TUBERCULES
Les maladies qui font partie de cet ordre sont nombreuses, selon Bateman; mais cet auteur a rangé dans le septième ordre plusieurs affections qui ne sauraient s'y trouver. Willem, dont j'ai adopté la classification, réduit à trois les maladies tuberculeuses ; encore faut-il faire observer que Ton pourrait contester la nature tuberculeuse du molluscum.
Une autre remarque est celle-ci : les deux derniers ordres des maladies de la peau sont, dans Willan , Bateman et quelques autres auteurs , composés des parties les plus obscures de la dermatologie. Il eût été peut-être plus philosophique de limiter le nombre des ordres , au lieu de l'étendre à l'aide de descriptions hasardées sur des sujets souvent dépourvus d'observations authentiques.
M. Gibert a exprimé une opinion à peu près semblable^ et , par des motifs conformes à ceux que je viens d'indiquer ,
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il réduit à trois toutes les maladies du septième ordre. Pour moi , tout en restant fidèle au plan de cet ouvrage , je donnerai seulement un précis des maladies que comprennent les deux derniers ordres de la classification de Willan. Je chercherai quelles sont les choses qui peuvent être franchement acceptées par les hommes de l'art , sans rebuter les gens du monde , auxquels il faut épargner une ambitieuse ou stérile érudition.
On doit entendre par tubercules , dans les maladies de la peau , une saillie tégumentaire plus ou moins solide, et dont la forme est indéterminée. Le mot tubercule a ici un sens littéralement exact ; tandis que pour les maladies internes il n'est qu'un terme à peu près de convention. Les tubercules cutanés sont quelquefois colorés , et cette seule circonstance a suffi pour imposer un nom à une maladie : le frambœsia en est un exemple. Les tubercules peuvent dégénérer , s'ulcérer, suppurer, etc.
Les affections qui sont incontestablement tuberculeuses s'observent rarement en France; c'est dans les contrées équinoxiales qu'on les rencontre. La chronicité est constante dans ce genre d'éruption. L'éléphantiasis des Grecs est, de toutes les maladies tuberculeuses , la seule dont l'histoire présente un assez haut degré d'intérêt.
ËLËPHANTIASIS DES GRECS.
La maladie appelée ëlëphantiasis des Grecs diffère essentiellement de Y ëlëphantiasis des Arabes. La première appartient à l'ordre des^ tubercules , et la seconde à celui des squammes ; j'ai cru devoir commencer par établir cette distinction entre deux maladies qui portent à peu près le même nom; mais ce n'est là que le point de départ d'une explica-
ÉLÉPHA>TTIASIS DES GRECS. of5
tion importante sur ce qu'on doit entendre par le mot ëlëphantiasis. La maladie que l'on est généralement convenu de nommer ainsi aujourd'hui a été long-temps confondue avec la lèpre vulgaire, dont elle est réellement une variété. Or, quel que soit le nom donné à l'éléphantiasis , il y a peu de sujets, en médecine , sur lesquels aient été écrites les versions les plus contradictoires et souvent les plus obscures; Bateman a cherché à éclairer une question aussi ardue , en touchant à tous les points historiques de l'éléphantiasis , à partir de l'époque la plus reculée. La digression qu'il donne à ce sujet est remplie de documens d'un grand intérêt ; c'est un excellent mémoire à consulter , sous le point de vue scientifique. La forme que Bateman a donnée à son livre se prête d'ailleurs à certains développemens qui ne peuvent trouver place ici; ce qu'il importe essentiellement de connaître , c'est de bien s'entendre sur le sens des termes. Je pense donc qu'en donnant une interprétation fidèle des synonymies appliquées à l'éléphantiasis, le lecteur aura des notions exactes sur cette maladie , et que , de plus , tous les textes étrangers à cet ouvrage deviendront pour lui parfais tement intelligibles.
La première de toutes les distinctions à établir est celle qui sépare la lèpre de l'éléphantiasis. La lèpre appartient à deux ordres de maladies cutanées , selon qu'elle est squam meuse ou tuberculeuse. L'éléphantiasis, long-temps confondue avec la lèpre des anciens , sans distinction de forme élémentaire , peut être considérée comme une variété de la lèpre tuberculeuse , ou offrant avec cette affection de nombreux rapports d'identité. Les noms de leuce, vitiligo, haras, sont des noms impropres donnés à la lèpre par différens peuples ; ces noms ne doivent, dans aucun cas, être appliqués à l'éléphantiasis. Vëlëphantiasis des Arabes est connue aussi sons le nom de maladie glandulaire des Barbades, ou jambe des Barbades : ce n'est pas tme affection tuberculeuse ; ses
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caractères sont absolument opposés à ceux de Vèléphantiasis des Grecs.
Vèléphantiasis des Grecs est une dénomination adoptée par tous les auteurs pour fixer la nature de la maladie dont nous parlons, et lui assigner un nom de classification. Alibert a compris Vèléphantiasis des Grecs dans le groupe des dermatoses lépreuses; et afin de lui conserver en quelque sorte son nom d'adoption pathologique, il l'a appelée lèpre tuberculeuse èléphantine.
