vinaigre , le gruau même, qui certes n'offre aucune qualité stimulante. Bateman, en convenant que ce sont là des anomalies, ne jette aucun jour sur les points obscurs de cette maladie. Willan n'a pas été plus heureux en attribuant l'origine de la lèpre à l'impression du froid humide ou à l'action de certains corps pulvérulens sur la peau. Les différens âges ou le sexe ne fournissent pas de notions plus précises sur les causes immédiates de cette redoutable affection. On a encore prétendu expliquer son développement par l'effet de certaines impressions morales vives, comme la colère, un chagrin violent, etc. Or, après avoir parlé des causes d'une maladie aussi conjecturalement, le médecin ne peut invoquer aucun fait positif, et il a réduit la science à de vaines recherches. Il faut donc attendre que de nouvelles observations nous fassent connaître de quelle nature sont les causes déterminantes delà lèpre, chose qui, aujourd'hui, nous est absolument inconnue.

D'après la description des phénomènes qui caractérisent la lèpre , il serait difficile de la confondre avec une autre maladie ; cependant , avant de rappeler le nom des affections qui pourraient offrir quelques traits de ressemblance , je donnerai une simple esquisse des variétés appelées lepra alphoïdes et lepra nigricans.

Bateman a fort bien décrit ces maladies. Il serait à désirer que les auteurs eussent en général adopté la méthode de ce pathologiste, dont le style se distingue par une clarté et une précision fort rares.

La lèpre alphoïde peut être regardée , par la nature de ses symptômes , comme un diminutif de la lèpre vulgaire ; la dimension de ses plaques ne va pas au delà de quelques

INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — LÈPRE. 491

lignes ; elle est remarquable par la petitesse et la blancheur de ses écailles. Le siège de cette affection est aux extrémités ; les enfans sont plus souvent attaqués que les adultes.

La lèpre nigricans , par la couleur brune et livide de ses plaques , surtout sur les bords , offre des symptômes que son nom exprime exactement. Lorsque les écailles tombent , elles laissent voir une peau excoriée et souillée par une sérosité sanguine qui s'arrête par la formation de nouvelles squammes.

La lèpre ne saurait donc se montrer que sous trois aspects distincts , et il faut remarquer que pour cela on doit renfermer la maladie dans les limites posées par la plus rigoureuse observation. On verra que ce principe est d'autant plus important, que les trois affections qui, avec la lèpre, composent tout l'ordre des squammes , ont entre elles une telle intimité de rapport , que la confusion deviendrait inévitable , si on n'avait recours à la méthode analytique la plus sévère.

Le diagnostic de la lèpre ne présente pas ce genre de difficultés qui , dans certaines maladies de la peau , peuvent mettre en défaut la sagacité même d'un médecin instruit. Les affections dont les symptômes ont quelques points de contact avec la lèpre , sont en petit nombre.

Le porrigo scutulata peut offrir une trompeuse ressemblance avec la lèpre ; mais c'est seulement à une certaine époque. En général, tous les symptômes de maladies différentes, et qui semblent de même nature, perdent en très peu de temps leur apparente identité. On ne peut absolument comparer les maladies de la peau , de formes élémentaires opposées, qu'au début ou au déclin de leurs symptômes ; alors la maladie n'a plus qu'un caractère douteux ; mais les moyens de vérification sont si faciles, qu'une erreur matérielle n'est guère admissible.

Ainsi le porrigo scutulata pourrait être pris pour la lèpre , mais au commencement ou à la fin , lorsque la chute des croûtes laisse après elles des surfaces rouges de formes

41)2 INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — LÈPRE.

circulaires ; cependant, en se rappelant quel est le siège du porrigo , en se réglant sur son caractère contagieux et l'éruption des pustules qui ne tardent pas à trahir sa nature, on sera sur-le-champ éclairé.

Certaines syphilides tuberculeuses simulent parfois la lèpre; mais leur teinte cuivrée est un signe trop distinctif pour qu'il reste méconnaissable. D'ailleurs les tubercules des syphilides ne sont pas couverts de squammes , et la forme annulaire résultant de leur disposition diffère essentiellement des plaques circulaires de la lèpre.

Le psoriasis guttata a , il est vrai, des plaques isolées, qui simulent assez bien la lèpre à son déclin; mais leur forme plus petite, irrégulière surtout, et enfin leur centre qui n'est jamais intact, comme dans les plaques de la lèpre, sont autant de circonstances qui séparent les deux maladies aux yeux de l'observateur le moins attentif.

Traitement. — Le nombre des médicamens opposés à une maladie est toujours en raison de sa gravité et du caractère spécial qui lui appartient; sous ce rapport, la lèpre a dû solliciter des thérapeutistes la fécondité des remèdes exceptionnels. En effet, on a cherché des moyens spécifiques, et l'on a oublié que, selon l'adage d'un sage moderne, il n'y a pas de remèdes, il n'y a que des méthodes. Au milieu des nombreux traitemens appliqués à ce genre de maladie, on a généralement reconnu que ces traitemens comprenaient deux catégories distinctes : les médications externes et les médications internes ; or les unes et les autres embrassaient définitivement cet ensemble des moyen usités contre toutes les maladies. La richesse de certains traitemens n'est donc réellement que la pénurie de ressources fastueusement déguisée.

