‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 123 sur 152 · IV. ACTION CONVULSIVANTE DE LA MORPHINE · texte numérisé non relu

IV. ACTION CONVULSIVANTE DE LA MORPHINE

Comme 1l importe de bien se comprendre, nous rappelons que l’action convulsivante, que nous allons étudier, n’a rien de commun avec l'excitation, l’hyperexcitabilité réflexe ete., que les doses modérées de morphine produisent chez les animaux, et qui sont la dominante dans les espèces qui échappent à son action hypnotique.

Cetteactionconvulsivante est toujours laconséquence de l'administration des doses fortes et s'observe, avec des caractères absolument semblables, chez les individus de toutes les espèces, narcotisés ou non narcotisés. IT est possible, cependant, comme le dit Schmiedeberg, que, chez l’homme, elle soit excessivement rare, parce que la mort, par paralysie du cerveau, survient, avant qu'elle ait eu le temps d’apparaître.

La convulsion morphinique est un symptôme grave,

RC.

qui ne manque jamais avec les doses toxiques et que l’on peut étudier indépendamment de toute précaution particuhère, telles que la pratique de la respiration artificielle, chez l'animal qui doit y arriver.

Il suffit d'ailleurs de lire les travaux de CI. Bernard, sur l’opium et la morphine, pour voir que, dans presque toutes ses expériences, les animaux {chiens, lapins, pigeons, etc.) succombaient en présentant des convulsions violentes el une raideur télanique, « qui se manifeslaientsurtout quand on administrait la substance jusqu à doses toxiques » ; aussi, dans la classification qu'il a donnée des alcaloïdes de l’opium, d’après leur pouvoir convulsivant chez les animaux, l’immortel physiologiste n’a pas oublié la morphine.

Depuis, tous les expérimentateurs ont vérifié l’exactitude de cette propriété qui, d’ailleurs, a fait l'objet d’un travail spécial de la part d’Amblard et Grasset. Ces auteurs se sont proposé de démontrer que, chez les mammifères, lamorphineestconvulsivante et que, toute soporifique qu'elle est, elle produit, chez le chien, des actions qui ne sont pas opposées à celles qu’elle détermine chez la grenouille.

Cette dernière conclusion est inexacte, car, si la morphine arrive à être convulsivante pour le chien, comme elle l’est pour la grenouille, ceci ne veut pas dire, qu'avant cela, aux doses physiologiques, les actions soient les mêmes pour chaque animal.

C'est comme si, maintenant, nous venions affirmer que la morphine agit de la même façon, chez le chien et chez le chat, parce qu'aux doses élevées elle est con-

vulsivante pour l’un et pour l’autre .

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Quoi qu'il en soit, bien que se servant de doses qui nous paraissent au-dessus de celles qui peuvent suffire, pour atteindre le but qu'ils poursuivaient, Amblard et Grasset ont donné une excellente description des effets convulsivants de la morphine chez les chiens,

Nous ne reviendrons pas nous-même sur cette descripüion, car, plus haut (p. 29), nous l'avons détaillée, d'après nos propres observations.

Nous rappellerons seulement que, dansnos expériences chez les solipèdes, chez le chat, chez le porc, chez le mouton et chez la chèvre, nous avons vu les doses fortes de morphine aboutir aussi à des spasmes convulsifs, qui avaient tous les caractères de ceux qui se montrent chez le chien.

Mais 1l est important de remarquer encore que, chez les animaux que la morphine excite, comme chez ceux qu'elle endort, l’action convulsivante de cet alcaloïde est rarement immédiate. Elle n'apparaît qu'au bout dun certain lemps, une heure et demie, deux heures, quelquefois plus, après l’injection hypodermique de la dose de poison capable de la provoquer. Il faut done une imprégnalion prolongée, et qui semble se faire assez lentement, pour voir apparaître les premières manifestations convulsives de la morphine et cela, nous le répétons, dans toutes les espèces animales.

