IV. L'APOMORPHINE CHEZ LE CHAT
D'après les recherches de Feser et les faits rapportés par Frôhner, les chats sont d’abord moins sensibles à l’action nauséeuse de l’apomorphine que les chiens ; il leur faut une dose de médicament dix fois supérieure pour déterminer les mêmes effets. Chez eux, les injecons hypodermiques de 10 centigrammes déterminent l'agitation, l'hyperexcitabilité, l’effarement et des ten tatives de fuite; avec cela une exagération des sécré tions, de la dilatation pupillaire et des mouvements convulsifs. Les doses fortes exagèrent ces symptômes,
produisent des mouvements désordonnés, des troubles
moteurs, l’affaiblissement du train postérieur et des convulsions. |
Nous n'avons rien observé de plus, par l'injection hypodermique des deux apomorphines chez des chats d'âge et de taille variés ; elles sont surtout excitantes, conduisent aux accès épileptiformes quand elles sont administrées à doses fortes, mais il nous a semblé cependant que la tendance à la paralysie du train postérieur, que nous avons notée aussi, est plus marquée avec l'apomorphine amorphe qu'avec l’apomorphine cristallisée.
Un fait était inconnu et nous l’avons étudié : c’est la conséquence de l'introduction du sel cristallisé et du sel amorphe dans le système veineux.
EXPÉRIENCE LXXIV (28 mars 1895).
Chat adulte, pesant 3 kg. 250; assez maniable, Injection, dans la veine jugulaire, de 4 centigrammes de chlorhydrate d’apomorphine cristallisée.
Presque immédiatement, l'animal s'est mis à se débattre et à s'agiter avec une extrême énergie; débarrassé des moyens de contention et abandonné à terre, il s’est mis à courir et à exécuter des bonds et des mouvements désordonnés,. Il est très hyperexcitable, ne cherche qu’à fuir à l'approche de l'homme etse trouve dans un état d'affolement indescriptible.
Nous le laissons ainsi, ayant simplement intérêt à constater que, dans la veine et mieux que sous la peau, l’'apomorphine cristallisée est un excitant énergique pour le chat,
EXPÉRIENCE LXXV (29 mai 1897).
Chat adulte, 4 kg.500, très sauvage et difficile à maintenir.
Après fixation on lui injecte, dans la jugulaire, ro centigrammes de chlorhydrate d’apomorphine amorphe,
Des l'introduction des premiers centimètres cubes, l'animal a de brusques mouvements de défense, qui sont d'ailleurs rapidement suivis d'un calme complet et parfait ; on peut détacher et libérer les pattes, débarrasser la tête de la pince et du mors, sans provoquer la plus petite agitation; le sujet reste étendu sur la table et ne cherche pas à se relever. Cependant il a un peu d'hyperexcitabilité et réagit au choc. L
On le met à terre et on constate qu'il est incapable dese tenir debout ; il reste couché sur le ventre, les membres écartés, la tête reposant sur le sol. Cependant, quand on l'excite,on constate que sa sensibilité n’est pas abolie complètement; 1l sent les contacts un peu forts, les chocs, les pincements, et pousse des cris si ces explorations sont douloureuses. Par moment il se relève d'un bond et cherche à fuir, mais il est très faible et retombe aussitôt. Cet état a persisté pendant plus d'une heure, et, dans tout ce que nous avons vu, la dépression nerveuse et la tendance à la narcose complète ont prédominé.
En résumé, tandis que, même par la voie veineuse, le chlorhydrate de morphine est toujours un excitant pour le chat, l’'apomorphine amorphe, injectée dans la jugulaire, est un dépressif nervin puissant et presque un narcotique des animaux de cette espèce.