IIL. MODIFICATIONS DU RYTHME DES ACTIONS CARDIAQUES
Sous l'influence de la morphine, les pulsations cardiaques sont d’abord modifiées dans leur nombre.
L’accélération primitive et le ralentissement consécutif du cœur du chien sont des faits classiques, aussi n’y reviendrons-nous .pas.
On était beaucoup moins renseigné sur ce qui se passe chez les autres espèces; voilà pourquoi, d’abord, nous résumerons les faits qui ressortent de nos propres recherches.
Chez les animaux offrant une résistance aux actions de la morphine, la chèvre et le mouton en particulier, nous avons constaté que le cœur est, au début, considérablement ralenti ; 1l est ensuite accéléré, surtout si les doses sont progressivement augmentées.
Par exemple, chez une vieille chèvre ayant 90 pulsations par minute, nous avons vu ce nombre tomber à 60 après l'injection fractionnée de 4 grammes ; à 58 après 8 grammes, pour remonter bientôt à 100 et atteindre 168 à la suite d’une injection totale de 10 gr. 75.
Chez le cheval, l'âne, le bœuf, le porc et le chat, les doses faibles modifient peu le nombre des pulsations : cependant, un ralentissement primitif s’observe parfois, mais généralement ce sont les phénomènes d'accélération qui dominent.
Par exemple :
Chez un cheval, le nombre des contractions cardia-
ques s’est élevé seulement de 30 à 36 sous l'influence de 1 gr. 20 de morphine, sans ralentissement, même après l'injection des soixante-quinze premiers centigrammes.
Chez un autre animal de la même espèce, ayant, avant l'injection, 38 pulsations, 25 centigrammes de chlorhydrate de morphine ont accéléré le cœur jusqu’à 8r, et ce nombre s’est élevé jusqu'à 108, à la suite d’une injection veineuse de 2 gr. 75.
90 centigrammes de morphine, dans la veine d’un animal de l'espèce bovine, ont porté les pulsations de 99 (état normal) à 73.
La même dose, injectée dans la jugulaire d’un porc, a élevé ses pulsations de 84 à 180.
Ces exemples, pris parmi beaucoup d’autres, donnent une idée de ce que nous avons habituellement relevé après la morphinisation des animaux appartenant aux espèces non narcolisées par le médicament.
D'ailleurs, chez le chien, dont le cœur est ralenti, les doses toxiques de morphine conduisent fatalement à l'accélération ; de telle sorte que, abstraction faite des manifestations primilives, on peut conclure que, chez tous les animaux, l’action {oxique de la morphine sur le cœur, se traduit par l’accéléralion excessive de son rythme et par l’affaiblissement de ses contractions.
Mais ce n’est pas à cela que se bornent les modifications du rythme. — Sous l'influence de la morphine, on observe souvent des irrégularités de fonctionnement du cœur, se traduisant par des intermittences plus ou moins accusées avec association des contractions par groupe de deux; plus rarement par trois ou davantage.
Fig. 95. — Tracé cardiographique pris sur un chien morphinisé (cardiographe à aiguille du professeur Laulanié).
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(Sans réduction.)
Ces intermittences vraies, qu'il ne faut pas confondre, sur les sphygmogrammes, avec le pouls bigéminé, qui est des plus caractéristiques et des plus typiques chez la chèvre, sont habituelles chez le chien profondément narcotisé par la morphine.
La figure 95 représente un excellent tracé cardiographique obtenu sur un animal de cette espèce, profondément endormi par une injection hypodermique de 1ocentigrammes de chlorhydrate de morphine. On y voit les pulsations surtout associées par couples (1, 2,3, 4, 5, 6, 8) séparés par des intervalles de repos {, 1, 1) d’inégale valeur. En 7 se trouve une contraction isolée ; en 9 un groupe de trois contractions. Le cas, dont 1l s'agit là, est un des plus typiques que nous ayons rencontrés, mais ce n'est pas le seul.
