‹ Étude Expérimentale De Quelques Poissons Constitutifs Du Bacille DiphtériqueChapitre 6 sur 28 · PP EE SE EE STE · texte numérisé non relu

PP EE SE EE STE

Le 12 février, nous revoyons la malade qui circule dans la salle et a repris bon aspect. La plaie est à peu près cicatrisée.

Le 25 février 1912, la malade, parfaitement guérie, sort de l'Hôtel-Dieu, après 3 mois de traitement à l'hôpital.

Observation 8 (Personnelle). — Coup de couteau à l'épigastre. Pénétration évidente. Laparotomie. Hémorragie. Plaie du foie (suture). Guérison.

Joseph R. (sujet espagnol), 24 ans, ébéniste, est frappé d'un coup de couteau dans la nuit du 25 au 26 mai 1912. Admis à Saint-Antoine à 2 heures du matin ,salle Velpeau, dans le service de notre maître, M. Ricard.

Le blessé est venu à pied à l'hôpital. Il présente une large plaie de 4 centimètres de longueur et 2 centimètres de large, béante, ouverte, à gauche de laligne médiane à un.travers de doigt à peine du xiphoïde. La plaie a beaucoup saigné el saigne encore. Sang noir en nappe. Et à chaque inspiration un gargouillement bruyant se produit au niveau de la plaie et l’hémorragie augmente réguhèrement à ce moment.

Facies coloré, pouls excellent, à 100, bruits du cœur normaux. Pas d'hémoptysie. Le coup a été donné de bas en haut par un compatriote compétent à ce jeu. La lame n’a certainement pas pénétré dans le thorax, mais une laparotomie s'impose sans discussion. Teinture d'iode. Chloroforme. \

Opérateur, Miginiac, interne de garde ; aide, collègue Séguinot.

Incision en baïonnette pour éviter l'ombilic et utiliser la plaie. L'incision part à gauche du rebord thoracique et descend verücalement (il a fallu, pour explorer le foie, la prolonger vers la droite, au-dessus puis à droite de l'ombilic).

Avec des valves abdominales nous découvrons la face convexe du foie ; et sur le lobe gauche, mais très haut, sur le sommet de la face convexe, nous voyons une plaie antéro-postérieure nette,

béante, longue comme les deux dernières phalanges de l'index gauche. Il s’en écoule du sang noir en assez grande abondance pour gêner la suture et rendre pénible la luxation de l'organe. En profondeur cette plaie peut avoir 3 centimètres environ.

Pour qu'il soit possible de voir la plaie, l'aide doit faire un effort pénible et continu en tirant en haut sur une grande valve.

Avec l'aiguille Doyen nous passons six gros catguts n°2 à points isolés, en chargeant beaucoup de substance hépatique, surtout en profondeur. Il ne reste pas d'espace mort. Ces fils sont noués et serrés très mollement. L'hémorragie cesse. Examen de la face inférieure du foie : rien d'anormal.

Cependant un léger suintement rouge reparaît sur la face du foie. Une mèche est tassée entre foie et diaphragme, lequel paraît intact, et l’est sûrement en raison du siège de la plaie hépatique. Un petit drain est glissé sous la mèche sans aller aussi profondément.

Paroi au bronze en un plan. Mèche et drain sortent par la plaie primitive, à la partie supérieure de l’incision.

Suites : parfaites. Pouls normal, pas d'ictère ni de fièvre (38° les deux premiers jours).

Le 28 mai la mèche est enlevée fet l'aspiration est pratiquée dans le drain avec le Potain et une sonde Nélaton: liquide marron sans odeur. Le drain est enlevé le 29.

Le 1°" juin, il faut désunir la moitié supérieure de la plaie (siège de la plaie traumatique), car il s’y est formé un peu de pus.

La moitié inférieure se réunit par première intention.

Guérison complète en 15 jours et le blessé est envoyé à Vincennes en convalescence, 35 jours après l'opération. Revu le 9 juillet le blessé est complètement guéri.

