Donders. De physiologie der Spraakklanken
si les vibrations vocales se propagent ou non aux apophyses antérieures des cartilages aryténoïdes) Donders admet que dans la voix de poitrine la corde vocale tout entière vibre, tandis que dans la voix de tête, la vibration se limite à la corde ligamenteuse. De ces différences de volume des anches, résultent des différences de timbre, et de hauteur des registres. D’après l’auteur hollandais, les muscles thyro-aryténoiïdiens, contractés dans la voix de poitrine, acquièrent une élasticité qui leur permet de vibrer sous l’influence de la pression du courant d’air; dans la voix de fausset, ce muscle se relâche, et devient dès lors un tissu mou incapable d'entrer en vibration, de sorte que l’oscillation sonore se limite alors à la couche ligamenteuse. Dans ces deux cas, les changements de ton sont dus aux modifications de la tension des cordes vocales assurées par la contraction des muscles crico-thyroïdiens et crico-aryténoiïdiens postérieurs. Cette théorie n’est en désaccord avec aucune donnée anatomique, physiologique, ou musicale ; seules, mes expériences semblent la contredire. Elle constitue néanmoins un immense progrès dans la physiologie de la phonation, surtout parce qu’elle est la première qui admette les vibrations indépendantes des différents tissus des cordes vocales.
1872. —Mandl' dont je ne veux point citer la théorie, car elle faisait du changement de longueur de la glotte la distinction anatomique de deux registres, admettait cependant une certaine diminution de la largeur de La corde vocale dans le registre du fausset, cette dimi-
4. Mandl. Trailé pratique des maladies du larynx et du pharynx. Paris, 1672.
nution étant opérée par les cordes vocales supérieures, qui descendant sur leurs voisines, à la façon des rasettes d’une anche, venaient limiter à leurs bords libres les vibrations vocales.
1876. — Michael! à l’aide de manipulations externes pratiquées sur les larynx sains, et surtout en observant des cas de parésies laryngées, limitées à un seul muscle, arrive aux conclusions suivantes : il y a trois registres : poitrine, médium et fausset. Le caractère fondamental de ces deux derniers est que /es bords seuls des cordes vocales vibrent, tandis que dans le registre de poitrine, l’oscillation vocale se propage à toute la corde. Dans le registre de médium, le #yroarylénoidien se contracte, redresse la corde vocale, et libère la membrane élastique, qui d’après Ruehlmann n’adhère à aucune fibre musculaire; celle-ci vibre donc seule, au dire de Ludwig. Le phénomène capital qui se produit quand on atteint le registre de fausset, c’est le relâchement du thyro-aryténoïdien.
1874. — Schnitzler? a vu, dans la voix de tête, un sillon longitudinal sur la corde vocale, parallèle à son bord libre, sillon qui disparait dans la voix de poitrine où la corde vocale vibre tout entière.
1878. — Oertel* recommande d'éclairer le larynx à la lumière électrique, interrompue à l’aide d’un disque circulaire perforé et tournant de façon à donner de rapides alternatives de lumière et d’obseurité. Le
1. J. Michael. Zur Physiologie und Pathologie des Gesanges in Berliner klin. Wochenschr., n° 36 et 37, 1876.
2. Schnitzler. Klin. Betrachtungen, ete. Vorgetragen in der 4Te Versammlung deutscher Naturforscher. und Aerzste, 1874.
3. Oertel. Laryngostroboskopische Beobachtungen ueber die Bildung.
der legister bei der menschlischen Stimme in Centralblatt. für die med. Wissenschaflen, 1878, p. 81-99.
nombre des interruptions lumineuses doit être le même que le nombre des vibrations de la note vocale ou de son octave. Oertel appelle cette façon d’examiner le larynx la: Laryngostroboskopische Untersuchungsmethode : grâce à elle il a pu constater que « les notes du registre de poitrine sont produites par la vibration des cordes vocales entières, tandis que les notes de fausset sont dues à des divisions longitudinales des cordes vocales par des lignes nodales.»
