PROTOCOLE DES EXPERIENCES
Piceon N° 1.
Oiseau adulte pesant 310 grammes. —
Le 20 Février 1945, on pratique l’ablation du cerveau. Après l’opération l'animal paraît assez choqué. Le lendemain, on le trouve dans la position caractéristique des pigeons dont le cerveau a été enlevé peu de temps auparavant. Il est debout sur ses pattes, le cou est rétracté, de sorte que Ja tête paraît ne pas se détacher du corps. L’animal est complètement immobile et semble absolument indifférent à ce qui l’entoure. On commence l'alimentation artificielle, qui sera pratiquée ensuite régulièrement tous les jours; l’oiseau est nourri avec des grains d’orge préalablement gonflés dans l’eau chaude qui sont introduits
dans son bec pour provoquer le réflexe de déglutition.
Le 23 Février, l’état de l'animal s’est sensiblement amélioré. Cependant il maintient toujours la tête aplatie sur le corps. Toutefois, il marche facilement et évite les obstacles. Lancé dans l’air, il vole et se pose avec précision. Mais il reste toujours indifférent à ce qui l’environne et ne manifeste aucune spontanéité. On commence alors les épreuves d’Electro-choc; on utilise le sysmothère de LAPIPE et RON- DEPIERRE, alimenté par le courant du secteur urbain
EPA
— avec 80 volts pendant 05, il se produit une forte extension de la colonne vertébrale, de sorte que l'animal bascule en
| arrière. En même temps, il bat violemment des ailes.
— avec 100 volts pendant 05, on assiste à une crise qui se
déroule en deux phases : tout d’abord l'animal se place dans A la position d'extension et ses ailes se développent : À ce mo- : ment, son corps est à peu près immobile bien qu'il soit entraîné = à basculer en arrière. Dans une seconde phase, les ailes se mettent à battre violemment. Ensuite il se remet sur ses pattes et la crise prend fin.
Notons que les seuils obtenus au cours de notre première
expérience sont trop élevés. Nous avions, en effet, laissé passer le courant pendant seulement 0”5. Par la suite, comme on va le voir, nous avons corrigé cette défectuosité de technique et fait passer le courant pendant 1”, ce qui nous a fait obtenir des seuils
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beaucoup plus bas.
Le 28 Février, l’état de l'oiseau s’est encore amélioré. Il se tient sur ses pattes dans une position normale. Toutefois, il ne présente aucune spontanéité et, bien qu'il puisse marcher et voler parfaitement
il reste sur la table sur laquelle on le place sans chercher à s'échapper. Si on s'approche de lui, ou si on cherche à le prendre, il ne paraît pas
Î s'en apercevoir. Si on approche rapidement le doigt de son œil, il ne cligne point. En somme, il présente la cécité corticale caractéristique de l’ablation de l'écorce cérébrale. On pratique alors sur lui le choc cardiazolique : on injecte dans la veine alaire gauche de l'oiseau 2/10° de em° de cardiazol dilué de moitié. L'oiseau tombe sur le côté en battant des ailes. Sa colonne vertébrale tend à se metre en extension. Sa respiration s'accélère. Il se rétablit ensuite très rapidement et se remet sur ses pattes. En somme nous avons assisté à un début de crise.
Le 1° Mars 1945, l'oiseau se présente en excellent état. Il ne recon-
naît toujours rien autour de lui. Il n’a aucune spontanéité et ne ferme pas les paupières lorsqu'on approche vivement la main de ses yeux.
On commence par déterminer le seuil de l’Electro-choc, en pre- } nant soin de placer les électrodes bien en arrière sur la partie latérale 4 des écailles de l'occipital. Dans ces conditions, avec 40 volts pendant -
1”, on n'obtient pas encore de crise et l'oiseau cherche seulement à
“a fuir, mais, avec 60 volts pendant 1”, on a une crise tonico-clonique complète, l'oiseau se plaçant d’abord en extension, les ailes largement étendues, tendant à basculer en arrière. Cette phase est suivie de bat. tements d'ailes violents qui représentent le stade clonique.
