‹ Étude expérimentale sur la phonationChapitre 51 sur 62 · Fournié. Physiologie de la voix el de la parole, p · texte numérisé non relu

Fournié. Physiologie de la voix el de la parole, p

3. Krishaber et Peter. Art. LARYNx. Dicf. encyclop. des sc, méd., 2 Série, t. [°*, p. 505.

muqueuses se forment avec une bien plus grande rapidité même sur dés cordes vocales saines. »

Martel ‘ qui a repris l’étude de cette question donne d'excellentes preuves en faveur de l’indépendance de la muqueuse laryngée. — a. Sur un larynx frais on peut avec une pince fine soulever la membrane vocale sous forme d’une muqueuse mince et transparente. — b. En injectant sous cette muqueuse, au niveau du bord libre des cordes vocales, une solution colorée, on la voit se diffuser sans rencontrer d’obstacle, et envahir un territoire constant. — c. Enfin sur un larynx frais qu’on fait parler, on voit cette muqueuse se détacher de la corde ligamenteuse et venir vibrer dans l’espace glottique.

J'ai pu reproduire ces expériences de Martel qui sont d’une exactitude rigoureuse. J'ai injecté dans l'épaisseur de la corde vocale une solution de gélatine colorée par l'indigo; puis examinant au microscope des coupes transversales de corde ainsi préparée, J'ai observé que non seulement l'injection avait décollé la muqueuse de la corde fibreuse, mais pénétrant plus profondément avait séparé la couche fibreuse du muscle vocal.

De tout ce qui précède il résulte donc, que d’une part le muscle vocal n’adhère pas du tout à la corde ligamenteuse, et que d’autre part la muqueuse n’adhère pas non plus à cette couche fibreuse; de sorte qu'entre ces trois couches il peut s'établir des lignes nodales longitudinales, parallèles aux bords de la

1. Martel. Physiologie de la phonalion, in Revue bibliogr. univ. des 3e. méd., t. IT, n° 13 et 15, 1885.

glotte, et qui peuvent rendre leurs vibrations indépendantes.

Il y a du reste une autre preuve anatomique qu’on peut invoquer en faveur de la vibration isolée de la muqueuse vocale : c’est sa structure.

Arrivée au niveau du bord libre des cordes vocales, à l'endroit où elle cesse d’être adhérente, la muqueuse, dans toute la partie qui doit isolément vibrer, subit une modification de structure importante : elle s’épaissit, se cutanise. D’après les recherches de Coyne!, le derme, au lieu d’être formé de tissu adénoïde réticulé, se transforme en un tissu fibroélastique dense, hérissé de papilles simples, existant surtout sur la partie anguleuse de la corde vocale inférieure : en cet endroit l’épithéllum devient pavimenteux et stratifié, et présente la plus grande analogie avec l’épiderme cutané.

Cette cutanisation de la muqueuse laryngée au n1veau des cordes vocales inférieures vient encore d’être confirmée par les recherches récentes de Leroy * quia montré que le processus tuberculeux évolue en ce point en déterminant des modifications analogues à celles que Vidal et Leloir ont signalées dans le lupus érythémateux et scléreux de la peau.

Pourquoi la muqueuse laryngée se transforme-t-elle ainsi au niveau dus cordes vocales inférieures ? Est-ce pour résister aux frottements de l'air, comme on l’admet généralement? mais peut-on comparer le

- 4. P. Coyne. Recherches sur l’analomie normale de la muqueuse du larynæ, in Archives de Physiologie, 1874, t. I°r, 2° série, p. 92.

2. C. Leroy. De la tuberculose laryngée considérée dans ses rapports avec celle de la peau, in Archives de phys. normale et pathol. n° 7, 30 sept. 1885, p. 301.

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glissement d’une colonne d’air sous pression, toujours faible, au contact rude et brutal des aliments sur la muqueuse buccale, ou des corps environnants sur la peau, et admettre de la part de ces trois influences une nocivité égale, nécessitant la présence d’un épithélium pavimenteux stratifié? Dans la toux, dans l'effort où les cordes vocales supérieures viennent en contact, la pression de l’air est bien autrement forte que pendant la phonation, et quand cet air s'échappe, il s'écoule brusquement; et cependant malgré le frottement beaucoup plus considérable qui se produit en ce point, jamais on ne voit la muqueuse des cordes vocales supérieures s’épaissir ni perdre son épithéium cylindrique.

