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D'une façon générale, l’état de vacuité ou de plénitude de l'estomac nous a paru avoir une influence tout à fait secondaire sur la production même du vomissement morphinique.
Un seul fait est incontestable, c’est que, comme pour l’'apomorphine d'ailleurs, quand l'estomac est plein d'aliments les vomissements sont plus faciles et moins pénibles que dans les conditions inverses; mais en réalité, ce n’est pas parce qu'un sujet a mangé ou qu’il est à jeun que la morphine le fera vomir. La cause première du rejet des matières contenues dans l’estomac se trouve ailleurs.
A part les nombreux faits d'observation qui nous l'ont appris, voici deux essais spéciaux qui ne laissent aucun doute à cet égard.
EXPÉRIENCE LXXX (4 août 1890).
Dans le but de nous renseigner sur l'influence que peut avoir l'état de l'estomac sur la production des vomissements chez les chiens morphinisés, nous avons fait mettre deux de ces animaux à une diète complète, pendant deux jours, tandis que deux autres chiens recevaient une alimentation copieuse.
Au moment de commencer l'expérience, ces derniers ont encore mangé une forte ration de soupe et de viande, de telle sorte que leur estomac était en pleine activité, lorsque je leur ai injecté dans le tissu conjonctif, une solution de chlorhydrate de morphine, à raison de 1 centigramme par kilogramme.
Une semblable injection était faite à la même dose aux deux chiens à jeun.
Les effets de la morphine se sont manifestés très normalement
mais un animal seul a présenté quelques vomissements, et il s'agissait d'un des animaux à jeun.
On ne peut prétendre qu’une expérience faite dans de semblables conditions ait une portée telle, qu'on puisse la considérer comme rigoureuse ; les résultats qu'elle exprime n’ont rien de mathématique, et il aurait pu parfaitement arriver, comme cela se voit du reste fréquemment avec la dose de 1 centigramme par kilogramme, qu'aucun chien ne vomit.
Mais nous l'avons choisie et rapportée de préférence à d’autres, parce que précisément, dans ce cas-là, c’est un chien à jeun qui a vomi, alors que les autres n'ont rien présenté.
Il suffit de constater que la plénitude de l’estomac ne peut être considérée comme ayant une influence pré-, pondérante sur le vomissement morphinique, et c’est tout ce que nous voulons démontrer.
En voici une autre preuve :
EXPÉRIENCE LXXXI (5 août 1890).
L'administration de la morphine par la voie rectale est particulièrement favorable à la production des vomissements que détermine parfois cet alcaloïde. C'est ce qui nous a engagé à reprendre les essais précédents en augmentant les chances que l’on peut avoir d'obtenir la nausée.
Un chien, à la diète complète depuis deux jours, est mis comparativement en expérience avec un autre auquel on vient de faire prendre un très copieux repas de viande.
A chacun de ces animaux, on injecte dans lé rectum une solu-.
tion à 4 pour 100 de chlorhydrate d'apomorphine, à raison de 1 centigramme par kilogramme.
Quatre minutes après, le chien à jeun vomit, en plusieurs fois, du mucus stomacal fortement chargé de bile etilest suivi de très près par son congénère, qui vide son estomac de la totalité
des aliments qu'il a absorbés.
La production du vomissement morphinique est donc complètement indépendante de l’état de l'estomac, car on voit des chiens à jeun qui vomissent, comme on en voil qui ont l'estomac plein et qui vomissent encore.
L'irrégularité, qui est la caractéristique essentielle de ces rapports entre l'état de l'estomac et la nausée, s'oppose donc absolument à ce qu'on recherche une explication ou une influence de ce côté.
IV. INFLUENCE DE L'EXCITATION PÉRIPHÉRIQUE SUR LES VOIES SENSITIVES STOMACALES
Critiquant les résultats de David et des autres auteurs qui démontraient que la section des deux vagues n’empêche pas le vomissement apomorphinique, Bordier disait :
« Le scepticisme est permis devant l'affirmation d'une contraction de l'estomac sans le concours des pneumogastriques.
« D'ailleurs, même après la section du pneumogastrique, l'estomac se trouve encore, pour un temps suffisant, én rapport avec les centres, par l'intermédiaire du sympathique. »
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C'est pour répondre à cette objection que nous avons fait les expériences suivantes, qui nous paraissent aussi concluantes que possible:
EXPÉRIENCE LXXXII (5 août 1891).
Chien de ro kilogrammes, en excellent état. Après immobilisation sur le dos, nous pratiquons uneincision longitudinale sur la ligne blanche, en arrière de l’appendice xiphoïde. L'estomac est attiré au dehors, et deux fortes ligatures, comprenant les vaisseaux et les ligaments détachés, sont placées l'une au cardia, l’autre au pylore.
L'organe ainsi limité, on l’enleve et on referme la cavité abdominale.
L'opération est très rapidement faite, mais elle produit cependant ur choc très apparent. On laisse le sujet se remettre un peu, pendant quarante-cinq minutes environ, après quoi on lui injecte sous la peau une solution de chlorhydrate de morphine (5 milligrammes par kilogramme).
Douze minutes après, surviennent des nausées et deux efforts de vomissement rapprochés mais peu énergiques.
Le sujet est sacrifié.
EXPÉRIENCE LXXXIL (6 août 1890).
Sans aucune préparation ni aucune anesthésie, un chien de petite taille est fixé sur la table, et, par une incision longitudinale en arrière de l'appendice xiphoïde, on lui résèque completement l'estomac, abouchant solidement le cardiaavec le pylore.
La cavité abdominale étant refermée soigneusement, l'animal est mis à terre,
Une heure après environ, on lui injecte, dans le tissu conjonctif, une solution de chlorhydrate de morphine (5 milligrammes
par kilogramme). Neuf minutes après, la salive apparaît dans
la bouche, et presque aussitôt surviennent des nausées et des efforts de vomissement.
EXPÉRIENCE LXXXIV (8 mai 1897).
Chienne boule, r9 kilogrammes, fixée et immobilisée sur la table.
Par une incision sur la ligne blanche, et aussi rapidementque possible, on pratique l’ablation totale de l'estomac. L'extrémité de l’œsophage et le duodénum sont simplement liés. Apres fermeture de l'abdomen, on injecte, sous la peau, 4 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé, Les vomissements ne se sont montrés qu'après dix minutes et se sont produits sans grands efforts, La bête est constamment restée couchée, paraissant très déprimée par le choc opératoire, auquel nous attribuons d’ailleurs le retard apporté à l'apparition des efforts expulsifs,
La constatation faite, la chienne a été sacrifiée immédiatement,
EXPÉRIENCE LXXXV (8 mai 1897).
Petit roquet, 6 kilogrammes, très âgé; atteint d'emphysème pulmonaire. En moins de trois minutes, l’ablation de son estomac est faite par la ligne blanche, et avec simple ligature des extrémités œsophagiennes et duodénales.
L'incision abdominale suturée, le chien, mis à terre, refuse de se tenir debout. On lui injecte 2 centigrammes de chlorhydrate d’apomorphine cristallisé, sous la peau,
Pendant les quinze minutes suivantes, rien d'apparent, le choc paraît avoir émoussé l’impressionnabilité des centres; mais, après ce temps, la nausée s'annonce par des mâchonnements et des déglutitions, et les efforts de vomissement se succèdent à intervalles irréguliers ; ils se répèlent plus de dix fois en l’espace de trente-cinq minutes et sont chaque fois très énergiques.
Le sujet est sacrifié,