V. INFLUENCE DES DOSES DE MORPHINE ET D APOMORPHINE SUR LE VOMISSEMENT
Chouppe ! a eu raison de dire que les doses massives de morphine sont moins vomitives que les doses faibles, car de notre côté nous avons parfaitement constaté aussi, en expérimentant chez le chien, que l’emploi des solutions diluées à doses faibles détermine plus souvent le vomissement que l'emploi dessolutions concentrées à doses fortes.
D'une façon absolue, ce n’est peut-être pas aussi vrai que pour l’apomorphine, mais 1l est cependant exact de prétendre que la fréquence et la durée de l’action vomitive de la morphine sont presque en raison inverse de la quantité de médicament imjectée.
Et d'abord, il esttrès exceptionnel de voir vomir les chiens à la suite d'une injection inlra-veineuse de morphine, qui introduit le médicament très rapidement el en masse dans l'organisme ; tandis qu'il est plus fréquent de voir des vomissements, lorsque l'absorption, se faisant: plus lentement, donne l'équivalence de l'administration d’une faible dose.
Comme nous l'avons déjà dit plus haut, nous avons remarqué que, toutes choses étant égales d’ailleurs, l’introduction de la morphine par la voie rectale est plus fréquemment suivie de manifestations vomilives que
l'injection hypodermique.
{ Société de biologie, p. 78, 1870.
Sans rien pouvoir donner de rigoureusement précis à cet égard, et d’après les essais que nous avons faits chez le chien, on peut conclure que les doses fortes de morphine, administrées par une voie qui absorbe rapidement ne sont pas vomitives.
C'est, comme nous le verrons, absolument en rapport avec ce que l’on observe avec l’'apomorphine qui détermine des vomissements d'autant moins nombreux et prolongés que la proportion injectée est plus élevée.
En effet, en vertu du principe bien connu des actions contraires, le médicament nervin qui, à faible dose, est simplement excitant des centres sur lesquels 1l fait élecüon, devient paralysant de ces mêmes centres lorsqu'il arrive en masse à leur contact.
La morphine suit donc la loi de la plupart des modéraleurs et des dépressifs nervins, qui excitent passagèrement avant de narcotiser. Elle a, sur les centres nauséeux, une électivité certaine qui la porte sur eux,et là, comme sur les autres parties des centres encéphalobulbo-médullares, elle stimule avant de narcotiser ; mais 1l peutse faire aussi que, arrivant en masse ou agissant sur des centres doués d’une impressionnabilité spéciale, elle narcolise d'emblée.
Dans ce dernier cas les vomissements ne s'’observent pas.
La transformation de la morphine en apomorphine allénue ses propriétés paralysantes el narcotiques en exagérant les actionsexcitantes et convulsivantes qu'elle possède ; c’est ce qui de l'apomorphine fait un vomitif sûr, parce que la dominante pour elle est l'excitation.
Cependant, même avec l’apomorphine, la question
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de doses a une importance indéniable, car, bien qu'essentiellement stimulant, ee médicament n'échappe pas au principe des actions contraires et peut, comme la morphine, paralyser les centres qu'il excite habituellement. À
Injectée à hautes doses l'apomorphine n’est plus vomitive.
C’est un fait absolument exact, que nous avons vérifié nombre de fois et que nous inscrivons ici comme un principe absolu.
Il n’a pas toujours été acceplé ainsi, et, quand les auteurs se sont intéressés à l'influence des doses sur le vomissement apomorphinique, ils ne se sont point entendus.
Pour les uns, c'élaient les doses fortes qui empêchaient ou retardaient les vomissements ; pour les autres, c'étaient les doses faibles.
Quelques citations confirmeront la réalité de ces divergences.
Max Quehl affirme que les doses fortes de chlorhydrate d’apomorphine {9 à 36 centigrammes), en injections hypodermiques, n'ont plus d'effet émétique, mais qu’elles deviennent narcotiques. Nous avons tout lieu de croire, d’abord, que Max Quehl opéraitsur des sujets de petite taille ; ensuite qu'ilse servait d'un sel d’apomorphine amorphe, dont les effets narcotiques nous sont bien connus.
Chouppe et Hartnack prétendent que les fortes doses ne paralysent pas le centre vomitif, comme on l’a soutenu ; pour eux, elles provoquent toujours le vomissement, mais 1l y a cependant des différences: les vomis-
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sements dus aux doses élevées sont moins nombreux, moins abondants, moins prolongés qu'avec les doses moyennes.