Naturellement, avec des doses massives et, surtout, par injection dans une veine, on précipite l'imprégnaton el lPapparition des spasmes, mais ce ne sont pas les conditions les meilleures pour bien étudier leurs caractères. Donc, quand on arrive à la période convulsi-

vante, les effets de la morphine tendent à se confondre

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et deviennent semblables chez tous les animaux. Que l'animal soit endormi, si c’est un chien, ou qu'il soit excité, s'il s’agit d’un chat, d'un pore, ete., les secousses convulsives se produisent dans les mêmes condi- Uons ; elles ont des caractères communs, identiques, avec cette seule différence cependant, c’est que, dans un as, elles se montrent pendant la narcose, tandis que, dans l’autre, elles surviennent en pleine période d’excilation.

Nous nous sommes demandé alors quelle est la parlie des centres nerveux que la morphine arrive à imprégner ainsi tardivement et sur laquelle elle agit comme excitant, dans toutes les espèces animales, pour provoquer les actions convulsivantes énergiques que nous avons décrites.

Comme il n’y avait pas lieu de s'occuper du cerveau, puisqu’au contraire son ablation précipite l'apparition des spasmes convulsifs, nous avons cherché à savoir si ces spasmes avalent pour origine des actions médullaires ou bulbo-protubérantielles.

Avant l'exposé de nos recherches personnelles, sur ce point particulier, nous devons dire que l’opinion des classiques et de la plupart des auteurs est en faveur d’une action sur la moelle.

CI. Bernard n’a pas recherché directement la part qui revient à la moelle dans les convulsions de la morphine; il a simplement démontré, chez la grenouille, que l’excitabilité part du cerveau et que la plupart des effets dépendent de l'influence de cet organe sur la moelle épinière.

Le professeur Ch. Richet rattache les effets convulsi-

us 992 = vants de la morphine aux actions de cet alcaloïde sur la moelle, et donne, de la généralisation progressive de ses principales manifestations, un tableau schématique assez simple.

Pour lui, la morphine, médicament cérébral et psychique à doses faibles (hypnose), devient bulbaire à doses plus élevées (modifications de la thermogénèse, de la respiration et du cœur), médullaire à doses fortes (contracture et convulsions), puis enfin paralysant, quand, par la respiration arbüficielle, on a permis la généralisation des effets déprimants, à la totalité des éléments nerveux.

Or certains résultats expérimentaux, obtenus par nous, à propos des effets convulsivants de l’apomorphine, nous avaient laissé des doutes sur l’origine réelle des manifestations de même nature que produisent les doses toxiques de morphine. C’est ce qui nous a décidé à entreprendre les expériences suivantes, dont l'interprétation simple modifie entièrement l’opinion admise Jusqu'ici, sur la cause des convulsions qui apparaissent, pendant le sommeil produit par les doses exagérées de morphine.

Es EXPÉRIENCE CLXXIX (20 Janvier 1898).

Chien, race commune, 16 kilogrammes, Injection hypodermique de chlorhydrate de morphine, 6 centigrammes par kilogramme. L'animal est rapidement et lourdement endormi, Pendant son sommeil, on constate le ralentissement des mouvements respiratoires qui son { également un peu superficiels ; le cœur est lent, intermittent. La dépression est profonde et le sujet est peu impressionnable; cependant quand on

le frappe, il se réveille brusquement, cherche à se relever mais se rendort presque aussitôt, La parésie du train postérieur est très accusée.

