‹ Étude et traitement des maladies de la peau, précéd é d'une notice sur la méthode Boyveau-Laffecteur, du poëme de Barthélemy sur la syphilis, et terminé par un formulaireChapitre 67 sur 115 · LUPUS · texte numérisé non relu

LUPUS

Bateman, contrairement aux autres dermatologistes , a classé cette maladie dans l'ordre des tubercules ; Alibert Ta décrite sous le nom à'esthiomène. Puisque cette affection ne figure dans aucun ordre de classification , je pense qu'il serait rationnel de lui conserver le nom de dartre rongeante. Cette dénomination est expressive et rend compte en un seul mot de la nature du mal.

î>56 MALADIES N'APPARTENANT A AUCUN ORDRE. — LUPUS.

Les formes élémentaires du lupus sont loin d'être constamment les mêmes : c'est pour cela que les pathologistes ont renoncé à le classer. L'éruption s'annonce par des tubercules, ou encore par une rougeur foncée, dans une étendue déterminée ; dans ce dernier cas, il y a amincissement de la peau semblable à celui qui précède les ulcérations. On a observé de véritables pustules au début du lupus ; mais les tubercules, ou les tuméfactions particulières qui leur ressemblent, sont la forme la plus constante de ce genre de dartre.

On a distingué trois variétés du lupus : or ces variétés expriment seulement le genre d'altération que produit la maladie, soit qu'elle détruise en surface, en profondeur, etc. Le lupus affecte principalement les enfans, mais surtout ceux qui sont remplis de scrofules ou nés de parens dartreux ou cancéreux. Hors ces causes manifestes , le lupus peut se développer sous l'influence d'une véritable diatèse , et chez des sujets ayant tous les attributs de la santé:

Le siège le plus fréquent de cette maladie est à la face. Tout le monde a pu observer ces malheureux , dont le nez , les lèvres , ou l'une des joues , se trouvent souvent rongés jusqu'aux os. Ces affreux ravages sont dus à une seule dartre, et l'épithète de rongeante devait lui être réservée. Avant que la face ne présente un si hideux spectacle , les symptômes de la maladie se développent ainsi :

A partir du moment où les tubercules sont apparens , ils grossissent rapidement et se confondent bientôt ; alors l'ulcération commence : d'abord superficielle, elle produit un liquide ichoreux qui , en se desséchant , donne naissance à des croûtes assez adhérentes et offrant des nuances variées ; il y a tuméfaction de la peau environnante, qui présente une mollesse fongueuse. Lorsque le lupus ne doit pas avoir une marche rapide , on le voit long-temps stationnaire , et les croûtes qui le cachent , semblent protéger un travail secret de la cicatrisation. Mais cette maladie est insatiable comme

les cancers, et le plus souvent elle étend la désorganisation, en profondeur et en étendue, avec une enrayante rapidité; quelquefois elle guérit sur un point pour se jeter sur les parties voisines. Il est assez naturel que le peuple ait cru longtemps à l'existence d'un animal particulier, dans le cancer et les dartres rongeantes. Les idées superstitieuses sont rarement aussi fondées ; et comment ne pas croire qu'un être vivant peut seul ronger des chairs qu'on voit se creuser chaque jour ?

Le lupus, dont les progrès sont continuels, détruit les muscles, les cartilages, et forme les plus horribles plaies. C'est surtout dans le lupus allant en profondeur que se présentent des déformations inouïes. Dans cette variété , le lupus est souvent fixé au nez ; alors le principe destructeur de la maladie, après avoir altéré la muqueuse des fosses nasales , s'attache à la cloison intermédiaire, et porte ses ravages dans toutes les parties intérieures des fosses nasales et de la cavité buccale. Il peut arriver que ces effroyables désordres précèdent la destruction du nez; mais lorsque enfin celle-ci arrive, rien n'est plus voilé , et le malade devient un objet d'horreur pour tout ce qui l'approche.

J'ai dit que l'on avait distingué trois variétés dans cette maladie. Je décrirai seulement le lupus avec hypertrophie , parce que cette nuance offre des phénomènes si caractéristiques, qu'ils pourraient faire croire à une maladie différente. Cette variété s'observe presque uniquement sur les scrofuleux ou les sujets lymphatiques. On voit bien rarement le lupus avec hypertrophie , avoir son siège ailleurs qu'à la face.

Le gonflement de la peau et des parties sous-jacentes feraient penser que c'est dans le tissu cellulaire que le mal cache sa violence. En effet, à peine des tubercules mous, indolens, ont-ils envahi la face, qu'un gonflement général survient ; il est parfois porté à un tel degré , que les

yeux sont cachés par le boursouflement des lèvres et des joues, et que la bouche ne peut plus s'ouvrir.

On a observé à Y hôpital Saint-Louis un malade qui avait un lupus avec hypertrophie, présentant un effrayant développement. Toute la face était comme insufflée , mais sans offrir de rénittence ; la peau retenait au contraire l'impression du doigt qu'on y appuyait. Ce genre de bouffissure semblait tenir de l'emphysème et de l'œdème réunis ; mais tous les traits de la face avaient disparu au milieu de ce monstrueux empâtement. La lèvre inférieure seule, pendante et renversée, rappelait encore des formes humaines...

On croirait qu'au milieu des épouvantables désordres amenés par le lupus , le malade doit éprouver d'intolérables douleurs , ou qu'un trouble remarquable existe dans les fonctions ; mais souvent il n'en est rien : la santé peut se conserver intacte. Ce silence de la douleur n'est peut-être pas un bienfait , pour celui qui retrouve la froide contemplation de ses horribles difformités.

Le lupus est toujours d'une longue durée ; la guérison ne peut s'obtenir que par le secours de l'art. Lorsqu'elle a lieu, des cicatrices difformes en sont le résultat inévitable. Ces cicatrices présentent de bizarres aspects , et même , lorsque le mal est d'une étendue bornée, sont souvent aussi hideuses que le mal même.

Traitement. — L'application des topiques forme la base de ce traitement ; les moyens généraux paraissent n'être qu'accessoires, et ils ne pourraient seuls amener la guérison. Lorsqu'on juge que l'emploi des médicamens internes est nécessaire, on a recours aux amers, aux dépuratifs, et quelquefois aux purgatifs. On a essayé, sans beaucoup de succès, les préparations d'or et d'arsenic.

L'usage des topiques a pour but de faire avorter d'abord les tubercules, à l'aide d'applications résolutives plus ou

moins irritantes. Le moyen le plus énergique, celui dont on doit attendre quelques succès , c'est l'emploi des caustiques : comme dans toutes les maladies de ce genre , ils semblent épurer les parties ulcérées et ramener les propriétés vitales à l'état normal.

Les cautérisations se font sur un point limité d'abord , et ensuite sur toutes les surfaces malades ; on emploie le nitrate d'argent, la pâte arsenicale du frère Corne, et le nitrate acide de mercure. Il y a encore d'autres caustiques usités en pareils cas, tels que la poudre de Dupuylren, etc., mais sur lesquels il est inutile de s'étendre davantage. La cautérisation avec le fer rouge a été essayée, et son emploi , toujours douloureux , peut aggraver la maladie ou la faire passer à l'état chronique.

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