1879. — Gruetzner’ ne peut comprendré le mécanisme par lequel les cordes vocales épaisses durant la voix de poitrine, deviennent minces en registre de fausset, qu'en admettant que les thyro-aryténoïdiens interne et externe et les crico-aryténoïdiens latéraux, qui pendant la voix de poitrine repoussent en dedans la masse des cordes vocales, restent relativement inactifs pendant la voix de fausset. Cependant il trouve exagéré d'admettre, comme le fait Merkel, que la seule particularité qui distingue le registre de tête du registre de poitrine soit l’inaction du thyro-aryténoïdien; il croit que certains faisceaux du muscle vocal — principalement les médians — entrent en action pendant l’émission des sons de fausset.
1880. — Jelenffy* enseigne que le caractère fondamental qui différencie le son de poitrine du son de tête consiste uniquement dans la différence de forme de la glotte.
Dans le son de poitrine, la glotte est linéaire, la
1. Gruetzner, Physiologie der Sivmme und Sprache in Handbuch der Hoi herausgegeben von D' L. Hermann. Band Dore LE Spe 108
2. Jelenffy, Der musculus vocalis und die Séimnregister in Pflugers: Archiv., t. XXII, 1880.
fermeture complète; l'air sous-glottique est à une forte pression, les cordes vocales se touchent à chaque vibration en fermant la glotte, la colonne d'air est à
chaque instant interrompue : É son est plein et fort.
Mais dans le son de fausset où l’occlusion glottique ne peut jamais être complète, l’air sort sans interruption et ne peut avoir une forte tension : le son est doux mais faible.
Le muscle thyro-aryténoidien préside, par son degré de contraction, à la forme de la glotte. Dans le registre de poitrine il se contracle, oppose une résistance à l’air, et exerce sur les cordes vocales une pression latérale qui les accole sur toute leur longueur. Mais dès que ce muscle se relâche, la voix passe en fausset, une partie de la force aérienne est détruite par suite de lélasticité de la paroi obturatrice; les cordes vocales dans ce cas sont poussées en dehors beaucoup plus qu’il n’est nécessaire et ne peuvent plus venir en contact. De sorte que de la contraction complète du muscle vocal résulte la voix de poitrine, tandis que dans la voix de tête, il suffit qu’il possède un certain degré de tension. Enfin Jelenffy est dans tous les cas partisan de la non-vibration du muscle thyro-aryténoïdien.
1880. — En voix de poitrine, dit Techmer1, les cordes vocales rapprochées par la contraction du thyroaryténoïdien vibrent dans foute leur largeur. En voix de fausset (où quelques faisceaux postérieurs du thyro-aryténoïdien se contractent seuls), les vibrations n’ont lieu que dans leur bord interne.
1. F. Techmer. Zur vergleichenden Physiologie der Stimme und Sprache. Phonetik, Leipzig, Engelman, 1880.
1884. — Enfin Lennox Browne fait remarquer que si l’on fait la laryngoscopie en se contentant d’envoyer de lextérieur une forte lumière sur la trachée, dans le thick register (voix de poitrine) les cordes vocales paraissent opaques tandis qu’elles deviennent transparentes dans le {in register (voix de tête).
Si l’on compare entreelles ces deux théories, qui au premier abord semblent diverses, on verra qu’il s’en dégage trois notons communes, généralement admises, à Savoir que:
1° Le muscle thyro-aryténoïdien interne se contracte dans la voix de poitrine et se relâche dans la voix de fausset ;
2° La corde vocale vibre en entier dans la voix de poitrine et seulement par son bord libre dans la voix de fausset;
3° Dans la voix de poitrine la glotte est close et la pression de l'air assez considérable : dans la voix de fausset, la glotte reste ouverte, et la tension aérienne est beaucoup moindre.
J'ai adjoint à ces trois principes, qui me semblent actuellement démontrés, un quatrième dont il a été jusqu'ici fort peu fait mention : /a non-vibration du muscle thyro-aryténoidien aussi bien en voix de poitrine qu’en voix de fausset.
Seulement, à l'inverse des auteurs qui n’appuient leurs démonstrations que sur un seul mode d’investigation préféré par eux, après avoir déduit ma théorie d'expériences faites sur les larynx de cadavres, je vais montrer qu'elle est absolument d'accord avec toutes
1. Lennox Browne et Emil Behnke. Voice, song and speech. London 1884, p. 166.
les notions anatomiques, physiologiques, laryngoscopiques, pathologiques et même musicales que nous
La
savons admises dans l’état actuel de la science.