STONES
Pas de vomissements; aucune apparence de nausée.
Après quatre minutes apparaît une excitation violente, avec tendance agressive et envie de mordre; l'animal mâchonne, cherche à mordiller, mais de plus, sa démarche est saccadée, titubante.
Au bout de quelques instants (dix minutes environ), il tonibe sur le sol, dans une crise convulsive d'une grande énergie; ses membres sont agités par des convulsions cloniques et maintenus en extension. Les yeux sont enfoncés dans l'orbite, les mâchoires claquent, la bouche est remplie d'une salive mousseuse qui s'échappe par les commissures. Il s'agit en somme, d’un accès épileptiforme analogue à ceux que nous avons décrits,
Ce petit animal est mort sans avoir vomi une seule fois,
Sur un petit chien de la même portée, et très approximative : ment de même poids, nous avons répété la même expérience avec un semblable résultat.
EXPÉRIENCE LXXXIX (2 avril 1897).
Nous avons déjà décrit cette expérience dans tous ses détails, à propos de l'influence du bain chaud sur les effets de l'apomorphine et nous avons constaté qu'un petit chien de 10 kilogram mes, maintenu depuis dix minutes dans un bain à 45 degrés, n'a pas vomi à la suite d'une injection hypodermique de 40 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine amorphe.
Par conséquent, même par la voie hypodermique, l'apomorphine, injectée à dose très élevée, peut arriver assez vite el en assez grande quantité au contact des centres nauséeux pour les paralyser d'emblée et ne pas provoquer de vomissements.
Mais on réussit beaucoup mieux et avec des doses
hou proportionnellement plus faibles en injectant le médicament dans une veine.
Nous n'avons qu'à nous reporter aux nombreuses expériences décrites plus haut, dans lesquelles les effets des deux apomorphines ont été étudiés par injection veineuse, pour trouver une démonstration du fait. Mais dans ces cas-là, deux facteurs principaux ont un rôle capital ; la dose injectée, d'abord, et la vitesse de l'injection, ensuite.
Pour des chiens du poids moyen de 15 à 18 kilogrammes, l'introduction lente dans la veine de 5 nmulligrammes à 5 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine, en solution à 2 pour 100, où mieux à 1 pour 100, est habituellement accompagnée presque immédiatement d’un ou deux efforts de vomissement. Mais si ces mêmes doses sont injectées rapidement, les vomissements sont plus rares et manquent{rès souvent, surtout avec les plus élevées.
Au-dessus de 5 centigrammes, à 2 pour 100, l'injection intraveineuse d'apomorphine n'est que très exceptionnellement vomitive, el, quand on dépasse 10 cenligrammes, elle ne l’est jamais.
Naturellement les doses de 15, 20, 30 et 35 centigrammes et plus, que nous avons injeclées dans la veine de chiens de poids très variables, n'ont jamais produit le moindre effort vomitif n1 la moindre nausée. Dans ces cas-là, les sels d'apomorphine, qu'il s'agisse du cristallisé ou de l’amorphe, se conduisent toujours comme des paralysants du centre vomiuf. Mais il est entre eux une particularité différenuelle que nous avons
déjà signalée et qui mérite d’être rappelée encore:
=) 2; O — L'injection veineuse de doses fortes de chlorhydrate d’apomorphine amorphe ne produit jamais de vo-
missements, pas plus au moment de l'injection que
longtemps après, lorsque les effets que nous avons décrits commençent à se dissiper. Il n’en est pas de même avec le chlorhydrate d’apomorphine cristallisé.
Quand celui-ci, au début, n’a pas déterminé la nausée et, par le fait de sa proportion élevée, a produit les effets stimulants ci-devant décrits, 1l donne habituellement des vomissements lointains, 15, 30, 45 minutes, 1 heure, 1 h. 1/2 et plus, après son introduction dans la veine.
Ces vomissements lointains ou de retour n’ont jamais fait défaut dans toutes les expériences où nous avons étudié les effets des doses élevées d'apomorphine cristallisée. En toutes circonstances où la comparaison a été possible, les sels cristallisés se sont montrés plus vomilifs que les sels amorphes ; nous le démontrerons encore plus loin.
En résumé, l'influence des doses sur la production des vomissements morphiniques et apomorphiniques est cerlaine, avec les principales modalités et particularités que nous avons indiquées.
VI. INFLUENCE D’UNE MÉDICAMENTATION PRÉALABLE OU SIMULTANÉE SUR LES EFFETS VOMITIFS DE LA MORPHINE ET DE L'APOMORPHINE
Toute circonstance ou cause capable d’émousser primilivement l'impressionnabilité des centres vomitifs
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ET ou susceplible de renforcer l’action paralysante de la morphine constitue un obstacle à la production des effets nauséeux de ce médicament.
