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se disputent une idée, que deux Écoles ou deux hommes animés seulement du désir de concourir à la découverte d’une vérité.
La lutte pour le succès tend de plus en plus à renverser l’ordre naturel des choses et, au lieu de voir des intelligences dont les efforts s'associent pour exhausser le piédestal de la Science, on voit quelquefois des chercheurs qui empilent les secrets que celle-ci veut bien leur livrer, pour construire un édifice à leur usage et s'élever sur un faîte, dont ils gardent ensuite jalousement les abords.
Bien heureux quand on ne voit pas, de parti pris ou inconsciemment, négliger des faits utiles, pour mettre en leur place d’autres faits moins nombreux et moins importants, mais de source plus sympathique.
Et pourtant, que de richesses on accumulerait, dans le trésor commun, si l’on s’en tenait au seul désir d’additionner tout ce que l’on connaît, ou peul connaître, et tout ce qui doit concourir à un éclaircissement utile à la Science.
Aussi, modifiant une phrase du professeur Mathias Duval — que nous avons beaucoup méditée — nous dirons avec lui : Qu'importe qu'un nom soit plus ou moins attaché à l’histoire d’une idée ou d’un fait nouveau ; l'essentiel c’est l'extension et le succès rapide de cette idée, si elle doit contribuer à la découverte de la vérité scientifique.
Ce que nous exprimons là est le sentiment vrai, bien sincère et très arrêté, qui nous a servi de guide dans tout ce que nous avons fait. Nous avons puisé nos enselgnements partout où nous avons pu les trouver, «t, si
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nous en avons négligé d'importants, c'est très invo- Jontairement.
Nous nous déclarons, de plus, un convaincu de la Pharmacodynamie, un ardent apôtre de la foi en la Thérapeutique expérimentale, dans laquellenous voyons tout l'avenir du progrès de l’art de guérir.
Très loin de comprendre la négligence et le presque dédain dans lesquels on laisse parfois la Physiologie, nous restons fidèle aux principes de Bernard, el voyons. en elle, la seule et unique base de la Pathologie générale et de la Thérapeutique générale.
Au-dessus et dérivant de la connaissance des manifestations de la vie et de la santé, nous plaçons la connaissance des mamifestations morbides et celle des manifestations médicamenteuses ; rameaux d'un même tronc qui, d'abord isolés et indépendants, convergent ensuite l’un vers l'autre, et finalement aboutissent, sur le terrain clinique, au groupe de connaissances indissolublement unies, qui constitue la pathologie et la thérapeulique spéciales.
Malgré les sceptiques, et 1l y en a beaucoup, en dépit de ceux qui plaisantent agréablement sur la médecine et la thérapeutique et qui, surtout lorsqu'ils n’ont pas besoin de leur concours, déclarent que les malades guériraient plus vite s'ils n'avaient personne pour les droguer, nous avons confiance aux médicaments et croyons absolument à leur efficacité.
Nous ne pouvons pas croire, malgré certaines apparences, que le médecin n'a qu'à faire de bons diagnostics et que toute sa valeur réside dans l’art d’examiner un malade et de nous apprendre de quoi il
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souffre ou de quoi il meurt. C’est peut-être là-dessus que, dans certaines circonstances, on se base essenüellement pour le classer parmi les autres, mais, en pratique, c'est sur le résultat utilitaire de son diagnostic qu'il est surtout jugé.
Or que peut-il faire, avec conviction, s’il n’a pas une confiance entière dans ce qu’il ordonne, et s’il ne croit pas pleinement à l'influence heureuse du médicament sur la maladie, ses causes ou ses manifestations.
Chose curieuse, tout le monde admet parfaitement la modification des fonctions normales, par un principe actif; on admet — quelquefois plus volontiers, — la modification toxique, et l’on voit encore des esprits qui ont des doutes sur la modification, d’une fonction troublée, par les agents thérapeutiques.
Peut-être les progrès considérables de la chirurgie ont-ils contribué, pour une bonne part, à nous rendre plus difficiles et plus sévères à l'égard de la thérapeutique médicale : cependant, on ne pourrait prétendre que celle-ci ne s’est pas efforcée de réaliser, de son côté, tous perfectionnements possibles. Elle a même, à notre avis, dans ses louables efforts, dépassé le but, en encombrant la science d’une multitude de médicaments nouveaux, qui ont eu l'inconvénient de faire oublier que, parmi les anciens, et parmi les vieilles médications surtout, il y en a qui ont, depuis longtemps, fait leurs preuves etqui ne demandent qu'à être mieux étudiées, soit au laboratoire soit à la clinique.
Le médicament est une arme précieuse, un instrument souvent admirable, mais dont l'emploi est difi-
cile, car, dans la production de ses effets, 1l se dirige seul, subissant les multiples influences de ses affinités électives, d’abord, puis de l'espèce, de larace, de l’âge, de l'individualité, des conditions pathologiques, du moment de l’administration, etc.
Cependant, on peut diriger une action médicamenteuse, et on le fera d'autant mieux qu'on connaîtra plus complètement sa nature, sa cause première, ses effets primitifs et toutes leurs conséquences. On ürera des agents de la thérapeutique un bénéfice d'autant plus grand qu'on sera mieux fixé sur les manifestations qu'ils produisent, sur l’organisme en santé, et que rien, des modifications physiologiques qu'ils peuvent provoquer sur un organe ou une fonclion, ne sera laissé au hasard d’un usage empirique et non justifié par le contrôle expérimental.
C’est avec cette conviction, que nous avons consacré une grande partie de notre temps à des recherches expérimentales de pharmacodynamie comparée, et que nous avons abordé l'étude de l’apomorphine et de certains points relaüfs à la physiologie du morphinisme.
Les moyens d'étude nombreux, dont on dispose dans une École vétérinaire, et les ressources précieuses du Laboratoire de physiologie nous ont été d’un secours puissant, que nous aurions trouvé difficilement ailleurs et à qui nous nous empressons d'attribuer le mérite de ce que nous avons pu faire.
Divinum opus est sedare dolorem, a dit Hippocrate, et, dans cette grande œuvre de l’atténuation de la souf-
france, dont la réalisation a été poursuivie par les mé-
Fe decins de toutes les époques, chacun sait, maintenant, quelle part considérable doit être accordée à l’opium.
Son alcaloïde principal, la morphine, a également, à son actif, un passé déjà riche en bons services rendus, et l’importance du but à atteindre, par son administration, justifie l'intérêt que beaucoup d’auteurs, avant nous, lui ont unanimement accordé.
Sur son étude pharmacodynamique et clinique, il y avait donc beaucoup de fait, mais 1l y avait aussi et il y a encore beaucoup à faire, car plus nous avons avancé, dans nos recherches expérimentales, mieux nous avons compris combien CI. Bernard avait raison, quand il disait :
« L'action de la morphine est une des questions les plus dignes de l'étude des physiologistes el des médecins. »
(Leçons sur les anesthésiques et l'asphyæie, page 217.)