‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 21 sur 152 · III. EFFETS APPARENTS DE LA MORPHINE CHEZ LE CHAT · texte numérisé non relu

III. EFFETS APPARENTS DE LA MORPHINE CHEZ LE CHAT

Les modifications physiologiques produites par la morphine chez le chat ont un cachet particulier par suite de l'excitation qui, à toutes les doses et à toutes les phases de l’action, domine l’ensemble des effets.

Cette excitation est naturellement proportionnelle en intensité avec la quantité de médicament injectée ; elle s'accompagne toujours de désordres évidents dans les fonctions du cerveau et n’aboutit ainsi qu’à des manifestations convulsives, pouvant aller jusqu'à la

crise tétanique violente et mortelle si la dose est trop

forte.

S1 on procède par injections hypodermiques, progressivement croissantes, sur des chats adultes de taille moyenne, on voit apparaître et s'exagérer peu à peu toutes les mamifestations habituelles du morphinisme chez ces animaux.

La dose de 0,0025 provoque ordinairement des nausées, des vomissements et une excitation très légère, fugace, sans hyperexcitabilité et sans aucune suite fâcheuse.

S1 l’on atteint 0,005, même en fractionnant l’administration, on constate que l'hyperexcitabilité s'accuse plus nettement et se traduit par de l'inquiétude, des mouvements sur place, une agitation perpétuelle qui pousse l’animal à tourner dans toutes les sens, à bondir sans causes apparentes, à s'accrocher aux corps environnant(s et à prendre des attitudes bizarres.

TE D LR

Si l’on arrive jusqu’à 10 où 15 mülligrammes, l'exci tation et les désordres cérébraux sont encore plus apparents.

L'animal {très agité a des hallucinations, il regarde dans le vide et gronde furieusement; cependant il n’est pas agressif, le plus léger bruit l’effraie et le fait tressallr ; 1l ne paraît pas distinguer nettement les objets environnants, il exécute des mouvements désordonnés et sans suite, ne répond à la voix que par des signes de frayeur et se précipite contre les parois de la cage, qu'il semble ne pas apercevoir.

Il est en somme plongé dans une sorte d'ivresse agitante qui, à aucun moment, n’est suivie de stupeur ni de sommeil.

À cela il faut ajouter que l'hyperexcitabilité réflexe est très grande, que l’hypersécrétion salivaire est notable, que la pupille est dilatée, que la respiration et le cœur sont accélérés et que la pàleur des muqueuses ainsi que le refroidissement des organes périphériques indiquent une vaso-constriction qui se prolonge pendant toute la durée de l’action du médicament.

Si l’on ne dépasse pas ces proportions d’alcaloïde qui, en moyenne, représentent une dose de 5 à 6 milligrammes par kilogramme, les choses ne se compliquent pas davantage, les sujets se rétablissent lentement et toujours sans présenter le moindre signe de narcose morphinique.

Mais on peut, comme nous l'avons fait aussi, essayer les effets des doses plus élevées et atteindre 2 grammes à 3 grammes par kilogramme, doses fortes mais non mortelles cependant. On exagère ainsi considérable-

D Us ment les symptômes précités et on voit apparaître certaines particularités dignes d’être soulignées.

D'abord l'absence constante des vomissements qui se manifestent assez souvent à la suite de administration des doses faibles, mais que nous n’avons jamais vus après l'injection de 2-à 3 centigrammes par kilogramme. On constate une gêne évidente des mouvements ; l’animal est toujours très excité, mais, si on le laisse en liberté, il se déplace et prend une démarche raide et sautillante. Les articulations des membres ne se fléchissent, pas où très mal, le sujet trottine et paraît marcher sur des ressorts ; 1l danse plutôt qu'il ne marche, et manifeste une sorte d’appréhension à poser ses pattes sur le sol. Chez un de mes sujets d'expérience, ces mouvements sautillants étaient tellement accusés, que, quand l’animal voulait fuir, 1l le faisait par bonds successifs et répétés, à la manière des rats.