Il me semble au contraire que sil’anatomienous démontre qu'au niveau de la corde vocale inférieure la muqueuse vocale devient libre en même temps qu’elle prend une épaisseur plus grande, la physiologie peut bien admettre que cette muqueuse est SusCeptible de vibrations indépendantes et que ces vibrations mettent en mouvement une masse suffisante pour produire le son de la voix de fausset.

2 Au point de vue physiologique, le fait subjectif remarquable qui se produit au moment du passage de la voix de tête en voix de fausset est une sensation bien nette de détente localisée au larynx : cette sensation coïncide avec le relâchement du musele thyroaryténoidien qui du reste l’explique parfaitement. À mesure que le son s’élève en voix de poitrine, le muscle tenseur fait effort de plus en plus grand : en même temps le thyro-aryténoïdien reste contracté à un certai degré de façon à déterminer la vibration de la

corde ligamenteuse; mais tandis qu'ila cet effet utile, il tend aussi à produire une action contraire à celle qu'on recherche, puisque sa contraction, déterminant un relâchement de la corde vocale, va à l'encontre de celle du crico-thyroïdien : le thyro-aryténoïdien se laisse alors étirer, mais résiste de plus en plus à mesure que le son s'élève ; à ce moment la lutte vocale entre ces deux muscles antagonistes est à son maximum, et le chanteur éprouve une forte et pémble sensation de contraction du larynx ; souvent le thyroaryténoïdien cède, la voix passe en fausset, il ny à partant plus de lutte entre muscles antagonistes, et la sensation de détente laryngienne si connue se produit.

Un autre point est digne d’être pris en considération. J’ai dit ailleurs que dans la voix de poitrine la fente glottique est étroite, et que les cordes vocales repoussées en dedans par le gonflement du thyroaryténoïdien contracté se touchent en vibrant, tandis que dans la voix de tête l’ellipse glottique reste toujours béante et les lèvres de la glotte ne peuvent jamais venir en contact. Ces différentes formes de glotte ont pour effet de produire des variations remarquables dans la pression de l’air expiré. D'une façon générale on peut dire que la voix de poitrine nécessite une faible dépense d'air, mais exige que cet air soit à une tension très élevée, tandis que dans la voix de tête la pression de l’air est bien moindre, mais sa dépense plus forte. La dépense d’air sera donc moins grande pour une note de poitrine que pour une note de fausset, car dans le premier cas la glotte est presque close tandis que dans le second elle forme un

orifice béant. Mais la tension aérienne devra être plus forte en voix de poitrine où il faut faire vibrer une corde ligamenteuse assez résistante, qu’en voix de tête où il suffira de mettre en vibration une muqueuse mince et souple. Ces deux conditions spéciales, d’une part peu d’air à forte pression, d’autre part beaucoup d’air à faible tension, sont des conséquences fatales du degré de l'ouverture de la glotte accommodée à chacun des registres, tels que je les ai expliqués : elles se déduisent l’une de l’autre, car du moment où la glotte se ferme pour laisser sortir moins d’air,elle augmente du même coup la tension aérienne, sans que les muscles expirateurs aient besoin de se contracter davantage; puis quand elle s’ouvre pour donner passage à une plus grande quantité de fluide, elle abaisse inévitablement la tension de ce dernier, sans qu’aucune alténuation de nos forces expiratrices ait à intervenir dans ce mécanisme.

Il est fort difficile de mesurer expérimentalement les variations de pression trachéale résultant du passage de la voix d’un registre à Pautre : il faudrait pour cela que quelques chanteurs expérimentés consentissent à se laisser trachéotomiser, car les adultes trachéotomisés, chez qui jai pu adapter un manomètre à la canule trachéale, avaient tous de telles lésions du larynx qu'il n’y avait à noter chez eux qu'une raucilé monotone. Mais il est aisé de constater la plus grande dépense d'air caractéristique du son de fausset. Garcia faisait faire à un chanteur unc inspiration aussi profonde que possible, puis il l’en-

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