BOUTON D'ALEP
Cette maladie devrait appartenir à l'ordre des tubercules. C'est une des affections les plus curieuses que l'on puisse observer, et pour avoir son histoire complète , il faut renvoyer à la thèse de M. Guilhon qui , en 1825 , alla étudier en Syrie ce genre de maladie.
Le bouton d'Alep se voit principalement dans la ville dont il porte le nom. C'est une éruption tuberculeuse, distinguée en deux espèces connues dans le pays sous la dénomination de bouton mâle et de bouton femelle. Le bouton mâle n'offre qu'un tubercule unique, tandis que le bouton femelle est caractérisé par des tubercules qui restent toujours plus gros que ceux qui les entourent.
Le visage est le lieu d'élection du bouton d'Alep, qui peut aussi avoir son siège sur toutes les autres parties du corps.
La durée de cette maladie est indéterminée. Un des faits les plus curieux en pathologie , est celui de l'éruption du bouton d'Alep , plusieurs années après avoir quitté le pays , où on en aurait puisé le germe. On cite des voyageurs qui , pour avoir seulement passé à Alep , ont contracté une sorte d'infection d'un mode inconnu, dont l'explosion a eu lieu au bout de quelques années. On ne connaît que la rage qui puisse ainsi rester à l'état latent : comment expliquer la nature de ces poisons que recèle l'économie , et qui sympathisent si long-temps avec la vie ?
Le bouton d'Alep , son éruption une fois complète , subit deux changemens distincts : il suppure et il se dessèche. C'est pendant le temps de la suppuration que surviennent ces crevasses 'ou ces ulcères qui fournissent un liquide épais dont l'odeur est quelquefois infecte. Le résultat de ces ulcérations est la destruction inévitable de quelques parties ,
telles que le lobe du nez , une portion de l'oreille , ou l'une des paupières. Lorsque le malade échappe à ces mutilations1, il porte au moins sur une partie quelconque la marque indélébile d'une cicatrice toujours difforme.
Le bouton d'Aïep est une maladie à laquelle les indigènes ne peuvent se soustraire ; il faut tôt ou tard lui payer son tribut. Les étrangers mêmes sont atteints ; mais on ne peut assigner une époque pour l'apparition de cette éruption , qui toutefois n'est point contagieuse.
Une particularité remarquable , c'est que le chien peut contracter cette maladie et qu'elle offre alors les mêmes symptômes que chez l'homme. Le bouton d'Aïep n'est pas nécessairement grave ; il n'y a de fâcheux dans cette affection que la cicatrice toujours difforme et souvent très nuisible, selon les divers organes où elle s'opère.
Traitement. — Les soins de propreté et des applications émollientes doivent tenir le premier rang parmi les moyens mis en usage pour préparer la guérison. On doit surtout préserver les parties affectées du contact de l'air extérieur ; mais on n'est pas encore parvenu à trouver un traitement vraiment curatif. Des cautérisations légères ont été utiles ; les résolutifs ont aussi été essayés avec quelques succès.