‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 25 sur 152 · VI. RÉSUMÉ ET COMPARAISON DES RÉSULTATS ET FAITS PRÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

VI. RÉSUMÉ ET COMPARAISON DES RÉSULTATS ET FAITS PRÉCÉDENTS

En résumé, à part les animaux de l'espèce caprine, chez lesquels nettement les fonctions du cerveau semblent peu ou pas modifiées par la morphine, les influences cérébrales de cet alcaloïde dans les autres espèces ne sont pas douteuses. Seulement, dans une première catégorie, ces influences sont dépressives et se manifestent par de la narcose et du sommeil ; dans une deuxième, elles sont excitantés et se manifestent par de la stimulation et une sorte d'ivresse agitante avec troubles évidents des fonctions.

Le sommeil des animaux narcotisés, le chien notamment, s'annonce par de la salivation, parfois des nausées et des défécations, de l’inquiétude ; il est précédé et s'accompagne d’un affaiblissement considérable du train postérieur et d’une hyperexcitabilité réflexe qui provient, d’une part de la suppression des activités modératrices cérébrales, d'autre part, d’une action de la morphine sur les centres médullaires sensitivomoteurs, Cette action sur les centres bulbo-médullaires peut d’ailleurs s’exagérer lorsqu'on emploie des doses fortes de médicaments ; on voit alors la morphine manifester des propriétés convulsivantes, produire des secousses, des tremblements réflexes, des mouvements cloniques et aboutir à la convulsion tétanique. Pendant le sommeil morphinique, les sécrétions sont suspendues ainsi que le péristaltisme intestinal.

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Chez les animaux non narcotisés, les effets de la morphine s’annoncent par des mâchonnements, mais surtout de l'inquiétude et de l'agitation; un besoin de se déplacer, de marcher, qui est d'autant plus accusé que la dose est plus forte ; l'animal est inquiet, excitable : sa sensibilité et sa réflectivité sont modifiées, mais 1l n'a pas la moindre tendance au sommeil, L’exeitation persiste pendant toute la durée de l’action du médicament ; elle s'accompagne d'effets hypersécrétoires salivaires et sudoraux et, si la dose est forte, de raideurs et de contractures musculaires produisant des troubles locomoteurs graves. Chez certains animaux, le chat en parlicuher, les troubles cérébraux sont très apparents et se traduisent par des actes désordonnés, des hallucinations, des manifestations agressives contre des objets imaginaires, ete. ; l’affaublissement du train postérieur est accusé chez le chat et chez le porc ; enfin chez le cheval on peut avoir du vertige.

Les actions médullaires, dans cette dernière catégorie d'animaux, semblent être celles que l’on a chez les animaux narcotisés, mais plus pures et plus directes, en ce sens que l'hyperexcitabilité réflexe ne trouve pas une source d'exagération dans la suspension des fonctions du cerveau qui, au contraire, sont ou paraissent slimulées.

Avec les doses fortes elles aboutissent aussi à des elles convulsivants, dans lesquels l’action tétanique semble l'emporter.

Mais une autre particularité sépare encore les espèces narcolisées de celles qui ne le sont pas; c'estla résistance opposée des jeunes sujets de chaque catégo-

st 67 = rie aux aclions de la morphine. Nous avons dit et démontré que si, comme les enfants, les jeunes chiens sont beaucoup plus sensibles à l'action de la morphine que les chiens adultes, c'est l'inverse dans l'espèce du chat. Ici la résistance des jeunes est plus grande que celle des adultes.

Ceci n’a pas lieu de nous surprendre, étant donnée la différence qui existe dans l’action principale de la morphine chez les félins, chez le chien ou chez l’homme.

La morphine, chez l’homme ou chez le chien, est surtout un cérébral, tandis que chez les félins elle est surtout un agent médullaire.

Or, chez l’homme, et chez le chien, le médicament concentrant principalement son action sur le cerveau, la quantité pondérable d'une dose de ce médicament, diffusée dans la masse totale du sang, exercera une action cérébrale en rapport avec le volume de Porgane: c'est ce qui explique l’extrème impressionnabilité des

enfants à l'opium, impressionnabilité d'autant plus

grande que les enfants sont plus jeunes.

Chez l'enfant, le cerveau constitue, en moyenne, le huitième du poids du corps, tandis que chez l’homme adulte, il représente seulement le quarantième de ce poids.

Le ‘même rapport entre le poids du cerveau et le poids du corps, chez les sujets jeunes et chez les sujets adultes, existe aussi chez les animaux, 1l s'ensuit que dans l'espèce du chat, la morphine, concentrant principalement son action sur la moelle, les sujets Jeunes doivent être moins impresionnables que les adultes pour l'effet dominant du médicament,

