IV. MODIFICATIONS DE LA PRESSION ARTÉRIELLE PENDANT LA MORPHINISATION
L’exposé succinct, que nous avons fait plus haut, des divergences et des contradictions qui séparent les classiques et les expérimentateurs, à propos des modificaüons de la pression artérielle pendant la morphinisation, nous autorise à accorder quelque importance aux recherches de pharmacodynamie comparée que nous avons poursuivies sur cette question. De plus, jusqu’à présent, on s’est occupé surtout de l’état de la pression chez les sujets qui sont narcotisés et endormis par la morphine, tandis que nous nous sommes intéressé, en outre, d’une façon toute particulière, à ce qui se passe également chez les autres espèces.
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Modifications de la pression chez les animaux narcotisés. — L'opinion dominante est, nous l’avons vu, que la morphine qui au début de son action détermine une légère hypertension, produit, pendant la phase de narcose, une chute de la pression artérielle. C’est la conclusion à laquelle nous sommes arrivé aussi ; nous n'avons donc que quelques particularités à mettre en évidence :
1° L’hypotension peut être primitive, quand la morphine est injectée directement dans une veine et introduite trop brusquement dans la circulation; c’est ce qui a amené Calvet, de Boeck et Verhoogen à accorder une si faible importance aux premiers effets d’hypertension, qui cependant sont constants, quoique très variables dans leur durée et leur degré, quand on procède par injection hypodermique.
2° Nous avons observé aussi que cette chute de pression n’est Jamais excessive, car, sur les nombreux tracés manométrographiques que nous avons pris, la différence, sur l’état normal, a rarement dépassé 26 à 29 millimètres, souvent beaucoup moins.
Cela tient à deux causes : d’abord à une légère difficulté d'écoulement du sang à la périphérie, dont nous indiquerons prochainement l’origine ; ensuite au renforcement de l'énergie des contractions cardiaques, sur lequel nous avons insisté dans un précédent paragraphe. On remarque, en effet, que le renforcement du cœur apparaît le plus souvent après le relâchement des vaisseaux, qui détermine l’hypotension; aussi, dès le début, la pression, après s'être légèrementélevée et être retombée au-dessous du niveau normal, remonte-
t-elle peu à peu, au moment où apparaissent les modifications cardiaques, pour prendre le niveau moyen qu’elle doit garder pendant toute la phase de sommeil.
Nous allons le prouver; mais, auparavant, nous insistons sur les différences d'effets immédiats qui tiennent à la voie choisie pour l'administration et font que, par injection veineuse, l'hypertension du début peut complètement faire défaut.
Les particularités essentielles énoncées plus haut se trouvent, d’abord, dans le court résumé d’une expérience, dans laquelle les variations de la pression ont été minutieusement observées toutes les cinq mi-
nutes :
EXPÉRIENCE CXVIII (2 juillet 1895).
Un chien vigoureux, pesant 19 kilogrammes, est mis en rapport, par sa carotide, avec les appareils enregistreurs; la pression est inscrite avec le manométrographe de M. Chauveau qui, avant la médicamentation, indique 153 millimètres.
On fait une injection hypodermique de chlorhydrate de morphine, à raison de 1 centigramme par kilogramme, et, à partir de ce moment, de cinq en cinq minutes, on note très exactement les variations de la tension artérielle, qui passent par les phases suivantes :
Au moment de l'injection . gh. 10 153 millimètres, Après linjéeton. 0000 h Ar 168 —
— — NL ONE 20 154 —
— — has LEE F0 ESS 161 —
A ce moment, l’action hypnotique s'annonce très nettement.
L'animal dense: re 9 h. 30 142 millimètres.
Cens Aie diet ie 30 127 —— et os. SN 40 131 — — Me LT 9 h4S 133 =:
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Fig. 109. — Représentation graphique des variations de la pression arté-
rielle, consécutives à une injection hypodermique de morphine (1 centigramme par kilogramme) (chien).
Le ralentissement et le renforcement du cœur ont apparu.
L'animal dort profondément. 9 h. 55 144 millimètres. — =. 10 heures 147 — — — — 10h...) 145 —
A ce moment, nous notons de grandes oscillations de la courbe manométrique, qui, cependant, ne dépassent pas les limites de 145 à 149 millimètres.
Le cœur est très ralenti, avec D Écnitioness et les autres caractères que nous avons décrits plus haut.
Pour rendre plus frappante la signification des chiffres ci-dessus énoncés, nous les avons disposés en une courbe (fig. 109).
