‹ Étude et traitement des maladies de la peau, précéd é d'une notice sur la méthode Boyveau-Laffecteur, du poëme de Barthélemy sur la syphilis, et terminé par un formulaireChapitre 70 sur 115 · PURPURA · texte numérisé non relu

PURPURA

Le mot purpura répond au pourpre des auteurs; mais comme on'a donné le nom de pourpre à une foule de maladies telles que la scarlatine, la mUiaire, etc., il convient, pour éviter la confusion, d'employer seulement le nom de purpura , ou celui de pëliose donné par Alibert ; pelios est un mot grec qui signifie livide , et rappelle sur le champ la cou-

MALADIES N APPARTENANT A AUCUN ORDRE. — PURPURA. Mo

leur de l'éruption. Cette affection est rangée par Bateman, dans l'ordre des exanthèmes.

Je ne partage pas l'avis de MM.. Cazenave et Schedel qui n'ont point adopté la classification de Bateman , en rangeant le purpur a dans les exanthèmes. L'assertion de ces auteurs porte principalement sur ce qu'il y a absence de la fièvre dans le purpura; que c'est un êpanchement sanguin qui a lieu dans cette maladie, et non une injection résultant de l'inflammation.

J'oserai faire remarquer que ce sont là des raisons plus spécieuses que fondées. D'abord la fièvre existe parfois dans le purpura ; Bateman dit seulement qu'elle n'accompagne pas toujours cette éruption. Ensuite la question réelle est moins de savoir quel phénomène physiologique produit les taches du purpura, que de constater leur présence sur la peau, comme étant une éruption exanthématique de fait. Si on allègue qu'il faut entendre par exanthème l'éruption survenant après une phlegmasie cutanée accompagnée de fièvre , je répondrai que c'est précisément ce qui arrive dans le purpura hemorrhagica. Willan lui-même dit que, dans cette forme du purpura, il y a quelquefois de légers symptômes fébriles, avec des exacerbations. D'ailleurs* il est difficile de concevoir un êpanchement , ou toute autre exsudation sanguine intérieure , s'opérant sans un degré quelconque de ce qu'on appelle mouvement fébrile. On pourrait enfin alléguer que de semblables épanchemens peuvent dépendre d'un défaut de ton des extrémités vasculaires , qui laissent échapper le sang à la surface cutanée, et sur celle du système muqueux. Je copie ici ce que je trouve écrit dans le livre de MM. Cazenave et Schedel, dans rénumération des causes du purpura hemorrhagica. Je réponds par un passage du même texte. On conçoit cette faiblesse du système vasculaire chez les individus qui ont vécu au milieu des causes débilitantes; mais il est difficile , sinon impossible, d'expliquer corn-

ment elle peut survenir en quelques heures chez les individus forts et vigoureux, et jouissant auparavant d'une santé complète. Je demande quelqu'indulgence pour cette petite digression qui a été faite dans le seul intérêt des vérités scientifiques.

Le purpura est une maladie non contagieuse ayant les caractères suivans : taches violettes, ou d'un rouge obscur ordinairement, quelquefois d'un rouge vif, ou au contraire brunes et noirâtres ; la forme en est communément ronde. Ces taches ne forment pas de saillie sur la peau, et sont dues constamment à une extravasion du sang provenant des vaisseaux cutanés.

Bateman regarde le nom de pourpre comme un terme de classification qui comprendrait plusieurs variétés de cette maladie. Quelle que soit la dénomination adoptée par les auteurs , ils ont en général reconnu plusieurs espèces de purpura. Willan et Bateman admettent cinq espèces : purpura simplex , purpura hemorrhagica , purpura urticans, purpura senilis, purpura contagiosa. Je suivrai cette division, en n'insistant toutefois que sur les points essentiels dans l'histoire de ces diverses espèces.

Purpura simplex. — Cette éruption a lieu dans des conditions de santé les plus opposées ; elle survient donc également au milieu d'une santé parfaite , ou elle est précédée de langueur , de décoloration de la peau, de douleurs des membres, etc. Les taches se montrent de préférence aux membres et leur apparition n'a rien de régulier pour la durée , qui peut varier de trois à quatre septénaires jusqu'à deux ans. L'aspect des taches varie aussi singulièrement ; mais quelle que soit la teinte qu'elles présentent, on les distingue des morsures de puces , en ce qu'il y a au centre de celles-ci une tache bien visible.

On rapporte ordinairement les causes dupurpura simplex à l'adolescence et au tempérament sanguin. Il se montre pourtant chez les vieillards et les sujets épuisés par toutes sor-

tes de causes énervantes. Cette éruption n'est jamais une maladie grave.

Traitement. — 11 doit être basé sur la constitution et l'âge du sujet. Les personnes d'un tempérament sanguin retireront un grand soulagement de la saignée. Bateman préconise les toniques, chez les lymphatiques ou ceux qui sont affaiblis par la misère, les chagrins, etc.; pour les enfans, il veut un air sain et le lait d'une bonne nourrice ; pour tous les malades épuisés, en un mot, il recommande une hygiène sévère.