Cette différence elle-même n'est pas admise par tous, aussi Chouppe demande-t-il sur ce point de nouvelles expériences.
Ces expériences nous les avons faites, mais avant d'y revenir, nous devons dire que Chouppe et Hartnack ont bien vu ce qu'ils ont avancé; leur affirmation répond à ce que l’on observe généralement à la suite de l'injection hypodermique de doses mème élevées de chlorhydrate d'apomorphine cristallisée.
Dabadie est de ceux qui admettent la paralysie du centre vomitif par les fortes doses, tandis que les doses moyennes réalisent entre ses mains le maximum utile.
Hayem ! écrit que les doses fortes ne déterminent pas de vomissements, de même d’ailleurs que les doses trop faibles qui occasionnent seulement des nausées très persistantes.
Dabadie avait raison, mais l'opinion du professeur Hayem, sans indication des conditions d’administration, est trop absolue.
Quant à Routy, 1lconstate expérimentalement que les doses de 2 à 10 ou 20 centigrammes, chez le chien, donnent toujours des vomissements rapides et nombreux. Les essais de Siebert concluent dans le même sens.
Chez l’homme, David et Revilliod constatent que les doses de 3 à 4 milligrammes provoquent einq à six vomissements, et, dans le service du professeur Lépine,
! Hayem, les Médications, 4 série, page 500, 1893
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Weill{ avec 2 milligrammes et demi, tantôt obtient, tantôt n'obtient pas le vomissement.
Par contre, dans le fameux accident de Pécholier, le vomissement n'est obtenu qu'après une deuxième injeclion, ayant porté la dose totale à près de 3 centigrammes.
Aussi l’auteur de conclure: « L'apomorphine n'agil qu'à doses élevées. » |
Il y a donc de sérieux désaccords entre les observateurs et pourtant il ne s’agit pas d’une question de haute difficulté expérimentale.
En faisant naturellement abstraction des influences d'espèce et d'individualité, le principe vrai est facile à poser et c'est dans nos expériences chez le chien que nous en trouverons les bases essentielles.
Naturellement, comme pour tout médicament, il faut admettre l'existence d’une dose minima, en deçà de laquelle l'agent ne produit rien parce qu'il est en proportion insuffisante, mais au delà de laquelle il peut déterminer des modifications fonctionnelles, qui s’accusent de plus en plus en se compliquant plus ou moins, au fur et à mesure de l'élévation de la dose.
L'impression nauséeuse étant le prélude de tout effet vomitif, et la nausée pouvant très bien être provoquée sans être fatalement suivie de vomissements, 1l suffit de concevoir une insuffisance d’excitation pour comprendre ce dernier cas.
Les doses trop faibles d’apomorphine peuvent s’en tenir à ce simple effet et, suffisantes pour produire la
4 Weill, Lyon médical, 1884
ONE nausée, ne pas l'être pour aller jusqu’à déterminer le vomissement.
C'est ce que pourrait faire tout autre médicament, et il ne s’agit en somme que de fixer, pour l’apomorphine comme pour les autres, les doses thérapeutiques sûrement vomitives.
D'après le tableau de Jurasz, voici les doses fixées pour l’homme, doses destinées à être introduites sous la peau :
Au-dessous de 3 mois, de o gr. 0005 à o gr. 0008
De 3 mois à 1 an o gr. 0008 O0 gr. 0015 De r an à 5 ans Ogr. 0015 0 gr. 003 De 5 ans à 10 ans 0 gr. 003 o or. 009 Au dessus de 10 ans ogr. 00 o gr. 02
Cependant Jurasz ajoute qu'il ne lui a jamais été nécessaire de faire prendre plus de 1 centigramme. Ce sont les doses qu'admettent et fixent aussi les autres auteurs.
Chez le chien, les doses varient suivant la taille, entre > milligrammes et 1 centigramme sous la peau. Même chez les gros chiens, nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de dépasser 1 centigramme, car nous n'avons pas le souvenir d’avoir vu un seulanimal résister à l'injection hypodermique de cette dose. Les proportions plus élevées nous ont au contraire paru désagréables par les effets excitants, consécutifs au vomissement, qu'elles déterminent parfois.
Chez le chat, qui est beaucoup moins sensible à l'apomorphine que le chien, on doit, proportionnellement au poids, administrer des doses dix fois supérieures pour obtenir le vomissement, mais il y a lieu de redouter des manifestations excilantes parfois d'une très grande violence.