‹ Étude Expérimentale et Comparative de l'Absorption VésicaleChapitre 15 sur 42 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Avant d'exposer nos expériences, nous croyons utile d'émettre quelques remarques.

Toutes les expériences que nous allors rapporter ont été faites à l’hospice de Bicêtre dans le laboratoire du service de chirurgie. Plusieurs ont été faites en présence de M. Bazy lui-même, d’autres en présence de quelques internes de l’hospice.

Elles ont toutes été faites avec le soin le plus minutieux et tous les détails ont été notés avec la plus scrupuleuse exactitude. Nous ne rapportons que les faits que nous avons eus sous les yeux et dont nous avons la certitude absolue.

Dans des expériences de ce genre, plusieurs écueils doivent être évités, écueils redoutables surtout pour les expériences sur la vessie. Les partisans de la théorie

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de la non absorption ne manqueront pas de dire en effet ; « les résultats obtenus proviennent ou bien de ce que vous avez lésé la muqueuse vésicale ou bien de ce que vos substances ont été en rapport avec la muqueuse urèthrale et absorbées par elle.

Il nous faut donc avant tout ménager l’épithélium vésical et éviter l’absorption par l’urèthre.

Dans sa communication à l'académie des Sciences, M. Bazy nous explique de quelles précautions il s’est entouré pour éviter toute cause d'erreur dans ses expériences. « Je me suis servi d’une sonde en caoutchouc rouge (n° 8); je n’ai jamais distendu la vessie, je n’ai pas injecté plus de 2 centimètres cubes de façon à éviter l'intervention de la pression, de façon aussi à éviter le besoin d’uriner et à faire passer ainsi l’urine dans l’urèthre. Je n’ai jamais lié l’urèthre pour éviter l'absorption par la muqueuse uréthrale ».

Suivant les recommandations de notre excellent maitre, nous nous sommes toujours servi dans nos expériences d’une sonde en caoutchouc rouge (n° 8), sauf chez les chiens où la disposition de la verge exige l’emploi d’une sonde rigide. Mais alors nous nous sommes servi d'une sonde très fine soigneusement garnie de vaseline et nous avons redoublé de précautions pour éviter tout dégât de l’épithélium. Du reste nous avons donné un certain nombre de vessies à notre ami M. Gentilhomme en le priant d'en faire l'examen microscopique, et de rechercher si l’épithélium était bien normal. Les résultats de ces examens se trouvent à la

suite des expériences.

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Pour que la substance toxique ne touche pas la muqueuse uréthrale, nous l'avons toujours introduite au moyen de la sonde molle qui nous a servi à évacuer l'urine de la vessie, et sur cette sonde nous adoptions une seringue à instillations avec laquelle nous poussions la solution médicamenteuse dans le réservoir urinaire.

Mais ce liquide injecté n'est-il pas à craindre qu’il ressorte de la vessie et qu’il ne passe dans l’urèthre ? Non, si nous suivons le précepte de M. Bazy et si nous n’en introduisons pas de quantité trop considérable. En n'introduisant, par exemple, que 2? centimètres cubes, nous n’aurons pas de distension de la vessie, par conséquent pas d'envie d’uriner et le sphincter vésical suffira largement à retenir la solution.

Ce danger, en agissant prudemment ne semble done pas à redouter, mais pour plus de sûreté, voulant faire disparaître de nos expériences toute cause d'erreur et toute matière à critique, nous avons successivement employé deux méthodes dans bon nombre de cas. Tantôt nous avons introduit nos substances et nous n’avons pas lié l’urèthre, tantôt mettant à nu la vessie, nous avions lié l’urèthre juste au niveau du col, aussitôt après l'introduction du liquide médicamenteux. Or en suivant ces deux modes d’expérimentation, urèthre ouvert et urèthre lié, nous avons obtenu des résultats identiques, ce qui semble bien démontrer que lier l’urèthre est une précaution superflue.