MIGINIA Ce o

Observation 9 (personnelle). — Coup de couteau dans le flanc gauche. Plaie bénigne. Pénétration improbable. Débridement explorateur. Hernie épiploïque sous-cutanée. Laparotomie. Guérison.

Charles M.…., sujet italien, âgé de 4o ans, est conduit à l'Hôtel-Dieu le 11 novembre 1911, à 11 heures du soir, blessé de plusieurs coups de couteau. Il vient à pied, soutenu par des agents. Admission salle Saint-Côme, dans le service de notre regretté maître Guinard, remplacé par M. Desnarest, chirurgien des hôpitaux.

Petite plaie dans le flanc gauche, lèvres collées, non mobilisables, pas d'hémorragie. On voit un petit hématome pariétal et un peloton adipeux sous-culané entre les lèvres de la plaie. Pouls normal. Ventre normal. Pas de douleurs. La plaie paraît non pénétrante.

Cependant, M. Desmarest étant absent, nous prions M. Labey, chirurgien de garde, de venir voir le blessé. Malgré la bénignité : de son état, le docteur Labey croit également que la plaie n'est pas pénétrante et nous laisse le soin de la débrider sous anesthésie locale, pour nous en assurer.

Intervention à minuit. |

Opérateur, Miginiac, interne de garde ; aide, Colleville, interne provisoire.

Peau à la teinture d'iode. Anesthésie locale avec quelques injections de novocaïne à 1/200. Pendant que nous attendions que quelques minutes se fussent écoulées avant d’inciser la peau, nous eûmes l'idée de saisir avec une pince ce lobule graisseux sous-cutané. Quelle fut notre surprise d'amener ainsi à l'extérieur une Jongue frange épiploïque !

Anesthésie générale immédiate au chloroforme. Laparotomie verticale sur la plaie. Résection de l'épiploon saisi. Exploration de l’abdomen. Ni matières ni sang dans le ventre. Côlon saucie intact, anses grêles voisines intactes.

La paroi est refermée au bronze en un plan, un petit drain pendant 48 heures.

Suiles : parfaites. Guérison par première intention.

Le blessé avait reçu trois autres coups de couteau dans les régions sus-sous-épineuses gauches. Plaies non pénétrantes. Résorption sans suppuration d’un volumineux hématome souscutané.

Le 20° jour après l'opération, le blessé, guéri, va à Vincennes, en convalescence.

Observation 10 (communiquée par notre ami et collègue Rais, de Chalon-sur-Saône). — Suicide. Coup de couteau dans le ventre. Pas de signe grave de pénétration 16 heures après le coup. Laparotomie. Ventre plein de sang. Hémorragie de cause inconnue. Guérison.

Albert C..., 27 ans, cordonnier, entre à l’hôpital Saint-Louis, dans la soirée du 1° juin 1909 (service de M. Rochard). Il s’agit d'un coup de couteau dans le ventre. L'accident remonte à 8 heures du matin. Plaie siégeant du côté droit, sur le bord externe du grand droit au niveau de son tiers supérieur. Shock léger. Pouls à 100. Ventre sensible, légère voussure sus-ombilicale, le blessé a uriné, n'a pas vomi, ne souffre pas. Mais le ventre manque de souplesse.

Intervention à minuit par Rais (interne de garde). Laparotomie médiane sus-ombilicale. Ventre plein de sang (1 litre environ). Gros caillot sous le foie et la vésicule biliaire, Pas d'autre lésion. Examen méthodique du foie, des voies biliaires, de l'estomac, de l’épiploon, de la rate, de l'intestin jusqu’au cæcum. On ne trouve rien. L'incision est agrandie en bas. Examen du gros intestin : rien. Appendice sain. Impossible de découvrir la source de l'hémorragie. Suture de la plaie traumatique. Suture de la plaie opératoire au bronze en un plan. Pas de drain. Guérison aseptique per primam. Exeat le 27 juin.

Ca

Observation 41 (communiquée par notre ami et collègue SAIGET, de Lorient). — Suicide. Double plaie de l'abdomen (couteau). Hernie intestinale. Suture de la paroi en trois plans. Éventration post-opéraloire. Sulure en un plan métallique. Guérison.