L'animal est ainsi inerte, depuis 1 h. 45 environ, et dort profondément lorsque survient une brusque secousse, dans un des membres antérieurs. Cette seeousse, de très courte durée, n'interrompt pas le sommeil. Cinq minutes après environ, un brusque mouvement d'extension de la tête réveille le sujet qui, après, se rendort profondément. Mais les mouvements convulsifs se rapprochent de plus en plus et prennent un caractère clonique non douteux. Chaque fois, l'animal se redresse convulsivement sur son train antérieur, la tête reportée en arrière, le facies grimaçant ; il est toujours surpris dans son sommeil, mais se rendort immédiatement, Les crises s’exagérant de plus en plus, le chien est rapidement immobilisé sur la table et on se met en mesure de pratiquer la respiration artificielle. Se servant alors du myélotome, on sectionne la moelle, entre l’occipital et l’atlas. Le soufflet mis en mouvement, on observe attentivement le sujet. Dans les premiers instants qui suivent l'opération on ne voit rien de particulier ; limmobilité est complète ; le réflexe cornéen est parfaitement conservé, mais on ne voit plus de mouvements convulsifs,

On découvre la jugulaire et, par celle veine, on injecte 10 centimètres cubes d'une solution de chlorhydrate de morphine à 4 pour 100, Moins de deux minutes après, apparaissent des mouvements brusques, dans les muscles des oreilles et de la face. Ces mouvements sont isolés, saccadés et rappellent ceux qu'on voyait, avant la section de la moelle ; mais les membres et les muscles du tronc ne participent pas à la convulsion,

On renouvelle l'injection de 10 centimètres cubes, dans la jugulaire. Les accès convulsifs s’exagèrent, se rapprochent bientôt, au point d’être presque continuset, à un moment donné, on voit la bouche s'ouvrir fortement, les yeux se fermer et tous les muscles de la tête et de la face présenter un spasme tétanique-complet. Ce spasme disparaît, mais, sous l'influence d'une excitation, les cerises réapparaissent et sont exagérées.

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Tous les muscles du tronc sont au repos et, pendant les accès convulsifs de la face, les membres sont en résolution musculaire et ne montrent pas le moindre mouvement spontané.

En somme, l'action convulsivante se dépense entièrement dans les muscles de la tête.

Cette constatation bien faite, on arrête la soufflerie qui assure la ventilation pulmonaire, et on termine l'expérience; mais, après avoir été déposé dans un coin, le chien présente encore des mouvements spasmodiques dans la tête et, bientôt après, au moment de la mort, prend un accès de tétanisme généralisé,

EXPÉRIENCE CLXXX (29 janvier 1898).

Chien de chasse de forte taille, Injection hypodermique de morphine, 7 centigrammes par kilogramme.

Le sommeil obtenu est très profond et ne présente rien de particulier.

C'est 1 h. 25 environ après le début de la narcose, que nous avons vu apparaître les premiers mouvements convulsifs, soudains, rapides, isolés et séparés les uns des autres par des intervalles qui, d'abord assez longs, sont devenus de plus en plus courts.

in même temps, le sujet parait devenir plus exeitable et sursaute au contact, comme un animal strychnisé Les mouvements cloniques périodiques, du type extensif, avec port brusque de la tête en arrière, se sont exagérés et ont abouti bientôt à un commencement de crise, avec contracture.

Ce que voyant, on à rapidement immobilisé l'animal sur la table, pour lui découvrir la moelle cervicale et lui placer un tube à respiration artificielle dans la trachée,

Pendant l'opération, trois accès de mouvements cloniques assez violents ont été notés.

La moelle est franchement el complètement seclionnée, entre la troisième et la quatrième vertèbre cervicale, el on entretient

la respiration à l’aide de la soufflerie,

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La section ayant été faite plus loin du bulbe, les conditions de cette expérience étaient meilleures que celles de l'expérience précédente.

D'ailleurs, peu de temps après la myélotomie, le chien étant complètement inerte sur la table, nous avons vu réapparaître des mouvements convulsifs ; mais ils étaient exclusivement

localisés dans les parties tout à fait supérieures du cou et dans les muscles de la tête, Par moment, on voyait des claquements brusques des mâchoires, avec redressement des oreilles, mouvements des lèvres et occlusion spasmodique des paupières. Ces accès étaient séparés par des intervalles de repos assez longs.

