‹ Étude expérimentale sur la phonationChapitre 38 sur 62 · Spitta. The Lancet, 30 octobre · texte numérisé non relu

Spitta. The Lancet, 30 octobre

crico-aryténoidien postérieur se modifie, et vient en aide à celle des autres muscles du larynx. Jelenffy!, à qui je laisse la responsabilité entière de cette démonstration, a vu que dans un cas de paralysie unilatérale de ce muscle, la corde vocale correspondante était plus courte; il en conclut que ce muscle sert à tendre la corde vocale, et il essaie de le démontrer de la façon suivante.

Il faut tout d’abord faire remarquer qu’il est indispensable que les aryténoïdes soient intimement fixés sur le cricoïde. Nous savons que les cordes vocales doivent être tendues par un déplacement de leurs insertions antérieures ; or, il importe qu’au moment de leur tension, les aryténoïdes, qui normalement forment la partie la plus mobile du larynx, soient strictement immobilisés, sans quoi ils seraient attirés en avant à chaque contraction des muscles tenseurs.

Or, de quelle manière cette fixation des aryténoïdes se produit-elle? Merkel, Bruecke, Luschka chargent de cette fonction le ligament de l’articulation cricoaryténoïdienne. Or Jelenffy démontre que ces ligaments sont absolument incapables de jouer ce rôle.

Les-aryténoïdes (a, a’) qui en A (Fig. 4) ont la position respiratoire, prennent eu B (Fig. 5) la position vocale en se déplaçant de telle façon que tous leurs points se rapprochent du chaton du cricoïde (b, b'); les processus vocaux décrivent le chemin le plus étendu. Or, dans ce mouvement, les ligaments qui partent tous du chaton du cricoïde se trouvent relâchés, et justement ceux qui se trouvent le plus déten-

d> Jelenffy. Ueber die Fixation der Giessbeckenknorpel während der Phonation, in Wiener mediz. Wochenschrift 1813, p. 52et suiv. nes 3et 4.

dus sont ceux qui correspondent à l’apophyse vocale, la partie des aryténoïdes qui cependant réclame l’'immobilisation la plus complète

Qu'est-ce donc qui immobilise les aryténoides ? C'est l’action simultanée des muscles crico-aryténoi-

(D'après Jelenffy.)

diens postérieurs et crico-aryténoidiens latéraux. Hvrtl, Henle avaient en partie entrevu ce fait : mais Jelenffy en donne une démonstration complète.

f'est avant tout un fait anatomique qui dans l’espèce est de la plus haute importance : c’est que linsertion aryténoïdienne du crico-aryténoïdien postérieur se trouve en dedans de celle du crico-aryténoiïdien latéral. Or, grâce à cette particularité, les muscles laryngiens essentiellement adverses dépouillent leur antagonisme et agissent de concert malgré leur naturelle opposition de fonctions.

Ces mouvements demandent à être analysés.

Soient EI, EC les aryténoïides en position vocale. (Fig. 6).

Les aryténoïdes sont soumis auxforces EF, AB etCD.

AB représente l’action du crico-aryténoïdien postérieur qui tire l’apophyse musculaire en bas, en dedans el en arrière.

CD représente l’action du crico-aryténoïdien latéral

lig. 6.

(D'après Jelenffy.)

qui üre l’apophyse musculaire en bas, en dedans et en avant.

EF est la force de tension qui tend à entrainer en avant les aryténoïdes.

Il s’agit de trouver une force antagoniste EG qui tirant en arrière les aryténoïdes, les immobilise.

Faisons maintenant agir en même temps les forces

AB, CD et EF. L’aryténoiïde sera alors transformé en un levier du premier genre dont le point de rotation est fixé en À par l’action du crico-aryténoïdien postérieur. ÂG sera le petit bras, AE le grand bras du levier, GD sera la force, EF la résistance. L'action du cricoaryténoidien latéral tendra donc à porter le point E vers le point G : c’est donc lui qui fournit la force EG antagoniste dela force detension EF des cordes vocales.

Mais qu’on vienne à supprimer l’action AB du cricoaryténoidien postérieur ; dès lors le point d'appui est supprimé : lParyténoïde cesse d’être un levier et se transforme en une simple barre aux deux extrémités de laquelle sont appliquées des forces qui la tirent d’arrière en avant.