P..., 56 ans (route d’Aubervilliers à Pantin), tente de se suicider le 9 juin 1909. Deux coups de couteau de cuisine, près de l’ombilic, à 3 heures de l'après-midi, deux plaies superposées sur la ligne médiane. Par chacune de ces larges plaies, l'intestin fait hernie.

Intervention d'urgence dans le service de M. Rieffel à l'hôpital Saint-Louis par Saiget, interne de garde. Nettoyage de l'intestin. Une éraillure (enfouissement). Pas de perforation ni sur l'intestin, ni sur l'estomac. Hémorragie et hématome de l'épiploon (résection de la portion infiltrée). Drainage. Suture de la paroi en trois plans (catgut, soie).

Le blessé, emphysémateux et obèse, tousse beaucoup et fait sauter ses sutures le 12 juin (3° jour). Large'‘éventration avec éviscération. Intestin dans le pansement. Nouvelle intervention. Suture des parois en un plan au fil d'argent. La bronchite suit - son cours. Réunion per primam.

Le blessé sort de Saint-Louis, guéri, le 4 juillet.

Observation 42 (communiquée par Émice Girou). — Plaie pénétrante. Hernie épiploïque. Laparotomie. Guérison.

Georges D..., 18 ans (12, Cité Guénot), entre d'urgence à Saint-Antoine, le 16 juin 1912, à 9 heures du soir, salle Veipeau, service de M. Ricard.

Coup de couteau exactement au point de Mac Burney, il y a une heure à peine. Le blessé n'avait pas encore dîné. N'a rien bu ni mangé depuis midi. Plaie de 1 centimètre avec hernie d’une frange épiploïque.

Intervention immédiate.

Opérateur, Girou, interne de garde ; aide, collègue Bougot.

Chloroforme (20 minutes).

Résection de l’épiploon hernié, et laparotomie verticale sur la plaie. L’appendice (sain) se présente et est réséqué. Moignon non enfoui à la Ricard. Petite éraillure non pénétrante sur une anse grêle (enfouissement). Cæcum intact. Paroi au bronze en un plan. Pas de drain.

Suites opératoires : parfaites. Réunion per primam.

Le malade, parfaitement guéri, sort le 12° jour.

Observation 13 (communiquée par notre ami ei collègue SauI- NOT). — Coup de couteau, Pas de signes de pénétration. Laparotomie. Plaie de l'intestin. Guérison.

X..., 45 ans, entre (juin 1912) à l'hôpital Saint-Antoine, service de M. Ricard, salle Velpeau, pour un coup de couteau à gauche de l’ombilic. |

Plaie de 2 centimètres. Pas d’hémorragie. Ventre souple. Pas de vomissements. Pas de douleur. Pouls à 76. Facies normal. Le malade est venu à pied à l'hôpital. Chloroformisation. Laparotomie par Séguinot. Incision verticale (sur la plaie) de 10 centimètres de longueur. Section du grand droit. La plaie est pénétranteetle péritoine est incisé dans toute la longueur de la plaie.

Découverte de quelquesanses sanguinolentes déjà agglutinées. Exploration de l'intestin. Découverte d’une perforation intestinale grêle. Plaie de 5 à 6 millimètres à travers laquelle la muqueuse fait hernie. Suture à la soie en bourse (deux plans de suture). Pas d’autres lésions.

Un petit drain est laissé dans le ventre. Parois suturées au bronze en un plan.

Guérison sans incidents. Réunion per primam.

Observation 14 (communiquée par notre ami et collègue Moxpor). — Suicide. Large plaie.par coup de couteau. Hernte de l'intestin. Deux perforations. Intervention et guérison.

X... entre d'urgence à Tenon, le 16 décembre 1912, pour plaie de l'abdomen (suicide). Coup de couteau. Plaie transversale de 6 à 7 centimètres de longueur à droite de l’ombilic, une anse intestinale est herniée, rouge, tendue, violacée, comme étranglée. Sur la convexité de cette anse on voit une perforation de 2 centimètres; par cette brèche la muqueuse fait hernie. Mais il n'y a pas de « bouchon muqueux », car les liquides intestinaux s’écoulent librement à l'extérieur. Une seconde perforation (oblitérée celle-ci par un bouchon muqueux) est visible sur le bord mésentérique de la même anse herniée.

