‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 96 sur 152 · DEN || EUR · texte numérisé non relu

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était toujours à un niveau supérieur; on y voit aussi que le sujet n’était pas plongé dans un sommeil calme et profond, mais qu'au contraire il était très agité; il se débattait continuellement sur la table et montrait périodiquement, toutes les dix-

huit ou vingt secondes, des secousses convulsives d’une certaine violence.

Sur le graphique, on trouve la trace de deux de ces accès qui correspondaient aux accidents C.

En somme, cette dernière expérience nous montre surtout l’action vaso-constrictive de la morphine, chez les animaux de l'espèce porcine.

En résumé, chez les animaux que la morphine endort, le chien en particulier, le phénomène dominant est la baisse de pression vasculaire, précédée habituellement d’une surélévation passagère de la courbe manométrique.

Au contraire, dans les espèces que la morphine ne narcotise pas, on enregistre toujours l'hypertension artérielle ; la chute manométrique n'apparaît qu’à la fin de l’action ou quand la dose est trop forte. Ce dernier phénomène se montre d'autant mieux, et d'autant plus vite, que les sujets sont moins résistants à l’intoxication morphinique.

V. MODIFICATIONS DE LA VITESSE DU COURANT SANGUIN PENDANT L'ACTION DE LA MORPHINE.

Dans notre aperçu bibliographique préliminaire, nous avons vu plus haut que peu d'auteurs ont étudié directement, à l’aide des appareils spéciaux, les modi-.

fications de la vitesse du courant sanguin, pendant la morphinisation.

Cependant, par la numération et l'inscription des gouttes de sang, qui tombaient d’un tube de verre fixé dans la jugulaire, après ligature de tous les troncs veineux qui se jettent dans la faciale postérieure et la jugulaire externe, sauf la veine cérébrale inférieure, de Boeck et Verhoogen ont mesuré, chez le chien, la vitésse d'écoulement du sang qui revient du cerveau. Or, ils disent avoir constaté que, pendant la narcose morphinique, l'écoulement cérébral n’est pas modifié, mais qu’il y a simplement une répartition différente du sang, dans les deux districts. basilaire et cortical : la quantité de sang qui passe par les vaisseaux corticaux étant moindre que celle qui s’écoule par les vaisseaux de la base. se

Les expériences de Stcherbak nous ont beaucoup plus intéressé, car, bien que faites aussi en vue d'étudier plus spécialement l’afflux et le reflux du sang du cerveau, pendant le sommeil morphinique, elles renferment des renseignements précis sur l’état de la vitesse du courant sanguin chez les animaux morphinisés.

Dans ces expériences, la vitesse du sang est déterminée au moyen d'un procédé photographique, à l’aide du photohémotachomètre de Zyboulski, sorte de tube piézométrique de forme tout à fait spéciale, dans lequel la différence, entre le niveau liquide dans chaque tube, est en rapport avec la quantité de sang qui passe, en une unité de temps, à travers la canule basale fixée sur le vaisseau.

.- C'est cette différencé de niveau, dans les deux tubes, qui est fixée par la photographie; de telle sorte que, sur les photogrammes ainsi obtenus, l'écart ou l’intervalle qui sépare les deux lignes dentées, qui se font

Fig. 150. — Vitesse du sang dans la carotide primitive du chien, la carotide externe étant préalablement liée. — 1, avant l’injection de morphine; — 2, immédiatement après l'injection de 12 milligrammes de morphine par kilogramme, dans la veine fémorale ; — 3, au bout de 30 minutes, pendant le sommei morphinique. (Stcherbak.)

vis-à-vis, correspond à la quantité de sang qui passe, c'est-à-dire à la vitesse du sang dans le vaisseau.

Nous avons fait reproduire les photogrammes contenus dans le travail de Stcherbak, à l'appui des conclusions de cet auteur, dont nous tirerons parti bientôt. Ar

La figure 150 indique les modifications de la vitesse du sang dans la carotide primitive du chien morphinisé. En comparant l'écart des lignes 2 à celui de l’état normal À, on voit qu'au premier moment de l’action de la morphine il y a accroissement du courant sanguin

Fig. 151. — Vitesse du sang dans la veine jugulaire externe du chien; la branche superficielle de cette veine étant liée préalablement. — 1, avant l'injection de morphine ; — 2, immédiatement après l’injection de 12 milligrammes de morphine, par kilogramme de poids, dans la veine fémorale ; — 3, au bout de 30 minutes, pendant le sommeil. (Stcherbak.)

dans l’artère ; en revanche, plus tard, après l’établissement de la narcose, la quantité de sang qui afflue au cerveau diminue d'une façon très accusée (3, fig. 150).

