‹ Etude expérimentale de l'influence sur l'épilepsie sous-corticale de la di-phényl-hydantoïneChapitre 11 sur 29 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Remarques préliminaires à nos expériences personnelles.

Signification des crises uniquement cloniques

Dans les expériences que nous avons réalisées pour réponidre à la question que nous nous étions posée, et dont l'exposé va suivre, nous avons observé, à plusieurs reprises, un symptôme sur la Signification duquel] il importe tout d’abord que nous soyons nettement fixés. Il s’agit des accès incomplets que nous avons eu assez souvent l’occasion de remarquer nousmêmes et que, d’ailleurs, d’autres expérimentateurs ont constatés avant nous. L’accès épileptique, quand il est complet, se compose de deux phases successivement toniques, puis cloniques, mais il lui arrive parfois d’être incomplet et d’être constitué uniquement par la phase clonique. On en verra des exemples dans les chapitres qui vont suivre. Parmi les auteurs qui se sont occupés récemment de l’Electro-choc, en dehors de nous, et qui ont eu l’occasion de l’observer, citons DELAY et SOULAIRAC. Dans leur communication, déjà citée, sur l’action comparée des barbituriques et des hydantoïnes sur l’épilepsie électrique du Rat, ils ont noté que (pour reprendre leurs propres expressions) « la crise est modifiée : la phase tonique est extrêmement brève, puis survient une phase clonique, très prolongée, etc. ». Notons que la chose se produit aussi dans l’épilepsie corticale obtenue par excitation directe de l'écorce cérébrale. FRANÇOIS- FRANCK (15), qui, autrefois, consacra d'importantes recherches

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\ à l'étude de l’épilepsie cérébrale, l’avait parfaitement observé:

nous ne saurions mieux faire que de rapporter sa description qui, comme on le verra tout à l'heure, cadre exactement avec

ce qu’on peut constater au cours de l’Electro-choc : |

« 2°) Accès incomplets et anormaux. — L'accès est incomplet si l’une de ces deux périodes vient à manquer; c’est alors la phase tonique qui fait défaut. Nous n’avons jamais observé d’épilepsie corticale exclusivement constituée par la contracture sans secousses terminales, tandis que nous avons enregistré fréquemment des accès partiels ou généralisés sans période initiale tonique : l’accès était tout clonique; d’ordinaire, en pareil cas, les secousses sont fréquentes, petites, pressées au début, puis se dissocient en augmentant partiellement d’amplitude et, tout d’un coup... se transforment en accidents très espacés. »

FRANÇOIS-FRANCK s'était préoccupé, comme va le montrer la suite de la citation, d'établir la concordance entre les faits expérimentaux et ceux de la clinique; il continue, en effet, en disant : « Chez l’homme atteint d’épilepsie partielle, cette forme n’est pas rare, et chez lui pas plus que chez les animaux, dont on provoque la convulsion en excitant le cerveau, il n’y a le moindre doute sur la nature épileptique des convulsions; si, comme M. BROWN-SEQUART à cherché à l’établir, la période tonique initiale est caractéristique de l’épilepsie idiopathique du grand mal vulgaire, elle peut assurément faire défaut dans l’épilepsie corticale : la meilleure preuve à en donner, c’est que chez le même sujet, homme ou animal, on peut voir alterner les accès complets tonico-cloniques et les accès tronqués représentés

seulement par la phase clonique qui constitue dès lors ‘toute

. 1° LE RC * l'attaque. Le Chien présente souvent cette forme. »

FRANÇOIS-FRANCK nous dit littéralement que les accès uniquement cloniques sont des accès tronqués. Si on remplace l’épithéte « tronqués » par celle « d’atténués », on arrive à une notion qui est plus claire ét qui sera susceptible de nous servir.