Malade pâle, angoissé. L'accident remonte déjà à 2 heures. Un pharmacien, en ville, a touché la plaie et a essayé de réduire cette anse doublement perforée.

Intervention immédiate (Mondor, interne du service de Riche). |

Chloroforme. Teinture d’iode. Nettoyage de l’anse herniée au sérum chaud. Suture des deux perforations par points isolés (trois plans de sutures intestinales). Ligature d’une artère mésentérique qui saigne en jet.

Agrandissement de la plaie latéralement. Exploration des anses intestinales voisines. Drainage. Suture de la paroi en trois plans.

Guérison parfaite sans suppuration, sans fièvre et sans incidents.

S3. — Plaies pénétrantes simples et non pénétrantes.

Observation 15 (personnelle). — Coup de couteau à la région épigastrique. Ivresse. Laparotomie exploratrice. Guérison.

Le 14 juillet 1912, à 5 heures et demie du matin, des agents conduisent à l'hôpital Saint-Antoine un individu ivre et couvert de sang, qui déambulait par les rues en chantant à tue-tête,

Ce blessé, Émile J., 53 ans, complètement ivre, est en état de violente excitation. Il est impossible de savoir où, quand et comment il a été blessé. Ses vêtements sont couverts de sang déjà sec.

Il ne faut pas songer à palper le ventre et à examiner la plaie, tant le blessé s’agite.

Admission salle Velpeau, dans le service de notre maître M. Ricard. Nous nous proposons de débrider cette plaie à l’anesthésie locale.

L'homme est solidement attaché sur la table d'opération, chante, crie, s'agite. Il faut renoncer à toute tentative d'anesthésie locale. Anesthésie générale au chloroforme. Peau à la teinture d’iode.

Opérateur : Miginiac, interne de garde; aide, Cavaillon, externe des hôpitaux.

Plaie béante de 2 centimètres sur la ligne médiane, plus près de l'appendice xiphoïde que de l'ombilic. Hémorragie ipar la plaie.

Débridement de la peau au-dessus et au-dessous. Incision de l'aponévrose. Écartement des fibres musculaires avec les écarteurs de Farabeuf.

Nous apercevons le péritoine et croyons entendre un petit sifflement, en même temps un peloton épiploïque apparaît dans le fond de la plaie. Nous ne savons pas si la plaie est vraiment pénétrante, si nous avons ouvert le péritoine sans le vouloir;

4o 2} OBSERVATIONS INÉDITES

quoi qu'il en soit il existe une brèche de 5 ou 6 millimètres dans la séreuse. Immédiatement nous nous décidons à faire une laparotomie xipho-ombilicale, par prudence. Foie intact. Estomac: intact. Pas de sang dans le ventre.

Paroi suturée en un plan au fil de bronze. Drain de sûreté pour 48 heures.

Suites : parfaites. Réunion per primam. Fils enlevés le 10° jour. Le malade quitte l'hôpital, guéri, le 15° jour (29 juillet). (Un autre coup de couteau dans le triceps brachial droit guérit sans provoquer aucun incident.)

Observation 16 (personnelle). — Coup de couteau à l'épigastre. Vaste hématome pariélal. Débridement suivi de laparotomie exploratrice. Guérison.

Louis C., sujet italien, 25 ans, maçon, est blessé dans la rue et conduit à Saint-Antoine le 10 août 1912, à 11 heures du soir. Admission d'urgence salle Velpeau, service de M. Ricard.

La plaie, nette, linéaire, longue de 10 à 15 millimètres, saigne beaucoup et siège au-dessous et à gauche de l’appendice xiphoïde. La plaie occupe le sommet d’un cône formé par un hématome pariétal, gros comme un œuf de poule. En pressant sur la tuméfaction, on évacue des caillots noirs et on fait jalbir du sang rouge. |

Pouls à 80. Facies normal. Ventre souple et indolore. Ni douleurs, ni vomissements.

