C. Une transversale agissant de dehors en dedans
La composante À, la mieux connue, élève en avant le cricoïde mobile vers le thyroïde immobilisé par la contraction de muscles thyro-hyoïdiens.
La composante B, dirigée dans le sens antéro-postérieur, en se raccourcissant lire le thyroïde en avant et le cricoïde en arrière; les deux cartilages se meuvent simultanément, car ici il n'y a point d'insertion fixe. Le mouvement est limité seulement par la tension des ligaments crico-thyroïdiens latéraux. Cette com-
ETUDE EXPERIMENTALE SUR LA PHONATION. 107 posante B, portant en masse le cricoïde en arrière, concourt directement à la tension des cordes vocales. Elle à pour antagoniste immédiat le muscle constricteur inférieur du pharynx.
La composante G, formée surtout par les fibres obliques qui s’insèrent à la face interne des lames du thyroïde, prend son point d'insertion fixe sur le cricoïde; ense contractant, elle rapproche les lames du thyroïde et ferme son angle. À quoi peut servir ce mouvement ? Il est aisé de concevoir que, du moment où les dimensions transversales du larynx se rétrécissent, ses dimensions antéro-postérieures doivent proportionnellement s’accroiître : or, comme le thyroïde est solidement fixé en arrière grâce à la lutte qui s’établit entre la composante B et le constricteur inférieur du pharynx, il s’en suit que l’angle antérieur se porte en avant, entraine avec lui les insertions antérieures des cordes vocales et finalement tend celles-ci.
Les manipulations externes du larynx viennent à l'appui de cette théorie.
&. — Si pendant qu’on chante, on élève avec le doigt le cricoïde, le son monte (renforcement de la composante À).
bs — De même le son monte si l’on vient à pousser en arrière le cricoïde (renforcement de la composante B).
c. — Le son monte encore si l’on vient à rapprocher les deux lames du thyroïde (renforcement de la composante C).
(Voir à ce sujet l'expérience XXI de mes recherches sur les larynx de cadavre.)
Il y a lieu de tenir grand compte de cette compo-
sante C : chez le vieillard l’ossification des cartilages du larynx, en immobilisant l’angle thyroïdien, diminue de beaucoup l’étendue de la voix.
Mais Jellenfy a tort de dire que la composante G n’a pas d’antagonisie direct, et que, quand elle cesse d'agir, le cartilage thyroïde, par sa seule élasticité, revient à sa position première. Îl y a en réalité un muscle qui tend à ouvrir l'angle du thyroïde : c’est le sterno-thyroïdien, dont la fonction a été mise en lumière il y a plus de cinquante ans par Bennati”.
Le larynx, pendant l'émission des sons graves, est fortement tiré en bas par la contraction du sternothyroïdien; or, en même temps qu'il exerce cette traction, ce muscle rend plus obtus l'angle du thyroïde.
Il suffit, pour comprendre cette action, de remarquer que la face externe de ce cartilage au milieu de laquelle il s’insère suivant une ligne oblique de bas en haut, présente un plan incliné de haut en bas et de dehors en dedans, de sorte que le bord supérieur de chacune des ailes de ce cartilage est plus externe et plus antérieur que le bord inférieur. Le sternothyroïdien, agissant ainsi dans une direction oblique au plan sur lequel il s'attache, doit avoir pour effet d'augmenter l'obliquité de ce plan,et par conséquent d'élargir l’angle thyroïdien.
La théorie de Jelenffy a trouvé un critique fort sevère dans Michael” qui combat surtout l’action de la composante B. Il croit que le déplacement d’avant en ar-
1. Bennati. Mémoire sur un cas parliculier d'anomalie de la voix humaine pendant le chant. Paris, 1834.
2. Michael. Zur Physiologie und Pathologie des Gesanges, in Berliner
klinische Wochenschrift, 1876, n° 36 et 37, p. 520 et 534.
or jau
nie
rière du cricoïde est extrêmement limité par la tension
des ligaments kérato-cricoïdiens. D'après ces recherches sur le cadavre, il décrit de la façon suivante lé mécanisme de cette tension. Pendant l’émision des notes élevés, nécessitant l’extension de la tête, le larynx tiré en haut par les thyro-hyoïdiens, en bas par ie sterno-hyoïdien, s’écarte de la colonne. Il se comporte alors comme une corde tendue. Si l'on vient à exercer une pression d’avant en arrièresur le cricoïde, il se déplace en masse, se courbe à convexité postérieure, etrapproche en avant les deux cartilages, d’où résulte une tension de cordes vocales. Cette tension ne peut se produire si l’on déplace le larynx en exerçant une pression d'avant en arrière sur la pomme d'Adam, car 1! y a alors écartement des lames du thyroïde et abaissement du diapason de la voix.