Il est un précepte de toute importance pour la thérapeutique des maladies de la peau : plus le mal occupe une sur-

INFLAMMATIONS SQLAMMEUSLS. — LÈPRE. i95

face étendue de l'enveloppe tégumentaire , et moins on a le droit de compter sur la puissance exclusive du traitement externe. On conçoit que les sympathies qui établissent entre la peau et les autres organes d'étroites relations , ne sont mises en jeu que dans des conditions déterminées. Si la lèpre est purement locale et se borne à quelques plaques fixées aux extrémités, les viscères ne prendront aucune part à 1 état phlegmasique de la peau ; mais, dans ces lèpres générales qui bouleversent les formes du corps et sévissent avec une effrayante intensité, alors le trouble des grandes fonctions se déclare, et le traitement s'adresse nécessairement à ces organes importans qui renferment les sources de la vie.

D'après ces considérations , un médecin physiologiste doit adopter la division du traitement de la lèpre , en interne et en externe, comme étant tout à fait rationnelle.

Traitement externe. — Les indications principales qui réclament ce genre de traitement sont ainsi déterminées par les auteurs : plaques squammeuses , abondantes , épaisses , couvrant une grande partie de la périphérie du corps ; bains simples, boissons délayantes, régime sévère. L'inflammation est-elle développée, et par conséquent la peau rouge dans une grande étendue, la saignée générale est indispensable. Les émissions sanguines locales doivent être proscrites ; elles ajouteraient à l'irritation qu'on veut combattre, et d'ailleurs seraient souvent impraticables.

Lorsque le sujet n'est point dans un état cachectique, et que son âge et le degré de ses forces semblent appeler les ressources des topiques, on essaiera, parmi ces derniers, ceux dont l'expérience a le mieux constaté les propriétés curatives. Les lotions composées, dans lesquelles entraient la brioine, Y alun {calciné; les onguens ou pommades dont le goudron forme la base; les bains de mer, les frictions, l'usage externe des eaux sulfureuses; les lotions avec la crème de lait, le

494 INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — LÈPRE.

saindoux frais , le beurre, sont autant de moyens que l'on a proposés , et qui ont eu des succès plus ou moins décisifs. Il est impossible de ne pas mentionner la pommade de Biett, qui n'est autre que Yiodure de soufre incorporé dans l'axonge. Cette préparation a fait obtenir des résultats très avantageux.

Traitement interne. — La douce-amère a obtenu, dans le traitement de la lèpre , une célébrité qui lui assigne le premier rang parmi les médications employées à l'intérieur; c'est le docteur Crichton, de Londres, qui l'a mise en crédit et lui a valu en quelque sorte le nom de remède spécifique. Les feuilles et les tiges de cette plante ont été administrées en décoction , à la dose de deux ou trois onces dans la journée. Bateman dit que la décoction de cette plante, mais dans de plus grandes quantités, est avantageusement employée en lotions, lorsque les vaisseaux superficiels sont frappés d'un certain degré de torpeur.

La teinture de cantharides, la solution de Fowler, sont des médications qui donnent la mesure du genre de traitement mis en usage contre la lèpre. Je n'en fais mention que comme histoire de la maladie, et je renvoie aux traités ex professo, pour la thérapeutique spéciale de la lèpre.

Lorsque les moyens externes et internes ont été employés selon les indications que présentent les diverses nuances de la maladie , le traitement hygiénique est le complément indispensable de toutes les autres médications quelles qu'elles soient. C'est en modifiant à propos les devoirs de la profession, le régime habituel, etc., qu'on parvient à dompter un mal pour lequel le médecin doit appeler à son aide toutes les ressources de son art.

INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — PSORIASIS. 495

PSORIASIS.

Le médecin qui n'est asservi à aucune idée systématique apercevra inévitablement les connexions étroites qui existent entre certaines affections de la peau. Le psoriasis est plutôt une variété de la lèpre qu'une maladie distincte. Il y a sans doute des nuances qui séparent les phénomènes morbides de Tune et de l'autre ; cependant on avait déjà reconnu que le psoriasis guttata n'était qu'un intermédiaire entre la lèpre et le psoriasis ; mais le psoriasis lui-même renferme de nombreuses variétés ; Willan en compte jusqu'à onze , auxquelles il a donné des noms particuliers. Les observations de détails tendent souvent à surcharger les classifications , en multipliant les choses qu'il faudrait généraliser.

Ainsi le psoriasis ne présente réellement que trois espèces ; mais , d'après la forme de l'éruption , l'intensité des symptômes et surtout le lieu d'élection , chacune de ces espèces peut constituer un nombre considérable de variétés : on doit les rallier aux divisions principales de la maladie , dont elles ne sont que de simples corollaires.

En faisant abstraction de la forme des plaques du psoriasis, on les voit s'élever au dessus du niveau de la peau, et recouvertes par des écailles minces d'un bleu nacré ; l'éruption, bornée à ces seuls phénomènes, différerait peu de toutes celles qui se rapportent à l'ordre des squammes ; mais voici les caractères particuliers qu'on peut leur assigner : le bord des plaques n'est point élevé ni enflammé ; le contour est irrégulier , tandis que dans la lèpre , par exemple , il est ovale ou circulaire ; si on examine la peau située sur les écailles , on la voit souvent sillonnée dans son épaisseur , et ces fissures , plus ou moins profondes , dépendent du degré d'intensité de la maladie. Les symptômes propres à chaque

496 INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — PSORIASIS.

espèce de psoriasis doivent seuls compléter la description exacte de cette affection squammeuse.