Désinfection à la teinture d’iode. Débridement de la plaie après anesthésie locale par la novocaïne à 1/200. Nous évacuons l’hématome pariétal. La plaie semble aller loin dans la profondeur, à travers le muscle et semble se diriger en haut. Un caillot noir occupe le fond de ce puits. Le doigt enlève ce caillot et immédiatement du sang rouge s'écoule en abondance, venant de la profondeur. Le bout de l'index passe à travers un diaphragme de consistance fibreuse, au delà duquel on a la

sensation d'être dans une cavité libre. Conclusion : le doigt est dans le ventre et le sang doit venir d’une plaie du foie.

Anesthésie générale au chloroforme. Laparotomie verticale xipho-ombilicale sur la plaie. On voit en arrivañt sur le péritoine ceci : il existe un espace décollé derrière l’appendice xiphoïde entre la gaine postérieure du droit et le péritoine qui semble être intact. Le diaphragme perçu par le doigt n'était point une boutonnière séreuse mais aponévrotique. Le doigt n'était pas dans le ventre, mais dans un foyer assez vaste, décolle par l'hématome entre gaine fibreuse du droit et séreuse. Le sang ne vient pas du foie, mais d’une artère musculaire de la face postérieure du droit, qui est pincée et liée.

Le péritoine n'a pas été incisé. On voit le foie et l'estomac par transparence. Cependant comme la séreuse paraît suspecte en un point, très haut, nous nous décidons à l’ouvrir d’un coup de ciseaux. Pas de lésions intra-abdominales.

Pas de drain. Suture de la paroi en un plan au fil de bronze.

Guérison sans incidents per primam.

Le malade quitte l'hôpital, guéri, le 15° jour.

Observation 17 (personnelle). — Suicide. Coup de couleau dans le 6° espace intercostal gauche. Coma et cyanose (étal de mal, épilepsie subintrante).Craintes de pénétration abdominale. Débridement explorateur. Guérison.

Le 1° novembre 1912, à 4 heures du matin, une voiture d'ambulance amène à Saint-Antoine un individu qui vient de se donner volontairement un coup de couteau «au cœur ». Facies cyanique et livide, torpeur voisine du coma. Pupilles insenstbles, respiration rare et superficielle. Rictus sardonique des classiques. Nous pensons à uneplaie du cœur et faisons transporter le blessé sur la table d'opération (salle Dupuytren, service de M. Ricard) et nous nous disposons à intervenir.

Dès que le blessé est déshabillé et étendu sur la table, nous

constatons avec surprise que les bruits du cœur sont parfaits et normaux tant par leur intensité que par leur rythme, et il est évident que le cœur n’est pas touché. Le pouls est bon, à 90. À y bien regarder, la plaie est au-dessous du cœur ; la pointe bat dans l’espace intercostal sus-jacent à celui qu'occupe la plaie (laquelle siège donc dans le 6°, peut-être même dans le 7°).

Mais comment expliquer le coma et la cyanose ?

Nous nous perdons en conjectures et nous demandons si le foie ne serait pas touché ou l'estomac. Les poumons ne le sont sûrement pas (respiration et sonorité normales en avant et en arrière (ni hémo, ni pneumo, ni péricardothorax). Étant donné l'état inquiétant du blessé nous décidons de débrider et d’explorer la plaie et de voir « ce qu'il y a ».

Chloroforme (Clarac). Intervention (Miginiac). Peau à la teinture d’iode. Gants.

Lorsqu'on tire sur la peau en haut, on ne voit rien. Si on tire sur la peau en bas, on voit un puits noir et oblitéré par unçcaillot, ce qui nous fait penser que le coup a été donné de haut en bas « vers le ventre ». Incision verticale de 6 à 7 centimètres, peau, aponévrose, le muscle est écarté et on voit très nettement que la plaie n’est pas pénétrante. La lame a buté sur le 7° ou le & cartilage et on voit que nous avons mis à ciel ouvert le trajet qu'elle a creusé dans les muscles. Suture des muscles au catgut et de la peau aux crins. |

Nous n’étions pointsatisfaits, ne pouvant pastoujours expliquer cet état de cyanose et ce coma. Lorsque survint un agent qui nous apprit que le blessé — rôdeur du quartier — est un épileptique qui vient d’avoir plusieurs crises, avant d'être conduit à l'hôpital. Il est en état de prostration post-épileptoïde tout simplement et point n’est besoin d’aller chercher autre chose pour expliquer désormais l’état dans lequel il se trouve.