À l’aide de cette pression manuelle on peut élever de quelques notes la voix d’un chanteur.
Soit une voix de basse qui s'étend du ML, au ME ; grâce à une pression antéro-postérieure exercée sur le thyroïde elle atteint le SOL, .
De même une voix de baryton qui s'étend du SOL:, au FA; monte par la pression au SH .
Un mezzo soprano étendu du LA au SI atteint PUT .
Un soprano, qui normalement va du RÉ; à l’UT, : peut donner le RÉ, .
En revanche, dit Michael, dans les sons graves, où la tête est penchée en avant, la pression cricoïdienne abaisse la voix. Car alors le cricoïde, reposant sur la colonne vertébrale, est aplati d'avant en arrière : en raison de l’obliquité de son chaton il repousse en haut
les aryténoïdes, d’où rapprochement en arrière ; éloi-
gnement en avant de deux cartilages thyroïde et cri-
coïde et finalement relâchement des cordes vocales.
Quelle que soit au fond lidée qu’on se fasse du mécanisme de l’action complexe du crico-thyroïdien, il n’en reste pas moins démontré pour tous que ce muscle est le tenseur par excellence des cordes vocales. Aussi on peut s'étonner de voir un physiologiste anglais, Ilingwortht, se refuser à admettre qu'il y ait une tension longitudinale des cordes vocales par action musculaire pendant la vocalisation. La gamme vocale serait due aux contractions d’un anneau musculaire qu’il décrit sous le nom de sphincter de la glotte, et dont j'ai indiqué plus baut la structure en parlant de l’action du muscle crico-aryténoïdien latéral ; le cricothyroïdien aurait alors pour rôle unique d’immobiliser le levier aryténo-cricoïdien, et d'empêcher ainsi les aryténoïdes d’être portés en avant par la contraction du sphincter glottique.
Sous l'influence de la contraction du crico-thyroidien, la corde vocale s’allonge à mesure qu’elle se tend; 1l s'ensuit qu’elle est d'autant plus longue que sa tension musculaire est plus forte et que le son qu’elle émet est plus élevé. Ce fait paradoxal est en opposition flagrante avec les lois de acoustique qui veulent qu'à mesure qu'une corde augmente de longueur, le nombre de ses vibrations diminue d’une quantité proportionnelle. Mais il n’y à pas lieu ici de tenir compte de cette règle, attendu que la note émise par la corde vocale dépend presque exclusivement de son degré de ten-
4. Dlingworth. The physiology of the lurynæ,in The Lancet, année 1879, t I, p. 879.
ETUDE EXPERIMENTALE SUR LA PHONATION. it
sion. Aureste les modifications de longueur des bandes vocales sont presque insignifiantes. L’allongement apparent qu'on observe au laryngoscope est bien plus marqué que l'allongement réel. Celui-ci étant d’environ une ligne au plus (Gordon-Holmes!‘), s’exagère à l’examen du vivant ; car dans les sons graves l’épiglotte cache une moitié de la glotte; dans le médium le tubercule de Czermak recouvre l'extrémité antérieure des cordes vocales qui n’apparaissent entières que dans les notes élevées du registre de poitrine.
B.— Outre sa fonction incontestable de tenseur des cordes vocales, le crico-thyroïdien possède encore une autre action : il est constricteur de la glotte membraneuse.
Déjà en 1791, von Kempelen avait dit que chaque fois que la tension des cordes vocales augmente, il va diminution de l’espace interglottique : mais il ne semble pas qu’il attribuât cette action plutôt au cricothyroïdien qu’au thyro-aryténoïdien. De nos jours cette fonction accessoire a été mise en lumière.
