‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 34 sur 152 · UD · texte numérisé non relu

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nous nous sommes placés, c'est-à-dire en injectant les médicaments dans une veine, on trouve entre eux des caractères opposés qui à priori en font presque des antagonistes.

En injection veineuse, le chlorhydrate d’apomorphine cristallisé produit plus souvent le vomissement que le chlorhydrate amorphe ; il détermine l'excitation, l’effarement, l'hyperexcitabilité, l'agitation avec mouvements désordonnés, course, bonds et sauts, tandis que l’autre, après quelques mouvements de défense, très fugaces, provoque un calme profond, l'inertie, la résolution musculaire complète, avec atténuation ou disparition de la sensibilité.

L'un se montre excitant, l’autre narcotique.

Quand les doses sont toxiques ou très élevées, le chlorhydrate cristallisé met les animaux dans un état de surexcitation extrême qui aboutit rapidement à des convulsions violentes, à des crises épileptiformes typiques, très énergiques et prolongées, pendant lesquelles ou aussitôt après lesquelles le sujet peut mourir.

Le chlorhydrate amorphe, au contraire, exagère son influence déprimante; il plonge les chiens dans une narcose subite conduisant rapidement à un collapsus profond pendant lequel la mort survient, sans spasme ni convulsion, par arrêt primitif de la respiration.

Avec le sel amorphe, au moment de l'injection, les syncopes respiratoires sont fréquentes, tandis que nous ne les avons jamais vues avec le sel cristallisé.

L'étude graphique des modifications de la tension artérielle montre que les doses suffisantes d’apomorphine cristallisée relèvent la courbe manométrique ou

du moins ne produisent pas d'hypotension, tandis que celles d’apomorphine amorphe la font tomber progres sivement ou très rapidement à un niveau parfois très inférieur.

Les deux agents excitent fréquemment maisirrégulièrement les sécrétions salivaires. Le sel amorphe a des effets excitants plus spéciaux sur le péristaltisme intestinal, de telle sorte que les manifestations dépressives qu'il provoque sont presque toujours précédées ou accompagnées de bruits intestinaux et de défécations.

Il y a dans tout ceci des caractères différentiels très importants, qui sont assez nets et assez tranchés pour établir une délimitation franche entre les sels d’apomorphine cristallisés et les sels amorphes.

Cependant, dans certains ‘points de détail et dans certaines phases de leur action, on trouve, même après injection veineuse, des liens de parenté étroits que nous ne devons pas négliger. |

C’est particulièrement à la suite des manifestations premières dont nous venons de parler que s'observent ces effets communs. Après la phase de vive excitation, d’hyperexcitabilité et de convulsion du sel eristallisé ; après la phase de dépression, de narcose, avec résolution musculaire et insensibilité du sel amorphe, on voitles animaux se remettre peu à peu; l'agitation se calme, le chien est moins excité ; la narcose disparaît, le chien se relève et se meut.

Mais, dans un cas comme dans l’autre, il est habituel de voir les sujets présenter une grande faiblesse du train postérieur ; ils semblent éprouver, dans la région

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lombaire, une grande fatigue, une lassitude contre laquelle ils ne peuvent lutter, et qui les force à garder l'attitude hyénoïde ou les pousse à rester couchés.

Dans ce dernier cas, on voit très souvent les chiens se placer sur le ventre, les membres postérieurs allongés en arrière du corps (attitude de l'ours) animés de mouvements d’étirement ou d'extension, car, dans ces conditions, les animaux sont habituellement un peu excités et cherchent à se relever pour se mouvoir.

La faiblesse du train postérieur, dont nous venons de parler, est d’ailleurs beaucoup plus accusée quand 1l s’agit d’une injection d’apomorphine amorphe que quandil s’agit d'uneinjection d'apomorphine cristallisée.

Un autre symptôme secondaire des effets de ces médicaments, visible chez la plupart des sujets, particulièrement chez ceux qui ont conservé de l'excitation, est une tendance à tourner sur place ou en manège. Cettè tendance s'annonce d’abord par une incurvation des animaux sur un côté, qui les fait se plier en arc et aboutit à des mouvements de manège sur un cercle plus ou moins grand.

Cette particularité, déjà signalée et décrite depuis longtemps, s’observe surtout et au maximum à la suite de l'injection du chlorhydrate d'apormorphine eristallisé ; elle peut se voir, mais moins souvent et avec moins de netteté, lorsqu'il s’agit du chlorhydrate amorphe.

Cependant, nous tenons à bien indiquer que les effets déprimants de ce dernier produit sont suivis de manifestations excitantes, rappelant celles du chlorhydrate cristallisé, manifestations entravées cependant par la plus grande faiblesse habituelle des animaux.

Il est enfin un détail qui mérite aussi d’être souligné ; c est que, dans les manifestations lointaines du sel cris-

tallisé, on note presque toujours des vomissements,

vomissements plus ou moins répétés et abondants, se montrant de trente-cinq minutes à une heure et quart après l'injection veineuse, dans les cas où les sujets ont vomi dès le début comme dans les cas où ils n’ont pas vomi.

Avec l’'apomorphine amorphe, nous n'avons jamais vu ces vomissements lointains.

V. OPPOSITION DES EFFETS DU CHLORHYDRATE D’APOMORPHINE CRISTALLISÉ ET DU CHLORHYDRATE AMORPHE, ANTAGONISME PARTIEL DE CES DEUX SELS

Les résultats précédents, établissant entre les deux chlorhydrates d’apomorphine une différence aussi tranchée, nous ont engagé à rechercher si, dans les mêmes conditions d'administration, il serait possible de voir ces sels se comporter comme des antagonistes réciproques, se combattant mutuellement par production d'effets contraires, capables de se substituer les uns aux autres.