Ajoutons que notre homme, Émile R., 24 ans, camelot, est un musée pathologique : ivre-hérédo-syphilitique (dents d'Hutchinson, front olympien et KXératite), blennorragie ancienne (rétrécissement de l’urètre nécessitant des cathétérismes diffi-

PLAIES NON COMPLIQUÉES 13 PUR UN OR ORNE ee TN, PE ME PETER RENE

ciles), hémiplégie infantile gauche, nain, peut-être tuberculeux, enfin le membre supérieur gauche est couvert de cicatrices anciennes et vicieuses, rétractiles, de brûlures.

Guérison per primam, sans autre incident qu’une fièvre factice due à une tentative de mystification du malade, qui, passé le 10° jour, chauffait son thermomètre pour nous induire en erreur et nous empêcher de signer son exeat.

Observation 18 (personnelle). — Coup de couteau dans le 7° espace intercostal gauche. Craintes de pénétration abdominale. Débridement. Suture. Guérizon.

Le 3 novembre 1912, à 3 heures du matin, le jeune R..., René, 19 ans, est amené à Saint-Antoine après une tentative de suicide . par coup de couteau. |

Il s’agit d’une plaie du 7° espace sur la ligne mammaire gauche. Pas d’hémoptysie ni de pneumo-hémothorax. Cœur normal. Ivresse. Le blessé est venu à pied à l’hôpital et se rend à pied dans le service de M. Ricard, monte lui-même sur la table d'opération. Craignant qu'il y ait pénétration abdominale, nous nous proposons de débrider la plaie, pour l’explorer, avec l'assistance de notre collègue Pruvost.

Peau à la teinture d'iode. Anesthésie locale à la novocaïne à 1/200. Incision verticale. Le trajet se dirige en bas. Débridement de l’aponévrose. Écartement des fibres musculaires. Nous apercevons nettement le fond de la plaie et [a 8° côte. La plaie n'est pas pénétrante. Suture du muscle et de l’aponévrose avec quelques points de catguts. Peau aux crins.

Guérison pér primam sans incidents.

Observation 49 (Émize Girou). — Plaie de l'abdomen. Probabilités de pénétration. Intervention. Plaie non pénétrante. Gué-

rison.

François L..., 28 ans, serrurier, entre à Saint-Antoine, salle

CA

Velpeau (service de M. Ricard), le 8 septembre 1912 à 10 heures du soir. Coup de couteau dans la fosse iliaque gauche, à deux doigts de la crête iliaque, sur le prolongement de la ligne axillaire antérieure. Défense musculaire très accusée, localisée à la moitié gauche du ventre, Ayperesthésie cutanée. Douleur à la pression, pouls normal, pas de vomissements, pas de troubles généraux. Intervention par Girou. Débridement de la plaie (une heure après l'accident). Division de l'aponévrose, écartement des fibres musculaires perforées. Le péritoine pariétal est découvert : il est intact.

L'intervention n’est donc pas poussée plus loin. Suture de la plaie avec le fil de bronze en un plan, sans drain. Guérison sans incidents.

Observation 20 (communiquée par notre ami et collègue le docteur Rais, de Chalon-sur-Saône). — Coup de couteau. Signes de lésions viscérales probables. Intervention. Plate non pénétrante. Guérison. y Guillaume H..., 35 ans, est blessé d’un coup de couteau dans -

le ventre, le 25 février 1910, à 1 heure et demie de l'après-midi,

et se présente à Saint-Louis. à 5 heures. Admission d'urgence dans le service de M. Rochard.

Plaie épigastrique, près du rebord costal gauche. Vomissements. Ventre contracturé, surtout à la région épigastrique. Palpation douloureuse. Submatité de la fosse iliaque gauche. Facies modifié. Pouls 104. Anxiété.