Dans la veine jugulaire externe, les modifications se produisent dans le même sens. Au début de la morphinisation (2, fig. 151),1l y a accroissement du courant sanguin, mais trente minutes après, pendant le sommeil morphinique, la quantité de sang qui revient de la tête diminue d’une façon considérable (3, fig. 191) et cette diminution de vitesse, dans le vaisseau

te 437 en efférent, est même beaucoup plus importante que dans l’artère.

Nous soulignons ce détail, à cause de l'intérêt qu'il a dans l'interprétation des expériences.

Stcherbak a observé également des modifications analogues de la circulation, dans les vaisseaux fémo-

Fig. 152. — Vitesse du sang dans la veine fémorale”du chien. — 1, avant l'injection; — 2, 30 minutes après l'injection de 12 milligrammes de morphine, pendant le sommeil. (Stcherbak.)

raux {voir fig. 152), mais il déclare que, dans cette région, elles sont moins prononcées.

Les faitsenregistrés par Stcherbak sont absolument ceux que nous avons nous-même obtenus chez le chien, en nous servant d’un procédé différent ; mais Stcherbak, comme nous le verrons, leur a accordé une signification fausse dans leur interprétation.

En effet, nous avons repris l'étude des modifications de la vitesse du courant sanguin par la morphine, en nous servant des procédés hémodromographiques, introduits en physiologie expérimentale par M. le professeur Chauveau, et voici ce que nous avons constaté :

Chez les animaux narcotisés par la morphine, le chien par exemple, il y a diminution de la vitesse carotidienne, pendant la phase de sommeil, car cette diminution de vitesse est, dès le début, précédée d'une légère accélération.

Chez les animaux que la morphine excite, le cheval en particulier, les tracés hémodromographiques mon trent que, peu de temps après une injection de cet alcaloïde, la vitesse systolique et la vitesse diastolique diminuent; mais, au moment où l’action médicamenteuse bat son plein, la vitesse systolique augmente, par suite de l'impulsion plus grande du cœur; la vitesse diastolique est toujours inférieure à ce qu'elle est à l’état normal.

Les preuves se trouveront dans l'exposé détaillé d'une expérience, prise dans chaque catégorie ; mais, auparavant, nous devons dire quelques mots de la technique par nous adoptée.

Chez le chien, nous avons apprécié les modifications de la vitesse par l'observation des différences de pression, inscrites, dans le même sens, par deux manométrographes de Chauveau, reliés à deux tubes piézométriques légèrement distants l'un de l’autre, et séparés par un faible étranglement du tube de verre, sur lequel ils sont fixés, et qu'on place sur l’artère carotide.

La pression n'étant pas la même à chaque niveau, les deux plumes inscrivent leurs courbes à des hauteurs différentes, par rapport au zéro, et sont séparées l’une de l’autre par un intervalle d’autant plus grand que la vitesse du courant sanguin est plus faible. Au contraire, quand la vitesse augmente, les deux plumes se rappro-

— "9 -— chent et peuvent arriver à inscrire presque au même niveau. | Chez le cheval et chez l’âne, nous avons étudié les variations de la vitesse du sang, pendant la morphinisation, au moyen de l’hémodromographe classique

de M. Chauveau.

EXPÉRIENCE CXXVII (10 juin 1895).

Gros chien, pesant 35 kilogrammes, est fixé sur la table et

immobilisé, On découvre la carotide gauche sur une longueur

Fig. 153. — Tracé manométrographique double, dont la courbe b correspond au 1°" tube, situé en amont; la courbe a, à la branche située en aval. — Le trait inférieur est la ligne de zéro, — Tracé pris avant l’injec-

tion de morphine. (Réduct. 1/6.)

convenable et, en prenant toutes les précautions de rigueur pour chasser l'air et remplir le tube ainsi que les extrémités vasculaires, on fixe, sur l'artère, un tube de verre pourvu de deux

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branches piézométriques, distantes l’une de l’autre de‘ 18 millimètres, Chaque branche est reliée à un manométrographe, et, avant le commencement de l'expérience, es deux plumes, au zéro, occupent exactement le même niveau.