De tout ce qui précède, Jelenffy tire la conclusion suivante, sur laquelle je veux attirer l'attention :

Dans l’action simultanée des crico-aryténoïdiens latéraux et postérieurs, les crico-aryténoïdiens postérieurs, qui normalement sont des dilatateurs de la glotte, agissent au contraire comme constricteurs, et concourent ainsi directement à l'accommodation vocale du larynx.

Mais alors, comment comprendre que, en pathologie, les paralysies doubles des muscles erico-aryténoïdiens postérieurs n’altèrent presque jamais la voix?

$ IV. — ACTION DU MUSCLE CRICO-THYROÏDIEN

Le crico-thyroïdien est le muscle phonateur par excellence. Son rôle de tenseur des cordes vocales est eujourd’hui mcontesté. C’est le muscle du chanteur : c’est lui, dit Martel, qui remplace les touches du piano

ou les doigts de l’instrumentiste, car du degré de sa contraction dépend la hauteur de la voix. Le dynamomètre qui mesure sa force s'appelle la gamme.

Mais si l’accord est fait sur son but final, les opinions les plus diverses règnent au sujet de son jeu physiologique.

Hooper : divise en six groupes les physiologistes qui ont fixé leur attention sur ce muscle; [j’emprunte le résumé de son travail à une analyse qui en a été publiée par le D' Rattel dans les Annales des maladies de l'oreille et du larynx (Année 1883, p. 293)1.

Q[. — Ceux qui admetient qu’il imprime au cartilage thyroïde, un mouvement en avant et de haut en bas sur le cricoïde. C’est la théorie la plus généralement admise, celle que lon trouve dans tous les traités d'anatomie et de physiologie — à l'exception toutefois de la 9° édition du livre de Quain, récemment parue ; — dans Galien, Casserius, Gray, Hyrtl, Henle, Meyer, Meckel, Hartmann, Cruveilhier, Sappey, Duval, Carpenter, Hemley, Todd et Bowmann, Foster, Hermann et autres ; êt chez les laryngologistes Türck, Stôrk, Mackenzie, Schrôtter, et Seiler.

QT. — Ceux qui affirment qu’il élève le cricoïde vers le thyroïde (Cowper, 1724; Magendie, 1847; Lauth, 1835; Bishop, 1839; Longet, 18% : Cuvier, 1846; Harless, 1853; Bataille, 1861 : Fournié, 1866; Jelenffy, 1873 ; Schech, 1873; Schmidt, 1873: Milne-Edwards, 1876; Cohen, 4880: Elsberg, 1889 ; Quain, 9° édition d’Anatomie).

1. F.-H. Hooper. Experimental researches on he tension of the vocal bands, in Boston. Harward’s Med. School, 1883.

CL. — Ceux qui maintiennent qu’il meut les deux cartilages en même temps, et principalement le thyroïde (Vésale, Merkel, Theile, Harwison).

QC IV. — Ceux qui disent que l’action du musele est variable, selon que l’un ou l’autre cartilage est fixé. Quand le cricoïde est le point fixé, c’est le thyroïde qui se meut, et vice versa (Budge, Biegel, Mandl).

€ V.— Ceux pour quile muscle n’ad’autres fonctions que de retenir dans une position fixe les cartilages, quandils sont écartés l’un de l’autre(Vierordt, Luschka).

€ VI. — La sixième classe ne présente qu'un intérêt historique. Brown (1683) disait que « le muscle, en se contraclant, allonge le cartilage cricoïde et ouvre ainsi la glotte pour la production de sons plus éclatants et plus bas. » Dionis (1695) considère que l'action du muscle est de dilater les côtés du thyroïde et conséquemment d'élargir la glotte. Haller (4766) acceptait cette hypothèse et croyait de plus qu'il rapprochait les deux cartilages. »

De toutes ces opinions une seule est vraie, celle qui admet l'élévation du cricoïde vers le thyroïde immobilisé. Martel! à l’aide de tracés graphiques en a donné une ingénieuse démonstration. Par une dispositions péciale, chaque cartilage est pourvu d’un stylei inscripteur qui se meut sur un cylindre tournant, Durant la respiration normale, les deux cartilages restent à une distance constante l’un de l’autre; les deux lignes T et C sont parallèles. Durant la phonation, le cricoïde monte, et se rapproche d’autant plus du thyroïde que la note émise est plus élevée : sur le graphique on voit la ligne T inscrite par le thyroïde

1. Martel. Étude expérimentale sur les fonctions du muscle thyro-cricoïidien, in Archives de Physiologie, 1883. t. I, p. 582.

demeurer horizontale, tandis que la ligne C, tracée par

a ] € = TRS 2 2 rte SENTE do! soll

en der Fig. 7.