Psoriasis guttata. — L'éruption apparaît d'abord sons la forme de petits points rouges, qui sont déjà recouverts d'une écaille légère ; les plaques se dessinent ensuite , et elles sont larges et irrégulièrement circonscrites, selon Bateman ; Willem et d'autres les désignent comme petites et arrondies. Ces contradictions apparentes dépendent de l'époque à laquelle on observe la maladie , chose qui n'est jamais rigoureusement indiquée par les auteurs ; cependant les plaques dépassent rarement deux ou trois lignes , et c'est sans doute avant qu'elles aient atteint cette dimension qu'on trouve ces différences de grandeur ou d'épaisseur , qui ne sont alors que relatives ; les plaques sont plus élevées au centre qu'aux bords , et prennent en quelque sorte la forme d'un disque ; lorsque l'éruption est complète, les plaques sont un peu disséminées , et c'est la manière dont elles sont espacées en général qui leur donne l'apparence de gouttes provenant d'un liquide que l'on aurait laissé tomber çà et là sur la peau.

Le siège de cette éruption peut être sur toutes les parties du corps et même à la face ; la partie postérieure du tronc et la face externe des membres sont les régions où on observe communément le psoriasis guttata. Il est rare que des symptômes généraux précèdent cette maladie ; lorsque toutefois cela a lieu , les malades éprouvent des douleurs générales et une fièvre légère. Cette variété a une marche rapide chez les en fans; mais on la rencontre plus particulièrement sur les adultes , alors elle se développe lentement.

Psoriasis diffusa. — On retrouve, dans cette variété, une ressemblance marquée avec la lèpre. En effet, ce qui frappe principalement dans le psoriasis diffusa, c'est la largeur des plaques, leur forme plate, anguleuse, et la disposition qu'elles ont à se confondre ; de leur réunion résulte parfois une seule plaque, qui peut couvrir presque toute la totalité

INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — PSORIASIS. Wl

d'un membre : ce qui donne à ces parties un aspect hideux, Bateman a expliqué ainsi la formation de ces plaques uniques , qui couvrent des surfaces étendues : « Quelquefois ces » éruptions étendues paraissent en même temps ; mais , dans » d'autres circonstances , elles sont le résultat de nombreux )> soulèvemens de l'épiderme, sur lesquels des écailles peti- » tes , distinctes , adhérentes par un point central , sont bien- » tôt formées et sont bientôt progressivement réunies , par » l'inflammation de l'épiderme qui s'interpose entre elles. A » mesure que la maladie fait des progrès , la rougeur aug- » mente et la peau paraît épaissie et enflée ; elle présente » des sillons profonds ou des fissures qui produisent des in- » tersections, et qui contiennent une substance farineuse eu » une teigne très mince, »

J'ai cité ce passage de Bateman parce qu'il renferme une description exacte des symptômes principaux de la maladie , et que cette description est basée sur l'observation des faits , et non sur une théorie quelle qu'elle soit.

Le psoriasis diffusa occupe surtout les membres ; comme toutes les éruptions de ce genre , celle-ci peut se développer exceptionnellement sur le dos , l'abdomen , etc. ; lorsque les plaques se multiplient, qu'elles acquièrent de l'épaisseur, des fissures surviennent, et si les poignets, les doigts, sont le siège des plaques , l'épiderme se détache et tombe sous forme de plaques larges et irrégulières.

Psoriasis inveterata. — Lorsque, dans une éruption cutanée quelconque, les symptômes arrivent au degré d'intensité le plus élevé , les caractères extérieurs de la maladie se présentent sous un aspect différent : rien n'est changé , mais on peut dire que tout est déguisé ; par exemple, le psoriasis diffusa, dont on vient de parler, offre une opposition complète dans les symptômes si on l'observe sur des plaques isolées, ou d'après ces vastes croûtes squammeuses qui enveloppent des portions de membres.

498 INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — PSORIASIS.

Le psoriasis inveterata n'est autre que la maladie portée à son summum d'intensité. La nature des phénomènes qui distinguent cette variété est des plus remarquables. Bateman regarde également le psoriasis inveterata comme la plus grave modification de la maladie , mais il lui attribue une sorte d'état mixte qui ne peut être admis : c'est ainsi qu'il dit que cette variété est quelquefois le dernier degré du psoriasis diffusa, et parfois une suite du prurigo senilis. Dans les maladies de la peau , la limite infranchissable , c'est la forme élémentaire et primordiale : or, une maladie, pour être la suite d'une autre maladie , devrait changer de type , ce qui est un non sens.

Le psoriasis inveterata commence à peu près comme dans les autres variétés ; mais l'éruption a une tendance marquée à devenir confluente. Les plaques, de distinctes qu'elles étaient , ne tardent pas à couvrir quelquefois tout le corps : la face est en partie exceptée ; la peau , dont les propriétés vitales sont profondément altérées , s'épaissit et se sillonne de toutes parts; les squammes, interrompues dans leur continuité , se résolvent , pour ainsi dire , en une matière pulvérulente qui emplit les nombreux sillons creusés dans l'épaisseur du derme. Lorsqu'on saisit la peau afin d'en apprécier l'épaisseur, on reconnaît, à son degré de rudesse, au nombre des écailles qui s'épanouissent en quelque sorte sous les doigts , jusqu'à quel point la désorganisation est portée dans ce tissu.