Intervention d'urgence (Rais, interne de garde).

Incision par la plaie, parallèlement au rebord costal. La plaie n'est pas pénétrante. Suture de la plaie. Un petit drain (malade obèse). Guérison sans incidents.

Observation 21 (Girou) — Coup de couteau dans le 9° espaceintercostal gauche. Laparotomie immédiate. Pas de lésions abdominales. Suture sans drainage. Guérison.

Le 30 novembre 1912, Georges D..., 30 ans, entre d'urgence salle Velpeau, service de M. Ricard, à 9 heures et demie du soir, pour un coup de couteau dans le 9° espace intercostal gauche, à deux travers de doigt au-dessus du rebord costal inférieur. Suicide.

Aucun symptôme abdominal pouvant faire penser à une lésion viscérale, ou même à la pénétration. L'accident remonte à 30 minutes. Il est impossible par le siège de la plaie de savoir si la plaie intéresse l'abdomen, même en s’aidant du débridement explorateur sous anesthésie locale. On ouvrirait ainsi la plèvre et il ne serait pas possible d'explorer convenablement le diaphragme. Et, de plus, l'ouverture de la plèvre serait inutile et peut-être dangereuse.

La laparotomie est décidée et pratiquée sur-le-champ (Girou).

Laparotomie médiane haute : 8 centimètres.

Rien d’anormal dans le ventre. Le doigt explore le diaphragme qui paraît intact. Suture de la paroi au bronze, sans drain.

Durée de l’opération : 6 minutes.

Guérison par première intention.

Exeat le 16° jour.

Observation 22 (Girou). — Plaie de l'abdomen. Signes classiques d’'hémorragie interne. Plaie non pénétrante. Hémorragie partétale. Hémostase. Guérison.

Le 8 septembre 1912, à 9 heures du soir, Jeanne H..., âgée de 27 ans, chapelière, entre d'urgence à Saint-Antoine, salle Lisfranc, service de M. Ricard. Coup de couteau dans le flanc gauche, sur la ligne axillairé antérieure. L'accident remonte à 30 minutes à peine.

État général modifié et inquiétant. Pouls petit, faible et rapide (110). Face très pâle, lèvres pâles, état syncopal. ‘Obnubilation. Ventre indolore et souple. Pas de vomissements ni de nausée. La plaie occupe le sommet d’un cône crépitant, pâteux, gazeux, paraissant dû à de l'emphysème pariétal. Petite hémorragie noire par la plaie.

Débridement immédiat de la plaie. Volumineux hématome sous-aponévrotique avec caillots. Ligature d’une artériole museulaire donnant du sang en jet. Dissociation du muscle. Péritoine intact. Suture de la plaie.

Guérison aseptique per primam, sans incidents.

Observation 23 (Seauinor). — Coup de stylet dans l'hypocondre gauche. Signes de pénétration. Intervention d'urgence. Plaie pénétrante simple. Péritonite tuberculeuse latente. Guérison.

AÀ..., Maurice, 17 ans, entre le 15 décembre, à 2 heures, à Saint-Antoine, salle Velpeau, service de M. Ricard. Ce garçon est venu à pied, après s'être enfoncé accidentellement, de plusieurs centimètres, un stylet dans la région de l'hypocondre gauche. Ventre dur et tendu. Hémorragie externe noire. Matité dans la fosse iliaque gauche. Pas de vomissements. Bon pouls. Laparotomie immédiate sur la plaie par Séguinot, interne de garde (aide Miginiac). Aucune lésion viscérale. Nous découvrons une péritonite tuberculeuse absolument latente. Intestin criblé de granulations tuberculeuses. Suture de la plaie au bronze en un plan. Pas de drainage.

Guérison aseptique par première intention.

Exeat le 31 décembre 1912.

Observation 24 (personnelle). — Shock traumatique. Contusions thoraco-abdominales. Signes progressivement aggravés d'hémorragte interne vraisemblablement intra-abdominale. Laparotomie après 3 heures d'observation. Pas d'hémorragie. Guérison (1).