On établit la pression et on laisse circuler le sang. On on ainsi le tracé de la figure 153 , qui doit servir de termede comparaison, pour apprécier les’résultats indiqués par les autres tracés.

Afin de se placer dans les conditions les plus ordinaires, on injecte 40 centigrammes de cm dans : tissu conjonctif sous-cutané.:

Fig. 154. — Huit minutes après une injection hypodermique de 40 centigrammes de chlorhydrate de morphine. (Réduct. 1/6.)

Huit minutes après, on détache le tracé 154 sur lequel seule la baisse de pression est nettement appréciable ; la vitesse paraît très légèrement augmentée, mais c'est encore peu marqué.

Quinze minutes après la médicamentation, alors que l'animal commence à présenter les premiers signes de l’action narcotique, mais se trouve encore dans la période d'excitation du début, on constate que les deux tracés de pression sont assez uniformément rapprochés et que les plumes inscrivent leurs accidents presque au même niveau; conséquence probable d’une augmentation de la vitesse du courant sanguin,

N'ayant aucun intérêt à inscrire toutes les phases intermé-

diaires, on laisse le chien s'endormir bien tranquillement, pour

laisser les modifications fonctionnelles du sommeil s'établir sans

Fig. 155. — Quinze minutes après la morphinisation — Les deux plumes, uniformément rapprochées, occupent presque le même niveau. (Réduct, 1/6.)

Fig. 156. — Tracé détaché 1 h. 5 minutes après l'injection de morphine; l’animal étant en pleine phase de sommeil.

entraves. Ce n’est qu'une heure cinq minutes après l'injection hypodermique de morphine qu’on détache le tracé 156, correspondant à une phase pendant laquelle l'animal est profondément narcotisé.

A l’écartement des lignes a et h, il est aisé de voir qu'un

changement important s'est produit dans la circulation du

= Me — sang et il y a, dans la régularité de la modification, une démonstration évidente en faveur du ralentissement du courant carotidien.

Sur le tracé 157, pris après une heure dix, mieux que sur le tracé 156, certains détails attirent l'attention et méritent d’être

soulignés.

En d, e, f, on peut constater que les plumes se rapprochent au point de se chevaucher ou de se confondre; en d, le tracé

Fig. 157. — Tracé pris 1 h. 10 après l'injection de morphine. — Le chien dort profondément.

inférieur, correspondant au tube le plus éloigné du cœur, dépasse même le tracé supérieur et l’on peut, à l'examen, non seulement de ce spécimen mais de l’ensemble de nos tracés, remarquer que c'est au moment des élévations de la courbe et des impulsions fortes que ces accidents se produisent.

Il y a, brusquement, une augmentation de la vitesse systolique et envoi d'une ondée sanguine plus importante, qui élève la pression, davantage dans la branche située en aval, parce que celle-ci est plus immédiatement en rapport avec les influences et les obstacles périphériques.

Nous tenons à bien faire remarquer que les mêmes accidents de chevauchement se voient aussi sur les tracés normaux, mais

/ ils ont moins d'importance et s'observent aussi bien sur les courbes ascendantes que sur les courbes descendantes, peutêtre même sont-ils plus fréquents et plus importants sur ces dernières,

Au point de vue des modifications de la vitesse du courant sanguin, chez le chien morphinisé, nos expériences nous apprennent en somme : qu'au début du sommeil cette vitesse augmente, qu’il y ait ou non une hypertension primitive bien marquée. |

En pleine phase narcotique, pendant que l'animal est profondément endormi, la vitesse du sang diminue généralement. Les augmentations de la vitesse systolique, qui s’observent par moment, sont liées aux modifications cardiaques et démontrent, par l'augmentation de la pression, surtout apparente dans le tube d’aval, la difficulté que le sang éprouve à circuler librement dans les vaisseaux et les capillaires périphériques.

Nous sommes en effet convaincu que la cause de la diminution de la vitesse du sang, pendant le sommeil morphinique chez le chien, se trouve surtout à la périphérie et provient de la paralysie des vaso-moteurs, aboutissant à un ralentissement de la circulation capillaire, avec stase.

« Lorsqu'on coupe l'oreille d’un cochon d'Inde morphinisé, dit Kaufmann, elle ne saigne pas, et cependant elle est fortement rouge, » constatation qui renferme en elle une vérification simple de ce que nous venons de dire. |

Ilnous paraît difficile de croire, avec Stcherbak, que, si l'accroissement primitif de la vitesse dépend de l’af-

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