Les écailles qui recouvrent les plaques sont si abondantes , que leurs débris couvrent souvent les draps du lit du malade ; les ongles éprouvent des changemens tellement fâcheux, qu'ils deviennent opaques , épais et recourbés : rien ne démontre mieux la nature épidermoïque des ongles que leur participation complète aux affections de la peau.

Psoriasis gyrata. — Cette variété ne doit être mentionnée que pour sa rareté et à cause de la forme bizarre de ses pla-

INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — PSORIASIS. 499

ques ; celles-ci ont des raies dont la direction tortueuse ressemble à celle des vers, des sangsues, etc.; quelquefois les plaques sont absolument contournées comme des anneaux.

Je suivrai ici la division adoptée par Bdteman, en plaçant, après la description des variétés du psoriasis , l'indication sommaire des divers symptômes entièrement relatifs au siège de cette maladie. Indépendamment des quatre variétés énoncées précédemment, le psoriasis est souvent local: dans ce cas , il ne saurait y avoir autant de variétés qu'il se présente de modifications; mais la maladie, en se localisant, offre quelques phénomènes particuliers qu'il importe d'étudier, surtout pour le traitement plus ou moins spécial.

Le psoriasis labialis s'observe principalement à la lèvre inférieure , qui devient épaisse et se couvre de gerçures ; ces gerçures sont verticales et forment , par leur réunion , un cercle sur le bord de la lèvre ; celle-ci, attendu l'épaisseur quelle a contractée, parait plissée à la manière des sphyncter, ce qui imprime à la physionomie la plus désagréable expression.

Le psoriasis paimaria se voit à la paume de la main et quelquefois au poignet : la maladie commence par un point saillant où se forment des squammes qui s'étendent, par irradiation , jusqu'à ce que toute la main soit couverte ; dans tous les genres de psoriasis, la peau contracte une épaisseur insolite ; les fentes ou gerçures profondes qui surviennent sont constantes ; et, dms\e psoriasis palmaria, ces gerçures s'établissent vers les plis que forme naturellement la peau sur les doigts , dans le sens de la flexion ; lorsque les malades veulent exécuter des mouvemens , les articulations sont comme bridées ; si on veut surmonter ce genre d'obstacle , on voit le sang ruisseler dans les sillons profonds d'autant plus apparens que la main est étendue.

Le psoriasis dorsalis est celui qui se développe sur iè dos

300 INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — PSORIASIS.

de la main ; le psoriasis unguium altère la forme des ongles ; on a vu que, dans le psoriasis guttata, les ongles présentent des lésions semblables.

Le psoriasis ophthalmica est celui qui offre , sur les paupières et principalement à leurs commissures, de petites écailles implantées sur une surface enflammée ; cet état phlegmasique amène un écoulement aqueux presque continuel ; les enfans sont surtout exposés à ce genre de psoriasis.

Le psoriasis prœputii et le psoriasis scrotalis indiquent d'une manière assez précise quel est le siège de la maladie. La seule remarque importante à faire pour le premier, c'est que le phymosis peut quelquefois en être le résultat.

Diagnostic. — Le diagnostic du psoriasis paraît d'autant plus important à établir , que , par ses formes extérieures , on peut le confondre avec d'autres maladies à peu près semblables ; mais on doit remarquer d'abord que la lèpre est la maladie qui présente le plus de ressemblance avec le psoriasis : c'est donc entre ces deux affections que les dermatologistes cherchent à établir des distinctions étiologiques ; cependant ces distinctions manquent , au fond , d'une importance réelle : premièrement , les auteurs ne se sont pas unanimement prononcés sur l'identité de la lèpre et du psoriasis; secondement, les formes communes à ces deux maladies ne présentent de différences appréciables qu'en recourant à une observation minutieuse sur l'étendue, l'épaisseur et le nombre des plaques écailleuses ; le caractère fondamental est le même de part et d'autre. Quant aux nuances qui empêchent de confondre les différentes espèces de psoriasis , cela peut être utile à constater ; mais le diagnostic ne porte alors que sur des choses tellement secondaires , qu'il faut seulement les enregistrer pour mémoire.

U n'en est pas ainsi de la syphilide squammeuse et du pso-

INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — PSORIASIS. 501

riasis guttata, que l'on peut confondre dans quelques cas; on conçoit que le diagnostic reprend alors toute son importance, puisqu'il détermine la nature du traitement.

On évitera de confondre le psoriasis guttata et la syphilide squammeuse , en remarquant que celle-ci offre des plaques d'une teinte cuivrée, et que, dans le psoriasis, des squammes recouvrent les plaques , ce qui n'a pas lieu pour la syphilide. Biett a indiqué, comme signe pathognomonique spécial , le petit liseré blanc qui entoure la base des plaques de la syphilide squammeuse.

Traitement. — Le traitement du psoriasis repose d'abord sur l'emploi de moyens généraux quPsont applicables à toutes les variétés ; ensuite des modifications particulières sont réclamées pour chaque espèce de psoriasis local. Les préparations arsenicales sont mises au premier rang pour le psoriasis. L'école de Biett, qui n'établit aucune différence entre le traitement de la lèpre et celui du psoriasis, déclare que, hors les préparations arsenicales , il ne voit pas de guérison solide et durable. La solution de Fowler, les solutions de Pearson, les pilules asiatiques (protoxide d'arsenic mêlé au poivre noir) , telles sont les médications dont les succès ont été constatés par une expérience de vingt années.

