CHAPITRE V
Influence de la D. P.H.
sur les Convulsions Cardiazoliques
Nous avons dit plus haut dans le début du Chapitre II, en exposant le plan de nos expériences, que le dernier moyen pour remplir le but que nous nous sommes proposé, c’est-à-dire l'étude de l'influence de la D. P. H. sur l’épilepsie sous-corticale, consisterait à chercher si cette substance modifie le choc produit par un agent déclenchant exclusivement cette forme d’épilepsie. On conçoit, en effet, que si nous avons à notre disposition une substance capable d’agir exclusivement sur la partie du système nerveux qui, distincte du système pyramidal, est le siège de l’épilepsie sous-corticale, nous aurons à notre disposition une méthode. d’une simplicité parfaite pour résoudre le problème qui nous occupe. Ce sera la mise en application du précepte de Claude BERNARD, qui voyait dans les poisons des moyens d’analyse physiologique. Or, cette substance existe, ou du moins
elle est censée exister ; elle n’est autre que le cardiazol. Nous
disons « censé exister », car on admet que ce dérivé agit sur des centres situés dans la région bulbo-protubérantielle, en se fondant exclusivement sur les expériences de Gutierrez : NORIEGA et de ASUAD. Ces expériences, déjà citées dans notre historique, consistent à décérébrer un Chat ou un Lapin, c’està-dire à sectionner les pédoncules cérébraux et à injecter ensuite le cardiazol. On observe que la crise persiste. Cette expérience paraît, à première vue, très démonstrative ; elle se heurte pourtant à une objection : la décérébration, en’effet, est pratiquée
MT
extemporanément, quelques instants avant l'injection du convulsivant, Les fibres nerveuses issues des cellules de l'écorce cérébrale motrice, les axones des cellules pyramidales, n’ont donc pas eu le temps de dégénérer. Le cardiazol, à supposer qu’il puisse porter son action sur ces cellules pyramidales, pourra donc atteindre ces cellules dans leur prolongement. Malgré l’extirpation de l’écorce cérébrale, l'exclusion du système pyramidal n’est pas complète, de sorte qu’on peut se demander si le cardiazol a bien touché exclusivement le système extrapyramidal. Avant de poursuivre ces recherches, nous avons tenu à vérifier, au préalable, que le cardiazol est bien exclusivement un agent sous-cortical, en vérifiant son action convulsivante chez les animaux qui avaient été opérés un laps de temps suffisant auparavant pour que la dégénérescence dé la voie pyramidale soit effectuée.
Nous avons fait cette expérience sur les Pigeons qui, d’autre part, nous ont servi à étudier l'influence de la D. P. H. sur l’Electro-choc après ablation du cerveau. Dans le chapitre spécialement consacré à cette recherche, nous avons donné les protocoles détaillés de nos expériences et, en les lisant, on a pu déjà se rendre compte qu'après l’ablation du cerveau, le cardiazol conserve sa propriété convulsivante. Cette vérification étant faite, et ayant acquis la certitude que le cardiazol est bien un agent convulsivant sous-cortical, nous pouvons maintenant poursuivre nos recherches sur une base solide.
Dans l'expérience qu'il a rapportée en 1941 à la Société
de Biologie (L.C.) et sur laquelle il s’est basé pour dire qu’il n’y a pas d’antagonisme entre le cardiazol et la D. P. H, P. GLEY avait injecté une dose de cardiazol suffisante pour provoquer à coup sûr le choc chez un animal normal (I cc. de cardiazol à 10 % chez un Lapin de 2 kg. 600), et, d’autre part, il avait injecté auparavant une dose élevée de D. P. H. voisine de la dose mortelle (8 cg par kg.). Il s’était donc placé dans des conditions qui, à priori, étaient favorables pour observer
un antagonisme, dans l’éventualité ou celui-ci aurait existé. Mais /
LEE VE bn
d'indiquer.
il a observé une crise cardiazolique typique tonico-clonique, sans atténuation par conséquent. Nous avons tenu, au contraire, à conduire l’expérience de manière à pouvoir mettre en évidence le plus léger degré d’antagonisme qui puisse exister. Pour cela, nous avons pris deux précautions : l°) réduire la dose de cardiazo} à la quantité minimum susceptible de déclencher l'accès convulsif; 2°) augmenter au contraire la dose de D. P. H. jusqu’au voisinage du taux mortel. Nous avons donc fait plusieurs essais, que nous allons rapporter avec quelques détails et dont l’exécution répond à ce plan général que nous venons
Rat N° 1 (témoin). — Rat pesant 120 grammes. — On injecte par voie intra-veineuse O0 cc. 10 de cardiazol. Une crise typique se produit, avec sa phase tonique caractérisée par l’extension des membres inférieurs et la flexion des membres supérieurs. Elle est suivie de la phase clonique. L’animal meurt dix minutes plus tard.
