‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 19 sur 152 · L. EFFETS APPARENTS DU MORPIINISME CHEZ LES SOLIPÉDES · texte numérisé non relu

L. EFFETS APPARENTS DU MORPIINISME CHEZ LES SOLIPÉDES

La morphine chez le cheval. — Quand, expérimentant sur des chevaux de poids moyen, on injecte des quantités progressivement croissantes de chlorhydrate de morphine sous la peau, on assiste à l'apparition d'effets excitants et de troubles nerveux qui s’exagèrent avec les doses et présentent en général les caractères suivant(s:

À part une très légère excitation, traduite par des mouvements des oreilles et quelques piétinements sur place, 20 centigrammes de médicament en injection hypodermique ne déterminent rien de bien apparent; mais si l'animal est peu agité, il n’est pas non plus narcotisé et ne présente pas d'effets hypnotiques.

Quand, par la même voie, on injecte 40 centigrammes de chlorhydrate de morphine, on voit apparaîlre tous les signes d'une stimulation nerveuse, que la physionomie et l'inquiétude du sujet expriment bien nettement. Le cheval ne peut rester immobile ; 1l se déplace continuellement d’un côté à l’autre, et, si on le laisse en liberté, 1l satisfait son besoin de marcher en déambulant sans répit jusqu'à épuisement de l’action médicamenteuse.

A ce moment-là 1l semble las et déprimé et se plonge parfois dans une torpeur qu'on pourrait prendre pour de la narcose, mais qui n’en est pas.

Quand on atteint 75 centigrammes, les manifestations précédentes s’exagèrent et durent beaucoup plus longtemps, mais, de plus, un symptôme nouveau se montre

de 0e

habituellement : c'est une difficulté de la locomotion, : caractérisée par la raideur des membres qui, pendant les mouvements incessants, se fléchissentmal ouavec peine.

Toujours pas la moindre influence hypnotique rappelant ce qui se voit si bien chez le chien.

On peut, en renforçant progressivement les doses, arriver jusqu'à 1 et 2 grammes, en passant par toutes les proportions intermédiaires ; mais, à part l'exagéra tion des manifestations précédentes, il n'y a rien de changé dans la nature des effets que développe la morphine chez le cheval.

En effet, à la suite de l'injection de 1 gr.5o à 2 grammes, toujours dans le tissu conjonctif sous-cutané, on voit bientôt apparaître les premiers signes d’une vive excitation qui va en s'exagérant rapidement.

Généralement, l'animal se met à piétiner sur place des membres postérieurs; 1l porte la tête haute et les "oreilles droites; parfois il fait entendre un hennissement bref; mais, bien que très surexcité, on voit manifestement que son caractère est très modifié; 1l ne s'intéresse plus à ce qui se passe autour de lui; il refuse l’avoine qu'on lui offre et si, avant l'injection, 1l était chatouilleux ou méchant, 1l a perdu toute défense. On peut l'aborder, le toucher, le pincer, même dans des régions très sensibles, sans qu'il paraisse s'en apercevoir.

Les effets du médicament s'accusant de plus en plus, on peut voir les sujets prendre une autre attitude : laissés à l'écurie, 1ls restent immobiles, la tête buttant contre le râtelier ou contre le mur : les membres postérieurs écartés et dans la position du camper. Mais celte immobilité ne dure pas: par intervalles, plus ou moins

irréguliers, les mouvements réapparaissent spontanément; alors les animaux s’'agitent violemment et poussent au mur avec une énergie lelle qu'ils peuvent aller jusqu'à s'excorier les parties qui frottent sur les points d'appui environnants.

Si, dans ces conditions, on sort le sujet d'expérience de l'écurie, on constate immédiatement que sa démarche est raide ; il se déplace en titubant, lève très peu les membres, dont les articulations se fléchissent à peine, et, quand on le stimule un peu, il s'en va à petits pas, les membres associés par bipèdes latéraux, absolument comme à l'allure de l’amble.

Abandonné à lui-même, il ne peut rester au repos, part droit devant lui, Jusqu'à ce que, rencontrant un obstacle, 1l s'arrête et piétine sur place sans prendre spontanément l'initiative de l'éviter.

En plus de ces modifications très apparentes, on note encore du nystagmus, une atténuation notable de la sensibilité qui fait qu'on peut piquer le sujet en différentes régions, habituellement très sensibles, sans provoquer le moindre mouvement de défense.

Du côté du tube digestif, 1l est habituel de voir la morphine produire l'inertie des viscères, de telle sorte

que, pendant et après l’action de l’alcaloïde, les chevaux

ne rejettent pas d'excréments.

La respiration n’est généralement pas accélerée ; au contraire, les mouvements des côtes semblent plus lents, plus profonds et plus difficiles. À une inspiration profonde, vive, quelquefois saccadée, succède une expiration lente, plaintive, s'exécutant en deux temps.

Comme on le verra plus loin, le cœur est renforcé,

accéléré et, à la tension de l’artère, on juge de l'augmentation de pression vasculaire qui existe.

Par conséquent, chez le cheval, l’action dominante de la morphine est l'excitation, la stimulation générale avec troubles des fonctions du cerveau, altération des mouvements et de la locomotion, particulièrement lorsque les doses sont un peu élevées. Si parfois on note des apparences de narcose, on ne saurait se méprendre sur leur nature; elles n’ont rien qui ressemble à l'hypnose vraie et sont plus ou moins mêlées à des symptômes de verlige.

D'ailleurs, chez les chevaux nerveux, ces derniers accidents apparaissent avec une violence el une gravité extrêmes, et, pour en donner la preuve, nous croyons intéressant de reproduire ici complètement une de nos expériences chez le cheval.

EXPÉRIENCE IV (21 mai 1891).

A un cheval de grande taille, ayant tous les caractères du pur sang anglais, vigoureux et bien portant, quoique âgé et usé, nous faisons une injection hypodermique de 1 gramme de chlorrhydrate de morphine. :

Cet animal d'un tempérament nerveux, naturellement irritable, n'a pas tardé à donner tous les signes d’une grande inquiétude et d'une vive stimulation.

Après une demi-heure, il ne lient plus en place, présente des tremblements musculaires, particulièrement dans les muscles des membres et de l’encolure, Sa respiration est plaintive et il hennit souvent,

Lassé seul à l'écurie, ils’'agite de plus en plus, ce que dénote

le désordre de la litière, il parvient même à se détacher et se

Page 1