Par la veine jugulaire et, en plusieurs fois, on a injecté alors 30 centimètres cubes de la solution de morphine à 4 pour 100. Les accès se sont rapprochés, ont pris une très grande intensité et se sont transformés en spasmes (étaniques vrais, avec contracture de tous les muscles de la tête.

Dans les intervalles de repos, la tête avait des secousses brusques, assez intenses pour ébranler le reste du corps, d'’ailleurs parfaitement inerte, On pouvait provoquer les spasmes par des chocs sur la table.

Quand survenait une grande crise, les mâchoires s'ouvraient spasmodiquement et se mettaient à claquer ; les oreilles se dressaient, les commissures des lèvres étaient tirées en arrière :

à travers les paupières, fermées convulsivement, on voyait les yeux pirouetter dans l'orbite. En somme, on avait, dans la tête, toutes les manifestations qui accompagnent les crises épileptiformes ; mais le reste du corps était parfaitement immobile.

Comme chez le sujet de l'expérience précédente, on a vu les mouvements se prolonger, après la cessalion de la respiration artificielle, et deux accès violents de tétanisme généralisé, avant l'arrêt définitif du cœur.

Les deux expériences que nous venons de rapporter, dans les conditions où elles ont été faites, ne laissent aucun doute sur la cause essentielle des mamifestations

convulsivantes, que provoquent les doses fortes de morphine. |

C’est une action directe sur la substance grise du bulbe qui est le point de départ des convulsions; cellesci sont généralisées et s'étendent aux organes moteurs du trone, par propagation de l’excitation bulbaire à la moelle, Si les communications sont interrompues, si la moelle est sectionnée, seules les parties qui ont conservé des relations avec le bulbe présentent des mouvements cloniques et des spasmes.

Du reste, d’autres arguments parlent en faveur de cette explication.

Et tout d’abord, l'apparition tardive de ces accidents. Même après l'injection et l'absorption d’une dose de morphine capable de les produire, ce n’est qu'après un temps relativement long qu'ils apparaissent.

S'il s’agit d'un chien, l'animal présente, au début, toutes les manifestations qui précèdent le sommeil ; puis il s'endort profondément, montrant tous les caractères de la narcose morphinique; le réveil irritable, comme la dépression médullaire, avec parésie du train postérieur et attitude hyénoïde. C’est en pleine hypnose, après une heure et demie, deux heures ou trois heures même de calme parfait, que la convulsion survient, apparaissant presque immédiatement, par petits accès, puis s’aggravant progressivement jusqu'aux crises épileptiformes.

S'il s’agit d’un chat, l’animal est d’abord excité et présente toutes les manifestations que nous avons décrites el qui caractérisent l’action de la morphine dans cette espèce ; puis, à cette excitation, quis’exagère,

s'ajoutent les troubles moteurs, les raideurs articulaires, les contractures, qui donnent à la démarche le type sautillant, précédemment décrit.

Ce n’est encore qu'après une heure et demie ou deux heures de cette agitation que survient la phase convulsive proprement dite. Elle débute par des contractures partielles dans certaines régions du corps, dans les pattes, dans les muscles de la face et des oreilles ; contracüions se transformant bientôt en véritables secousses convuisives, pendant lesquelles les oreilles sont reportées brusquement en arrière, tandis que les yeux sont tirés au fond des orbites, cachés par les paupières, qui se ferment spasmodiquement, en même temps que les lèvres sont relevées et les pattes antérieures violemment reportées en hautet en avant. La tête est redressée par des contractions brusques, qui impriment au sujet un mouvement de recul et souvent déterminent la chute en arrière. Chez le chien comme chez le chat, les manifestations convulsivantes ont le même cachet ; l’un est surpris en plein sommeil, l’autre en pleine excitation, etenfin, chez l’un comme chez l’autre, c’est tardivement que ces manifestations apparaissent.

