CONCLUSIONS
I. — Les manifestations du morphinisme varient considérablement, quant à leur nature, d’une espèce à une autre. La morphine n'est pas un hypnotique et un narcotique pour tous les animaux, de même qu’elle n'est pas, toujours el également pour ous, un poison
du cerveau.
IT. — Le chien est l'animal qui éprouve le mieux les effets hypnotiques de la morphine : fondamentalement, entre lui et les individus de l'espèce humaine, il n’y a qu’une différence de résistance et d'impressionnabilité. D'ailleurs, comme les enfants, les jeunes chiens sont très sensibles aux effets de la morphine ; ce qui paraît être l'inverse dans les espèces non narcotisées ;
dans celle du chat en particulier.
LA III. — Pour le cheval, l’âne, le bœuf, le chat, le
mouton, le porc et la chèvre, la morphine n'est pas un hypnotique, au sens vrai du mot ; elle ne produit jamais un sommeil et des effets apparents, pouvant être comparés à ceux que l’on observe si bien chez l’homme et
chez le chien,
Cependant, dans ces espèces, à part une exceplion, la morphine modifie parfaitement les fonctions du cerveau et produit une sorte d'ivresse, qui permet de comprendre comment, par son administration au cheval ou au bœuf, par exemple, on arrive à obtenir le calme, sans sommeil, et à faire cesser une agitation, sans narcoliser.
D'ailleurs, aux doses fortes, celte ivresse morphinique devient agitante et se traduit par des manifestations générales de vive excitation, qui peuvent acquérir des caractères de violence et de gravité extrêmes.
IV. — Parmi les autres, les sujets de l'espèce caprine se distinguent par l’absence de modifications cérébrales — exception curieuse, — et par une résistance vraiment remarquable aux doses fortes de morphine, Chez le mouton, et peut-être aussi chez le pore, les troubles cérébraux ne paraissent pas avoir He qu'ils ont dans les autres espèces.
V.— C'est probablement la différence des actions cérébrales qui est la cause principale des variations que l’on observe, dans les modifications organiques et fonctionnelles que produit la morphine, chez les animaux qu'elle endort et chez ceux qu'elle n’endort pas : car les influences bulbo-médullaires, sans être identiques, sont, dans toutes les espèces, assez comparables les unes aux autres, quant à la nature et à la marche des manifestations qui en sont les conséquences. Du reste, c’est dans les espèces non narcotisées, que l’on
observe le mieux les modifications d'origine bulbomédullaires qui, d’une façon générale, paraissent avoir d'autant plus d'importance que les centres cérébraux résistent davantage.
VI.— Comme modificateur de la sensibilité, au sens indiqué par Cl. Bernard, la morphine semble avoir plus d'importance, chez les animaux non narcotisés que chez ceux qui sont endormis ; c’est au moins ce qui ressort de nos expériences, en cela d'accord avec certaines observations de la pratique.
VIT. — Quand, après l'injection des doses fortes, on arrive aux actions convulsivantes de la morphine, on constate que les effets tendent à se confondre et deviennent semblables chez tous les animaux. Que l’animal soit endormi, si c’est un chien, ou qu'il soit excité, s’il s’agit d'un chat, d'un porc, etc., les convulsions apparaissent et se manifestent dans les mêmes condilions. Elles ont des caractères communs, identiques, avec cette seule différence cependant, c’est que, dans un cas elles se montrent pendant la narcose, tandis que dans l’autre, elles surviennent en pleine période d’excitation. — Chez les mammifères, le point de départ de ces accidents se trouve dans le bulbe, dont les centres convulsifs, imprégnés lentement, sont enfin violemment excités par la morphine.
Chez les grenouilles, les actions convulsivantes ont des caractères différents; dans leurs manifestations, domine le type tétanique et, dans leur production, les influences médullaires ont un rôle important. Après
elles d’ailleurs, survient une phase paralytique finale qui, chez les mammifères, ne doit pouvoir être observée que dans des conditions toutes spéciales.
VIII. — L'ablation du cerveau a pour résultat de précipiter et d'exagérer d'abord les actions déprimantes et parésiantes de la morphine, d'augmenter l’hyperexcitabilité réflexe qu'elle produit, puis de hâter l’apparition des accidents convulsifs. Chez les animaux acérébrés, les convulsions s’obtiennent facilement et sont généralement (rès graves, même à la suite de l'injection de doses modérées, que supportent sans inconvénient les sujets normaux. — Les expériences, chez les pigeons dépourvus de cerveau, sont surtout intéressantes parce qu'elles démontrent nettement que les effets d’excitation simple, l'agitation, l’hyperexeitabilité l'ivresse agitante, etc., que produit la morphine, avant le sommeil chez les animaux qu’elle endort, pendant la durée de l’action chez ceux qu'elle n’endortpas, ont surtout une origine cérébrale.
IX.— La cause première du sommeil de la morphine ne doit plus être recherchée dans une modification de la circulation encéphalique; celle-ci accompagne celuilà, et a pour origine des actions corrélatives, mais il n'y a certainement pas de rapport, de cause à effets. entre le trouble circulatoire et l’action hypnotique.
Les électivités cellulaires nerveuses de la morphine et l’imprégnation des éléments, que la chimie, l’observation microscopique et certaines altéralions anatomiques se sont efforcées de vérifier, sont les seules
causes vraies de l'influence qu’elle a sur l’activité de ces éléments et suffisent à expliquer les modifications fonctionnelles, caractéristiques du morphinisme.