Quand on opère sur un larynx de cadavre dont les aryténoïdes on été rapprochés, on remarque qu’à mesure que les cordes vocales sont tendues davantage longitudinalement, elles se redressent en effaçant peu à peu leur convexité; à mesure qu’on augmente les poids qui exercent une traction verticale sur l’angle des thyroïdes, on voit la glotte interligamenteuse se fermer de plus en plus : finalement les cordes vocales viennent tout à fait en contact quand un haut degré de
1. Les cordes, par l'effet de la tension longitudinale peuvent s’allonger d’un peu moins de 5 millimètres chez l’homme, et de 3 millimètres chez la femme (Mueller).
tension longitudinale a été atteint ; ce qui démontre que la contriction glottique est ici due à la contraction du muscle crico-thyroïdien.
Enfin Michael, qui a également bien étudié ce fait, ajoute que, par suite d’une insuffisante fixation des aryténoïdes, le crico-thyroïdien peut devenir dilatateur de la glotte entière, puisqu'il exerce sur les apophyses vocales une traction d'avant en arrière et de dedans en dehors : en cela il suit l’action du muscle crico-aryténoidien postérieur:
GC. — Dans un mémoire que j'aurai à analyser plus tard, quand je traiterai de l’aphonie par paralysie du nerf vague, Moeser! attribue encore au crico-thyroidien d’autres fonctions que j'indique brièvement.
Le crico-thyroïdien entre surtout en jeu pendant l’émission des sons élevés; il tend les cordes vocales, abaisse leur extrémité postérieure, et luttant contre l'action produite par l'élévation du larynx, il amène une tension extrême de toute la muqueuse laryngée, tend les cordes vocales supérieures, tend les replis aryléno-épiglottiques, attire en arrière l’épiglotte, se mettant en antagonisme direct avec les muscles releveurs qui Cherchent à l’amener en haut et en avant, et enfin ouvre les ventricules de Morgagni. En tendant ainsi la muqueuse, il dégage complètement la corde vocale et lui donne plus de force pour vibrer.
D. — En résumé, le crico-thyroïdien est l’agent essentiel de la tension longitudinale active des cordes vocales, et peut, par sa seule contraction, produire les différentes notes de la gamme.
\ 1. H. Moeser. Das laryngoskopische Bild bei vollkommener einseiliger Vagus-paralysie. Wiesbaden, 1885.
Je veux, en terminant, attirer l’attention sur une particularité spéciale de son fonctionnement à laquelle j’attache une grande importance. Quand, sur un larynx de cadavre, on opère l’abaissement forcé de l’angle du thyroïde, de manière à imiter au maximum l’action du crico-thyroïdien, on produit une tension extrème des cordes vocales ligamenteuses, mais on ne tend pas le muscle (hyro-aryténoïidien qui reste mou et flasque.
Il en résulte que, chez le vivant, quand le thyroaryténoïidien ne se contracte pas, le crico-thyroïdien n’éprouve de résistance à sa contraction que de la part de l’élasticité des cordes ligamenteuses, et n’a nullement à lutter contre la tonicité du muscle thyroaryténoidien. Je signale ce petit détail d’expérimentation qui semble en ce moment quantité négligeable, mais qui, plus tard, me sera d’un grand secours dans l'édification de la théorie de la voix de fausset.
$ V. — ACTION DU MUSCLE THYRO-ARYTÉNOÏDIEN
Il n’y a pas à se dissimuler qu’à l'heure actuelle une certaine confusion règne encore dans la science au sujet du rôle exact de ce muscle. La faute en est, je crois, aux descriptions anatomiques, compliquées à plaisir, qu'on en a faites, à l'instar de ces terres inconnues où chaque nouvel explorateur eroit découvrir un cap ou un golfe et le baptise. À mesure qu’on lui trouvait de nouveaux faisceaux, il fallait nécessairement leur attribuer un rôle distinct; tout auteur qui cherchait à éclairer son rôle l’obscureissait encore
davantage. Je mentionnerai surtout Battaille®, qui consacre sept lignes au muscle crico-thyroïdien, et écrit huit pages sur le thyro-aryténoïdien : et quand il lui a découvert des faisceaux grêle, plan, paraboloïde, médian ou arciforme, qu’il la nommé muscle triceps laryngien, après avoir promené le lecteur dans une série de labyrinthes anatomiques où il a peine à se reconnaître, il déclare n’avoir eu d’autre but que de jeter une grande clarté sur ce point de la science. En Allemagne, Rossbach‘ tombe dans le même défaut en décrivant dans ce muscle de nombreux faisceaux successifs, qui auraient pour rôle de clore progressivement la glotte, ce qui est invraisemblable.
