‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 66 sur 152 · RON UE · texte numérisé non relu

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ajouterons que, si parfois l’atropine a entravé le vomissement morphinique chez l’homme, c’est plutôt au ütre de synergique et en aidant à la perte rapide de l'impressionnabilité des centres nauséeux qu’ellemême excite aussi, à faible dose, et très fréquemment chez le chien.

VIT. INFLUENCE DE L'ASPHYXIE ET DE L'INTOXICATION CARBONIQUE SUR LES EFFETS VOMITIFS DE L'APOMORPHINE

Les relations très étroites qui unissent les centres respiratoires et les centres nauséeux, relations qui font qu'on peut espérer agir sur les premiers en stimulant les seconds, nous ont engagé à rechercher quelle influence pouvait avoir l'état asphyxique sur la production rapide des vomissements apomorphiniques. Il y avait un double intérêt à trancher cette question: un intérêt théorique d’abord, et un intérêt pratique ensuite. En effet, dans le cas de mort accidentelle ou volontaire, par submersion, pendaison, strangulation ou autre forme d’asphyxie, l'emploi d’une injection d’apomorphine pouvant peut-être aider au rappel des mouvementsrespiratoires, momentanémentsuspendus, ilétait utile de vérifier le fait et de rechercher dans quelles conditions la réussite est possible.

Déjà, en 1893, nous avons tenté plusieurs fois de combattre les accidents de l’asphyxie provoquée par submersion, au moyen d'injections hypodermiques ou veineuses d’apomorphine; ces premiers résultats, ayant été fort peu encourageants, nous ne les repro-

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duirons pas et nous limiterons seulementaux dernières séries d'expériences, qui ont d’ailleurs entièrement confirmé les premières.

EXPÉRIENCE CII (3 juin 1897).

A. Chien, race commune, très vigoureux, est immergé complétement au fond d’un baquet plein d’eau

Il lutte énergiquement et résiste assez longtemps à l'asphyxie. Sa respiration étant arrêtée, on le sort de l'eau ; son cœur bat toujours. Rapidement, on met la jugulaire à nu et on injecte 1 cenligramme d'apomorphine cristallisée. Pas de résultat immédiat; la cornée est insensible, le cœur s’affaiblit ; on se met alors à pratiquer la respiration artificielle. Les manœuvres sont continuées pendant près de cinq minutes, qui s'écoulent toujours sans vomissements. Des mouvements respiratoires spontanés apparaissent; la cornée reprenant sa sensibilité on laisse l'animal tranquille. Il revient à lui peu à peu, mais ne vomit pas; seuls les effets généraux d’excitation se sont manifestés avec une grande violence,

B. Chien loulou, submergé et laissé dans l'eau jusqu'à arrêt complet de la respiration. Au moment où on le sort, le cœur bat toujours mais faiblement.

Injection vemeuse de 5 milligrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé. Aucun résultat immédiat. On pratique la respiration artificielle ; le cœur bat encore pendant huit minutes, mais finit par s'arrêter et l'animal meurt.

C. Chien de berger, de moyenne taille, immergé jusqu'à arrêt de la respiration, Au sortir de l’eau, le cœur bat encore; la cornée est insensible; on injecte 2 centigrammes d'apomorphine cristallisée sous la peau et on pratique régulièrement la respiration artificielle. Après six minutes, l'animal a deux ou trois mouvements respiratoires spontanés, isolés, mais le cœur finit par s'arrêter au bout d’une dizaine de minutes et le sujet n’a pas eule moindre effort de vomissement,

EXPÉRIENCE CII (3 juin 1897.)

À. Un nœud coulant étant passé autour du cou d'un chien de petite taille, on le pend jusqu'au moment où, tout mouvement de défense ayant disparu, l'animal semble arrivé au dernier degré de la résistance. On lui injecte, sous la peau, de l’apomorphine et on le couche sur une table, où il reste inerte, sans respirer ; le cœur bat encore et la cornée a de la sensibilité, D'ailleurs moins d'une minute s'écoule et les mouvements respira+ toires réapparaissent.