Pour les lavements médicamenteux ou toxiques, voici

notre facon de procéder ;

Après avoir vidé par un lavement ordinaire le gros intestin de l'animal, nous introduisions notre solution dans le rectum à l’aide de la sonde en caoutchouc rouge soigneusement passée dans la vaseline et armée de la seringue à instillations. De cette façon, nous n’avons pas à craindre de léser la muqueuse et de fausser les résultats de l'expérience. Comme l’animal pouvait rendre son lavement avant qu'il ait produit l'effet désiré, nous avons toujours eu soin de fermer l’orifice anal avec une pince à forcipressure.

. Quant aux expériences, faites pour étudier l’absorption par la voie gastro-intestinale nous avons du aussi faire attention à quelques points de détail. Ainsi, nous avons toujours eu soin de pratiquer le cathétérisme æsophagien afin que le liquide toxique ne touche pas la cavité buccale qui aurait pu présenter des éraillures, comme il arrive très fréquemment chez les animaux. Nous avons opéré que sur des animaux à jeun depuis 3 ou 4 heures.

Le choix des solutions, leur pureté et leur dosage présentaient une grande importance, nous nous sommes toujours servis de solutions fournies par la pharmacie de l’hospice, fraîchement préparées et soigneusement dosées par M. Berthoud le pharmacien en chef de Bicêtre. Dans tous les cas, nous avons employé nos injections au même titre et dans toutes les expériences où nous voulions établir des comparaisons, nous avons injecté les mêmes quantités. De cette façon nous n’avons pas de cause d'erreur dans nos comparaisons.

Autant que possible, nous avons employé des poisons

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dont les effets sont bien nets etapparaissent rapidement, afin que l’animal n’ait pas le temps de sécréter une quantité d'urine assez considérable pour distendre la vessie. Aussi avons-nous parfois été obligé d'employer des solutions assez concentrées. A ce propos, on va peut, être nous soulever cette objection : « La muqueuse a dû souffrir au contact des solutions que vous employez, et sans doute les résultats que vous obtenez sont dus à ce que l’épithélium a disparu. »

Cette objection est grave et mérite d’être discutée soigneusement. M. Bazy qui l'avait prévue a déjà répondu par une nouvelle expérience. Desquamant l’oreille d’un lapin, il verse sur la peau dénudée quelques centimètres cubes de sa solution de cocaïne à égalité. En maintenant 25 minutes cette solution sur la plaie, il n’a pas eu de phénomènes d'intoxication. Dès lors, dit-il, en admettant même que l’épithélium vésical fût tué par le poison, ce ne serait pas une raison suffisante pour expliquer l'absorption vésicale, si la vessie n’avait pas le pouvoir d’absorber.

D'autre part M. Bazy a tenté plusieurs expériences sur les uretères et il a conclu que ces organes n’absorbaient pas. Mais ces expériences, elles ont été faites, avec les mêmes substances, les mêmes solutions qui sont employées pour la vessie. Or, il nous semble que si l'absorption vésicale n’était due qu’à une mortification des tissus, le même phénomène devrait se passer pour les uretères et les uretères devraient absorber eux aussi, ce qui n’est pas dans la réalité.

De plus, admettons que certaines substances aient pu

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amener la mort de l’épithélium vésical, il en est certainement d'autres qui n’ont pas dû produire cette mortification. Ainsi doit-il en être pour l’iodure de potassium, la caféine et même pour l’eau oxygénée et le sulfoindigotate dans les conditions où nous avons employé ces deux dernières substances.

Nous avons plusieurs fois injecté de l'iodure de potassium dans la vessie des lapins, et toutes les fois que nous avons sacrifié l’animal au bout d’une demi heure, nous avons retrouvé des traces d’iodure dans le sang de la veine cave inférieure. Mais deux fois nous n'avons pas immolé les lapins après l'injection intra-vésicale, or ces deux animaux n'ont pas semblé souffrir le moins du monde de notre opération. Ils ont vécu longtemps après l'expérience, je les ai suivisdes jours et même des semaines.