C’est la première idée qui se présentait et que nous avons cherché à vérifier, chez le chien toujours, puisque c’est chez cet animal que nous avons pu le mieux observer les différences ci-devant décrites,

EXPÉRIENCE XXXI (4 février 1897).

A deux chiens de petite taille et très approximativement de même poids, j'injecte dans la jugulaire, à l'un, A, 20 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé, à l’autre, B, 20 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine -amorphe.

Le premier a présenté toutes les manifestations d'excitation, avec effarement et hyperexcitabilité, déjà décrites, tandis que le second, après un peu d’agitation, s'est trouvé plongé dans la narcose profonde avec résolution musculaire que produit le sel amorphe, Pas de vomissements. Les deux résultats étaient typiques.

Trois heures après les deux animaux étaient en partie rétablis, le chien A plus agité que le chien B, mais tous les deux légèrement excités et très affaiblis du train postérieur.

A ce moment, j'ai renversé l’expérience, injectant 20 centigrammes de sel amorphe au chien À, et 20 centigrammes de sel cristallisé au chien B. -

Les effets obtenus ont été renversés aussi ; l'animal excité dans le premier essai a été plongé dans la narcose habituelle avec insensibilisation, tandis que celui quiavait été narcotisé a montré toutes les manifestations de vive excitation que Pots l'apomorphine cristallisée.

Cependant quarante-cinq minutes environ après cela, ce chien s’est réveillé, et, bien que très faible, particulièrement du train postérieur, 1l réagissait au contact pour se mettre à bondir comme quand il était en pleine phase d'excitation.

Le chien B, après avoir été très agité, a pris l'attitude incurvée et tourne en manège avec insistance, sans qu'il soit possible de mettre obstacle à ce mouvement.

Autres détails intéressants :

Parmi les manifestations présentées par le chien A à la suite de la premiere injection, nous avons noté des vomissements tardifs après quarante-minutes ; le chien B n’a vomi qu'après avoir reçu aussi les 20 centigrammes d'apomorphine cristallisée.

. Dans cette interversion, les effets contraires de chaque médicament ressortent aussi bien qu'on peut le désirer et, si les effets antagonistes n’ont pas été produits en pleine phase aiguë, ils n’en ont pas moins été aussi nets que possible. D'ailleurs, d'autres expériences répondront à la question qui pourrait se poser ici.

EXPÉRIENCE XXXII (22 février 1897).

Dans la veine jugulaire d'un chien de 19 kilogrammes, jinjecte 18 centigrammes de chlorhydrate d’apomorphine amorphe.

Au moment de mettre l’animal à terre, il se met à crier, s’agite et se défend vivement; mais, ce premier orage passé, il est assez rapidement déprimé, perd toute énergie, tombe plutôt qu'ilne se couche et reste étendu sur le sol, inerte, insensible et en résolution musculaire,

Notre sujet étant en pleine phase de narcose depuis dix minutes, je lui injecte 18 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisée, dans la jugulaire. Immédiatement apparaissent les signes d’excitation et d’agitation déja connus; le chien brusquement sorti de sa torpeur, est effaré, peureux, excitable au moindre bruit et cherche à fuir aussi vite qu'il le peut; mais il a conservé une faiblesse telle dans son train postérieur, qu'il se déplace avec peine et titube à chaque pas. Malgré cela il court avec affolement et, quand il rencontre un obstacle, il tombe lourdement, les membres postérieurs en extension derrière le corps, s'agitant désespérément sans parvenir à se redresser,

Ainsi étendu sur le sol et incapable de se mettre debout, l'animal est toujours très excitable ; aussi, quand on le stimule un peu, il se débat, ayant l'attitude et les mouvements du chien qui nage.

Les deux doses d’apomorphine se sont combattues, mais leur influence dépressive s'est surajoutée pour produire une inca-

pacité presque complète de la partie postérieure du corps.

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EXPÉRIENCE XXXIII (17 février 1897).

Chien vigoureux, pesant 18 kilogrammes, est fixé sur la table en vue d'inscrire sa respiration, sa pression carotidienne et son tracé sphygmographique.

Les courbes normales étant prises, on injecte 18 centigrammes de chlorhydrate d’apomorphine amorphe dans la jugulaire-

La figure 22 montre que cette injection a produit rapidement une élévation de la courbe manométrique, une accélération passagère de la respiration, suivie d’une syncope.

L'hypertension elle-même n’a été que de courte durée, car la courbe est retombée bientôt prenant et conservant une marche descendante qui s’accuse sur la figure 23 où l’on.voit aussi que le cœur est ralenti et a des contractions notablement renforcées.

Ce renforcement primitif du cœur n'est pas de longue durée: une minute et demie, après l'injection il s'atténue peu à peu en même temps que la pression tombe elle-même progressivement (fig. 24).

L'arrêt de la respiration, qui est encore indiqué sur les trois tracés précédents, a persisté pendant plus de deux minutes et demie, mais au bout de ce temps, des mouvements respiratoires isolés se sont montrés suivis d’autres mouvements de plus en plus rapprochés, puis le soulèvement thoracique a repris son rythme régulier, avec plus de lenteur cependant.

Pendant ce temps l'animal est plongé dans la narcose profonde qui nous est bien connue et se trouve dans le même état après dix minutes. Sur la première partie du tracé 25 on voit que la courbe manométrique est toujours à un niveau inférieur ; on en profite pour injecter dans la jugulaire 18 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisée.

Le résultat de cette injection ne se fait pas attendre; huitsecondes après, la pression se met à remonter, le cœur à se renforcer : l'animal, déprimé jusqu'alors, s’agite et se défend violemment. Le relèvement de la pression continue et se maintient de telle

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