Qu'est-ce qu’un accès épileptique, en réalité, ? Les

contractions musculaires qui constituent les phases toniques et

cloniques ne sont, en réalité, pas différentes de nature, quoique le mot tonique puisse prêter à confusion. Il existe une forme particulière de contractions musculaires qu’on appelle le tonus

-et dont les exemples les plus frappants s’observent au niveau des

muscles lisses des invertébrés. L'exemple classique en est le muscle adducteur des valves de la moule qui maintient les valves de ce mollusque dans la position de fermeture. On a beaucoup discuté sur la nature de ce « tonus » et on a soutenu qu’elle constitue une forme de contraction essentiellement distincte de la secousse des muscles striés. Mais cette similitude de mots ne doit pas nous faire croire à l'identité de la chose. Dans la phase tonique de l’épilepsie, les muscles ne sont pas en un état de tonus comparable à celui du muscle adducteur de la moule, mais ils sont en état de tétanos physiologique, c’est-à-dire dans un état de: contraction produit par la fusion des secousses élémentaires des fibrilles musculaires. Ce point a été élucidé par les enregistrements graphiques de FRANÇOIS-FRANCK, enregistrements que l’on retrouvera dans son ouvrage (enregistrements des pages 72 et suivantes) et sur lesquels on voit se produire la fusion des secousses au début de la phase tonique. Notre auteur s’exprime d’ailleurs de la façon suivante : « Les deux spécimens 34 et 35 montrent la période tonique initiale dans laquelle les secousses sont fusionnées en un tétanos parfait. Malgré les légères différences des formes de la phase tonique, on reconnaît facilement l'identité du type dans les deux cas. C’est la physionomie la plus habituelle de cette première phase caractérisée dès lors par un tétanos à renforcement. » Dans la phase clonique, les secousses élémentaires dont les muscles sont le siège s’effacent, de sorte que les secousses ne sont plus fusionnées et que des mouvements plus ou-moins désordonnés se produisent,

D’après les enregistrements graphiques, l'accès épileptique nous

apparaît comme une sorte de décharge d’influx nerveux moteurs,

Le rythme de ces influx est d’ailleurs très rapide, ce qui permet [2 L L a 9

la fusion des secousses (phase tonique), puis ce rythme s’espace,

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de sorte que les secousses se séparent et s’espacent, c’est la phase clonique. Si, dès le début, la décharge est moins forte, le rythme des influx est plus lent et les secousses n’arrivent pas à fusionner; on a donc un accès seulement clonique. Il résulte de ces constatatjons qu’un accès réduit à sa phase clonique doit être considéré non pas comme une forme spéciale d’épilepsie, mais comme un accès atténué. Il s’agit d’une différence non de nature, mais de degré. Nous avons, d’ailleurs, tenu à soumettre cette notion au contrôle de l’expérience. Pour cela. nous avons soumis des Rats à des électro-chocs d’intensités progressivement croissantes, en notant les phénomènes observés. En voici les protocoles : |

Rat n° 1. — Rat noir et blanc, dont on rase les deux régions temporales. On applique sur cette région les électrodes préalablement humectées d’une solution conductrice chlorurée sodique. On utilise l'appareil à électro-choe ou Sysmothère de LAPIDE et RONDE: PIERRE, qui est alimenté par le secteur urbain et qui est muni d’un chrono-interrupteur qui permet de faire varier le temps de passage du courant. Dans les essais pratiqués sur l’animal, ce temps a toujours été de 1 seconde. Dans un premier essai, on utilise un voltage à 20 : cette force électro-motrice est insuffisante, l'animal ne fait pas de crise, il présente une secousse au moment du passage du courant, puis reste sur place pendant deux secondes, comme figé, et enfin s’'élance rapidement en avant en cherchant à fuir. Dans un deuxiéme essai, pratiqué après quelques instants de repos, on utilise 30 volts : l'animal présente alors une crise, tombe sur le côté et perd conscience : ses membres antérieurs se placent en flexion et la palpation permet de constater qu'ils sont contracturés ; les membres postérieurs, au contraire, ne présentent pas de contracture, mais se fléchissent et s'étendent alternativement, très rapidement, c’est-à-dire présentent des secousses cloniques. Nous avons done un accès qui est pour ainsi dire mixte, dans lequel nous avons une phase tonique aux membres supérieurs sans que les membres inférieurs présentent autre chose que des mouvements cloniques. Un peu plus tard, l'animal étant rétabli, nous pratiquons un nouvel essai avec 40 volts. Cette fois-ci on obtient une crise schématique ; pendant la phase tonique, les membres postérieurs se placent en extension forcée et sont absolument raides, les membres antérieurs sont en flexion tonique et la tête est fléchie sur le sternum. A cette phase tonique fait suite la phase clonique, avec ses mouvements convulsifs généralisés aux quatre membres,

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