‹ Étude expérimentale et clinique sur la toxicité des savons de soudeChapitre 27 sur 30 · V 19 45 DU MAO · texte numérisé non relu

V 19 45 DU MAO

« Dans la première expérience, dit Munk, la moyenne des pressions avait plutôt augmenté. Dans l'expérience IV, les battements cardiaques irréguliers étaient dus à une injection préalable de morphine, mais au fur et à mesure de l'introduction de la soude, ils devenaient de plus en plus réguliers et rapides. Mes expériences avec le savon de soude indiquaient qu’il était nécessaire de 0 gr. 062 à o gr. 155 de savon pour produire un abaissement de la pression sanguine de la moitié ou des deux tiers et qu’il fallait pour amener la mort du chien de 0 gr. 210 à Oo gr. 360. D’après Botazzi, il suffirait de 0 gr. 008 à 0 gr. 020 de soude pour abaisser la pression

sanguine et de o gr. 028 à o g. 048 pour obtenir l'arrêt

= QT.

du cœur. Or j'ai observé qu'une dose de o gr. 207, donc dix fois plus forte que la dose maxima, donnée par Bôtazzi comme mortelle, ne produisait mème pas un ralentissement des pulsations cardiaques. » |

Ces dernières recherches viennent donc bien fortifier l'hypothèse de Munk, qui est évidemment la plus vraisemblable, et qui a l'avantage d'échapper aux objections que nous avons déjà formulées.

D'ailleurs, si nous examinons les observations de Liebetrau, nous constatons qu’elles corroborent les idées de Munk. Nous remarquons en effet, que, chez le premier malade, l'intensité des phénomènes généraux, la prostration profonde et l'issue rapidement mortelle de l’intoxication contrasteni singulièrement avec les lésions observées à l'autopsie. L’hyperhémie remarquable du cerveau, l’hypertrophie et la congestion des reins sont aussi importantes à noter. Enfin certaines lésions inflammatoires du côlon démontrèrent que le savon était parvenu jusque dans le gros intestin. Nous pouvons donc présumer que le savon s'était rendu rapidement dans le système porte. Il est à remarquer que si la mort n’arriva pas aussi rapidement dans la première intoxication que dans la deuxième, c’est que le premier malade avait rejeté par un vomissement une partie du savon ingéré.

Dans la deuxième observation, l’intoxication fut suraiguë. aussi est-elle encore plus probante. Le malade entra dans le coma au bout d'une demi-heure et succomba une heure après le début de l’ingestion comme à la suite

d’une syncope cardiaque. Les résultats de l’autopsie

ur GA

n'indiquèrent aucune lésion importante. Or, nous avons vu que Munk a montré expérimentalement que les solutions de savon de soude peuvent lorsqu'elles sont introduites dans le système porte provoquer l'arrêt du cœur. Toutes ces constatations semblent prouver qu’une quantité considérable ‘de savon a pénétré dans le système circulatoire et seules les expériences de Munk peuvent expliquer cette mort rapide. D'ailleurs les 80 grammes de savon ingéré ont suffi, malgré le rôle protecteur du foie, à incorporer la dose constatée comme toxique par Munk pour le chien (environ 1 gramme de savon par kilo d'animal en injection dans le système porte ; l'individu pesait en moyenne 69 kilos). Liebetrau fait remarquer que cette absorption rapide est sans doute due à l'excitation de l'estomac qui a rejeté le savon dans l'intestin grêle.

Dans nos expériences sur le cobaye, nous avons constaté chez nos animaux un état de dépression, d’abattement, d'anesthésie remarquables et l’absence de lésions importantes à l'autopsie. Il y eut aussi dès l’ingestion un abaissement très sensible de la tension superficielle des urines et du sang, ce qui semble bien montrer que les savons passaient assez rapidement dans le torrent sanguin.

De l’ensemble de nos recherches et dela comparaison des travaux de Munk et de Botazzi, nous croyons donc pouvoir conclure que les savons sont toxiques par euxmêmes et qu'il ne faut pas rechercher dans leurs éléments constituants, soude et acides gras, la cause de cette

toxicité. Certes, nous ne voulons pas nier la nocivité de

ge

chacun de ces éléments pris séparément. IL n’est pas douteux que les solutions de soude soient toxiques, les expériences de Botazzi et de nombreux toxicologues le démontrent d’une manière irréfutable. IL n’est pas doutoux non plus, que les acides gras puissent produire des lésions importantes ainsi qu'en témoignent les faits observés par Camus et Pagniès au point de vue de l’action locale et par Meyer, Rathery et Schæffer au niveau de divers organes.

Nous n’en persistons pas moins à dire que ies savons agissent par eux-mêmes et c'est sur l'interprétation de leur mode d’action que nous voudrionsinsister.

Notre maître, le professeur Billard, poursuit depuis 1902 des recherches sur la tension superficielle des liquides organiques. À la suite des nombreux faits qu’il a observés, publiés pour la plupart à la Société de Biologie, une conception nouvelle des échanges moléculaires intra-organiques lui paraît s'imposer. Cette conception que viennent appuyer les travaux d’Overton et de J. Traube (1), nous permettra de concevoir sous un jour tout spécial le mode d’action des savons.

Overton et J, Traube font jouer un rôle considérable, sinon le principal, aux différences de pression de surface dans l'orientation des courants de diffusion à travers les membranes. Le courant s’oriente du liquide à tension superficielle la plus faible vers le liquide à

tension superficielle la plus élevée.

1. Traube J. Der oberflächendruck und seine Bedeutung im Organismus Archive für die gesammte physiologie. C. V, 1904.

ne er

Wiiliam Ramsay (1) ayant démontré que l’on pouvait calculer le poids moléculaire de certaines solutions d’après leur tension superficielle, il apparaît par suite, que dans nombre de cas, la tension de surface et la tension osmotique doivent avoir entre elles des rela-

tions irès étroites. Nous ne voulons pas discuter iei le fait de savoir siles phénomènes osmotiques doiventètre expliqués uniquement par des différences de tension superficielle, mais nous croyons que dans un certain nombre de faits la vitesse et le sens des courants de diffusion à travers les membranes perméables peuvent s'expliquer et se mesurer plus facilement par les différences de tension de surface que par les différences de tension osmotique.

Dans notre thèse, nous croyons en trouver un exemple remarquable. Ainsi l’on peut voir, page 59, figure 2, que les muscles frais de grenouille plongés dans des solutions à tensions superficielles variées s’hydratent et augmentent de poids, d’après une véritable loi que traduisent seules les variations de tension de surface. On observe, en modifiant soit avec de l'alcool, soit avec du savon la tension superficielle de l'eau où sont plongés les muscles, que l’augmentation de poids des muscles va croissante jusqu à un optimum, au delà duquel le phénomène décroit en sens inverse, si bien qu'il peut être représenté par une courbe régulièrement ascendante, puis régulièrement décroissante, en tous points

comparable à celle qui, selon le professeur Richet, peut

Page 1