Apres dix minutes, le petit animal revient complétement à lui. On le laisse libre de ses mouvements, il se met à courir, commençant à être excité par le sel cristallisé, mais il n'a pas encore vomi, Les vomissements ne se montrent que quinze minutes après l'injection.

B. Chien de chasse, pesant 20 kilogrammes, soumis à la pendaison dans les mêmes conditions que le précédent. Injection de 2 centigrammes d’apomorphine cristallisée sous la peau ; les vomissements se sont montrés huit minutes et demie après l'injection. On peut estimer le retard à au moins quatre minutes,

C. Chien roquet, pesant 10 kilogrammes, soumis à la pendaison jusqu'à inertie et perte de toute résistance. Couché sur la table, le sujet reprend assez vile sa respiration, mais reste sans mouvement. On lui a injecté 2 centigrammes d'apomorphine cristallisé sous la peau. Il commence à être excité douze minutes après, mais il n’a des vomissements qu'au bout de vingt minutes ; vomissements fréquents et prolongés.

D. Chien de berger, soumis à la strangulation et à la pendaison, comme les précédents. Dans les mêmes conditions, on lui injecte 2 centigrammes d’apomorphine cristallisée, concurremment avec un deuxième chien témoin, bien portant et de même taille.

Ce dernier a vomi après trois minutes et demie, tandis que

le chien pendu, qui avait respiré librement peu de temps apres

avoir été détaché, n'a montré les premiers efforts qu'au bout

de dix minutes.

Il semble bien évident que chez les chiens asphyxiés, soit par immersion, sont par pendaison, les effets de l’'apomorphine sont retardés et que, dans les cas très graves, aux limites extrêmes de l’asphyxie, ils ne se montrent pas; les centres nauséeux ayant perdu toute réaction et toute sensibilité. En plaçant une forte pince sur la trachée, pour empêcher tout mouvement d’air, nous avons répété des expériences très comparables aux précédentes et obtenu des résultats semblables, relativement à l’'empêchement ou au retard produit par l’asphyxie sur les vomissements apomorphiniques. Dans ces cas-là nous avons employé comparativement le sel cristallisé et le sel amorphe, et remarqué que ce dernier peut ne pas déterminer de vomissements, dans les conditions où le sel cristallisé en produit généralement.

Quoi qu'il en soit, il est hors de doute que le sang asphyxique, chargé d’acide carbonique, a sur les centres nauséeux une action paralysante marquée. Voulant plus immédiatement mesurer l’importance du rôle de l’intoxicalion carbonique dans ces circonstances, nous avons fait les expériences suivantes :

EXPÉRIENCE CIV (4 juin 1897).

On fait respirer un chien dans un masque au fond duquel aboutit un tube de caoutchouc, relié avec un appareil producteur d'acide carbonique, L'animal doit absorber ce gaz en assez

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grande quantité, car, rapidement, sa respiration se trouble et il montre tous les autres signes d'intoxication habituels. On le surveille trés attentivement pour éviter d'aller jusqu'aux aceidents mortels eton lui injecte, sous Ja peau, 2 centigrammes d'apomorphine cristallisée. Après cette injection, on le soumet encore dix minutes à l'influence directe des inhalations d'acide carbonique, après quoi on le laisse respirer librement, Il se remet assez vite, mais il n'a pas eu le moindre effort de vomissement. Ceux-ci ne se sont montrés que dix-sept minutes après, alors que le sujet ne semblait plus être sous l'influence immédiate du gaz toxique.

