‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 65 sur 152 · NE · texte numérisé non relu

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L'animal dort depuis vingt minutes très profondément ; on lui fait une injection de 2 centigrammes d'apomorphine cristallisée, Pas de vomissements. Quinze minutes après, on note une vive hyperexcitabilité qui dure toute la soirée, avec une paralysie manifeste du train postérieur,

B. Chien, pesant 14 kilogrammes, narcotisé depuis vingt minutes, à la suite d'une injection hypodermique de morphine, 15 milligrammes par kilogramme, ne vomit pas et continue de dormir très profondément malgré une injection de 2 centigrammes d'apomorphine amorphe.

GC. Chien loulou, pesant 10 kilogrammes, est endormi profondément par une injection hypodermique de morphine, 2 centigrammes par kilogramme, Vingt minutes après, on lui injecte 2 centigrammes d'apomorphine cristallisée, qui ne déterminent pas de vomissements ni la moindre nausée; simplement une hyperexcitabilité plus grande etun réveil des effets d'excitation du sel d'apomorphine, entravés par ceux de la morphine.

EXPÉRIENCE XCI (3 juin 1897).

A, Petit chien roquet, pesant 10 kilogrammes. Injection hypodermique de morphine, 1 centigramme par kilogramme. Un effort de vomissement cinq minutes après. Sommeil classique et profond. L'animal est morphinisé depuis vingt-cinq minutes lorsqu'on lui injecte, sous la peau, 2 centigrammes de chlorhydrate d’apomorphine amorphe. Pas de nausée, pas de vomissements ; simple exagération de l’abrutissement et sommeil continu comme chez le chien A de l'expérience précédente.

B. Chien barbet, pesant 10 kg. 500. Injection hypodermique de chlorhydrate de morphine, 1 centigramme par kilogramme. L'animal est morphinisé depuis vingt-cinq minutes et dort très bien, lorsqu'on lui injecte 2 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé. Pas de nausée, pas de vomisse-

ments. Apparition des phénomènes généraux d'excitation de l’apomorphine, mais rien de plus.

EXPÉRIENCE XCII (3 juin 1897).

A. Petit chien, pesant 6 kilogrammes. Injection hypodermique de chlorhydrate de morphine, 5 milligrammes par kilogramme. Avant de s'endormir, l'animal a des vomissements et des défécations. Il est morphinisé depuis vingt minutes, lorsqu'on lui injecte 1 centigramme d'apomorphine amorphe sous la peau.

Pas de vomissements ; pas le moindre symptôme de nausée, Le sommeil de notre sujet est toujours très calme, très profond, sans apparence d’une exagération quelconque de l'hyperexcitabilité. On continue l'observation pendant toute la soirée sans autre résultat.

B. Chien de chasse, pesant 21 kilogrammes. Injection hypodermique de chlorhydrate de morphine, 5 milligrammes par kilogramme. Le sommeil apparaît sans vomissements préliminaires. L'animal est morphinisé depuis vingt-cinq minutes lorsqu'on lui injecte 2 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé. Pas de nausée, pas de vomissements. On constate seulement, au bout de quinze minutes environ, que le sujet est plus excitable; son sommeil est interrompu fréquem ment par de l'agitation, Le moindre bruit le fait sursauter et fuir avec affolement. Ce sont les effets généraux de l’apomorphine cristallisée qui l’emportent, simplement entravés par ceux

de la morphine. :

L'action empêchante de la morphine peut même persister assez longtemps; comme nous l’apprend l’es-

sai suivant :

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EXPÉRIENCE XCIII (9 mai 1892).

Un tout petit chien, pesant à peine 5 kilogrammes, reçoit, sous la peau, 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine, à 2 heures de l'après-midi, Dix minutes après, apparaissent les signes caractéristiques de la narcose, sans nausées ni vomissements.

L'animal étant parfaitement endormi, on lui injecte 5 milligrammes de chlorhydrate d'apomorphine. Pas de vomissements.

10 mai. — À 9 heures du matin, le petit chien paraît encore abruti par la morphine, on lui administre une nouvelle dose d'apomorphine, sans plus de résultats que la veille.

11. — L'animal paraissant parfaitement rétabli, on renouvelle l'administration de l'apomorphine à raison de 1 centigramme. Les vomissements se sont alors montrés dans les mêmes conditions que normalement. Mais nous voyons que le lendemain de la morphinisation, les centres nauséeux étaient

encore assez imprégnés pour ne pas réagir à l’apomorphine.