Bateman n'indique rien qui ait le caractère spécifique pour le traitement du psoriasis. Tous les moyens qu'il indique sont principalement des palliatifs ; il prescrit toutefois quelques médicamens dont l'usage intérieur a surtout pour but de remédier aux dérangemens d'une constitution altérée par l'âge , la misère ou des traitemens intempestifs ; quant aux divers modes de médications externes , ils conviennent très bien au psoriasis local. Gomme palliatifs, Bateman a, ainsi que je viens de le dire, donné des moyens assez étendus pour varier la thérapeutique selon les indications spéciales.

Il recommande, dans les douleurs irritantes, les applica-

502 • INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — PSORIASIS.

tîons externes faites avec la décoction de son , l'huile d'amandes douces , la crème de lait » la vapeur de l'eau chaude, etc.

Lorsque la peau est revenue à des conditions plus favorables; que les applications sédatives ont fait tomber les démangeaisons cuisantes ; que la sécheresse est entièrement dissipée, Bateman conseille l'application d'un onguent dont \e nitrate de mercure est la base. Cet onguent est mêlé à celui de blanc de baleine : c'est dans le psoriasis palmaria que l'emploi de ce topique est principalement utile.

Il y a pour le psoriasis , comme pour la lèpre , une phase de la maladie où il faut recourir à des médications toniques , afin de combattre l'état asthénique très prononcé dans ce cas. L'alcali fixe , le soufre lavé combiné , les infusions de kina , sont encore au nombre des prescriptions indiquées par Bateman. Cet auteur s'élève avec raison contre la méthode empirique, qui consiste à employer le mercure dans toutes les maladies chroniques ou environnées d'obscurité. La saignée et les purgatifs , considérés d'une manière absolue , sont au nombre des choses qu'il blâme ouvertement. Il y a, dans les préceptes qu'il donne à cet égard, une portée dans les vues qui ne peut appartenir qu'à un homme supérieur. Yoici le passage de Bateman, que je crois devoir rapporter :

« La pratique du peuple, qui repose sur de vieilles hypo- » thèses humorales , consiste principalement à chercher à » expulser par des évacuations des humeurs imaginaires , et » à les modifier par des remèdes qu'ils ont appelés auti-scor- » butiques ; mais la saignée et les purgatifs répétés sont nui- » sibles, et les sucs d'herbes, dont l'emploi a été suggéré par » des notions absurdes sur la nature scorbutique du psoria- » ris, ne paraissent jouir d'aucune efficacité. »

INFLAMMATIONS SQUAM3IEUSES. — PITYRIASIS. 503

PITYRIASIS.

Le pityriasis est de toutes les maladies dartreuses celle qu'on pourrait regarder comme un type réel ; je me hâte d'ajouter que c'est surtout d'après l'acception générale et populaire donnée au mot dartre. En effet, on a pendant bien long-temps rapporté les dartres à toutes les macules se dessinant sur la peau avec des formes et des dimensions variées, mais ayant, avant toutes choses , cette marque distinctive de la desquammation , la décomposition de l'épiderme sous forme d'écaillés furfuracées ; cette substance farineuse, pour parler le langage populaire, observée sur diverses régions de l'enveloppe cutanée , était au mot dartre ce que les croûtes étaient au mot gale. Selon le peuple (et les savans ne furent pas toujours exceptés), tout individu portant sur le corps une éruption quelconque, ayant des croûtes pour symptôme actuel , cet individu avait une gale. Toute espèce de tache furfuracée, remarquée sur les mains ou le visage , a constamment reçu le nom de dartre. Le temps n'est pas encore fort éloigné où les exanthèmes chroniques étaient compris sous les cinq dénominations suivantes : dartre furfuracée, dartre crustacèe, dartre rongeante , dartre pustuleuse et dartre phlyctënoïde.

Le pityriasis est caractérisé par des plaques recouvertes d'écaillés minces et blanchâtres; ces plaques existent le plus souvent sans aucune irritation manifeste du derme. L'exfoliation continuelle des lamelles écailleuses de l'épiderme, est le signe distinctif de cette affection ; elle n'est jamais contagieuse : or, il est à propos de faire remarquer qu'une des erreurs populaires les plus accréditées , est de donner aux dartres un caractère éminemment contagieux.

Le pityriasis peut occuper tous les points de la surface du

504 INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — PITYRIASIS.

corps. Je ferai observer, en son temps , que le pityriasis ne saurait , dans tous les cas admis par les auteurs , constituer une maladie réelle ; j'appliquerai au pityriasis des réflexions analogues à celles que j'ai émises à propos des tannes ; j'indiquerai l'abus ou le ridicule qu'il peut y avoir à transformer de véritables êtres de raison en symptômes morbides , qui néanmoins sont compatibles avec la vie et la santé, acception faite de tous les genres de constitutions.

Le pityriasis a reçu des noms dififérens , suivant les parties où on le rencontre. On reconnaît, en général, cinq variétés de cette maladie ; or, sur ce nombre, une seule espèce mérite le nom réel de variété, et encore n'est-elle parfois qu'un symptôme d'une affection interne.