Après ce que je viens de dire, je ne pourrais sans me déjuger prétendre vouloir expliquer en toute clarté l’action de ce muscle : aussi ne chercherai-je pour le moment qu’à la simplifier.
Il y a en réalité deux muscles thyro-aryténoïdiens : l'interne et l’externe. Le premier appartient à la corde vocale inférieure et la modifie : le second accommode la cavité résonnante des ventricules laryngés. Le premier est un #uscle de diapason, le second un muscle de timbre. Or comme je ne m'occupe iei que de la hauteur de la voix, c’est de l’interne seul qu’il sera maintenant question.
Le thyro-aryténoïdien interne était le s#musculus vocalis des anciens, le phonateur par excellence, aujourd’hui détrôné par le crico-thyroïdien. Longtemps on a cru, et nombreux sont encore ceux qui le croient
1. Ch. Battaille. Nouvelles recherches sur la phonation. Paris, 1861,
2. Rossbach. Physiologie und Pathologie der mensch. Stimme. Würzburg, 1869.
aujourd’hui, qu’il tend les cordes vocales, qu'il se dureit pour vibrer; et on a admiré cette anche intelligente qui se met d'elle-même au degré de tension nécessaire au nombre de vibrations voulu : or, il faut rabattre beaucoup de ces fonctions quitiennent du merveilleux.
Le professeur Béclard!résumait ‘ainsi, il y a vingt ans, l'opinion qui avait cours à cette époque:
«Les muscles thyro-aryténoïdiens ont une action complexe et des plus importantes en ce qui concerne la phonation. Ils ont d’abord une action commune avec les crico-aryténoidiens latéraux et l’ary-aryténoidien. Ils concourent avec eux à placer la glotte dans les conditions de la phonation, c’est-à-dire qu’ils contribuent pour leur part au rapprochement des cordes vocales inférieures. Leur contraction à encore pour effet (principalement par le faisceau thyro-aryténoïdien interne) de rapprocher le cartilage aryténoide du thy- “roïde, autant que peut le permettre la cavité de l’articulation crico-aryténoïdienne. De plus leur contraction étant accompagnée du gonflement du muscle, ils augmentent au moment où ils se contractent l’épaisseur de la corde vocale inférieure et modifient les conditions physique des parties vibrantes. Ge gonflement, qui peut être plus ou moins considérable et progressif contribue puissamment avec la contraction des autres muscles qui concourent à la tension des cordes vocales à déterminer la hauteur du son. Les changements qu’ils apportent aux conditions physiques des cordes vocales influent d’une manière directe sur le timbre de
1. Béclard. Art. LARYNX (Analomie et physiologie) in Dict. encyclop. des sc. med., 2 série, t. [*, p. 5#1.
la voix. En somme, les muscles thyro-aryténoïdiens sont en définitive, par leur faisceau interne, fenseurs des cordes vocales, mais des tenseurs d’une espèce toute particulière.Ils exercent principalement leur action tensive par une sorte de gonflement de la portion vocale du muscle; ce qui distingue essentiellement l’anche vivante de toutes les anches possibles, même des anches membraneuses élastiques qui ne se tendent qu’en s’amincissant. »
Il était donc généralement admis que thyro-aryténoïdien est tenseur des cordes vocales. Cependant quand une longue pratique du laryngoscope eût fait connaître les différentes particularités des paralysies motrices des muscles du larynx, on ne tarda pas à s’apercevoir que les idées anatomiques reçues Jusqu'alors s’accordaient parfois mal avec les données de l’observation pathologique. Les premières thèses qui en France traitèrent de ce sujet, eurent à surmonter de grandes difficultés provenant de cette Opposition entre l’ancienne physiologie et la pathologie plus jeune. Comment en effet attribuer le même pouvoir de tendre la corde vocale au crico-thyroïdien et au thyroaryténoïdien, dont la disposition anatomique est toute différente, et dont les paralysies amènent des phénomènes dysphoniques d’ordre tout à fait distinct ? Poyet: tranche par trop simplement la difficulté en déclarant que le muscle crico-thyroïdien n’est jamais paralysé, Mais Tissot” qui admet et les paralysies du crico-thyroïidien et celles du thyro-aryténoidien, a grand’peine à rester fidèle à la doctrine physiologique classique en