Le 5 mai 1912, à midi, Marcel R..., âgé de 16 ans, horloger, est renversé par une voiture dont les roues lui passent sur le corps : le blessé aurait été renversé à plat ventre sur le pavé de la rue ? Admission à midi 45 à l'hôpital Saint-Antoine, salle Velpeau, dans le service de M. Ricard, notre maître. |

Nous examinons ce garçon avec nos collègues Séguinot et Bougot, à plusieurs reprises et voici ce que nous constatons :

Premier examen, à l'entrée : Fracture non compliquée de deux os de la jambe gauche au tiers moyen. Fracture de une ou plusieurs côtes à gauche. Pas d’hémoptysie. Visage pâle. État de shock. Pouls à 115, faible mais régulier. Le blessé est obnubilé, abattu, prostré. mais répond parfaitement aux questions et se plaint de sa jambe. Ventre souple et sonore, indolore. Une injection sous-cutanée de morphine et d'huile camphrée.500 grammes de sérum sous la peau.

Deuxième examen (vers 1 heure et demie) : Facies pâle. Respiration rapide et superficielle. Nez froid. Langue froide. Extrémités froides. Lèvres décolorées et légèrement bleuâtres. Regard voilé. Pas d'hémoptysie, pas d’hémothorax. Bruits de crépitation osseuse à l’auscultation du cœur. Parfois bruits de

(1) Voici une observation qui nous paraît intéressante par ce fait : des accidents devant être attribués au shock traumatique ont simulé l’anémie posthémorragique au point d'imposer une laparotomie 3 heures après l'accident. Il ne s’agit point de plaie, mais de contusion abdominale Mais nous désirons tirer parti de cette observation pour appuyer cette opinion à savoir : qu'il est parfois impossible (pratiquement) de distinguer le shock de l'hémorragie interne, soit au cas de plaie, soit au cas de contusion. La difficulté pour le chirurgien étant la même dans les deux éventualités au point de vue du diagnostic.

moulin (quand le malade respire amplement). Bruits du cœur normaux, réguliers et retentissants. L'auscultation des poumons est gênée par le bruit que fait le malade en respirant et en se plaignant. Le ventre est toujours souple. Sonorités pulmonaires normales partout.

Nous commençons à redouter une hémorragie interne. Nouvelle injection de sérum.

Troisième examen (2 heures et demie) : Pouls à 125 malgré le sérum et l'huile camphrée. Face de plus en plus pâle. Prostration et somnolence. Ventre toujours souple. La crainte d’une hémorragie s’ancre dans notre esprit.

Quatrième examen (3 heures et demie) : Pouls à 130. Le blessé ne répond plus à aucune question. À peine réagit-il par des mouvements réflexes à la piqûre de la peau. Extrémités glacées. Langue froide. Sueur sur le front et les joues. Pupilles contractées en myosis. Collapsus qui nous paraît grave. Nous admettons que le blessé saigne .quelque part. L'auscultation est devenue impossible à cause du stertor, mais la percussion montre qu'il n'y a point de sang dans les plèvres ni à droite ni à gauche, ni en avant ni en arrière. Il y a même du tympanisme en avant et à gauche. La main perçoit très bien le choc de la pointe du cœur el la crépilation osseuse sur le côté gauche du thorax, en un point seulement. Pas d'hémoptysie. Le malade ne saigne donc pas dans ses plèvres, ni dans son péricarde, ni dans ses poumons.

I ne saigne point dans le crâne : pas d’hémiplégie, pas de monoplégie, aucun signe de compression (bién au contraire, pouls très rapide). Pas de signe de fracture du crâne ni du rachis et la preuve : la ponction lombaire donne du liquide céphalorachidien limpide.

Il n’y a pas non plus d’hémorragie de l'appareil urinaire. Le cathétérisme donne de l’urine limpide. Nous avons la conviction que l’hémorragie se fait dans le ventre et nous décidons de pratiquer, sans plus tarder, une laparotomie, d'accord avec le beau-frère du blessé, docteur en médecine, et présent à l'hôpital. Le patient, en effet, donne l’aspect exangue et saigné à blanc

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