Mais appréciant que les démonstrations les meilleures se trouvent encore dans la reproduction des détails même des expériences, nous allons en suivre deux, choisies parmi les plus
typiques de nos séries,
EXPÉRIENCE CXIX (21 février 1893).
Chien de chasse, de forte taille, 17 kilogrammes. — A l’aide des appareils déjà décrits, nous nous mettons en mesure d'in scrire les tracés respiratoire, sphygmographique et manométrique, qui, avant toute injection, donnent comme état normal (fig. 110):
149 millimètres de pression.
6o pulsations.
36 respirations,
Une injection de 17 centigrammes de chlorhydrate de morphine est alors faite sous la peau ; il est 10 h, 50 du matin.
Comme on peut le vérifier sur la figure 111, cette injection a produit un relèvement de la courbe manométrique et une accélération notable du cœur et de la respiration; on note
alors
164 millimètres de pression.
135 pulsations.
52 respirations.
a | vw NA NUS #6 4 ph NE
Fig. 110. — Tracé normal d’un chien de 17 kilogrammes : m, pression carotidienne; — P, pouls; — R, respiration; —S, secondes (zéro pour la pression). (Réduct, 1/6.)
Fig, 111. — Huit minutes; après une injection hypodermique de chlorhydrate de morphine, — m, P, R, S, même fsignification. (Réduct. 1/6.)
Ces constatations ont été faites à 10 h, 58, soit huit minutes après l'injection.
Le chien n'a eu ni vomissements ni défécations.
Après avoir oscillé légèrement, la pression artérielle s'est mise à descendre assez rapidement, pendant que les effets narcotiques s'accusaient ; le pouls et la respiration se sont également ralentis, de telle sorte que, à 11 h. 10, vingt minutes après
Fig. 112. — Effets d'une injection hypodermique de morphine, — I, 20 minutes après l'injection. — II, 25 minutes après. — (m, P,R,S, même signification). (Réduct. 1/6.)
l'administration de la morphine, on ne comptait plus que 70 pulsations ; 40 respirations et 130 millimètres de pression (fig. 1121).
On peut, sur le même tracé, voir que les pulsations artérielles ont peu d'amplitude,
Par comparaison, sur le tracé II de la figure 112, pris cinq minutes après, on peut voir que la pression a des tendances à remonter légèrement, pendant que les pulsations sphygmographiques, probablement sous l'influence d'impulsions cardiaques plus énergiques, ont notablement plus d'amplitude.
L'injection est faite depuis vingt-cinq minutes : les effets narcotiques sont de plus en plus accusés, mais l’animal est encore très excitable et ne présente pas le calme du sommeil morphinique complet ; sa pression subit encore des oscillations, bien que le renforcement des impulsions cardiaques continue à se prononcer ; les mouvements respiratoires sont toujours superficiels et un peu accélérés (voir fig. 113, À et B).
Ans Ne NP les RCE ER RE ES
Fig. 113. — À, 3o minutes après l'injection de morphine; — B, 35 minutes après l'injection de morphine. (N.-B. Les traits, qui séparent le tracé en deux, correspondent à un arrêt de 5 minutes.)
Cependant l’imprégnation médicamenteuse devient de plus en plus profonde,et à 11 h.40, soit cinquante minutes après l’injection hypodermique de morphine, l'animal paraît dormir profondément ; il est calme, les paupières closes, les globes oculaires en strabisme convergent, la pupille rétrécie, les mouvements respiratoires profonds et beaucoup plus lents qu’à l'état normal, 18 au lieu de 36 (voir fig. 114).
La tension artérielle, qui s'était déjà relevée (B, fig. 113), oscille autour de 133 millimètres, montant même parfois un peu
plus haut; enfin, le pouls présente les irrégularités et les inter-
mittences déjà décrites.
Fig. 114. — Cinquante {minutes après une injection hypodermique ” de morphine. Le sujet dort parfaitement, (Réduct. 1/6.)
En résumé, d’après les seules indications des tracés reproduits ici et pour nous en tenir seulement à la pression, nous voyons que les variations de celle-ci se sont succédé comme il sui :
Au moment de l'injection : 143 millimètres.
Huit minutes après l’injection : 164 — Vingt — — — 130 Vingt-cinq — —— 133 = Trente — — — 127 = Trente-cinqg — — 133
Cinquante — = 133 22
EXPÉRIENCE CXX (juin 1895).
Chien de chasse, épagneul, trois ans, paraissant dans des conditions physiologiques excellentes, est fixé sur la table et relié au manométrographe, au sphygmographe et au pneumographe.