1. G. Poyet. Des paralysies du larynx. Paris, 1877. 2. A. Tissot. Des paralysies laryngées. Paris, 1876.
voulant déterminer le rôle respectif de ces deux muscles tenseurs de la glotte, et il aboutit à une confusion extrême. Je cite quelques passages de sa thèse où cette version est développée : il est aisé de sentir la peine visible qu'il éprouve à se maintenir d’aplomb dans sa théorie où il s’embourbe davantage à chaque pas.
« Les cordes par suite des modifications qui leur sont imprimées peuvent varier l'intensité ou la hauteur du son. Tout le mécanisme réside dans les deux muscles phonateurs par excellence, le thyro-aryténoidien etle crico-thyroïdien. Battaille et Longet les premiers ont démontré que le faisceau interne du thyroaryténoïdien qui se distribue dans l'épaisseur des cordes vocales affectait une disposition toute particulière. Il envoie dans l’épaisseur des cordes de petits faisceaux sous forme de cordages, rayonnant de la base vers leur bord libre. Ces pelits faisceaux émanés en divers sens tantôt en avant, tantôt en arrière, quelquefois perpendiculairement à l'axe longitudinal de la corde, mais affectant tous une direction transversale par rapport au diamètre transversal des cordes, les antérieurs et les postérieurs obliques en avant et en arrière, les moyens transversaux, jouent un très grand rôle dans le plus ou moins de longueur des cordes. Comme ces faisceaux ont par leur contraction l'unique but de tendre la corde vocale, il en résulte que suivant que Ce muscle se contracte dans son ensemble ou que la contraction se porte isolément sur le groupe antérieur, moyen ou postérieur, la corde se trouve tendue dans son ensemble ou partiellement et par suite la longueur de la partie vibrante augmente ou diminue, d’où la variation dans l’intensité. En résumé,
comme la hauteur du son dépend du nombre de vibrations, et que celles-ci sont en raison inverse de la longueur des cordes, le faisceau Interne du thyro-aryténoïdien par suite de la disposition anatomique qui fui est particulière est capable comme le doigt d’un violoniste de faire varier suivant la quantité de ses fibres contractées la longueur de la partie vibrante des cordes et de faire varier par cela même le nombre de leurs vibrations. Voilà comment la hauteur du son est modifiée et modulée à l'échelle diatonique. — Le cricothyroidien à lui seul est capable d'imprimer aux cordes des modifications tellement importantes pour la production du son qu'il joue le plus grand rôle dans l'acte de la phonation. Sa paralysie entrainera à elle seule l’aphonie la plus complète et même jusqu’au chuchotement. Nous avons vu, en effet, que la hauteur d'un son dépend non seulement de la longueur des cordes vocales, mais du poids qui les tend. Ge muscle, comme les clefs d’un violon, suivant l'énergie de sa contraction fait basculer le thyroïde sur le cricoïde et amène ainsi une tension plus ou moins considérable des cordes. — Mais il ne teud pas seulement les cordes : aidé du thyroaryténoïdien, il modifie aussi leur longueur et leur diamètre. Si le muscle thyro-aryténoïdien est un muscle phonateur parce qu'il influe sur la longueur et le diamètre des cordes, le erico-thyroïdien l’est aussi par excellence. Il joue un plus grand rôle que celui-ci, puisque c’est de lui que dépend toute la tension des cordes et en partie leur longueur et leur changement de diamètre. La paralysie de ce muscle abolit par elle seule toutes les conditions physiologiques de la phonation, mieux que ne le ferait la paralysie du thyro-aryté-
noïdien, Aussi entraîne-t-elle toujours l’aphonie la plus complète, n’abolissant pas seulement les conditions physiologiques qui président à la hauteur du son, mais celles aussi qui président à son intensité, attendu que le nombre et l'amplitude des vibrations se trouvent aussi modifiés. Bien que ces anomalies puissent être communes à la paralysie du thyro-aryténoïdien, la paralysie du crico-thyroïdien a des effets beaucoup plus accentués. Ces deux muscles, avons-nous dit, sont phonateurs par excellence, parce qu’ils remplissent les deux qualités importantes du son fondamental : hauteur et intensité. »
Cependant cette théorie régnante, que le thyro-aryténoïdien tend les cordes vocales, était depuis longtemps minée par une autre, à savoir qu'il les relâche.