Rat N° 2. — Rat de 120 grammes. — On injecte par voie intrapéritonéale 1 ce. 20 d’une solution contenant 10 milligrammes de D. PH. par ce. L’animal a donc reçu 20 centigrammes par kilo de D. P.H. Aucun symptôme, anormal n’est observé. Dix minutes plus tard, on injecte 0 cc. 10 de cardiazol par voie intra-veineuse. Une crise
se déclare tout de suite : les membres antérieurs sont fléchis et contrac-
turés, mais les membres postérieurs, loin d’être en contracture, présentent des secousses cloniques, ensuite les mouvements cloniques se généraliseht aux quatre membres. L'animal meurt dix minutes
plus tard.
Rat N° 3. — Ce rat pesait 110 grammes, et il a reçu 2 cc. 20 de
D. P. H., soit 40 centigrammes par kilo du dérivé. Après l'injection
de cardiazol, la crise est clonique d'emblée, sans trace de contracture aux membres inférieurs ni aux membres supérieurs. L’animal meurt dix minutes plus tard.
Rat N° 4. — Rat pesant 135 grammes. — Il reçoit une injection intra-péritonéale de 4 ce. de D.P.H. à 20 mmg. par cc., c’est-à-dire 60 cg. par kg. Dix minutes plus tard, injection intra-veineuse de 0 cc. 10 de cardiazol. L’animal fait une crise qui est réduite à la phase
clonique, sans contracture.
Il ressort des quatre expériences précédentes que la crise cardiazolique peut être atténuée par la D. P. H. Dans ces essais, en effet, la crise a été seulement clonique chez les animaux
LPS Pers
préparés par la D. P. H. Or, dans notre chapitre préliminaire, nous avons établi que la réduction de la crise à la phase clonique représente son degré atténué. Nous avons alors cherché à continuer l'expérience de façon à mettre encore mieux en évidence l’action de la D. P. H. Pour cela, nous avons donc essayé de réduire la dose de cardiazol. Les protocoles suivants se rapportent à des animaux-témoins qui ont reçu uniquement du cardiazol en vue de déterminer la dose seuil :
Rat N° 5. — Rat pesant 105 grammes. — Il reçoit dans la veine caudale 0 ce. 10 de cardiazol dilué au demi, c’est-à-dire une dose moitié moindre que celle injectée aux rats 1, 2, 3. L'animal fait pourtant une crise complète, avec phase tonique et clonique.
Rat N° 6. — Rat pesant 110 grammes. — Il reçoit une injection intra-veineuse de 0 ce. 10 de cardiazol dilué au quart. Ce rat ne fait pas de crise.
I semble donc que la dose minima à laquelle on puisse descendre soit de 0 cc. 10 de cardiazol dilué au demi pour un rat pesant 100 grammes ; c’est la dose qui a été employée dans l'expérience suivante :
Rat N° 7. — Rat pesant 135 grammes. Reçoit par voie intrapéritonéale 4 ce. de solution de D. P. H. à 20 mmg. par ce., c'est-à-dire 60 cg. par kg. Il: s’agit d’une dose très élevée, toujours mortelle. Dix minutes plus tard, l’animal reçoit O0 ce. 10 de cardiazol dilué de moitié. Immédiatement se déclenche une crise, mais elle est réduite à
Ja phase clonique et ne comporte pas de contracture.
Les expériences que nous venons de rapporter sont, nous semble-t-il, suffisamment probantes pour montrer que la D.P.H. n'est pas complètement dénuée d’action sur le choc cardiazolique, c’est-à-dire sur l’épilepsie sous-corticale déclenchée par le cardiazol, Cette action, toutefois, est peu marquée et il n’est pas possible d'obtenir la suppression des crises ; tout au plus arrive-t-on à en obtenir une atténuation, qui se manifeste par la réduction de l’accès à sa phase clonique. Encore, pour observer cette atténuation, faut-il employer des doses-limites de cardiazol et des doses maximums de D. P. H. En pratique, par conséquent, et comme P. GLEY l’avait dit tout d’abord, on peut considérer
qu'il n’y a rien de comparable dans cette atténuation avec la