Les doses de 5, 10 et 15 mulligrammes de morphine par kilogramme, ne sont pas des doses toxiques pour le chien et, cependant, nous voyons que, sans exception, elles s'opposent absolument à la production des vomissements apomorphiniques ; mais nous nous empressons de faire remarquer qu’elles ne produisent ces effets que si l’on a le soin d'attendre que les animaux soient parfaitement narcotisés ; il faut que les centres nauséeux soient imprégnés par la médicamentation préalable ou sinon ils peuvent éprouver les effets excitants du vomitif.

D'ailleurs, quand on injecte un mélange, à parties égales, de morphine et d’apomorphine (cristillasée ou

amorphe) les animaux vomissent toujours, car l’arrivée simultanée des deux médicaments laisse prédominer les effets d’excitation.

La morphine est un narcotique qui imprègne fortement et dont les effets sont relativement prolongés : c'est, des médicaments que nous avons essayés, celui qui entrave le mieux et le plus longtemps les effets de l’apomorphine, peut-être aussi, parce que, ayant des électiviltés identiques, ses actions antagonistes sont plus directes et plus sûres.

Cependant, le chloral, le chloroforme et l’éther peuvent très bien aussi apporter un obstacle à l’action vomilive des sels d’apomorphine, mais dans des conditions un peu différentes, car, au réveil. les vomissements qu'entrave seule l’anesthésie complète apparaissent avec toute leur intensité.

Les anesthésiques diffusibles ont donc beaucoup moins d'influence que la morphine; un seul exemple suffira à le démontrer.

EXPÉRIENCE XCIV (3 mai 1897).

A. Chien de chasse, pesant 20 kilogrammes, est endormi au chloroforme. En pleine anesthésie, alors que celle-ci est complète, et poussée aussi loin que possible, on injecte 2 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé, A partir de ce moment on cesse de donner le chloroforme. Seize minutes s'écoulent sans aucune modification apparente ; l'animal, toujours étendu sur le sol, n'a rien montré de particulier. A ce moment-là, cependant, dix-sept minutes après l'injection, surviennent les nausées et les efforts de vomissements. Nous

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notons que le sujet est encore sous l'influence de l’anesthésique : il ne peut pas se tenir debout ; la résolution musculaire et l'insensibilité sont encore très accusées. Petit à petit, mais lentement, le réveil devient plus complet, l'influence nauséeuse persiste. L'animal a des vomissements répétés, 25 minutes, 45 minutes et 1 h. 5 après l'injection d'apomorphine.

B. Gros chien de garde, pesant 25 kilogrammes. Anesthésié complètement et profondément au chloroforme. Dans les mêmes conditions que précédemment, on lui injecte 3 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine amorphe et on cesse de donner l'anesthésique. Quatorze minutes après surviennent les nausées, suivies d’un effort de vomissement, avec rejet d’une quantité assez notable de soupe. Les vomissements ne se sont pas reproduits; l’animal s'est réveillé sans présenter de manifestations

dignes de remarque.

Les résultats que nous avons obtenus, dans d’autres expériences et avec l’éther, sont à peu près identiques aux précédents, aussi nous dispenserons-nous de les décrire en détail ; ils confirment ce que nous disions relativement à l'influence modérée des anesthésiques diffusibles sur les centres nauséeux.

Le chloral est un peu plus actif sans égaler cependant la morphine.

EXPÉRIENCE XCV (12 mai 1897).

Deux chiens, pesant l'un 14, l’autre 15 kilogrammes, sont anesthésiés par une injection veineuse de 4 grammes de chloral, Le sommeil étant sur le point de toucher à sa fin, on injecte au premier 2 centigrammes d'apomorphine amorphe, au second, la même quantité d'apomorphine cristallisée, Douze minutes après environ, ce dernier, seul, a eu des nausées et des vomissements

répétés, qui se sont produits sans que le sujet cherche à se relever,

Vingt minutes après, le réveil est plus accusé: les animaux sont cependant encore sur le flanc ; on pratique une nouvelle injection de chaque apomorphine à l'un et à l'autre. Cette fois l’'apomorphine amorphe a déterminé deux efforts uniques de vomissements, quatre minutes environ après que l'apomorphine cristallisée en eut provoqué déjà quatre, qui furent d’ailleurs suivis longtemps après de quelques autres.

EXPÉRIENCE XCVI (17 mai 1897).

A. Chien mouton, pesant r2 kilogrammes, endormi par une injection veineuse de 4 grammes de chloral, En pleine anesthésie, avec insensibilité cornénne complète, on injecte sous la peau 2 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé. Pendant toute la durée du sommeil, cette injection n'a rien fait, l'animal a continué de dormir comme s'il n’avait rien reçu, mais peu à peu, après le temps normal, il s'est réveillé en s’agitant et a présenté alors une série de vomissements.

B. Chien mouton, pesant 14 kilogrammes. Endormi profondément au chloral comme le précédent et, dans les mêmes conditions aussi, soumis à une dose de 2 centigrammes d'apomorphine amorphe.