Haller jadis avait dit que ce muscle en se contractant se raccourcit et rapproche les aryténoïdes de l'angle rentrant du cartilage thyroïde. |
Mueller' avait conclu de ses expériences sur le cadavre que ce muscle possédait deux actions distinctes :
I faisait d’abord remarquer qu’en se contractant le thyro-aryténoïdien concourait à détendre les cordes vocales et à produire les sons graves ; puisqu’en même temps, 1l rétrécissait la partie inférieure de l’isthme sous-glottique et augmentait la hauteur du son (de même qu'un bouchon enfoncé dans le porte-vent, immédiatement au-dessous d’une languette membraneuse, et muni d’une étroite ouverture à son centre, rend le son plus élevé qu'il ne le serait avec la même
1. Mueller. Manuel de physiologie, Traduct. Jourdan, t. IL, p. 183:
longueur de porte-vent dépourvu de bouchon). De sorte qu'il y a lieu de croire que Mueller n’attachait pas une grande importance au raccourcissement des cordes vocales par contraction du thyro-aryténoidien.
Il faut arriver à notre époque pour trouver cette fonction nettement définie.
Ruehlman' en 1874 enseigne que le muscle thyroaryténoïdien détend la corde vocale inférieure (ligamenteuse) et a pour antagoniste direct le muscle crico-thyroïdien qui la tend.
Gruetzner ? en 1879 admet sans difficulté que ce muscle est un relâcheur des cordes vocales puisqu’il en rapproche les deux extrémités : mais il ajoute que son action est annihilée du fait de la contraction du crico-thyroïdien. Sa force de relâchement dépend donc uniquement de la résistance qu’il a à surmonter.
Jelenffy* en 1880 avoue avoir mis plusieurs années à comprendre l’action du thyro-aryténoïdien, et dit que les résultats des recherches auxquelles il s’est livré lui font admettre que, les aryténoïdes étant solidement fixés pendant la phonation, le rôle du thyro-aryténoïdien est d'attirer le thyroïde en arrière et de le rapprocher de la paroi postérieure.
Plus récemment en 1885, Martel, dont J'ai déjà cité les recherches expérimentales, montre que ce muscle en se contractant se raccoureit, porte les cartilages
4. A. Ruchlmann. Untersuchungen über das Zusammenwirken der Muskeln bei einigen haüfiger vorkommenden Kehlkopfstellungen in Sitæungsberichte der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften in Wien (Math. Natur. Klasse, 3° Abtheilung. Band LXIX, p. 257).
2. Gructzner. Physiologie der Stimme und Sprache, in Hermann's Handbuch der Physiologie, t. 1*, 2% partie, p. 54, Leipzig, 1879.
3. Jelenfy. Der Musculus vocalis und die Stimmregister in Pflüger’s Archiv f. die gesammte Physiologie, t. XXII, 1880, p. 50,
arylénoïdes en dedans et surtout les rapproche de l’angle rentrant du thyroïde. En même temps il diminue la tension de la membrane vocale : la glotte prend un aspect fusiforme.
Cette théorie du relâchement des cordes vocales me semble vraie.
Qu'on se rapporte tout d’abord aux expériences d’électrisation directe que nous avons faites sur les larynx des cholériques : on y voit les cordes vocales inférieures se contracter violemment sous l'influence du courant induit, se gonfler et déplacer fortement les cartilages aryténoïdes, qu’elles entraînent en avant vers le thyroïde leur point d'insertion fixe, de façon à diminuer sensiblement le diamètre vocal antéropostérieur.