Si l’on admet que l'absorption ne se fait que grâce à la mortification des tissus, comment expliquer que ces lapins qui auraient dû alors avoir leur épithélium vésical complètement mort, aient pu résister à l’infection et n’aient pas succombé à leurs blessures.

Il en a été de même pour plusieurs autres expériences.

M. Hector Grasset a fait d'intéressantes expériences avec l’eau oxygénée. Il a même adressé à ce sujet une communication à la Société de biologie le 28 janvier 1893. M. Grasset a montré, avec preuves à l'appui, que l’on pouvait rendre l’eau oxygénée du commerce inoffensive, en la neutralisant avec une quantité juste et suffisante de soude. En se servant d’eau oxygénée

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ainsi préparée et titrée convenablement, il a pu faire des injections intra-péritonéales à des cobayes, sans aucun danger « chez un cobaye, dit-il, j'ai injecté sans troubles pour l'animal 25 centimètres cubes de solution pouvant dégager 75 centimètres cubes de gaz. La solution aussitôt injectée diffuse rapidement et produit une mousse abondante autour de la masse intestinale, le gaz dégagé dilate la cavité abdominale et il se produit un tympanisme très marqué. En même temps on remarque une dyspnée dont les causes sont évidemment multiples. La résorption gazeuse est assez prompte, car au bout d'une heure environ on ne constate qu’une légère expansion abdominale, »

M. Grasset qui a fait plusieurs fois l’autopsie d’animaux ainsi traités, nous a dit qu’il n’avait jamais trouvé trace de péritonite, jamais d’adhérences, ce qui n’aurait pas pu se produire si le péritoine avait souffert tant soit peu du contact de l’eau oxygénée. Or, l’endothéjium péritonéal, doit bien être, ce nous semble, au moins aussi sensible que la muqueuse vésicale. Par conséquent, il n'y a pas de raison pour admettre que cette eau oxygénée qui n’est pas nocive dans le péri. toine le soit dans la vessie, et les expériences de Grasset sur l'absorption vésicale paraissent exemptes de tout reproche. Ces expériences que leur auteur a bien voulu nous communiquer seront décrites plus loin.

Dans toutes les expériences où nous avons employé le sulfoindigotate de soude, nous nous sommes toujours servis de solutions que M. Berthoud, avait neutralisé

soigneusement avec de la soude.

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Enfin, comme nous l’avons dit, afin de nous rendre compte autant que possible de l’état des vessies sur lesquelles nous avions opéré, nous en avons confié plusieurs à M. Gentilhomme aide-préparateur au laboratoire d'histologie. Dans tous les cas, comme on pourra le voir d’après les recherches histologiques de M. Gentilhomme, l'épithélium était bien intact et semblait parfaitement sain.

Quant aux recherches chimiques, elles ont toutes été faites avec le plus grand soin par M. Berthoud, le pharmacien en chef de l’hospice de Bicêtre et nous en publions les résultats tels qu’ils nous ont été remis.

Dans toutes nos expériences, nous avons poursuivi un double but, prouver la réalité de l’absorption et rechercher le temps nécessaire pour qu’elle s'effectue.

Mais sur quoi nous sommes-nous basés pour affirmer que notre solution médicamenteuse avait bien été réellement absorbée. Pour certaines substances, l’iodure de potassium, la caféine, la brucine, que le chimiste parvient à retrouver sûrement dans l’économie et que M. Berthoud a reconnues plusieurs fois dans le sang des animaux que nous avons sacrifiés, il n’y a pas de doute à avoir. Mais dans les autres cas ? Dans les autres cas, nous avons considéré les effets toxiques obtenus sur l'animal au cours de l'expérience. Or, comme « aucun médicament, aucun poison, ne peut produire sur l’organisme un effet général ou dynamique qu’à la condition d’être préalablement absorbé », si les phénomènes observés sont bien ceux qu’amènent ordinairement les médicaments ou poisons employés, nous se-

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