IT. RENFORCEMENT DE L'ÉNERGIE DU COEUR PAR LA MORPHINE
Nous avons étudié ce phénomène eninscrivant directement les mouvements du cœur, au moyen du cardiographe à aiguille du professeur Laulanié, de la sonde classique de Chauveau et Marey, et d'une sonde cardiographique, d’un modèle un peu spécial, que nous avons fait construire pour l'exploration du cœur du chien,
Le cardiographe à aiguille de Laulanié est un instrument d'un maniement commode, qui nous a rendu les plus grands services. Nous nous contenterons de rappeler ici, ce que du reste nous avons dit ailleurs, que, pour réussir avec lui et avoir de bons résultats, il importe autant que possible de trouver un sujet d'expérience peu excitable, calme, qui ne s’agite pas trop sur la table, et conserve une immobilité suffisante pour ne pas modifier la position de l'aiguille.
En effet, quand on est dans la nécessité de replacer celle-ci, on peut comprimer plus ou moins le cœur, établir des contacts différents et enregistrer des courbes qui ne sont plus comparables. C’est un écueil que nous avons évité, et, pour ne pas compliquer les choses, nous avons laissé de côté toutes celles de nos expériences qui pouvaient laisser le moindre doute.
Il y a à tenir compte encore des mouvements respiratoires qui, en élevant ou abaïissant la paroi thoracique traversée par l'aiguille, déplacent parfois cette dernière et font périodiquement varier le contact de l'extrémité qui repose sur le cœur et de l'extrémité qui est en rapport avec le tambour.
Cependant, comme l'application de l'instrument est fort peu douloureuse, nous avons eu la chance deréussir souvent et d'obtenir, dans nos différentes recherches, des tracés cardiaques très comparables et très démonstratifs. Naturellement la valeur de l’énergie du cœur est fournie par la hauteur des courbes, l'appareil n'ayant subi aucun déplacement soit avant, soit, et surtout, après l'administration du médicament.
C'est dans ces conditions que nous avons d’abord
étudié le renforcement de l'énergie des contractions cardiaques à la suite de l'injection de morphine.
Ce renforcement est général ; nous l'avons observé chez toutes les espèces animales que nous avons soumises à l'influence du principal alcaloïde de l’opium, par injection veineuse ou par injection hypodermique.
Fig. 80. — Tracé cardiographique pris sur un mouton : N, courbes normales, avant morphinisation ; — A, courbes modifiées par une injection veineuse de 25 centigrammes de chlorhydrate de morphine. (Réduct. 1/4.)
Renforcement du cœur chez les animaux non narcotisés. — Chez le cheval, l'Âne, le bœuf, le mouton etla chèvre, que la morphine excite surtout, le renforcement a habituellement plus d'importance que chez le chien ; chez le mouton notamment, nous avons vu les courbes cardiographiques prendre une amplitude double ou supérieure au double de l'amplitude normale.
Le tracé cardiographique de la figure 80 a été