C’est ce que l’on peut voir à la suite d’une morphinisation préalable, après atropinisation ou à la suite de l'administration des anesthésiques, chloroforme, éther, chloral.
Pour l’apomorphine, dont le pouvoir excitant est plus puissant et prédomine, däns les actions de cet alcaloïde, l'influence de ces médicamentations n’est pas aussi constante et exige des imprégnations plus profondes. Malgré cela, quand les centres nauséeux sont paralysés par une narcotisation préalable suffisante, les effets de cet alcaloïde sont empêchés où considérablement retardés.
Et d'abord, pour la morphine, 1l est certain qu'un chien qu'une première injection de cet alcaloïde a fait vomir, ne vomit pas habituellement, lorsque, étant en pleine phase hypnotique, on lui renouvelle l’administration de la même dose de médicament.
Ceci démontre encore, d'une façon évidente, que, après avoir excité les centres nauséeux, la morphine les imprègne et les paralyse, s’opposant ainsi à toute influence excitante qui porterait secondairement sur eux, même directement.
Dans ces conditions, l’apomorphine elle-même n'a plus d'action et ne produit pas le vomissement chez les chiens plongés dans le sommeil morphinique.
Cette constatation n'est pas nouvelle, mais elle mérite d'être revue :
«La morphine à haute dose, a dit Dujardin-Beau-
ARS pee metz, empêche l'effet vomitif de l'apomorphine, d'où l'inefficacité de cette dernière contre l’'empoisonnement par la morphine. »
David a observé les mêmes faits avec la morphine, le chloroforme et le chloral; ce dernier, en injections intraveineuses, suspend absolument l'action de l’apomorphine.
Vulpian, Harinack, Bordier ont obtenu des résultats analogues, en ce qui concerne la morphine et le chloroforme; le vomissement apomorphinique est suspendu, du moins jusqu’au réveil.
Bordier donne de cet antagonisme une exphcation bizarre : « C’est parce que la morphine a desséché les glandes de l’estomac que le vomissement ne peut plus être provoqué » ; mais à cela Chouppe répond très judicieusement que la belladone est au moins aussi desséchante et qu'elle n'empêche pourtant pas l’apomorphine de faire vonur.
Bordier et Coyne ont fait des expériences qui compliquent le problème, car ils ont obtenu des résultats assez discordants.
Ils injectent de l'apomorphine à des chiens totalement (?) chloroformés et constatent que, dans une première catégorie de cas, les vomissements surviennent mais sont retardés etexigent une dose assez considérable: dans une deuxième catégorie, le vomissement survient seulement après le réveil; enfin, dans une troisième catégorie, les vomissements manquent complètement.
Il semble donc que l’action d'arrêt des anesthésiques, sur le vomissement apomorphique, soit loin d’être
aussi constante qu'on pourrait le croire.
ns
C'est d’ailleurs à la même conclusion qu’aboutissent Challaud et Rabow. Chez l’homme, ils ont constaté que l'injection préalable de morphine peutne pas empêcher l'effet de l’apomorphine ; ils disent avoir obtenu les effets respectifs des deux médicaments.
Les mêmes auteurs ont, dans un travail ultérieur, confirmé ces résultats, en ajoutant que le chloral et l'atropine, entre leurs mains, n’ont pas suspendu l'effet habituel de l'apomorphine.
Mais où la chose est plus surprenante, c’est que David lui-même, dans une lettre postérieure à sa monographie, reconnaît que, chez les animaux où il a vu la morphine s'opposer aux vomissements apomorphiniques, il employait des doses toxiques de ce médicament ; il déclare, de plus, que des doses plus faibles peuvent ne pas avoir la même action empêchante.
Tout cela encore est bien contradictoire et, évidemment, malgré tout ce qui a été fait, on éprouve le besoin de se renseigner soi-même sur les actions médicamenteuses signalées comme capables de retarder ou d'empêcher l’action vomitive de l'apomorphine.
Or, nous croyons pouvoir déclarer que, chez le chien, dans la limite des doses physiologiques et thérapeutiques, la morphine peut vraiment mettre obstacle aux manifestations nauséeuses de l’apomorphine. En voici la preuve :
EXPÉRIENCE XC (19 mai 1897).
A. Chien, pesant 12 kilogrammes. Injection hypodermique de chlorhydrate de morphine, 15 milligrammes par kilogramme.