Il ya done un organe qui, pendant les premières phases, résiste aux effets de la morphine; un centre dont l’imprégnation se fait avec une extrême lenteur, et qui paraît attendre que les autres parties de l’axe encéphalo-médullaire aient épuisé une grande partie de leurs effets, pour, à son tour, céder à l’action du poison.

Or, un rapprochement intéressant entre les manifestations convulsivantes de la morphine et les crises de

la picrotoxine, peut être fait par tous ceux qui ont vu agir les deux médicaments, et ce rapprochement est d'autant plus utile à signaler que, précisément, au moins chez les mammifères, la picrotoxine se comporte, essentiellement et exclusivement, comme un modificateur bulbaire typique.

C'est même en considération de cette électivité remarquable sur le bulbe, que plusieurs physiologistes, notamment Roeber, Heubel et Bohm se sont adressés à la picrotoxine, pour contribuer à démontrer l'existence d'un centre des convulsions, dans la moelle allongée.

Pour ajouter à l'intérêt de la comparaison que nous faisons entre la morphine et la picrotoxine, nous ajouterons, de plus, que l’imprégnation, par cette dernière substance, est aussi remarquablement longue et que, par rapport au moment de l’injection, les effets convulsifs qui la caractérisent sont toujours très tardifs.

Est-ce à dire cependant que la morphine, comme la picrotoxine d’ailleurs, n’aient pas d'action sur la moelle etque la substance grise médullaire soit, par elle-même, insensible à l’action toxique, sans l'intervention d’un centre convulsif supérieur ?

Non pas, certes. Nous savons fort bien que, même après séparation de la moelle d’avec le bulbe, des convulsions peuvent être observées, et nous avons constaté nous-même, après Luchsinger, que dans certaines circonstances, la picrotoxine, convulsivant bulbaire par excellence, peut provoquer des spasmes d’origine médullaire. Mais ces spasmes n’ont pas les caractères des crises d’origine bulbaire et, par la

À. Le simple observation, peuvent en être facilement distingués.

Pour la morphine, c'est la même chose ; assurément dans les conditions habituelles de l’intoxication, chez les mammifères, les effets convulsivants qu’elle détermine, dans les dernières phases de l’'empoisonnement, sont, 1l n’y a pas l’ombre d'un doute, occasionnés par l'excitation des centres convulsifs du bulbe, mais, indépendamment de cela, la morphine a certainement des électivités médullaires, faciles à voir chez la grenouille, souvent très apparentes chez quelques mammifères.

Pour la grenouille, en particulier, nous pensons même que les actions sur la moelle sont les plus importantes et qu'il est difficile de voir, comme chez le chien, des effets convulsifs d’origine bulbaire exclusive.

ce

EXPÉRIENCE CLXXXI (7 février 1898).

J'opère l’ablation totale de l’encéphale sur six grenouilles, ne conservant, comme centre nerveux, que la moelle épinière. Les animaux mutilés gardent l'attitude des sujets sans cerveau, les membres rassemblés, en position normale; pas de mouvements spontanés; les réflexes provoqués sont très localisés.

A chacune de ces grenouilles, j'injecte 3 centigrammes de chlorhydrate de morphine. Chez deux d’entre elles, les premiers effets se sont traduits par une exagération notable de l’hyperexcitabilité, bientôt suivie d'accès violents de tétanisme; tétanisme très soutenu, laissant les animaux rigides comme des morceaux de bois, pendant un temps supérieur à la durée habituelle du spasme chez les grenouilles normales.

Mais ces spasmes tétaniques, que provoquaient les moindres

contacts et qui semblaient durer aussi longtemps qu'on tenait l'animal, ont disparu assez vite ; bientôt est survenu un épuisement nerveux consécutif, avec inertie et paralysie totale. Cependant, trois heures et demie après cet état de mort apparente, nous avons pu vérifier que le cœur avait encore des contractions.