(D'après Martel.)

le cricoïde, se rapproche plus ou moins de la précédente.

Le mécanisme de la Lension des cordes vocales par la constriction des crico-thyroïdiens est le suivant.

La première condition nécessaire à la production de la voix, est la fixation de l’os hyoïde. Bennat” a le premier attiré l'attention sur ce pomt. « Si les muscles de l’os hyoïde étaient coupés, dit-il, ou seulement paralysés, le larynx, abandonné à l’action de ses propres muscles, n’arriverait qu’à la phonation, en ne produisant plus que des sons imparfaits et monotones, d’une moindre intensité et d’un timbre fêlé. » — Cette fixation de los hyoïde entraine, ainsi que l’a démontré Meckel, la contraction du muscle thyro-hyoïdien.

Le crico-thyroïdien, se contractant alors, tendra à rapprocher l’une de l’autre les parties antérieures des cartilages thyroïde et cricoïde; mais le cartlige thyroïde est absolument immobilisé par la contraction

1. Bennati. Études physiologiques et pathologiques sur les organes de la voix humaine. Paris, 1833, p. 33.

For

simultanée des thyro-hyoïdiens; le cricoïde, au contraire, qui ne reçoit aucune insertion du muscle extrinsèque, n’est retenu qué par la trachée, qui se laisse aisément distendre dans une certaine mesure; il est donc tout naturel que le crico-thyroïdien prenant son point fixe sur le thyroïde immobilisé, altire en haut la partie antérieure du cricoïde et lui imprime un mouvement de bascule qui porte-en bas et en arrière sa moitié postérieure. Or, on sait qu'au moment de la phonation, grâce à la contraction

simullanée des muscles péri-aryténoïdiens, les aryté-

noïdes sont intimement fixés au chaton du cricoïde; celui-ci les entraînant dans son mouvement de descente les porte du même coup en arrière; et éloignant ainsi les insertions postérieures des cordes vocales de leurs insertions antérieures fixes, il tend les lèvres de la glotte.

Telle est actuellement l'opinion courante en physiologie.

Cependant quelques auteurs ont étudié ce Conte plus à fond et même décomposé son action. Henle, Luschka * jui décrivent deux portions, l’une verticale (use. crico-tlyyr. rectus) agissant verticalement, autre oblique (wusc. crico-lhyr. obliquus) tirant le cricoïde d’avant en arrière.

Jelenffs ?, dans une savante monographie, divise les forces de ce muscle en trois composantes; ses recherches sont déduites des points d'insertion et de

4 Cités dans le Handbuch der Physiologie de Hermann, t, 1°, ® part.

S 2, Jclenffx. Der musculus crico-thyreoideus, in Archiv, fur die gesante Physiologie des Menschen und der Tiere. Band VIL Heft4 Bonn,

la direction des diverses fibres de ce muscle, et elles sont vérifiées par des manipulations externes pratiquées sur le larynx qui parle.

Il a d’abord fait les remarques suivantes :

4° Plus le son monte, plus Pangle du thyroïde se ferme;

9 Plus le son monte, plus l’espace crico-thyroïdien se rétrécit ;

3° À chaque haussement de ton, non seulement le cricoïde s'élève, mais aussi il se porte en arrière en se rapprochant de la colonne vertébrale.

Comment expliquer ces faits? Le crico-thyroïdien naît de la face antéro-externe du cricoïde des deux côtés de la ligne médiane, et il va s’insérer en se dirigeant en haut, en arrière et en dehors, au bord inférieur du thyroïde, et surtout par un grand nombre de fibres à sa face interne.

On peut de là diviser l’action de ce muscle en trois forces :

À. Une verticale, agissant de bas en haut;

B. Une horizontale, agissant dans le sens antéropostérieur;

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