‹ Étude Expérimentale et Comparative de l'Absorption VésicaleChapitre 8 sur 42 · AIO US · texte numérisé non relu

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Anglada dans son traité de toxicologie, rapporte que Damien l'assassin de Louis XV déclara dans son interrogatoire qu'il avait fait mourir le comte de Labourdonnais en lui donnant un lavement d'eau forte,

La Cour d'assises de l’Ariège eut à se prononcer, il y a bien des années déjà, sur un empoisonnement semblable. Une domestique avait mis une demi-once d’acide arsénieux dans le liquide du lavement qu'elle avait donné à sa maîtresse. Celle-ci qui était légèrement indisposée, tomba gravement malade et mourut.

Cette pratique de donner des lavements médicamenteux s’est beaucoup généralisée de nos jours. La muqueuse rectale absorbe donc dans de très fortes proportions ?

Cette opinion n’a pas été admise sans contestations et nous voyons en Allemagne, par exemple, des ouvrages où l’on semble attacher bien peu d'importance à ce moyen d'entretenir la nutrition et de faire parvenir dans le sang des médicaments,

Ainsi Max Markwald admet la réalité de l'absorption par le gros intestin, mais pour lui cette absorption se fait très lentement et seulement en présence de très petites quantités de liquide. L'eau et les peptones en quantité minime sont absorbés, mais une masse un peu considérable irriterait la muqueuse et amènerait de la diarrhée. Aussi se demande-t-il quelle peut bien être la valeur nutritive ou médicamenteuse des lavements médicamenteux ou alimentaires? Dans tous les cas d’absorption cités dans la science, il ne voit pas une seule observation qui prouve bien l’utililité de ce genre de

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lavement. En somme, toujours d’après Max Markwald, le seul lavement indiqué par la physiologie, serait le lavement de peptones et même comme l’absorption des peptones se fait très lentement, d’après lui, il est bien entendu que ce mode d'absorption ne peut suffire à la nutrition de l'individu et que le lavement alimentaire n’est et ne peut être qu’un moyen nutritif absolument secondaire.

Tel n’était pas l'avis de Leube et de Jessen. « La faculté qu'a le gros intestin d’absorber des peptones, l’albumine salée, le glucose, les savons, etc., a été utilisée dans les lavements alimentaires. Il est bien prouvé aujourd’hui par les expériences sur les animaux, confirmées chez l’homme, que la vie peut être entretenue pendant un temps assez long par l'usage exclusif des lavements ».

Ii a été fourni bien des exemples pour confirmer cette opinion de Leube et de Jessen qui est devenue classique. Mais qu'il me soit permis de rapporter en deux mots une observation que j'ai prise dans le service de M. le docteur Rigal à Necker où j'étais alors externe.

Au mois d'octobre 1893 entrait une femme atteinte d’une ulcère de l'estomac ne lui permettant même pas de supporter le lait. M. Rigal voyant que la malade dé. périssait et souffrait beaucoup, ordonna de la nourrir par la voie rectale et de calmer ses douleurs avec des lavements fortement laudanisés. Chaque jour, on faisait prendre à cette femme quatre lavements ainsi composés : Peptone 2 cuillerées, bicarbonate de soude 6 grammes, laudanum 10 gouttes, bouillon 125 gram-

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mes. Pour calmer la soif dévorante de la malade, on lui donnait matin et soir un lavement d'eau fraîche. Ce régime dura six semaines, du 5 novembre au 15 décembre. Alors on fit donner à cette femme un peu de lait et un œuf. La malade sortit guérie de l'hôpital à la fin de janvier, et elle est aujourd’hui domestique dans un restaurant au Point-du-Jour.

Des faits de ce genre ont été signalés en grand nombre et la réalité de l'absorption par la voie rectale est admise par tout le monde.

Savory a tenté des expériences comparatives sur des lapins, des chats, des cochons, des rats, des chiens, des cobayes. Les résultats de ces expériences ont été assez variables suivant les substances toxiques employées.

La strychnine, d’après lui, produit des effets toxiques presque foudroyants, beauconp plus rapides quand elle est administrée en lavements que quand elle est ingérée dans l'estomac. Pour le cyanure de potassium et l’acide cyanhydrique, la différence est bien moins marquée et pour la nicotine, c’est précisément l'effet contraire que l’on remarque.

Cette différence doit-elle être attribuée à ce que l'absorbtion se fait plus rapidement par l’une ou l’autre voie? Cette question a été spécialement étudiée par Savory pour la strychnine.

Savory s’est demandé tout d'abord si la strychnine n’était pas modifiée par le suc gastrique, de manière à perdre une partie de ses propriétés toxiques. Pour résoudre ce problème, il a fait des mélanges artificiels

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