Le pityriasis capitis est cette desquammation qui se remarque sur la tête des nouveau-nés , sur celle des adultes et des vieillards : elle est donc commune à tous les âges. Qu'elle reçoive , chez le nouveau-né , le nom de crasse de tête y chez l'adulte celui de farine des cheveux , toujours estil que, dans la grande majorité des cas, il n'y a pas toujours là un état morbide constaté. Quoi qu'il en soit, voici ce qu'on observe suivant les âges :

Chez les jeunes sujets on remarque , sur toute la partie supérieure du front et jusqu'aux tempes , une sorte de teigne légère , dit Bateman ; la partie la plus superficielle de cette croûte blanchâtre se détache par écailles très minces ; vers l'occiput ces écailles deviennent plus larges , plus minces encore, ce qui leur donne une sorte de transparence.

Chez les adultes les écailles sont blanches ; elles se détachent d'elles-mêmes et sont constamment mêlées aux cheveux, car leur reproduction est continuelle. Ce travail de la desquammation se fait sans qu'on puisse apprécier aucun état morbide de la peau. Les personnes qui observent le plus rigoureusement les lois de l'hygiène, croient pouvoir déterger entièrement le cuir chevelu par une propreté recher-

INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — PITYRIASIS. 505

chée ; cependant il n'en est rien, et la desquammation furfuracée que l'on veut en quelque sorte tarir, se reproduit avec une nouvelle vivacité. Au reste , il n'en résulte aucun trouble pour la santé , et le pityriasis capitis est moins une maladie qu'une modification ou une exagération dans les fonctions départies au cuir chevelu.

Pityriasis rubra est le résultat d'une légère inflammation de la peau. Les plaques qu'on observe dans cette variété sont rouges, même avant que des écailles se soient formées ; le derme est plus rugueux que de coutume, et il ne tarde pas à devenir farieux ou écailleux ; les plaques , qui d'abord sont petites et circonscrites, s'étendent, se rejoignent et forment des surfaces plus ou moins grandes. Le pityriasis rubra se montre principalement chez les personnes âgées . On remarque que l'augmentation de la desquammation est accompagnée de la sécheresse et du manque de transpiration de la peau ; une démangeaison incommode et une sorte de tension tourmentent les malades. On peut reconnaître que ceux qui sont affectés du pityriasis rubra , avaient précédemment le cuir chevelu naturellement farineux. En examinant que les vieillards sont principalement sujets au pityriasis rubra, on verra dans cette maladie le dernier terme de la chronicité du pityriasis capitis. Les causes du pityriasis rubra sont peu connues, et sans doute des recherches suffisantes manquent à cet égard.

Lorsque la maladie est très ancienne et est arrivée à un assez grand degré de développement, il y a langueur générale ; la sécrétion anormale du cuir chevelu peut porter quelque trouble dans les fonctions nutritives , surtout chez les vieillards. On a rapporté ce genre de pityriasis à la chaleur artificielle du foyer ou à celle du climat ; on a cru pouvoir l'expliquer par l'effet d'impressions morales vives; mais une disposition spéciale et inconnue est la seule cause que l'on doive admettre, jusqu'à ce qu'on puisse invoquer le témoignage de faits particuliers.

506 INFLAMMATIONS SQUAM3IEUSES. — PITYRIASIS.

Pityriasis versicolor. — Une coloration bigarrée de l'épiderme a déterminé le nom de cette variété. Des plaques de grandeurs variables se développent ordinairement autour de la poitrine, à l'épigastre, et parfois sur les bras et les épaules; les plaques se recouvrent d'écaillés comme dans toutes les autres variétés. La couleur de la desquammation est ordinairement jaune, mais elle peut être brune. On observe encore des teintes différentes et tout à fait obscures.

Les plaques ne présentent aucune saillie ; mais la partie affectée est quelquefois âpre et rude au toucher Willan dit que la couleur jaune a été observée sur les corps muqueux , l'épiderme étant enlevé. Bateman croit que cela a pu se rencontrer exceptionnellement. Selon lui , une fois que l'épiderme est détaché, celui qui le remplace est rouge, ce qui d'ailleurs se voit après toutes les desquammations. Bateman dit que cette maladie, en prenant de l'intensité, occasionne un dérangement des organes digestifs ; cependant ce trouble n'est que momentané, et se trouve motivé par les démangeaisons qui tourmentent les malades au point de leur ôter le sommeil. Les causes du pityriasis versicolor sont, comme celles de la variété précédente, absolument inconnues.

Pityrialis nigra. — - Cette variété a été décrite par Biett. Bateman en dit fort peu de chose ; il se borne à rapporter une variété de pityriasis chez les enfans nés dans les Indes et transportés hors de leur pays. Cette variété consistait dans une éruption partielle de boutons, se terminant par une décoloration noirâtre, accompagnée d'une desquammation légère.

Alibert a donné une observation intéressante de pityriasis nigra ; c'est probablement un des exemples les plus rares qui aient été recueillis sur cette maladie; on en jugera par ce seul passage : « Toute la surface cutanée était mar- » quée de taches ; dans certains endroits elles étaient très » larges ; dans d'autres endroits elles étaient d'une petite » circonférence. Il est à considérer que, dans les parties sai-

INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — PITYRIASIS. 507

» nés, la peau était d'un blanc d'albâtre analogue à celui de » la peau des cadavres. Ce contraste était vraiment surpre- )> nant : le malade paraissait chamarré comme un zèbre ou » comme certaines vaches des campagnes de la Bretagne. » Le pityriasis est une affection exempte de toute gravité ; elle est essentiellement chronique. Quelques inflammations peuvent la compliquer, sans changer le caractère principal de la maladie. Dans quelques cas elle s'est terminée d'ellemême, ou sous l'influence de soins hygiéniques activement employés; on doit supposer alors que le pityriasis n'était pas constitutionnel , ce qui arrive presque toujours.