Chez trois autres grenouilles, il n'y a pas eu de tétanisme aussi prononcé, mais seulement un peu d'hyperexcitabilité, suivie, presque immédiatement, de la phase paralytique.

Chez la sixième grenouille, l'apparition des accès de tétanisme a été relativement tardive et s’est montrée, pendant un état dépressif qui se traduisait surtout par des mouvements

lents et d'une grande mollesse,

EXPÉRIENCE CLXXXII (7 février 1898).

Sous la peau de la cuisse de trois grenouilles, très vigoureuses, et dans des conditions physiologiques normales, j'injecte 3 centigrammes de chlorhydrate de morphine, .

Les premiers effets ne se sont montrés qu'une heure et demie environ après l'injection et se sont traduits, au début, par de simples modifications de l'attitude des animaux qui, au lieu de garder la position physiologique de rassembler en flexion postérieure, avaient les pattes de derrière écartées et reportées en arrière, en demi-extension.

A ce moment-là, on constate, en les observant plus attentivement, que les grenouilles sont hyperexcitables: la réflectivité est exagérée; les mouvementssont plus brusques, plus saccadés, mais moins faciles cependant, En effet, quand, par un contact, on stimule un de ces animaux, il cherche à fuir, mais l'extension du saut est imparfaite, avortée, et se transforme en petits bonds sur place, avec difficulté évidente, pour les rayons étendus, d'achever leur mouvement et de revenir à leur position première.

En somme, il y a une sorte de parésie postérieure, qui est

HOon—

d'autant plus curieuse qu'elle coïncide justement avec une hyperexcitabilité très apparente.

Bientôt, les premières manifestations dépressives s’aggravent, les grenouilles restent sur le ventre, les pattes de devant écartées, celles de derrière toujours en demi-extension. Les excitations provoquent des mouvements brusques, d’apparence tétaniforme, qui allongent spasmodiquement les membres en arrière, mais n'impriment plus aucun déplacement à l’animal,

Enfin, apparaissent des convulsions tétaniques vraies, se montrant pas accès et survenant au moindre contact. Ces accès sont très évidemment moins soutenus que ceux que nous avons vus, chez les grenouilles anencéphalées, et sont entrecoupés de secousses cloniques, qui n’existaient pas chez ces dernières,

Profitant d'un spasme tétanique, je coupe brusquement la tête à chacune des grenouilles, en ayant soin de ne conserver que la moelle et je constate, contrairement à ce qui se voit dans les premières phases de la convulsion picrotoxinique, que cette opération ne fait pas disparaître le tétanisme de la morphine.

Même en l’absence des centres encéphaliques, nos grenouilles ont conservé des spasmes, et la seule différence appréciable est une apparence d’exagération de l'excitabilité médullaire, La phase paralytique est survenue assez vite, et tout s’est terminé comme chez les grenouilles de l'expérience CLXXXI.

EXPÉRIENCE CLXXXIII (8 février 1898).

A deux grenouilles acérébrées, j'injecte 3 centigrammes de chlorhydrate de morphine, ainsi qu'à deux grenouilles normales. Pour activer l'apparition des effets, je mets, au début, les animaux dans une eau à 28 degrés.

Les grenouilles sans cerveau ont présenté de l’hyperexcitabilité et les premiers spasmes convulsifs, l’une, dix minutes, l’autre, quatorze minutes seulement après l'injection; tandis que

les témoins n’ont eu leurs premières manifestations, qu'au bout d'une heure quinze environ.

L'influence de l'élévation de la température sur les actions toxiques médullaires, déjà si bien étudiée par Richet, notamment, a été, dans ce cas, fort remarquable.