2 AATESE
On fait alors une injection intra-péritonéale de 30 mmg. de D.P.H. en solution légèrement alcaline. L'oiseau pèse 305 gr. (poids à jeun), de sorte que la dose est de 10 cg. par kg. Pour un rat, cette dose serait faible; par contre, chez le chien, elle serait active. Trois quarts d'heure après l'injection, l'animal présente un syndrome comparable à celui qu’on observe après l’ablation du paléo-cervelet. Sa colonne vertébrale se place en extension. Son cou et ses pattés également, de sorte que le corps de l'oiseau s’incurve et l’entraïine à basculer en arrière. De plus, en apparence pour se rétablir, l’animal bat violemment des ailes. C’est en somme le même syndrome qu’on observe après la section des pédoncules cérébraux chez les mammifères et que SHERRING-
TON, qui l’a découvert a appelé la rigidité décérébrée. On savait déjà
que la D.P.H. peut produire ce syndrome chez les mammifères. KNECHT, dans sa thèse inaugurale inspirée par P. GLEY, l’a décrit en détail. La présente expérience nous montre que ces phénomènes peuvent s’observer également chez l’oiseau. L'animal étant dans cet état, on pratique sur lui l’Electro-choc. Nous avons fait trois essais successifs qui ont été égälement négatifs; nous donnerons donc seulement quelques détails sur le dernier dans lequel le courant le plus fort a été employé. Avec un courant de 100 volts appliqué pendant 075 l'oiseau est simplement resté hébété quelques secondes, sans faire de mouvement. Nous avons pu noter une légère incurvation en arrière de la colonne vertébrale et une légère extension des ailes, mais d’au-
cune façon une crise caractéristique. comme celle qui avait été ob-
servée avant la D.P.H.
Le 5 Mars, on commence par vérifier le seuil normal de la crise. ? P 7
Après plusieurs essais avec 40, 50 et 60 volts, on constate qu’il faut arri-
ver à 70 volts pendant l” pour obtenir une crise tonico-clonique
complète. Antérieurement, nous avions trouvé un seuil assez voi-
.sin de 60 volts. Notons en passant que notre Pigeon n° 2 est plus
sensible et que son seuil est seulement à 40 volts. On injecte alors par voie intra-péritonéale -une dose de D.P.H. égale à 5 mmg. par 100 gr. c’est-à-dire la moitié de celle faite précédemment. Les effets obtenus sont bien moindres. Tout d’abord, l'animal ne représente pas de rigidité, tout au plus at-il une attitude un peu raide. D'autre part, le seuil de l’électro-choc est à peine modifié; après différents essais, nous pûmes en effet obtenir une crise complète avec 70 volts,
Le 6 Mars, on commence par déterminer le seuil de la crise, qui est de 70 volts, chiffre déjà trouvé la veille. On injecte ensuite du gardénal par voie intra-péritonéale, à raison de 5 cg. par kg. Nous avons été guidés dans le choix de cette dose par le travail de P. GLEY.
M. LAPIPE, J. RONDEPIERRE, M. HORANDE et T. TOUCHARD, sur les convulsions médullaires, dans lequel ces auteurs ont observé que le gardénal est deux fois plus actif que la D.P.H. sur le phénomène qu'ils étudiaient. Après une heure d'attente, l’animal a perdu tout tonus d’attitude et repose sur la table dans la position dans laquelle on le place. Avec 110 volts pendant 1”, on provoque quelques battements
d’ailes, mais rien qui puisse être comparé à une crise épileptique.
Le 7 Mars, quinzième jour de l'expérience, l'oiseau paraît encore sous l'influence du gardénal recu la veille et vacille sur ses pattes, bien qu’il se tienne debout. On décide de le sacrifier et de faire son ‘autopsie. On l’asphyxie par le gaz d'éclairage et on ouvre la boîte cranienne. Le cervelet et les lobes optiques sont absolument intacts et présentent la coloration rose caractéristique de l’intoxication oxycarbonée. Des lobes cérébraux proprement dits, il reste quelques lambeaux de la partie la plus postérieure ; ces lainbeaux sont dilacérés et, d'autre part, ils présentent une coloration grise tout à fait distincte de la coloration rosée du cervelet et des lobes optiques, ce qui nous indique qu'ils n'étaient pas vascularisés. Dans ces conditions, il nous à paru superflu de pratiquer un examen histologique, le résultat de cette autopsie, confirmant les conclusions que l’on pouvait tirer du comportement de l'oiseau, nous prouvant que l’ablation du cerveau était complète.
Piceon N° 2.
Pigeon adulte pesant 315 grammes,
Le 20 Février 1945, ablation complète du cerveau. L'opération est rapidement conduite et l'oiseau a «perdu peu de sang, de sorte
qu'immédiatement après le réveil il se tient debout, presque comme un pigeon normal.
Le lendemain, toutefois, il présente l'attitude caractéristique du pigeon sans cerveau, avec le cou rétracté et la tête semblant faire partie du corps. Il est, comme son congénère, complètement insen-
sible à tout ce qui l'entoure, et il faut pratiquer l’alimentation artificielle.
[] Le 23 Février, on pratique sur lui des essais d’Electro-choc, dans
les mêmes conditions que pour le pigeon N° 1 :
— avec 40 volts pendant 075, on a simplement une réaction de fuite, l'oiseau n'ayant même pas perdu conscience ;