X. — En appliquant, à l'explication des effets des hypnagogues, la théorie histologique du sommeil, on peut admettre que ces médicaments suppriment les activités nerveuses, par rétraction des ramifications cellulaires et interception des rapports de contiguité, qui existent entre ces ramifications.
On peut admettre, par contre que, chez les animaux qu'elle n’endort pas, la morphine, au lieu de produire la rétraction des prolongements protoplasmiques, se limite à des troubles du fonctionnement cellulaire, pouvant s'accompagner de l’exagéralion des rapports de contiguïté et produisant ainsi la stimulation des activités nerveuses.
XI. — Les actions de la morphine sur le cœur varient un peu suivant les animaux : cependant, dans toutes les espèces, cet alcaloïde augmente l'énergie des contractions cardiaques, et ce n’est qu'après l'administration des doses fortes et toxiques, que l’on observe des effets contraires d’affaiblissement progressif. — S'il paraît en partie lié à des actions centrales, il n’est pas douteux non plus que ce premier phénomène lonicardiaque dépende surtout d'actions périphériques.
XII. — Chez le chien, le cœur est ralenti, pendant toute la durée du sommeil morphinique, et on observe, en même temps, des intermitiences vraies, avec un
646 en rythme associé des contractions, qui, aux doses fortes, s’accompagnent de systoles fables, avortées, visibles seulement à l'exploration directe de l'organe. — La vagotomie ayant pour conséquence d'accélérer le cœur, ralenti par la morphine, et faisant complètement disparaître les intermittences et le rythme associé des contractions, l’origine essentiellement bulbaire de ces modifications paraît certaine; nous ajouterons cependant qu’elle n’est pas exclusive.
XIII. — Dans les espèces non endormies, les effets de ralentissement ne sont bien apparents que chez les animaux offrant quelque résistance aux actions de la morphine, la chèvre et le mouton notamment; ce sont d’ailleurs des effets de début, qui disparaissent et sont remplacés par l'accélération, surtout si les doses sont progressivement augmentées.
Chez le cheval, l’âne, le bœuf, le porc et le chat, ce sont les phénomènes d'accélération qui dominent et qui, suivant l'espèce, doivent avoir leur cause principale, soit dans l'excitation du système accélérateur, soit dans la paralysie des organes frénateurs périphériques.
XIV. — Après une légère hypertension de début, le sommeil de la morphine s'accompagne, chez le chien, d'une diminution, toujours modérée d’ailleurs, de la pression artérielle, avec ralentissement de la vitesse du sang et stase sanguine périphérique. — La chute de pression esl immédiate et beaucoup plus importante, lorsque le médicament est injecté dans une
VER veine. — Ces effets sont la conséquence de l’action de la
morphine sur le système des vaso-moteurs, qui est plongé dans l’inertie, après avoir été légèrementexeité.
XV. — Chez les animaux qu’elle n’endort pas, la morphine produit une excitation du système vasoconstricteur, probablement en rapport avec les influences cérébrales spéciales qu'elle a chez eux; aussi, dans ces espèces, avons-nous enregistré l'hypertension artérielle, avec ralentissement du courant sanguin, par gène circulatoire périphérique.
XVI. — Pendant le sommeil morphinique, la respiration se ralentit habituellement, diminue d’amplitude et présente des tendances au type périodique ; si parfois le rythme s'accélère, 1l devient irrégulier, et les mouvements, répétés par série, sont toujours superficiels. Ces actions modératrices, en partie liées à la suppression de lPactivité psychique, proviennent aussi de l'influence directe de la morphine sur les centres bulbaires.
XVII. — Les échanges gazeux sont également modifiés et diminuent, dans le poumon; l’animal endormi emprunte moins d'oxygène à l’atmosphère el exhale moins d'acide carbonique. Parallèlement on constate que, dans le sang, 1l y a toujours augmentation de l’acide carbonique et, le plus souvent, mais non
toujours, diminution de l'oxygène. Dans tous les cas, le rapport Mo: des gaz du sang s'élève d'une façon
nolable et, généralement, le chiffre de CO? en plus est supérieur au chiffre d'oxygène en moins.
La comparaison des résultats, fournis par l’analyse des gaz d'expiration et des gaz du sang, conduit à rechercher la cause de cette accumulation de CO*, dans une insuffisance des échanges et de la ventilation
pulmonaire.
XVIII. — L'influence directe de la morphine, sur la thermogénèse est évidente ; pendant la narcose, les oxydations organiques sont modérées et la température baisse. — C’est généralement autour de la quatrième heure, après l'injection, que les chiens morphinisés atteignent leur température la plus basse, mais l'hypothermie persiste assez longtemps.
APOMORPHINE
XIX. — Les sels d’'apomorphine, qu'on trouve dans le commerce, sont loin de se ressembler; mais on peut arriver à les grouper autour des deux types bien définis, représentés par le chlorhydrate cristallisé et par le chlorhydrate amorphe, dont les caractères physiques et les réactions chimiques sont assez différents, pour justifier les différences pharmacodynamiques qu'ils ont entre eux.
XX. — Chez tous les animaux, et quelle que soit la voie d'administration, le chlorhydrate d’apomorphine cristallisé se comporte comme un excitant ; produisant, chez le chien, l'agitation avec hyperexeitabilité, effare-
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