PANNES
le sommeil de la morphine, sont difficiles à concilier, si l’on ne fait pas intervenir l'influence d’un obstacle périphérique à la circulation ; obstacle provenant du relâchement et de l’inertie des petits vaisseaux.
Nous avons dit plus haut qu'on pouvait trouver encore un argument en faveur de cette interprétation, dans ce fait que, au moment où la vitesse systolique paraît augmenter, c'est du côté du tube d’aval que le relèvement de la pression est surtout accusé.
Cette explication n’est pas contredite non plus par la constatation, qu'a faite Stcherbak, dela diminution de la vitesse du sang, plus importante dans les veines jugulaires que dans les artères carotides. Steherbak l’interprète, cette différence, en faveur du rétrécissement des artérioles du cerveau, alors qu'elle peut tout aussi bien être interprétée en faveur d’un état inverse de relâchement et de dilatation, lequel a l'avantage d’être beaucoup mieux en rapport avec l'action paralysante de la morphine sur les vaso-moteurs et sur les fibres lisses.
L’explication de Stcherbak ne convient pas, certainement, à ce qui se passe chez le chien et chez les sujets narcotisés par la morphine ;'elle est plutôt en rapport avec ce que l’on voit dans les autres espèces.
En effet, chez les animaux que la morphine excite, le cheval en particulier, les tracés hémodromographiques, que nous avons pris, montrent que, peu de temps après une injection de cet alcaloïde, la vifesse systolique et la vitesse diastolique diminuent.
C’est ce que l’on peut vérifier par la comparaison du tracé hémodromographique normal A (fig. 158), avec le tracé B. Ce dernier a été pris dans les premières
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ae ON phases qui ont suivi une injection de 5o centigrammes de chlorhydrate de morphine dans la veine d’un cheval. Seulement, cette première modification ne dure pas, : car, lorsque les effets [médicamenteux se sont accusés, en pleine période d’excitation, la vitesse systolique
Fig. 159. — Etat de la vitesse du courant carotidien 15 minules après une injection de 5o centigrammes de chlorhydrate de morphine. (Réduct. 1/6.) Le
augmente beaucoup, par suite, probablement, de l’impulsion plus grande du cœur ; la vitesse diastolique reste toujours inférieure à ce qu’elle est à l’état normal.
Le tracé 159, qui est une suite des précédents et a été fourni par le même animal, quinze minutes après l'injection de morphine, donne la preuve de ce que
nous avançons.
= DE En combinant ces renseignements avec ceux que fournit l'étude de la pression chez le cheval, on trouve une nouvelle démonstration de l’action vaso-constrictrice de la morphine, chez les animaux que nous avons classés dans la catégorie de ceux qu’elle n’endort pas.
Par conséquent, tandis que, chez le chien, la tension artérielle baisse légèrement et la vitesse diminue, malgré une impulsion plus énergique du cœur (ce qui est l'indice d’une stase sanguine à la périphérie et de l’inertie du système vaso-moteur), chez les sujets que la morphine excite on obtient encore un ralentissement du courant sanguin, mais par un mécanisme inverse, c'est-à-dire par vaso-constriction énergique et gêne circulatoire consécutive, à la périphérie.
En ce qui se rapporte au chien, on trouve, dans nos expériences directes, une confirmation de l’action congestive de la morphine, sur laquelle Trousseau et Bonnet, Gubler, Lauder Brunton, Bordier, Fieuzal, etc., etc., ont insisté, en notant la rougeur du visage chez l’homme, l'injection oculaire, la dilatation et l’engorgement des vaisseaux en général, l'inertie du système vaso-moteur d’après les caractères et la forme du pouls, ‘état de la papille rétinienne, ete.
Les effets cardio-vasculaires de la morphine seraient intéressants à mettre en parallèle avec ceux de la digitale et de la digitaline, mais cette comparaison, hors de notre sujet, risquerait de nous entraîner trop loin. Elle trouvera mieux sa place dans un travail particulier que nous nous proposons de publier un peu plus tard.
VI. MÉCANISME PHYSIOLOGIQUE DES ACTIONS DE LA MORPHINE SUR LE COEUR FT L'APPAREIL CIRCULATOIRE
Nous avons rappelé, plus haut, quelques opinions déjà émises relativement au mécanisme physiologique des actions cardio-vaseulaires de la morphine; nous n'y reviendrons pas et nous limiterons ici à l'exposé pur et simple des faits et conclusions qui nous sont personnels.
Nous nous efforcerons d'analyser et d'indiquer successivement les causes probables du renforcement de l'énergie du cœur, des modifications de son rythme, et des changements apportés, par la morphine, à la tension artérielle et à la vitesse du courant sanguin.
Mécanisme du renforcement de l'énergie du cœur.— Contrairement à Picard, nous ne pensons pas qu'il faille rattacher l'augmentation de l'énergie du cœur à la vaso-dilatation que produit la morphine, chez le chien, pour la simple raison que, dans les espèces où cette modification s’observe avec le plus de netteté (cheval, bœuf, mouton, chèvre), la morphine agit comme un vaso-constricteur puissant et augmente notablement la valeur de la pression artérielle.
Chez les animaux de ces espèces, nous nous sommes assurés que la section des vagues modifie peu la valeur du renforcement cardiaque et ne s'oppose pas à la production de cet effet, même dansles cas où la morphine est injectée après la vagotomie.
bots Nous l'avons vérifié, chez le cheval et chez l’âne, en prenant des tracés cardiographiques avec les sondes de Chauveau et Marey.
La figure 160 est une reproduction de l’état normal du cœur d’un âne, avant la médicamentation.
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Fig. 160. — Tracé cardiographique normal (âne): V, ventricule droit; — A, oreillette; — S, secondes. — L'’ampoule de l'oreillette était très sensible et très souple !. (Réduct. 1/6.)
En deux fois, on injecte, dans la jugulaire, 40 centigrammes de chlorhydrate de morphine qui produisent le renforcement et l’accélération cardiaque, que l’on constate sur le graphique 160.
Cette accélération (180 au lieu de 120 révolutions) et ce renforcement confirment nos précédents résultats
! La fixation du tracé était commencée, lorsqu'on s’est aperçu que l’on avait négligé de prendre les repères habituels. Nous regrettons vivement cet oubli, mais nous tenons à déclarer que; comme dans les précédentes expériences, les plumes inscrivaient exactement sur la même ligne horizontale. Il est d'ailleurs facile de le vérifier, par l'examen comparé des petits accidents du tracé de l'oreillette par rapport au tracé ventriculaire.
Pr et sont en rapport avec une augmentation notable de
la pression artérielle.
LR