Puis, de la disposition anatomique de ce muscle, il est aisé de déduire son rôle. Il est étendu comme une corde antéro-postérieure de l’angle rentrant du thyroïde à l’apophyse vocale de l’aryténoïde : en se contractant 1l se raccourcit et rapproche ces deux insertions. Son raccourcissement est assez prononcé puisque de 15 millimètres, sa longueur maxima chez l’homme, il peut, par une robuste contraction, arriver à ne mesurer plus que 10 millimètres d’avant en arrière. Mais dans ce mouvement, sont-ce les aryténoides, est-ce thyroïde qui se déplacent? Or, j'ai déjà
4. Tous les fibres musculaires qui composent le muscle thyro-aryténoïdien interne constituent des faisceaux antéro-postérieurs, sensiblement parallèles, rarement anastomosés et surtout ne présentant point ces entrecroisements compliqués qu’on s’est plu à leur attribuer. Une figure empruntée à Gruetzner, que je reproduis plus loin, montre cette disposition et fait voir de plus que le muscle thyro-aryténoïdien est simplement accolé à la corde ligamenteuse et ne lui envoie aucune insertion : il est indispensable de rappeler ce fait pour l'intelligence des pages qui vont suivre.
montré que pendant;la phonation le thyroïde est immobilisé par les muscles extra-laryngés; que, au contraire, le levier crico-arytéuoïdien jouit d’une mobilité relative grâce à l’élasticité de la trachée : il m'est donc permis d'affirmer que le thyro-aryténoïdien, en se contractant, rapproche les uryténoïdes, partie mobile, de l'angle du thyroïde, point fixe. Dans ce mouvement, les aryténoïdes attirent en haut et en avant le chaton du cricoïde : l’anneau cartilagimeux bascule, son extrémité antérieure s’abaisse et l’espace cricothyroïdien antérieur s’élargit.
La situation spéciale du muscle thyro-aryténoïdien exige que dans l’étude de sa contraction on tienne compte non seulement des effets de sa diminution de longueur, mais encore des résullats de son augmentation de diamètre transversal. Si nous étudions le muscle biceps brachial, nous n’aurons pas à tenir compte de son gonflement, puisqu'il s'opère aux dépens de l’espace extérieur; mais, dans le cas particulier, augmentation de volume du thyro-aryténotïdien entraine une diminution proportionnelle de l'aire glottique : et plus le thyro-aryténoïdien se contracte, plus la glotte se rétrécit. Quelle importance convient-il d'attribuer à ce phénomène? La moindre possible : en premier lieu, parce que le gonflement du muscle est extrêmement faible; en second lieu, parce qu’on sait maintenant le peu d'influence qu’a le degré d'ouverture de la glotte membraneuse, sur la hauteur du son. Au reste, ainsi que je l’ai démontré plus haut, il y a un muscle dont la contraction, bien mieux que celle du thyro-aryténoïdien, sert à rétrécir la glotte membraneuse : c’est le crico-thyroïdien.
L'effet le plus utile de ce gonflement du thyroaryténoidien, c’est de pousser en dedans la corde ligamenteuse et la muqueuse vocale, action qu’on reproduit expérimentalement sur le larynx de cadavre, à l’aide d’une pince qui appuie latéralement de dehors en dedans sur la corde ligamenteuse. Jinsisterai longuement sur ce mécanisme, quand le moment sera venu de déduire de mes expériences cadavériques une théorie de la voix de poitrine.
De tout ce qui précède, je conclus que: le muscle thyro-aryténoidien interne, en se contractant, porte en avant les aryténoides, et les rapproche de l'angle rentrant du thyroide : il raccourcit les cordes vocales ligamenteuses, et les met dans un état de relâchement Pantant plus accentué, que sa contraction est plus forte : el comme conséquence, dl amène un abaissement de tonalité de la voix.
Il y à donc lieu d'établir un antagonisme direct et absolu, entre le crico-thyroïdien et le thyro-aryténoïdien qu’on considérait jadis comme muscles congénères ; le premier tend les cordes vocales, le second les relâche, et mérite bien le nom de #uscle relächeur de la glotte (laxor, Morell Mackenzie).