Traitement. — Le pityriasis capitis a de tous temps provoqué l'emploi d'une foule de moyens tendant à supprimer la desquammation du cuir chevelu. Les fausses idées accréditées sur la cause de cette matière écailleuse qui saupoudre les cheveux de certaines personnes, ont contribué à répandre l'usage de plusieurs pratiques parfois dangereuses ou au moins inutiles. La crasse de tête des jeunes enfans doit être attaquée avec la brosse, afin d'enlever les couches écailleuses les plus superficielles. Chez les adultes, des lotions légèrement savonneuses sont employées avec utilité ; elles peuvent être quelquefois alcalines ou spiritueuses. La plus grande propreté doit seconder l'emploi de ces moyens.

Lorsque le pityriasis est fixé sur une partie du visage , le traitement se compose de boissons rendues laxatives à l'aide de quelques sels neutres. Les bains alcalins et les douches de vapeur peuvent triompher de cette affection légère dans la plupart des cas.

On a opposé au pityriasis rubra des remèdes antimoniaux associés à des décoctions de bois sudorifiques. Bateman assure l'avoir adouci par de petites doses de teinture d'ellébore blanc. Au déclin de la maladie, et surtout chez les vieillards, on doit faire usage de toniques légers. Les autres

503 INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — ICHTHYQSIS.

variétés se traitent par les mêmes moyens , et les modifications du traitement sont peu importantes.

Le pityriasis ne peut être confondu avec aucune autre maladie , à moins de circonstances rares. Les caractères bien tranchés de cette éruption ne se prêtent guère aux nombreuses méprises que l'on admettrait possibles selon quelques auteurs. Ainsi le psoriasis, la/èpre, Y eczéma chronique, les èphëlides, etc., offrent un ordre de phénomènes qui ne peuvent se rapporter à aucune autre affection ; or, l'identité apparente de deux maladies ne saurait s'établir par la seule coïncidence de deux symptômes semblables.

ICHTHYOSIS.

L'ichthyose , dit M. Gibert , est plutôt une difformité q\C une maladie. La réflexion de M. Gibert est très judicieuse, puisque l'ichthyose est ordinairement congénial ou héréditaire. Cette éruption peut survenir accidentellement; mais, quelle que soit sa cause première, on n'observe aucun trouble dans l'ensemble de la constitution. Gela posé, il est difficile de comprendre comment certains auteurs ont vu dans l'ichthyose une lésion organique , profonde et particulière du derme : un semblable état pathologique ne pourrait exister sans un désordre plus ou moins grand des fonctions. D'un autre côté , l'ichthyose dure toute la vie et cède rarement aux moyens que l'art peut mettre en usage. Les guérisons ou les modifications survenues, avec ou sans le secours des traite mens, ont été sans influence sur l'état de la santé générale. Quant aux formes bizarres et insolites de l'ichthyose , elles n'indiquent pas toujours la gravité de quelques lésions secrètes : ce qui le démontre invinciblement est que l'ichthyose, hors les cas de complications avec d'autres maladies , n'est

INFLAMMATIONS SQUAMMELSJSS. — ICHTHYOSIS. 509

accompagné d'aucun phénomène morbide, quels que soient son étendue , son siège et sa durée. Lorsque cette éruption revêt des formes extraordinaires, elle se rapproche beaucoup du nœvi materni , surtout si elle est congéniale.

Quoi qu'il en soit , l'ichthyose est une affection qui appartient certainement à l'ordre des squammes , ne fût-ce que par les écailles très prononcées qui recouvrent la peau , ou localement, ou dans toute l'étendue d'une région du corps. La peau est alors remarquable par l'épaississement de la texture, qui est dure et dans quelques cas presque cornée. Il n'y a pas dans l'ichthyose de desquammation furfuracée ; on ne voit pas également de croûtes distinctes ou partielles, comme dans la lèpre et le psoriasis.

L'ichthyose peut survenir dans toutes les régions du corps; cependant la paume des mains , la plante des pieds , la face interne des membres , les aisselles , les aines , la face, et notamment les paupières, sont en général respectées. L'éruption se comporte différemment selon qu'elle apparaît aux endroits où la peau est mince et souple , ou au contraire épaisse et sujette aux frottemens, comme aux articulations. Bateman a très bien défini les causes auxquelles on doit rapporter les caractères opposés que présente l'éruption ; il a surtout donné une explication physiologique pleine dediscernemens, sur les divers aspects que présente la peau frappée d'ichthyose. Voici comment cet auteur s'exprime à ce sujet :

« À mesure que la maladie fait des progrès, l'épaississe- » ment , la rudesse et la dureté deviennent beaucoup plus » grands. Le tissu de la peau est comme celui des verrues, et » la couleur en est presque noire. La rudesse, qui est si forte » qu'elle fait éprouver au doigt qui passe sur elle, comme » la sensation que donne le contact d'une lime ou du cha- » grin très âpre, est occasionnée par les lignes et les points in- » nombrables, rudes, qui divisent la surface cutanée. Gesproé- » minences dures étant apparemment des élévations de lo-