On a encore désigné l'éléphantiasis par des expressions métaphoriques , qui sont de véritables surnoms donnés à la maladie. Ainsi leontiasis, satyriasis, expriment l'aspect particulier que l'éléphantiasis imprime à la physionomie, ou encore la modification apportée dans les fonctions de certains organes.
L'éléphantiasis est une éruption tuberculeuse d'autant plus redoutable , que , par une funeste exception , la face en est le siège principal. Les membres inférieurs sont plus fréquemment affectés que les supérieurs , et il est rare que la maladie s'observe sur le tronc. L'éruption commence d'abord par de simples taches rougeâtres. A ce début de la maladie on pourrait se méprendre sur la nature de ces taches , et les regarder comme les symptômes d'une autre maladie ; mais j'ai déjà fait remarquer, dans d'autres circonstances, que ces erreurs de diagnostic sont impossibles ; car toute éruption , commençant par des macules de la peau , a bientôt revêtu les formes arrêtées qui la caractérisent. Les taches dont nous parlons devancent de fort peu de temps l'apparition des tubercules ; ceux-ci se développent brusquement ou avec lenteur ; ils sont remarquables par leur couleur livide ; le développement progressif de leur volume peut dépasser la grosseur d'une noix ; la consistance est assez molle , au point de. céder en quelque sorte sous le doigt ; cette éruption exagère quelquefois la sensibilité de la peau , de manière
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à changer en douleur aiguë le plus léger attouchement.
Les tubercules n'occupent souvent qu'une partie déterminée : ainsi on les voit à la face , au nez, aux oreilles, etc., bornant à ces organes leur action locale. Déjà la physionomie est hideuse, lorsqu'à peine l'éléphantiasis en couvre la moindre étendue; mais si toute la face est envahie , alors on conçoit quelle difformité horrible se présente à l'observation. Arëtëe a donné une description de l'éléphantiasis, que l'on trouve reproduite dans un grand nombre d'ouvrages. On est frappé de terreur , en lisant ce que les anciens ont en général écrit sur cette matière. Il ne semble pas possible que la maladie puisse étendre aussi loin son pouvoir. Ce n'est plus, comme ailleurs, de tristes et profondes altérations imprimées aux traits extérieurs , mais qui n'ont pas encore effacé ce noble type de la face humaine ; l'éléphantiasis fait plus que déformer ou détruire, elle métamorphose. Les mots satyriasis, kontiasis , ne sont pas seulement des expressions poétiques empruntées au langage des anciens , mais des noms exacts donnés à d'horribles transformations. Ainsi une maladie , l'éléphantiasis, a pu, aux premiers âges du monde, justifier les prodiges de la fable. Alors on aurait vu réellement la tête d'un lion ou celle d'un satyre surajoutée à un corps humain.
Lorsque l'éléphantiasis a couvert la face , les ailes du nez se gonflent; les narines , les lèvres , les oreilles se tuméfient de manière à ce que l'on ne puisse plus soupçonner leur forme première ; la peau du front , celle des joues s'épaississent , principalement du côté des yeux ; de profonds sillons s'établissent sur l'enveloppe tégumentaire , ce qui la rapproche alors de cette peau lézardée dé l'éléphant ; la dimension énorme des lèvres , et surtout des oreilles , a bouleversé des formes qui disparaissent complètement sous des groupes tuberculeux , dont la couleur fauve semble bronzer la superficie du corps ; les cheveux et les poils tombent , ce qui est
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une des dernières dégradations que la maladie imprime à la face. Et comme si tous les désordres d'un mal affreux n'étaient pas épuisés par les ravages du dehors , les organes internes doivent subir à leur tour de funestes changement. Les sens les plus précieux sont près d'être abolis ; la vue s'éteint, la voix devient rauque et extraordinaire, comme au moment où l'accent de la vie s'en va ; l'odorat, cette véritable émanation de la sensibilité , est nul ou obtus ; mais le mal n'en a pas encore fini avec l'économie , sur laquelle il exerce tous les genres de destruction.
Attendu le lien physiologique qui existe entre la peau et les muqueuses, celles-ci participent entièrement à l'état morbide général. Ainsi l'ophthalmie la plus intense se déclare ; la cornée est quelquefois entourée d'un bourrelet muqueux de couleur bronzée , comme celle de la peau : il ne reste donc pas même le regard à une face humaine que l'éléphantiasis a labourée en tous sens! Enfin , s'il faut en croire les auteurs , disent MM. Gazenave et Schedel, l'altération peut s'étendre aux tissus sous-jacens ; on peut voir les os se ramollir, le corps se gangrener et tomber par parties, et le malade peut assister et survivre quelque temps à cette horrible mutilation !
J'ai rapporté à dessein ce passage , afin qu'on ne pensât pas que le tableau de l'éléphantiasis , tel que je viens de le présenter , ne fût pas conforme aux observations constatées. Je regrette de ne pouvoir donner ici la description qu'Arètée a tracée de l'éléphantiasis il y a près de dix-huit siècles : nos descriptions modernes sont encore bien pâles à côté de celles à'Arétée.
Les auteurs anciens parlent d'une disposition particulière des malades pour les désirs vénériens. On a donné à ce symptôme le nom de libido inexplebilis; mais cela n'a pas été vérifié par les observateurs de notre époque , et , dans les cas d'éléphantiasis constatés, l'autopsie a fait voir que l'état des