Chez les grenouilles sans cerveau, les actions de la morphine se sont annoncées, immédiatement, par de l’hyperexcitabilité, avec grande agitation et spasmes tétaniques brusques ; il ya cependant de la gêne motrice et, par moment, les membres sont contracturés,

Les manifestations convulsives étant bien établies, à chaque grenouille, je pratique l'amputation de la tête, de manière à ne conserver que la moelle,

Les grenouilles ne reprennent pas leur attitude physiologique, comme elle l'aurait certainement fait, s’il se fût agi de picrotoxine, elles restent étendues, les membres postérieurs en extension, toujours hyperexcitables et répondant, au contact ou au choc, par un spasme brusque et modérément soutenu.

Les deux grenouilles témoins ont montré d'abord de la paresse motrice, une gêne évidente de la locomotion, sans autres manifestations, du moins tout à fait au début. Quand on les touchait, elles avaient des bonds répétés, imparfaits, se dépensant sur place, avec retour difficile à la flexion. Puis les membres postérieurs sont restés écartés en arrière, dans une demi-extension, comme nous l'avons déjà vu dans la précédente expérience.

Enfin, progressivement, la période des spasmes s'est montrée; les convulsions télaniques ont apparu, avec les caractères ci-devant décrits, et nous avons pu encore décapiter les deux animaux sans voir disparaître les crises. Seule, l'hyperexcitabilité s'est un peu exagérée.

Tout s’est terminé par la paralysie finale habituelle,

Quant à la démonstration que nous avions surtout en vue de faire ici, nos expériences sur la grenouille con-

firment la part importane de la moelle dans la producon des effets convulsifs de la morphine, chez ces animaux ; mais, nous le répélons encore, ce qui se passe, chez la grenouille, ne saurait en rien infirmer les résultats obtenus chez les mammifères, résultats qui sont essentiellement différents, puisque la section de la moelle, chez un chien qui est arrivé à la phase convulsivante de l'intoxication morphinique, ne laisse persister les spasmes que dans les parties qui conservent des relations avec les centres bulbaires.

Peut-être, en pratiquant la respiration arüficielle, pendant longtemps, arriverait-on aux convulsions médullaires et à la paralysie finale, que, dans les condilions habituelles, seules les grenouilles peuvent manifester ; mais nous n'en avons pas la preuve et, d’ailleurs, le caractère absolument exceptionnel et presque anormal, que prendraient ces manifestations, leur enlève tout mtérêt pratique et nous dispense de leur analyse.

Enfin, nos dernières expériences, ajoutées à celles que nous avons faites pour étudier l'influence particulière du cerveau,démontrent la partqui revient à cetorgane, dans les manifestations du morphinisme chez la grenouille.

Avant d'arriver à la synthèse de tout ce que nous venons de rapporter, nous ne pouvons nous dispenser de revenir sur une phrase du livre de M. le professeur Soulier, qui pourrait faire attribuer, à une origine carbonique, les effets convulsivants dela morphine. Il est dit, en effet, à propos des convulsions qui, parfois, précèdent la mort de l’homme empoisonné par cet alcaloïde, que quel que soit l'excès d'acide carbonique accumulé dans le sang, les convulsions de l’asphyxie sont

MrGoRE

impossibles, à cause de la paralysie des centres moteurs. Or, s'ilest exact que la proportion de CO? augmente dans le sang des animaux endormis par la morphine, ce n’est pas cet acide qui est l'agent provocateur des convulsions. S'il en était ainsi, les spasmes seraient généralisés et ne seraient pas modifiés par la section de la moelle (Brown-Sequard, Luchsinger); de plus, on grenouilles, qui résistent si bien à l’asphyxie, les présenter dans les conditions particuliè-

ne verrait pas les

res d’exagération que l’on observe chez elles. Enfin, ces convulsions n’ont aucune relation de proportionnalité, avec la teneur du sang en CO? tandis que leurs rapports, avec les doses injectées, sont évidents ; on peut même les voir apparaître hâtivement, avant toute modification importante du sang, après des injections massives de morphine, dans le système veineux.

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