Chez ce chien, le sommeil a été plus prolongé que chez le précédent et, quand il s’est réveillé, iln'a pas présenté de vo-

missements.

Nous avons répété ces essais plusieurs fois encore, avec des résultats semblables et assez concordants pour avancer et soutenir que l’action neutralisante du chloral, sur les effets nauséeux de l'apomorphine ceristallisée est évidente tant que l’animal est directement sous l'influence anesthésique du médicament ; il en est de

même pour l'apomorphine amorphe dont les effets sont cependant beaucoup mieux modifiés et suspendus par la chloralisation.

Action de l’atropine sur les effets nauséeux de la morphine et de l'apomorphine. — En principe, si l’atropine a quelque influence sur les effets nauséeux de la morphine, elle n'en a aucune sur ceux de l’apomorphine, même à haute dose.

Dans une note qu’il présentait à la Société de biologie, à propos de l'administration de la morphine et de l’atropine, Brown-Sequard? disait que l'emploi simultané de ces deux alcaloïdes était avantageux parce que, dans la majorité des cas, 1l s’opposait aux vomissements morphiniques.

Ceci est en partie exact, mais non pas absolu, car s’il est possible que l’atropine, probablement par une action sur les centres, apporte parfois obstacle à l'effet nauséeux de la morphine, elle ne donne pas toujours pareil résultat.

EXPÉRIENCE XCVII (re° mars 1890).

Désirant anesthésier un chien de 10 kilogrammes par la méthode mixte atropo-morphine-chloroforme de M. Dastre, je lui injecte simultanément dans le tissu conjonctif 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine et 5 milligrammes de sulfate d'atropine. Dix minutes après ; elforts de vomissements et rejet à trois reprises d'un peu de mucosité stomacale,

1 Brown-Sequard, Société de biologie, page 289, 1885,

J'obtiens la même chose sur un chat de 3 kilogrammes.

EXPÉRIENCE XCVIII (10 mars 18go).

A un chien du poids de 18 kilogrammes, je fais d’abord une

injection hypodermique de 5 milligrammes de sulfate d'atropine;

puis, après cinq minutes, j'administre de la même façon 5 centigrammes de morphine. Au bout de cinq minutes environ, nausée et vomissement.

Ces deux seuls essais que nous avons eu souvent l’occasion de vérifier, lorsque nous avons soumis des chiens à l’anesthésie par la méthode mixte atropo-morphine, suffisent à prouver que l’atropine ne constitue pas un obstacle absolu à la production de la nausée et du vomissement morphiniques.

Pour l’apomorphine, nous n'avons jamais relevé la moindre exception; les seules expériences suivantes le démontrent :

EXPÉRIENCE XCIX (4 janvier 1893).

Chien de 14 kilogrammes; injection de sulfate d’atropine, 1 milligramme par kilogramme. Une demi-heure après, alors que les effets du médicament sont complets, on injecte, sous la peau, 1 centigramme de chlorhydrate d’apomorphine.

L'animal a parfaitement vomi, dans les délais habituels, sans grande différence avee ce que l’on voit chez les sujets non médicamentés.

EXPÉRIENCE C (17 et 18 mai 1897).

A. Une grosse chienne de 28 kilogrammes, qui a reçu 8 centi- * grammes de sulfate d'atropine, depuis vingt minutes, et en présente toutes les suites, vomit parfaitement après une injection de 2 centigrammes d'apomorphine cristallisée.

B. Un chien de 22 kilogrammes, qui a reçu 4 centigrammes de sulfate d’atropine depuis trente minutes, a des vomissements nombreux après une injection de : centigramme d'apomor-

phine,

EXPÉRIENCE CI (5 juin 1897).

A. Chien de chasse, pesant 20 kilogrammes, injection de 10 centigrammes de sulfale d'atropine. Cette dose forte produit les manifestations habituelles: qui sont particulièrement graves. Une injection hypodermique de 10 centigrammes d'apomorphine cristallisée, pratiquée quarante-cinq minutes après, détermine des vomissements nombreux, et répétés longtemps.

B. Chien roquet, pesant 10 kilogrammes, reçoit dans le tissu conjonctif, 1 centigramme de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé, Au moment où apparaissent les vomissements, on introduit, dans la jugulaire, 2 centigrammes de sulfate d’atropine. Cette injection rend l'animal très malade, mais n'arrête pas les vomissements qui se continuent trente-cinq minutes environ après la médicamention.

Par conséquent, avant, pendant ou après, l’atropine n’est pas capable de s'opposer aux effets vomitifs de la morphine et de l'apomorphine; ce n’est pas de ce côté que l’on peut constater un antagonisme quelconque entre ces médicaments. Nous irons même plus loin et

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