Purpura hemorrhagica. — C'est surtout à cette espèce de purpura que convient le nom de peliose donné par Âlibert. Les taches du purpura hemorrhagica sont larges, irrégitlières et livides; on pourrait parfois les prendre pour les ecchymoses qui succèdent aux contusions, surtout lorsque, de rouges ou violettes qu'elles étaient , elles passent à la couleur jaune.

Les taches n'offrent aucune saillie à la peau ; mais comme elles surviennent également sur la langue , le palais et les parois de la cavité buccale , elles amènent l'amincissement des tissus qui , distendus sur un seul point par le sang épanché , proéminent sur ce point sous la forme d'une ecchymose.

Le sang, ainsi amassé derrière des membranes amincies à l'excès, ne tarde pas à se faire jour en brisant un si faible obstacle. Lorsque l'hémorrhagie qui survient a lieu aux gencives, elle simule une de ces affections scorbutiques dont les symptômes sont à peu près les mêmes. C'est à cette nature de symptômes qu'on doit rapporter le nom de scorbut de terre donné au purpura.

Les taches peuvent encore survenir dans les organes internes , et la membrane muqueuse gastro-pulmonaire en est souvent le siège. C'est alors que de redoutables hémorrhagies

se déclarent , et jettent les malades dans la situation la plus critique.

Le purpura hemorrhagica est précédé des phénomènes les plus variés. Une prostration générale est le symptôme dominant. Une toux sèche, une tension douloureuse de l'épigastre , du ventre , etc., sont quelquefois observées. Il arrive que la maladie peut surpendre un homme bien portant , et cela du jour au lendemain. Quant à la durée, rien de plus variable : Bateman parle de plusieurs années.

Les causes sont tellement obscures que l'on doit apporter la plus grande réserve pour les indiquer. Bateman rapporte plusieurs circonstances intéressantes au sujet des autopsies qu'il a faites sur des sujets morts de cette maladie. Les interprétations que l'anatomie pathologique lui a fournies en cette occasion , sont susceptibles d'une discussion sérieuse.

La seule chose qui intéresse le diagnostic dans cette variété, c'est la ressemblance assez exacte des taches du purpura hemorrhagica, avec les taches qui appartiennent à d'autres maladies. Les ecchymoses sont identiques à celles qui arrivent spontanément; mais la cause connue d'une violence extérieure suffira pour éviter toute espèce d'erreur; et encore, avec les moyens d'investigation ordinaire , les méprises seraient difficiles.

Traitement. — Le traitement de cette maladie offre une grande richesse de moyens si on les évalue numériquement. On a mis à contribution presque toutes les ressources de la thérapeutique avant d'avoir trouvé la médication vraiment curative. Le régime tonique , le kina , les astringens énergiques, tels que le ratanhia et les acides minéraux, la saignée, ont été tour à tour employés selon les indications les plus importantes à remplir. Le traitement de Biett a prévalu , et il a été constaté que les boissons laxatives et acidulées- ont obtenu, dans la plupart des cas graves, un succès in-

contestable. L'extrait de ratanhia uni à la glace a été encore employé par Biett. M. Brachet , de Lyon , s'est servi également de ce moyen avec de grands avantages : l'autorité de deux praticiens aussi recommandasses doit être regardée comme un guide fidèle que l'on peut suivre avec confiance dans le traitement du purpura hemorrhagica.

Purpura urticans. — Cette variété tire son nom de la l'orme de l'éruption, qui est celle déboutons arrondis, proéminens et rouges. Il n'y a point de fourmillement comme dans l'urticaire. Les boutons au purpura urticans achèvent toutes leurs périodes d'accroissement et de décroissement dans l'espace de deux ou trois jours. Ils peuvent paraître sur les diverses parties de corps. Cette variété ne présente aucun phénomène particulier , et ne devrait pas être séparée du purpura simplex.

Purpura senilis. — Cette variété a été observée chez les vieillards, et principalement chez les femmes âgées. Il est évident que les symptômes sont les mêmes que ceux des autres variétés , avec les modifications résultant de l'âge des malades. Les conditions différentes dans lesquelles se trouve alors la peau, rendent compte de ces nombreuses anomalies observées relativement à la forme et aux dimensions des plaques.

Le purpura contagiosa est une véritable erreur de nosologie. Cette variété n'est autre chose que les taches pétéchiales observées dans les fièvres typhoïdes. Bateman convient lui-même que le purpura contagiosa ne devrait guère figurer dans sa classification. D'ailleurs les taches pétéchiales sont symptomatiques d'une autre maladie étrangère à celles de la peau : cette seule considération devrait les faire rayer d'un ouvrage de dermatologie.

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