B. Grosse chienne, âgée. A l’aide du masque, nous lui faisons absorber de l'acide carbonique comme au sujet précédent. Elle paraît supporter plus difficilement cette épreuve; injection de 3 centigrammes d'apomorphine cristallisée sous la peau, à un moment où la respiration paraît très troublée et les symptômes graves. Sept minutes s'écoulent sans accidents et sans vomissements; mais, après, la bête meurt soudainement, par arrêt respiratoire primitif. Le cœur battant toujours, on pratique la respiration artificielle, mais sans aucun résultat.

EXPÉRIENCE CV (5 juin 1897).

Petit chien, soumis depuis trois minutes aux inhalations d’acide carbonique; on lui injecte 2 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé sous la peau, en continuant de maintenir l'animal dans une atmosphère du gaz toxique et surveillant attentivement sa respiration, pendant quinze minutes encore. Pas le moindre effort de vomissement. On laisse le sujet respirer librement, et, quatorze minutes après seulement, surviennent les nausées suivies de vomissements nombreux et répétés.

Ayant obtenu encore trois résultats semblables sur d’autres animaux, nous estimons que ces essais suf-

fisent pour nous autoriser à conclure que le sang asphyxique et chargé d'acide carbonique, supprime ou diminue l’impressionnabilité des centres vomitifs et suspend l’action de l’'apomorphine jusqu’à l’élimination du poison. On voit alors ce que, de ces faits, on peut tirer relativement aux services à attendre de l’apomorphine, dans les cas menaçants de mort, volontare ou accidentelle, par submersion, pendaison, strangulation, et, autres procédés dans lesquels l’asphyxie joue le rôle prépondérant.

L’apomorphine cristallisée et l’'apomorphine amorphe, au point de vue de leur activité vomitive. — Les deux chlorhydrates d'apomorphine sont certainement deux vomitifs centraux, rapides et sürs, dans tous les cas où 1l s’agit d'animaux se trouvant dans des conditions normales; ce n'est. donc pas de ce côté que les différences qu'il y a entre eux sont les plusapparentes et les plus faciles à saisir. Cependant il est encore possible de noter des particularités différentielles, dans le pouvoir nauséeux de l’un et de l’autre. Il

“est certain que le sel cristallisé est plus actif, plus sûr, plus exeito-vomitif que le sel amorphe ; les effets qu'il détermine sont habituellement plus rapides et plus durables que ceux que produit son congénère. Dans l’'exposé des faits précédents, il est aisé d’en trouver la démonstration et voici, par exemple, où on pourra la chercher :

1° Les injections intraveineuses d’apomorphine amorphe ne produisent jamais, ou très exceptionnellement, des vomissements ; elles paralysent d'emblée et

rapidement les centres nauséeux, tandis que l'apomorphine cristallisée, même introduite dans la jugulaire, provoque souvent un ou deux efforts immédiats ou, à défaut de ceux-ci, presque toujours des vomissements éloignés. C’est un fait que nous n'avons pas manqué de souligner, dès le début de nos études comparées sur les deux sels et qui s’est vérifié dans nos essais de détermination de toxicité expérimentale chez le chien.

2° Ilest rare de voir une deuxième injection hypodermique un peu forte d’apomorphine amorphe, déterminer de nouvelles nausées, tandis que c'est le contraire pour l’apomorphine cristallisée. |

3° Par la voie hypodermique, même en se servant de doses massives, le chlorhydrate d'apomorphine cris tallisé est toujours vomitif, tandis que nous avons vu parfois des injections fortes d'apomorphine amorphe ne pas produire la nausée.

4° Dans nos expériences sur l'influence des anesthésiques et du chloral, sur la production des vomissements apomorphiniques, nous avons vu ces médicaments relarder el entraver toujours l’action de chaque sel, cristallisé ou amorphe, et s'opposer parfois complètement aux effets de l'apomorphine amorphe.

Tout ceci justifie bien ce que nous avancions plus haut, relativement aux différences qu'il est possible d'observer entre le pouvoir vomitif de l’apomorphine cristallisée et de l’apomorphine amorphe.

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