Je sais bien qu’on peut me dire avec Ruehlmann, avec Gruetzner, que ce relächement actif des cordes vocales n’est généralement pas possible, car les muscles tenseurs s’y opposent. Cependant tout le monde admet la tension active des ligaments vocaux par action musculaire ; qui mempêcherait alors de dire : cettetension active n’est pas possible pendant la vie, parce que le muscle relàcheur s’y oppose. C’est tout comme si l’on venait dire que les extenseurs des doigts ne peu-
vent point agir parce que les fléchisseurs s’y opposent. Mais cet antagonisme permanent entre deux forces contraires n'est-il pas un des principes fondamentaux de la physiologie musculaire ? Est-ce que par tout le corps humain, partout où il y a un muscle pour produire un mouvement, pour déplacer un levier osseux, il n’y a pas en face de lui un autre muscle, destiné à produire le mouvement contraire, à ramener le levier à sa position première ? Le larynx ferait donc seul exception à cette règle? Contre une force musculaire relativement puissante qui les tend, les cordes vocales ne pourraient lutter que par leur élasticité? À une tension active et intelligente, elles n’opposeraient qu'une détente passive et indifférente? Non, cela n’est pas possible ; le relâchement, comme latension des cordes vocales, se fait par action musculaire. La preuve, c’est que toute voix peut être étendue dans le haut ou dans le bas; elle acquiert des sons graves, comme elle gagne des notes hautes; elle gagne des notes hautes, parce que le tenseur, comme tout muscle qui travaille, prend plus de force : or croit-on qu’elle s’étende dans le bas, parce que le muscle relâcheur s’est exercé davantage, ou parce que le travail a augmenté l’élasucité rétractile des cordes vocales ?
Donc, il y a dans le larynx deux muscles antagonistes, l’un qui tend, l’autre qui relâche les cordes vocales ; ces deux muscles, dans le registre de poitrine, sont en opposition perpétuelle.
Cet antagonisme s'explique anatomiquement. Je suppose le larynx en position vocale, par conséquent le thyroïde (T) immobilisé et les aryténoïdes solidement fixés sur le cricoïde (AC). — Quand le tenseur
ab se contracte, il rapproche le cricoïde du thyroïde en avant, le fait basculer et porte en arrière les ar yténoides, la distance ed est accrue, les cordes vocales (cv) alllongées; quand le relâcheur ed se contracte, la distance ed est diminuée et les cordes vocales sont
directement raccourcies ; les aryténoïides se portent en avant, le cricoïde s’abaisse antérieurement et la distance ab est accrue. On voit donc que quand un de ces deux muscles se contracte, il exerce indirectement une traction sur son antagoniste à l’aide du mouvement de bascule du levier crico-aryténoiïdien; il faut seulement remarquer que le crico-thyroïdien tend indirectement les cordes vocales par l'intermédiaire de {cette bascule, tandis que le thyro-aryténoïdien les relâche directement en rapprochant leurs deux extrémités : le mouvement de bascule est alors consécutif.
L’antagonisme de ces deux actions étant bien établi, on pourrait essayer de classer les muscles du laryox par paires opposées deux à deux ce qui en rendrait la description plus simple :
4° Muscles qui président au cheminement des arylénoïdes
A. Ary-aryténoïdien. . . . . . les rapproche. p Portions verticales des crico-
PRE LE les éloignent.
aryténoidiens postérieurs.
2 Muscles qui président à la rotation des aryténoïdes :
} rotation en de-
À. Crico-aryténoïdiens latéraux.
dans.
rotation en de-
hors.
\ lForeEs horizontales ges) TICULS 2002 PA
“ criCco- ARR "FEES
3° Muscles qui président à la tension des cordes vocales :
À. Thyro-aryténoïdiens. . . . . les relächent. B. Crico-thyroïdiens. . . . . . . les tendent.
Dans tout larynx qui parle, il y a donc antagonisme d'action perpétuel, lutte vocale constante entre les tenseurs et les relâächeurs; il en résulte normalement dans la tension des cordes vocales un état d'équilibre tel, que les actions de ces deux muscles se contrebalancent exactement et qu'aucune ne prédomine. Cette position d'équilibre correspond à une note spéciale, variable suivant les individus, qui se produit avec l'effort minimum possible, et qui caractérise la hauteur de la voix parlée : l’intonation normale.