En même temps, détail non encore signalé, le tram postérieur s’affaisse, ce qui donne au chat l'attitude hyénoïde du chien morphinisé, moins la faiblesse excessive que présente toujours ce dernier animal.

Le mode de déambulation, dont. nous venons de parler, provient probablement d’une hyperesthésie des extrémités ; Calvet l’a observé déjà chez l’homme et chez le chien, et en donne même explication.

Toujours avec les doses fortes, vers la fin de l'expérience, une heure et demie où deux heures après l'injection, on peut voir apparaître chez le chat des contractions partielles dans certaines régions du COTPpS, dans les pattes, dans les muscles de la face et des oreilles; contractions se transformant bientôt en véri-

tables secousses convulsives, pendant lesquelles les oreilles sont reportées brusquement en arrière, tandis que les yeux sont tirés au fond des orbites, cachés par les paupières, qui se ferment spasmodiquement en même temps que les lèvres sont relevées et les pattes antérieures violemment reportées en haut et en avant.

. Ces secousses convulsives doivent faire le pendant de celles que nous avons déjà signalées, chez le chien à qui la morphine a été injectée à dose exagérée ; elles se produisent dans les mêmes conditions, ont des carac-

tères communs, avec cette différence cependant, c’est

que, chez le chien, elles se montrent pendant la narcose morphinique, tandis que chez le chat, elles surviennent en pleine période d’excitation.

À partir de 4 centigrammes par kilogramme, la morphine est ordinairement mortelle pour le chat, mais quelle que soit la dose injectée, on ne rencontre jamais la moindre tendance à la narcose, parmi les symptômes graves que présente l'animal avant de mourir.

Avec 6 à 8 centigrammes par kilogramme, en très peu de temps, dix à quinze minutes au plus après l’injecüon, l'excitation est au paroxysme ; les animaux sont comme furieux et se livrent à une course folle; ils ne distinguent plus aucun des objets qui les environnent, bondissent dans tous les sens, donnant de la tête avec violence contre les parois qui les emprisonnent.

L'hyperexcitabilité est à son comble; le moindre contact, le moindre bruit provoque des mouvements désordonnés et des miaulements désespérés. La bouche est maintenue entr'ouverte, la salive est sécrétée en abondance et tombe goutte à goutte sur le sol ; le plus

Re souvent aussi, les voies respiratoires sont encombrées par du mucus qui s'échappe par les narines et semble gêner le libre passage de l’air. La pupille est dilatée à l'excès et l'approche d'une lumière, même très vive, ne l’a fait pas resserrer.

Habituellement, cinquante minutes ou une heure après l'apparition des premières manifestations, on voit survenir les secousses convulsives partielles dont il a été question plus haut. D’abord localisées dans certains groupes musculaires, elles commencent par se montrer à des intervalles bien déterminés, puis se rapprochent de plus en plus en prenant une violence excessive et, finalement, arrivent à se succéder sans interruption et prennent tous les caractères des secousses tétaniques que détermine la strychnine.

La scène se termine par une crise véritable, pendant laquelle les animaux tombent brusquement sur le sol, les membres crispés et rassemblés convulsivement sous le ventre ; les oreilles dressées, les globes oculaires maintenus au fond de l'orbite, les paupières closes, les mâchoires animées de mouvements saccadés, ressemblant à des tremblements convulsifs.

La respiration est naturellement suspendue et, pendant la crise, les sujets peuvent mourir ; mais le plus souvent aussi, on observe des rémissions et des successions de deux ou trois accès.

Les animaux meurent au milieu de l’un d'eux sans avoir été calmés un seul instant.

Nous avons ditet vu que, chezle chat, 4 centigrammes de morphine par kilogramme représentent une dose

mortelle ; ceci se rapporte aux animaux adultes seulement, car, contrairement à ce qui est la règle chez l’homme et chez le chien, les jeunes chats sont moins sensibles à l'intoxication morphinique que les animaux adultes; ils peuvent, en effet, supporter assez facilement 5 centigrammes par kilogramme et ne meurent pas à la suite des crises convulsives que ces proportions fortes peuvent provoquer chez eux. C’est ce qui résulte d'expériences faites par nous au cours de ces recherches.

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