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Dans l'expérience suivante, nous allons surtout retrouver les intermittences ; mais, en regard des con- HUE se trouve un tracé sphygmographique, sur lequel il est intéressant de rechercher les influences des modifications cardiaques sur le pouls.
Fig. 96. — Cardiogramme et sphygmogramme d’un chien avant médicamentation : P, pouls; — C, cœur; — S, secondes. (Réduclion 1/6.) (Les ondulations de la courbe C, proviennentdes mouvements des côtes). — (Cardiographe à aiguille de Laulanié et pince sphygmographique du même auteur.)
La figure 96 reproduit l’état normal du cœur et du pouls d’un jeune chien, de 16 kilogrammes, auquel nous avons injecté ensuite, sous la peau, 20 centigrammes de chlorhydrate de morphine.
Après avoir produit une légère accélération du cœur, cette injection a provoqué les effets habituels de ralentissement dont nous avons parlé, mais sur le tracé 97, on voit de plus des intermittences et, par moment, des tendances manifestes au rythme couplé. Les intermit-
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‘quepaopad 908 np oyms — -L6 -8ry
none | tences, 1, 1, 1, sont d'importance et de durée inégales, mais suffisamment accusées.
Sur le tracé sphygmographique. en à, b, c, d, e, se trouvent des accidents de la ligne descendante du pouls qui, observés isolément, pourraient être confondus avec le dicrotisme; ilest évident que, à la simple lecture de la courbe, 1l serait difficile de se rendre compte de ce qui se passe du côté du cœur, puisqu'une pulsation réellement double n’a que les apparences d’une pulsation dicrote ou polycrote, un peu plus soutenue.
Les deux systoles sont assez rapprochées pour que, étant donnée la gène circulatoire périphérique dont nous parlerons plus loin, les soulèvements artériéls qu'elles produisent, sur le tracé sphygmographique, se surajoutent ou se confondent en un seul, qu'on pourrait prendre pour une pulsation simple, si, en regard, ne se trouvait pas le tracé direct du cœur.
Ce pouls bigéminé, dont nous trouverons encore des spécimens, est assez fréquent et nous voyons à quoi il faut rapporter certaines de ses modifications. D'ailleurs, la confusion des impulsions cardiaques avec de simples accidents de dicrotisme n'est pas, comme on le verra, toujours aussi complète ; la deuxième contraction peut produire un accident plus significatif et donner les caractères du pouls plus nettement bigéminé. C'est ce que l’on voit,en aetene, sur le tracé 98, pris sur un chien qui, depuis 1 h. 10, a reçu, sous la peau, 1 centigramme de morphine par kilogramme.
Mais il est d’autres particularités moins fréquentes, que nous avons observées parfois chez le chien, et qui nous ont semblé dépendre de l'administration de doses
trop élevées d’alcaloïde et d’un commencement d'intoxication. Ce sont des systoles avortées, qui suivent de très près une systole normale, et ne se voient que sur les tracés cardiographiques, car elles sont trop faibles
Fig. 98. — Tracé pris sur un chien narcotisé, depuis une heure, par la morphine : m, pression carotidienne ; — P, sphygmographe ; — CG, cardiographe ; — S, secondes ; — a, e, systoles très rapprochées ayant donné un pouls bigéminé.
pour ouvrir les valvules et impressionner l'explorateur
du pouls.
Un des bons exemples que nous en ayons mérite d’être reproduit ici, avec indication des autres détails intéressants qu’il confirme.
Un chien, paraissant très calme, est immobilisé sur la table et, sans incident, on place le cardiographe à aiguille de Laulanié ; on se dispose à enregistrer aussi la pression carotidienne et le pouls.
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. Le tracé normal, figure 99, indique quel est l’état des fonctions avant l’administration du médicament.
Dans le tissu conjonctif sous-cutané, on injecte une
solution de chlorhydrate de morphine, à raison de
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