IV. SYNTHÈSE DES EXPÉRIENCES PRÉCÉDENTES
En résumé, de ces différentes recherches expérimentales sur les modifications circulatoires et respiratoires qui précèdent, accompagnent et suivent le vomissement, 1l ressort d’abord que les effets vomitifs de l’apomorphine s’annoncent loujours, par des troubles prémonitoires ayant une certaine valeur. Ce n’est donc pas, comme on l’a prétendu parfois, un vomitif simple, rapide et anodin, dont l’action serait débarrassée des multiples modifications et troubles fonctionnels qui caractérisent la nausée.
Cés troubles, d’ailleurs, ont habituellement d’au-
tant plus d'importance et de durée que les doses sont plus faibles et justes, suffisantes pour provoquer le vomissement.
Il est très exceptionnel, nous l'avons cependant observé et c’est possible, de voir les vomissements apomorphiniques survenir brusquement, sans préparation, sans influences cardio-vasculaires appréciables.
Généralement, ces vomissements sont précédés d’une accélération, parfois énorme, avec affaiblissement, des pulsations artérielles ; le pouls devient petit, filant, misérable, quelquefois imperceptible. La tension vasculaire baisse; la courbe manométrique présente de grandes oscillations.
Immédiatement avant les efforts expulsifs, dans la phase prévomitive, la respiration devient très irrégulière, les pulsations cardiaques s’espacent el se renforcent, pendant que la pression se maintient en dessous de l’état normal, avec quelques rares mouvements d'élévation.
Au moment mème du vomissement, 1l n’y a plus naturellement à s'occuper des caractères de la respiration, dont les puissances sont mises au service de l'effort expulsif ; le tracé du pouls est excessivement troublé, ainsi que le (racé manométrique, dont la courbe subit une chute soudaine au moment de l'effort.
Enfin, aussitôt après le vomissement, la pression qui avait éprouvé une chute brusque, remonte rapidement, pendant que le cœur s'accélère d’une façon notable et que la respiration devient ample et profonde.
Plus tard, lorsque toute action nauséeuse semble avoir cessé, dans la période de réaction, les modifica-
ions dominantes les plus accusées sont habituellement : une tendance à l'hypotension vasculaire, avec accélération du cœur et de la respiration. Mais là, 1l ne faut pas oublier, lorsqu'il s'agit de l'apomorphine, que ces effets lointains peuvent être plus ou moins sous la dépendance de l'action propre du médicament sur les grandes fonctions ; ce serait une erreur de les mettre exclusivement sur le compte du vomissement, comme lorsqu'il s’agit des médicaments réflexes, dont les effets secondaires sont, du reste, différents de ceux de l’apomorphine.
Les modifications cardio-vasculaires qui accompaynent les vomissements réflexes, provoqués par l’administration de l’ipéca ou du sulfate de cuivre, ont en effet des caractères différentiels assez importants, non pas au moment mème du vomissement, mais avant el surtout après.
Les troubles prémonitoires, correspondant à la phase nauséeuse, sont encore l'accélération et l’affaiblissement des pulsations sphygmographiques, avec de grandes oscillations de la courbe manométrique, qui cependant a beaucoup moins de tendance à descendre que lorsqu'il s’agit de l'apomorphine. La pression artérielle se soutient mieux et ne subit pas des influences aussi déprimantes.
Quelquefois même, mais c’est très rare, les troubles du début sont peu accusés ou se caractérisent par des effets contraires aux précédents (voir expérience CXV), effets que nous donnons comme de beaucoup les plus habituels et les plus Lypiques.
Nous avons déjà dit qu'au moment même du vomis-
sement, il n y a pas de différences à signaler entre ce que produisent les médicaments réflexes, et les médicaments centraux ; l'influence de l'effort, à cette période, domine tout et ne diffère pas, dans l’un comme dans l’autre cas. Seule la période de réaction est intéressante, car, avec les vomitifs réflexes, elle n’est pas troublée par des phénomènes généraux dépendant de l'absorption d’un principe aclif à électivités multiples.
En général, à la suite des vomissements réflexes, par le sulfate de cuivre ou lipéca, nous avons inscrit des mouvements respiratoires plus profonds et plus lents; de grandes oscillations de la pression artérielle, avec tendance (rès modérée à l'hypotension; la différence avec l'état normal se chiffrant seulement par 4 ou 5 millimètres en moins. Quant au pouls, il conserve une amplitude normale et s'accélère très légèrement : cinq à dix pulsations en plus.
Naturellement, à ces modifications, qui sont les plus habituelles, 1l y a des exceptions; mais ces exceptions même confirment l'importance qu'il faut accorder aux influences cardio-vasculaires et respiratoires qui dépendent du vomissement ou des vomitifs.
Nos tracés nous ont appris que ces influences sont assez considérables ; qu’elles ont, sur des fonctions essentielles, un retentissement qui est loin d’être négligeable, et ils nous ont montré aussi de quelle nature elles sont.
Nos recherches, naturellement, ne s'appliquent qu'aux modifications que l’on peut observer chez des sujets absolument sains ; elles nous font connaître les
troubles apportés à des fonctions normales, mais ne “L. d. 22
doivent peut-être pas être immédiatement utilisées, pour tirer des déductions relativement à ce qui peut se passer chez des individus malades.
Nous avons rarement eu l’occasion de nous renseigner sur l’influence du vomissement, sur un organisme troublé par la maladie ; les renseignements que nous possédons sont donc incomplets, mais suffisants cependant pour nous permettre de rappeler que cette influence est certaine, et que parfois tl faut s’en méfier.
Nous admettons très bien par exemple, que, chez un fébricitant, dont le cœur est accéléré, le vomissement soit capable de modérer cette accélération et de modifier favorablement les troubles concomitants.
Mais, conformément à ce que la clinique a d’ailleurs appris, si l'administration d'un vomitif peut rendre les plus grands services et n’a pas de suites désagréables, dans la plupart des cas, elle peut quelquefois être très dangereuse.
À cette occasion, nous croyons utile d'insister sur les influences déprimantes cardio-vasculaires que nos tracés ont inscrites, avant et pendant le vomissement ; influences déprimantes qui sont beaucoup plus importantes et plus redoutables avec l'apomorphine qu'avec lès vomitifs réflexes.
GHAPITRE III