510 INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — ICHTHYOSïS.

» sanges communs, diffèrent nécessairement dans leur forme » et leur arrangement sur les différentes parties du corps , y, relativement aux variations des lignes empreintes sur la » peau, aussi bien que dans les différentes phases et les dif- » férentes circonstances de la maladie. Quelques unes d'en- » tre elles paraissent avoir un épaississement uniforme à » leurs racines supérieures , tandis que d'autres ont un col » court, étroit, et les sommets larges et irréguîlers. Le pre- » mier état a lieu partout où la peau , quoique saine , est » molle et mince ; le second a lieu partout où elle est plus » rude, comme aux environs de l'oîécrane et de la rotule, et » de là le long du côté extérieur des bras et des cuisses. Sur » quelques parties des extrémités cependant , particulière- » ment autour des malléoles et quelquefois sur le tronc , ces » excroissances sont écailleuses, aplaties et larges, et par- » fois écaillées, semblables à des écailles de carpe; dans d'au- » très cas elles paraissent séparées, vu qu'elles sont entre- » coupées par des sillons blanchâtres. »

Les modifications que la peau subit dans l'iclithyose sont nombreuses : il serait difficile d'énumérer tous les genres de transformations qu'elle peut subir ; elle est , selon une foule de causes inappréciables, épaisse, fendillée, luisante, nacrée, etc. ; on a observé des écailles entourées d'un cercle noirâtre. Quant à la disposition de ces écailles, elle varie à l'infini.

La face est la partie du corps qui est en général le moins affectée. L'iclithyose présente, quant à son siège , les anomalies les plus bizarres. Bateman cite l'exemple d'une jeune femme chez laquelle une large plaque couvrait chaque joue, et se joignait à l'autre en s'é tendant sur le nez. On a vu les mamelles complètement recouvertes par l'éruption écailleuse de l'iclithyose.

On a rapporté à l'iclithyose des productions singulières qui se développent à la surface de la peau et ont une consis-

INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — ICHTHYOSIS. 511

tance égale à celle de la corne. Bateman a décrit une espèce particulière qu'il nomme ichthyiosis cornea. Quelles que soient les formes bizarres que peuvent prendre ces superfétations , il est démontré qu'on doit les regarder comme étant de la nature des verrues, et que leur développement , la dureté de leur tissu, n'est qu'un état morbide de l'épiderme. On a observé , parmi ces productions singulières , des tumeurs enkistées, de formes vraiment extraordinaires. D'autres fois, la substance cornée, particulière kYichthyosis cornea de Bateman, a pris des développemens si étendus, que de véritables cornes se sont trouvées implantées au corps des individus. Bateman cite Morgagni , qui a vu sur le sinciput d'un vieillard une corne d'une assez grande dimension.

Cet état singulier appartiendrait plutôt à l'ordre des tubercules qu'à celui des squammes ; on ne voit pas pourquoi il est ainsi classé. Les observations sur Yichthyosis cornea ont trouvé des commentateurs amis du merveilleux , au point d'admettre l'existence de créatures intermédiaires entre les animaux et l'espèce humaine. Les sirènes à la poitrine couvertes d'écaillés doivent leur fabuleuse origine à de véritables maladies dont les symptômes bien connus ont été traduits en langage mythologique. On ne doit pas dédaigner des recherches futiles en apparence, mais qui tendent à dégager à jamais la science de ces ridicules croyances des temps passés.

Traitement. — L'ichthyosis congénial , ainsi que le pense Bateman, n'est guère du ressort de la médecine. Lorsque cette maladie est purement accidentelle, on peut lui opposer quelques moyens thérapeutiques. On ne voit pas quels résultats doivent vraiment survenir lorsque , dans l'ichthyosis congénial , on cherche à modifier l'état de la peau par l'application de divers palliatifs. Tous les auteurs s'accordent à dire que les personnes atteintes d'ichthyose congénial,

512 INFLAMMATIONS SQUAMMEUSES. — ICHTHYOSIS.

jouissent ordinairement d'une santé parfaite, ce qui exclue toute idée de traitement.

L'usage de la poix à l'intérieur a été préconisé par Willan et Bateman. Ce dernier cite l'observation d'une dame qui , pendant fort long-temps , prit depuis trois drachmes jusqu'à une demi-once de poix. Ce remède , en agissant sur tout le système , rendit les forces à la malade et produisit les plus heureux effets. Biett a guéri un ichthyose accidentel par l'application réitérée des vésicatoires sur les parties affectées.

Les bains de vapeur, les bains ordinaires, les applications émollientes , sont très utiles et ramènent , avec plus ou moins de succès , les tégumens à leur état normal. L'ichthyosis cornea est presque entièrement du ressort de la chirurgie : on scie les substances cornées, on excise celles qui ont la consistance des verrues, et on dissèque les kistes qui peuvent envelopper la base de certaines tumeurs analogues aux stéatômes. Les caractères de l'ichthyose sont trop distincts pour que les méprises soient absolument possibles : il est donc inutile de chercher dans d'autres maladies des analogies qui seraient nécessairement forcées.

ORDRE VII

INFLAMMATIONS TUBERCULEUSES.

Page 1