LLPAGRITES

Autre chose mérite encore d’être soulignée ici, c'est la constatation que nous avons faile de la résistance remarquable des animaux de l'espèce caprine à la morphine, résistance qui fait qu'ils peuvent supporter 20, 25 à 30 centigrammes par kilogramme de cet alcaloïde, non pas sans être influencés, mais sans présenter de symptômes graves. Cette résistance est d'autant plus remarquable que, dans la même série des animaux excités, nous trouvons un cheval, de 365 kilogrammes, tué par un gramme de morphine sous la peau : un âne, de 130 kilogrammes, tué par 1 gr. 20 dans les mêmes conditions, un ‘autre de 105 kilogrammes mort {rés rapidement à la suite d'une injection veineuse de 2 grammes. La dose de 8 milligrammes par kilogramme étant sûrement mortelle pour les solipèdes, on peul, sans exagérer, dire qu'une chèvre résiste à une dose de morphine trente-cinq fois supérieure à celle qui peut tuer un àne. Le chat, que la morphine excite aussi, est sûrement tué quand on dépasse 4 centigrammes par kilogramme ; 1l est dix fois plus sensible que la chèvre. |

En prenant la dose de 2 centigrammes, proportion un peu forte, comme représentant celle qui est nécessaire pour plonger dans une narcose morphinique profonde un homme de 65 kilogrammes, non accoutumé au médicament, nous avons vu des chèvres recevoir, sans trop de gêne, le total des doses pouvant faire dormir 400 hommes dans un cas, 420 dans l’autre et970 dans le troisième.

Sans aucune exagération el en étant même souvent en dessous de la vérité, on peut-dire que la chèvre

TT Le peut supporter, sans danger, une dose de morphine 5 à 600 fois supérieure à celle qui est nécessaire pour endormir un individu de l'espèce humaine.

D'ailleurs, dans l'exposé précédent et dans nos expériences personnelles, nous trouvons, au point de vue de la résistance comparative à la morphine des animaux des différentes espèces, des renseignements qu'il ya intérêt à rapprocher les uns des autres :

Sauf variation, tenant à l’âge, l’état de santé, la résistance organique, le tempérament, etc., des sujets, nous pouvons établir que les doses toxiques moyennes de morphine, par la voie hypodermique, sont :

65 milligrammes par kilogramme, pour le chien.

7 — __— — le cheval.

9 — — — l'âne.

15 ae — — le bœuf, 4 centigrammes — — le chat.

20 — —- — le porc.

40 — — — la chèvre.

On voit, en somme, que les animaux des grandes espèces paraissent beaucoup plus impressionnables que les autres aux effets de la morphine et sont, à cet égard, supérieurs au chien.

On pourrait, au premier abord, supposer qu'il s’agit d’une différence de proportionnalité entre le développement des centres encéphalo-médullaires, sur lesquels la morphine a ses électivités, et la masse du corps, mais en tenant compte même du poids du cerveau et rapportant la dose toxique pour un sujel à 1000 grammes de sa substance cérébrale, on arrive encore à constater que les solipèdes ont véritablement, à l'égard de l'al-

ro caloïde de l'opium, une impressionnabilité particulière ‘et supérieure à celle des autres animaux.

D'ailleurs, en nous servant des poids moyens, indiqués par Colin, pour les différentes parties des centres nerveux des principaux animaux, nous avons établi une série de rapports fort instructifs, entre quelquesuns de ces poids et les doses toxiques de morphine, Nos résultats sont condensés dans le tableau ci-dessous que l’on consultera avec avantage, si l’on tient à être éclairé sur l’impressionnabilité réelle des animaux el de leurs éléments nerveux aux actions de la morphine.

Des chiffres de ce tableau (p. 71) ressortent:

1° La grande résistance des chèvres et des porcs ; mais on constate, de plus, que, sile kilogramme du poids lotal de ceux-ci est moins résistant que le kilogramme du poids de celles-là, c'est l'inverse qui existe dans le rapport de la dose toxique à 1000 grammes de cerveau, de moelle ou de matière nerveuse :

20 L’impressionnabilité du cheval, de l'âne et du bœuf, basée sur la dose toxique par kilogramme de poids vif, est supérieure à celle du cha ; mais, quand la comparaison se fait sur le rapport de cette dose toxique à 1000 grammes de cerveau, on voit le chat se rapprocher du cheval et de l’âne, et le bœuf s’en séparer franchement, avec une résistance supérieure. — Nous croyons intéressant de rappeler que les manifestations du morphinisme chez le chat et chez les sohipèdes ont de grandes affinités :

3° En comparant le chien, chez lequel la morphine estavant tout un hypnotique et un cérébral, aux autres animaux qu'elle excite habituellement, on voit que la

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différence entre les dosestoxiques, pour 1000 grammes de cerveau et 1000 grammes de moelle, est beaucoup plus grande chez le premier que chez les autres.

Par rapport à l’impressionnabilité de son cerveau à la morphine, la résistance de la moelle du chien est près de quatre fois plus grande, tandis qu'elle est un peu supérieure au double chez le cheval, égale au double chez la chèvre, inférieure au double chez le porc.

Or, chezle chien nous savons queles influences médullaires sont les dernières à se montrer et que pour les provoquer il faut donner des doses fortes de poison, soit par la voie veineuse soit par la voie hypodermique.

On pourrait entrer dans plus de détails dans les constatations fort intéressantes qui ressortent de la comparaison des chiffres de notre tableau et des descriptions pharmacodynamiques que nous avons données et donnerons encore, mais nous nous en tiendrons là, pour laisser aux faits toute la valeur que leur donne la con- CISIOn.

Dans ce qui précède, se trouve le bilan de nos premières observations des effets apparents du morphinisme chez les animaux, mais les plus intéressants des symptômes précédents seront repris en particulier, dans la deuxième partie de notre travail.

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