‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 83 sur 152 · MAP · texte numérisé non relu

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Fig. 93. — Tracé cardiographique détaché, une heure après l’injection de morphine ; pendant le sommeil. (Grand: natur.)

sommes livré, concordent toutes aux mêmes résultats et sont confirmatives les unes des autres. Leur emploi représente certainementle meilleur moyen de démontrer d'une façon définilive les effets toni-cardiaques de la morphine, sur lesquels les classiques paraissent avoir insisté fort peu.

Cependant, ces effets pouvaient être fort bien appréciés à l'exploration externe du choc, devenue sicourante en clinique, voire même à la simple exploration du pouls.

Bordier n’a pas procédé autrement, pour avancer que l'opium renforce l'énergie du cœur et c'est sur des tracés sphygmographiques qu'il a basé cette assertion.

Nous admettons parfaitement que des facteurs autres que le cœur influencent les pulsaüons artérielles ; que, dans la majorité des cas, la force du pouls n’est point en rapport avec l'énergie de la systole ventriculaire, mais qu'elle est plutôt réglée parl'état de lacireulation,

= 367 — dans les dernières ramifications du système vasculaire. Habituellement, quand la tension artérielle baisse, la force de l'impulsion augmente, quand la tension s'élève. la valeur de l'impulsion diminue, de telle sorte que la force du pouls peut changer sans que pour cela la valeur de la contraction cardiaque soit modifiée.

Tout cela est physiologique, ce sont des principes vrais, mais non absolus, nous le verrons par la suite.

Pour le moment, il nous paraît évident que, à moins d'avoir un relâchement vasculaire périphérique par trop considérable, des contractions ‘énergiques de l'organe central de la circulation ne doivent pas manquer d'imprimer à la courbe sphygmographique de notables modifications.

Ces modifications sont d’ailleurs d'autant plus nettes que l’artère explorée est plus voisine du cœur; on les accusera encore, expérimentalement, en se servant d’un appareil très sensible et très élastique, mis en rapport avec le vaisseau par un tube droit, dirigé du côté de l’impulsion. 5 En raison des principes précédents et par le fait de l'hypertension qui l'accompagne, nous pouvons admettre que le renforcement du pouls, des tracés de la figure 94, est dû à l'impulsion plus énergique du cœur, mais nous verrons plus loin des exemples plus démonstralifs.

Cependant, à l'appui de ce que nous venons de dire, et là nous sommes en présence d’une hypotension concomitante, voici un exemple de sphygmogramme (fig. 94) pris sur un chien, à l'aide d’un sphygmographe à doigt de gant de Chauveau, dont la membrane était

très élastique, sur lequel les impulsions cardiaques renforcées sont excessivement apparentes.

La comparaison du tracé 2, après injection hypodermique de morphine, au tracé 1, normal, est intéressante parce qu’on y voit le ralentissement du pouls et son impulsion plus forte.

Ilest vrai qu'on peut objecter encore que le cœur, étant plus ralenti, se remplit davantage entre chaque systole et lance une ondée sanguine plus importante ;

Fig. 94. — Tracé sphygmographique pris sur un chien : 1, pulsations normales ; — 2, effets d’une injection hypodermique de morphine (1 centigramme par kilogramme). (Réduct. 5/6.)

c'est possible, mais la verticalité plus grande de la ligne ascendante des courbes est en faveur de l’augmentation de l'énergie avec laquelle cette ondée sanguine est lancée.

D'ailleurs, nous avons reproduit ce spécimen de tracé sphygmographique, pour en proposer la comparaison avec ceux obtenus par Bordier, chez l’homme soumis à l'action d'une préparation opiacée, et montrer qu’en somme cel auteur avait raison de lirer sa première conclusion, relativement à l'augmentation des impulsions cardiaques par le médicament.

La morphine a donc des effets toni-cardiaques indiscutables, avec lesquels on a tort de ne pas compter

rai davantage; qui, expérimentalement, ne sont pas douteux etque les cliniciens d’ailleurs n’ont pas méconnus.

Dujardin-Beaumetz a insisté tout particulièrement sur les propriétés toniques cardio-vasculaires de la morphine, auxquelles il a eu l’occasion de recourir avantageusement.

En 1878, Ferrand ! faisait, à la Société de thérapeu- {ique, une communication d’où 1l ressortait clairement que la morphine amène un grand soulagement dans les troubles cardio-pulmonaires..

Bucquoy est aussi un de ceux qui ont recommandé beaucoup lesinjections de morphine chez les cardiaques. Aussi, sans autre citation et sans insister sur ce point d'application qui sort de notre sujet, nous voyons dans la morphine un médicament qui, pour certains cardiaques, doit avoir le double avantage d’être un calmant précieux et un tonique efficace.

Le renforcement de l’énergie des impulsions cardiaques par la morphine nous paraît donc indéniable et, dans tous nos essais, comme chez tous les animaux, nous l’avons très rarement vu manquer, quand nous nous sommes tenus dans les limites des doses faibles ou moyennes ; mais il est un fait non moins constant, c’est l’affaiblissement progressif de la force du cœur lorsqu'on atteint les doses fortes et surtout les doses toxiques.

1 Ferrand, Sur l’action tonique et antidyspnéique de l’opium dans les maladies de l'appareil cardio-pulmonaire (Bull. gén.

de thér.,t, XLV, p. 475).

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