EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX
J'ai pratiqué ces expériences dans le seul but de combler la lacune que j'ai signalée dans mon expérimentalion cadavérique, el afin de savoir si le muscle thyro-aryténoidien contracté vibre ou ne vibre pas pendant lémission de la voix.
Mes recherches ont porté sur cinq es dont trois seulement m'ont fourni des notions positives, le premier ayant été infructueusement mutilé par les tâtonnements initiaux de mon inexpérience en ces sortes de travaux, un autre ayant brusquement succomhé dès les premières Inhalations chloroformiques.
Le procédé opératoire est des plus simples. Le chien étant profondément endormi, on lui pratique la pharyngotomie sous-hyoïdienne, en ayant soin de mettre une pince sur chaque vaisseau qu’on rencontre pour éviter la pénétration du sang dans les voies aériennes. On accroche alors l’épiglotte avec une érigne, et, l’attirant au dehors, on fait basculer le larynx qui vient se
présenter à lorifice de la plaie. La glotte étant ainsi placée sous l'œil de lPexpérimentateur, on laisse le chien se réveiller; et dès lors rien n’est plus aisé que d'examiner le jeu des cordes vocales pendant les cris provoqués ou spontanés de Panimal.
Je dois dire que, malgré tous les modes d’excitation employés, je n’ai pu faire produire aux chiens que des sons bas, des jappements ou des aboiements graves, tels que ceux que Segond rattache au registre de poitrine; je n’ai point obtenu de ces cris stridents de fausset dont ces animaux se servent d'ordinaire pour exprimer leurs souffrances; faut-il m'en prendre à l’état d’anesthésie produit par le sommeil chloroformique, ou à l’ablation des cordes vocales supérieures, enlevées pour faciliter l’examen direct de la glotte, ce qui ne ferait aucun doute pour Segond? Peu m'importe, en tout cas, puisque ces sons graves de poitrine coïncident avec une contraction maxima des muscles thyroaryténoïdiens, qui se trouvent ainsi dans les meilleures conditions de vibration, si tant est qu'ils vibrent pendant l’émission de la voix.
La glotte étant ainsi mise à découvert, on sectionne transversalement et dans toute leur épaisseur les deux cordes ligamenteuses : celles-ci subissent immédiatementun mouvement de rétraction qui en écarte notablement les deux bouts, et en forme quatre petits imoignons réfugiés aux angles de la glotte.
Je pense que cela prouve :
1° Que les cordes vocales ligamenteuses sont parfaitement élastiques ;
9 Qu'’elles n’adhèrent point à la couche musculaire
munie à
RACE AIAUT à PET
sous-jacente quoi qu'en ai dit Henle‘ : « Les fibres musculaires pénètrent si avant dans les cordes vocales et sont unies si intimement à la couche élastique qu'on ne peut se figurer que celle-ci vibre isolément tandis que le muscle se retire de la muqueuse. » Cette opération a pour résultat d'amener une forte dysphonie, mais non pas l’aphonie absolue. Le chien a perdu la faculté d'aboyer, de japper, de produire un son timbré; mais il parvient encore, à l’aide de son larynx ainsi mutilé, à faire entendre un bruit rauque et étouflé, semblable à cette voix spéciale observée dans un grand nombre d'états pathologiques graves du larynx et que je décrirai ailleurs sous lenom de voix soufflée ; ce bruit est dû à la mise en vibration, sous l'influence d’une violenteexpiration, des lambeaux de corde vocale flottant dans l’aire de la glotte. Pendant ces essais de phonation on voit le muscle thyroaryténoidien se contracter violemment, mais on ne le voit point vibrer. Cependant, on constate que si on vient à le sectionner entièrement, on fait disparaître celte raucité sourde qui avait survécu à la destruction des cordes ligamenteuses : et laphonie devient alors absolue. Je ne crois point qu’on puisse déduire de là quels muscles thyro-aryténoïdiens sont les agents essentiels de la phonation, parce qu’on n’obtient l’aphonie totale que quand on les détruit; car les vibrations d’anches aussi volumineuses devraient avoir une puissante sonorité, loin de faire naître cette raucité que J'ai signalée et à laquelle on a peine à donner le nom de voix. Je pense que si la section deplan musculaire
1. Henle. {/andbuch der syslematischen Anatomie des Menschen, 1871,
amène seule l’aphonie absolue, c’est parce qu’elle agrandit tellement l'ouverture glottique que lair expiré passe sans rencontrer de résistance et n'a plus assez de tension pour faire vibrer les moignons ligamenteux, qui seuls entretenaient la dysphonie.
Au reste, voici qui est encore plus concluant. Sur un chien boule-dogue fort bruyant, aboyant quand on l’approche, je fais la section de deux cordes vocales ligamenteuses: puis je remets le larynx en place et ferme la plaie cutanée avec quelques points de suture. L'animal survit à sa blessure deux jours, pendant lesquels il continue à grogner sourdement : mais il a totalement perdu la faculté d’aboyer, et quand il veut produire un son, il n’émet qu’une toux rauque et aphone.
De ces expériences je me crois en droit de conclure : Que les sons du registre de poitrine sont dus uniquement aux vibrations de la partie ligamenteuse des cordes vocales inférieures et que les muscles thyro- aryténoidiens ne vibrent pas pendant leur émission.
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